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récents en forment le contenu. Les formes sont floues, vacillantes ,,comme les images des rêves”. Mentionnons en passant qu’il ne se souvient que rarement d’un rêve nocturne. En outre, il ne semble avoir eu à aucun moment de sa psychose d’hallucination visuelle de caractère esthésique.
Pareidolies : Avant sa scolarité, il s’occupait souvent à considérer de son lit les tableaux de communion‘ de ses parents, dont sa fantaisie remaniait à loisir le contenu. En laissant sa pensée flotter sans objet, l'enfant apercevait des visages, des silhouettes
indéterminées de personnages inconnus. Pour peu que son attention se fût détournée
un moment de ces figures, il en retrouvait sans cesse de nouvelles dès qu'il reprenait ce petit exercice fertile en surprises.
À son âge encore, il se livre volontiers à un jeu semblable. Appréciant les reproductions de peinture populaire, il se plaît à découvrir en les parcourant de nouveaux personnages de son crû. La pénombre favorise les transformations. De même, en retournant la reproduction et en considérant par transparence un sujet brouillé aux couleurs éteintes, 1l voit un autre tableau, avec des scènes toutes différentes. C’est devenu du reste pour lui un geste habituel, que de retourner les reproductions: ,,C’est instinctif, ça me montre un autre tableau.‘
Cas N°2 (observé à l'hôpital psychiatrique de Cery), (Prof. Dr H. Steck).
Femme de 30 ans, d'intelligence moyenne, névrosée, se trouvant depuis plusieurs années sous l’influence de complexes en partie refoulés, qui, entre autres troubles psycho-pathologiques, ont suscité des réactions mythomaniaques.
Quoique l’expérimentation n’ait provoqué aucune IE chez cette malade, son anamnèse eidétique présente des particularités qu’il est intéressant de rapprocher de certaines manifestations actuelles.
1° Ecolière, elle aurait vu parfois des fleurs colorées sur le tableau noir, elle aurait pu lire parfois, dans son écriture aux lettres agrandies, des passages entiers des compositions qu’elle venait de rédiger. Ces phénomènes survenaient involontairement et disparaissaient de même, par exemple dès qu’une admonestation du maître la tirait de sa contemplation rêveuse.
29 Maintenant c’est le visage de son ancien mari — responsable d’une partie de ses malheurs — qu’il lui arriverait d’apercevoir, de face, toujours sur une surface sombre (paroi, rideau d’obscurcissement). Elle aurait aussi vu les images, en grandeur naturelle, de son père et d’un frère qui joue un rôle dans ses complexes sexuels. Ces images n’ont jamais été animées; elles auraient été littéralement vues, mais sans donner l'illusion de la réalité.
39 Six mois plus tard, nous avons l’occasion de revoir la patiente, qui nous décrit plusieurs phénomènes visuels nocturnes survenus entre temps. Ce sont toujours des visages qu’elle aperçoit, dans ses moments d’insomnie; ils peuvent se former dans la nuit ou être localisés sur une surface sombre, mais aussi appliqués comme des masques sur le visage de voisines de lit ou de veilleuses; constamment grimaçantes ou inquiétantes, ces images pseudo-hallucinatoires, que le sujet compare à des photographies, n’ont ni couleur, ni relief. — Ainsi, au cours de la nuit qui précéda notre entretien, la malade remarqua à côté de son lit, en s’éveillant, une vieille personne au visage sillonné de rides profondes ; revenue de son étonnement, elle reconnut l'infirmière de garde, et se rendit compte alors qu’elle avait vu à sa place une image de sa mère.
Appréciation sommaire : Quoique les épisodes mythomaniaques soient déterminés psychogénétiquement et qu'entre temps la malade paraisse véridique, la relation de phénomènes eidétiques remontant à l’enfance est fort sujette à caution. Quant aux phénomènes actuels, ils s’apparentent plutôt aux pseudo-hallucinations visuelles telles qu’on en rencontre chez les ,,obsédés‘* (Meuriot) avec participation d’un processus interprétatif alimenté par la structure des surfaces de projection.
40 M. Gressot ©] ————— — ——
Cas N° 3 (observé à l'hôpital psychiatrique de Cery), (Prof. D’ H. Steck).
Femme de 36 ans. Réaction paranoïde post-malarique chez une paralytique générale. La réaction est dirigée contre un ancien médecin-traitant. Délire de persécution avec idées d'influence, crainte d’être dépouillée et tuée. Persistance de quelques symptômes démentiels; tendance à la persévération, idées de satifsaction et de richesse.
Examen ophtalmologique : Motilité oculaire normale. Pupilles rondes et égales; signe d’Argyll-Robertson. Vision: 1,5 d. d.c. Milieux transparents. Fonds: papilles physiologiques, vaisseaux et macules sans particularité. Champs visuels normaux.
La malade décrit spontanément ses hallucinations visuelles, surtout nocturnes: Le médecin m'a passé le flegme dans la tête. La nuit, il y a un panorama qui ressort de mes yeux. C’est le flegme qui fait le panorama. Il m’a ancré quelque chose dedans. Je vois le panorama loin des paupières; je le vois devant mes paupières, comme quand on regarde des photos avec une loupe.“ L’occlusion des paupières, de jour, permet l'observation des mêmes phénomènes. Le ,,panorama‘* défile lentement devant les yeux, de gauche à droite.
Sur l'écran gris foncé, la patiente n'obtient aucune IE, mais elle projette ses visions hallucinatoires. Elle voit successivement ,,des paysages qui se déroulent comme des films avec des petites maisons, des croisées de chemins, de la verdure”. En surcharge sur ce fond grisâtre ou modérément coloré, se détachent des visages humains à l'expression terrifiante, des têtes de chats ou d’animaux sauvages, un chat vert tacheté de jaune, figures d’une grosseur relativement disproportionnée. Le sujet affirme que ces hallucinations sont identiques à celles qui hantent ses nuits, ou apparaissent dès qu’elle ferme les yeux. Tout en nous les décrivant, elle ,,sent des vers sortir de ses paupières‘, et nous supplie de lui ,,enlever le flegme*.
Les hallucinations disparurent au cours d’un traitement combiné arsenical et pyrétothérapique. Toute sommaire qu’elle soit, notre observation montre bien les deux éléments des visions: paysages ,,panoramiques‘ et figures fantastiqu?s. Nous reviendrons sur ce cas au moment de comparer IE et hallucinations.
Critique des faits et des données anamnestiques.
Remarques méthodologiques.
Subjectives par définition, les TE sont inaccessibles au contrôle direct et à l’observation simultanée d'autrui; seul, le sujet eidétique peut en signaler l’apparition et en décrire les caractères. De ce point de vue, elles se présentent comme des manifesta.tions intra-psychiques et la méthode qui prétend les étudier paraît purement introspective. Comme d'autre part l’originalité du phénomène eidétique tient à sa qualité esthésique ou pseudesthésique et que les procédés d'étude des sensations représentent typiquement la méthode dite objective en psychologie, le mode d’expérimentation eidétique n’échappe pas à une certaine ambiguïté. Pour admettre la critique niant le caractère perceptif de l'IE, l’eidétique convaincu devrait révoquer la valeur positive de la perception ...
Mais la perception, en tant que subjective, relève moins de l’introspection, ou attention réflexive aux faits de la vie intérieure, que de la simple information, expression directe d’une donnée de conscience. Trois conditions permettent de juger de la réalité psychique d’un fait perceptif : la présence de l’objet perçu, le contrôle simultané par plusieurs observateurs, l’invariabilité du résultat à chaque répétition de l'expérience. Or, aucun de ces critères ne s'applique immédiatement au contrôle de l'IE. Cependant, l'établissement d’une comparaison avec le caractère esthésique de la post-image permet de suppléer partiellement à cette carence de preuves. Image subjective elle aussi, perçue en l’absence de l’objet matériel qui la provoquée, l’IC exclut certes tout contrôle par un tiers; mais sa qualité de vision incontestée, commune à tous, la possibilité
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de la reproduire indéfiniment, lui font reconnaître un caractère d’indiscutable réalité. La même situation se retrouve d’ailleurs lorsqu'il s’agit d’éprouver la réalité d’un phosphène par excitation mécanique de la rétine.
Si donc un sujet normal, d’une sincérité indubitable, affirme que ses IE ont le même caractère de vividité que ses IC, on peut légitimement conclure à leur existence perceptive. Alors que la description des IE relève de la simple information, cette confrontation nécessaire entre deux espèces d'images subjectives constitue déjà une démarche introspective; introspective également, l’analyse par le sujet de son état d’âme pendant qu'il ,, voit‘ l'IE. Il s’agit, plus précisément, d’une introspection provoquée, qui enregistre des faits psychiques comme réactions à une situation expérimentale. Récuser ces méthodes basées sur la critique des données fournies par l'information et l’introspection provoquée, reviendrait à nier la possibilité de toute science psychologique, en s’interdisant toute connaissance intellectuelle des contenus de la conscience.
Notre appareil critériologique reposerait-il tout entier sur la crédibilité individuelle? Heureusement, les IE ne représentent pas chacune un fait isolé dans ses différences particulières, mais par-dessus ces différences, elles se rattachent à quelques types phénoménologiques connus qui permettent de les comparer systématiquement entre elles. On ne saurait sous-estimer la valeur de cette méthode de concordance dans le jugement de leur authenticité.
Si ce jugement semble relativement facile à porter sur les IE expérimentales, il rencontre des difficultés apparemment insurmontables dès qu’il s’agit d’IE spontanées anciennes, dont la description est en butte à toutes les déformations du souvenir. Aussi ces dernières ne sont-elles dignes de considération que si le sujet est en état de les comparer formellement à des IE expérimentales, une capacité eidétique démontrée se portant garante de la possibilité d'images spontanées de même nature.
L’empêchement radical de contrôler directement l’eidétisme du sujet d'expérience rend souhaitable en revanche une observation attentive de toutes les manifestations dérivées objectivement constatables. Les applications de la méthode psychologique objective à l’eidétique sont malheureusement des plus restreintes : observation du comportement surtout (conduite de la vision), mesures de la durée de perception et des dimensions de l’image. Il faut cependant remarquer qu’en raison de la complexité des phénomènes soumis aux procédés de mesure, ceux-ci n’offrent guère qu’une précision illusoire. Qui prétendrait, en effet, matérialiser des appréciations subjectives en s’efforçant de les exprimer par des chiffres ?
Quelques auteurs ont dénié toute originalité à l'IE, en supposant qu’elle était un produit de la suggestion. Bonte démontra (1933) que l’on pouvait obtenir par la suggestion des transformations des IE de type ,,basedowoïde‘', et que les éléments suggérés acquéraient la même vividité que les éléments de ,,reperception‘. Ces modifications provoquées expériméntalement sur une IE préexistante rendraient plausible le rôle de la suggestion également dans les mécanismes d'apparition de l’IE qui, considérée sous cet angle, rappellerait les hallucinations provoquées dans les états hypnotiques. Nous reprendrons cette question en précisant la nature du phénomène eidétique. Mais au point de vue de la psychologie subjective, peu importe à priori que l'individu, normal et éveillé, voie matériellement ou n’aie que l'illusion victorieuse de la vision, que sa perception soit ou non accompagnée d’une sensation: dans les deux cas, la donnée conscientielle est identique et semblable l'information qui l’exprimera. Une origine suggestive ne serait fatale à la notion d’'IE que si l’on attribuait d'emblée à celle-ci quelque réalité esthésique matérielle, en assimilant à tort la perception à une pure sensation.
Dans le cas contraire, on comprendra qu’une IE n’en sera pas moins LE, pour peu qu'une influence suggestive ait contribué à sa naissance. On observe d’ailleurs une similitude rigoureuse entre les images surgies dans une atmosphère de suggestion — ou d’auto-suggestion, ce qui en l’occurence revient au même —, et celles autour desquelles l’éventualité de ces processus avait été anxieusement écartée ; à leur tour, ces dernières
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ne diffèrent nullement d'images ,tétanoïdes‘* apparues en dehors de toute attente et de toute préoccupation se rapportant à leur contenu. Cet enchaînement de similitudes nous paraît décisif.
Il n’y a donc pas lieu de vouer tous ses soins à l’élaboration d’une méthode excluant
la suggestion. Au contraire, l’éclosion du phénomène eidétique étant le plus souvent
empêchée, en dehors des conditions expérimentales, par la concurrence des perceptions ordinaires, il faut recourir aux artifices qui lèvent les mécanismes inhibiteurs, ou qui renforcent les mécanismes producteurs de cette image subjective, si l’on en désire étudier la fréquence. Mais s’il est légitime de suggérer au sujet qu’il voit, de favoriser l'apparition de l'IE, il faudra par contre se garder de lui suggérer ce qu'il voit, c’està-dire le contenu de l'IE, car en négligeant cette précaution élémentaire l’expérimen-
tateur se priverait de son premier moyen de contrôle de l'IE: la description de ses
éléments.
En effet, quelle que soit l’origine de son IE, l’eidétique, par définition, doit avoir une perception visuelle comparable d’une part aux IC, et se différenciant d’autre part des souvenirs visuels ou images de représentation. Seule une observation, libre et indépendante, de l’image autorise ces comparaisons. Aussi, après avoir favorisé
l’éclosion de l'IE, le psychologue doit-il d’abord s’interdire de la perturber. De même .
. l’onirologue s’efforce de ressusciter le souvenir d’un rêve, mais, celui-ci ramené dans le champ de la conscience, se garde d’en influencer le récit.
On comprendra cependant que le fait de ne pas repousser l’adjuvant de la méthode suggestive dans la délicate éclosion d’une IE, n'implique nullement que l’on admette a priori son efficacité. Simplement, il ne faut pas se priver d’une chance de voir se former l’image ; mais une fois celle-ci apparue et librement décrite, ils’agitd’en éprouver l’authenticité. 11 faut alors non seulement comparer ses caractères à ceux de la postimage, mais encore essayer de neutraliser les suggestions précédentes par des suggestions en sens contraire, c’est-à-dire chercher à faire dire à l’eidétique qu'il ne voit pas. Nous nous sommes déjà expliqué pratiquement sur ce point, à propos des examens d'enfants. ,
Ces remarques concernent surtout, avons-nous dit, la détermination de la fréquence de l’eidétisme, car il s’agit alors de dépister, dans la mesure du possible, tous les cas positifs d’un groupe. Mais dès qu’on étudie les images d’un eidétique bien doué, on s’aperçoit que tout recours à la suggestion devient superflu. N’exagérons du reste pas l’importance des éléments suggestifs de notre mode d’expérimentation; ils sont accessoires et ne consistent guère qu’en questions destinées à favoriser les réponses positives, davantage, encore un coup, en supprimant les inhibitions du sujet, qu’en transformant activement son état de conscience. Il va sans dire que toute méthode d’hypnoïdisation concourrait à un autre but que la recherche des IE, puisque ces dernières, on le sait, doivent émaner d’un psychisme normal et vigile.
Critères de l’image eidétique.
Eidétisme du premier degré.
L'hypothèse.
Aucune image n'étant obtenue sans fixation, la disposition eidétique serait néanmoins contrôlable par l'intermédiaire de la post-image, laquelle montrerait quelques traits de l'IE. La loi du tout ou rien psychologique, suivant laquelle IC et IE s’exclueraient l’une l’autre, ne s’appliquerait pas ici, mais les processus consécutifs seraient modifiés par l’action d’une IE latente. Coloration positive même transitoire, durée anormalement longue, continuité, comportement aberrant de l’image dans l'épreuve de la tête inclinée, et surtout écarts de la loi d'Emmert, seraient les principales irrégularités de l'IC permettant de reconnaître la présence déguisée d’une IE. C’est en admettant l'existence d’'IE latentes ou de formes de transition entre les deux catégories
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d’images subjectives concrètes, et en comptant parmi ces formes mixtes la plupart des post-images irrégulières, que l’Ecole de Marburg a voulu démontrer la quasi-univer- salité de l’eidétisme chez les jeunes.
Discussion.
La loi du tout ou rien se vérifie dans nombre de cas. Elle se présente sous deux
aspects: ou bien l'IE se manifeste seule, l’IC antagoniste étant inhibée, ou bien se produit l’inverse. La première éventualité se réalise chaque fois qu'après une fixation prapre à susciter la post-image, une IE apparaît d'emblée, chez un sujet dont par ailleurs les IC n’ont pas montré d’irrégularité (voir série I, sujet 32, À 5). La rétine ayant été impressionnée normalement, on ne peut imaginer un empêchement fonctionnel de nature périphérique, car les sensations consécutives sont déclenchées par un mécanisme physiologique automatique; il faut dès lors admettre une inhibition d’origine centrale portant sur la perception du phénomène consécutif.
Quant à l’inhibition de l'IE par l’IC, nous pensons l’avoir démontrée dans nos expériences sur le transfert des images monoculaires (v. série I, sujet 38, À 17; série IT, sujet 7, B 18 et sujet 35). En effet, l'œil fixateur perçoit une IC complémentaire classique, tandis que l’image allo-esthésique, qui peut n'être pas complémentaire, présente le plus souvent un caractère eidétique décisif, la fixité sous le regard.
Certes, ces quelques exemples sont loin d’autoriser une généralisation de la loi du tout ou rien en eidétique. Il convient donc d’examiner les critères dont usèrent Jaensch et ses disciples pour discerner, derrière la façade de l’IC, la présence active d’une IE, et d'entreprendre cette revue à la lumière des connaissances modernes sur les phénomènes consécutifs.
Variabilité de l’IC.
Après une stimulation lumineuse brève et intense, on à constaté une série de processus oscillants :
19 Image consécutive positive, apparaissant 30—40 o après l’évanouissement de la sensation primitive, et durant 50 © environ;
29 Image consécutive négative ou de Purkinje, survenant après un intervalle de 160 © et durant 150—250 5;
39 Image tertiaire ou de Hess, colorée comme l’impression primaire, précédée d’un intervalle assez long et durant plusieurs secondes ;
40 Impression négative faible, pouvant se prolonger de 17" (image de Hamacker), suivant un intervalle et parfois suivie elle-même, après une nouvelle latence, d’une image quaternaire.
Un certain nombre de facteurs exercent une influence sur la succession de ces phases. L’intensité de stimulation accélère les phases initiales, augmente le nombre des oscillations et l’intensité de la sensation consécutive. C’est ainsi, on l’a vu, que le jaune brillant se prête particulièrement à un contrôle rapide de la phénoménologie de l'IC. Après des stimulations faibles, comme en produisent nos papiers de couleurs, les premières phases font ordinairement défaut, la seule image de Purkinje pouvant être notée. La clarté du champ sur lequel on projette les images a également son importance, un fond trop lumineux gênant l’observation et raccourcissant les phases. Mais il existe une luminosité optima, la latence étant moindre alors que sur fond trop sombre ; le choix de nos écrans gris, le souci de ne pas trop les éclairer, ont pratiquement répondu à ces exigences.
La durée de la stimulation primaire a dans certaines limites une action analogue à celle de l’intensité, le temps optimum d’excitation étant, pour l’observation des impressions consécutives oscillantes, de 0,16”. Avec les durées de fixetion relativement longues nécessitées par notre matériel et le but de nos examens, les oscillations s’atténuent et l’image se stabilise par un effet de contraste consécutif. — Opérant au moyen d’un stimulus intense (filament incandescent) et dans les conditions d'adaptation à la
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lumière, H. Schaefer a mis en évidence le renversement de l’action exercée par la durée sur les trois phases principales : la première phase, positive, croît de 2—14" pour 5—6" d’excitation, puis décroît jusqu’à 3” pour 20” de fixation; la phase négative croît de 9-83” pour revenir ensuite à 60”; enfin la troisième phase, positive, à une durée croissante jusqu’à 5” après 20” de fixation. Des variations analogues, quoique très amorties, peuvent se retrouver dans nos conditions d’expérience. Après adaptation à l'obscurité, il y a allongement continu de toutes les phases avec la durée de stimulation. — Les conditions binoculaires d'observation entraînent, par rapport aux monoculaires, une diminution de latence.
La variabilité individuelle de la durée, absolue ou relative, des phases successives paraît considérable. Schaefer trouve, dans l'étude de 22 sujets, des différences allant de 1 à 20. Escher, Desrivières et Jonnard, chez 3 sujets, trouvent, à 300 lux, des durées d'images allant de 7 à 20” et à 1000 lux, de 12 à 33”. Comberg a décrit des types individuels caractérisés par la stabilité ou la labilité de leurs post-images. Mais les données qui permettraient une élaboration statistique satisfaisante manquent encore.
On ne saurait donner trop d'importance à ces dernières constatations dans la critique des ,,phénomènes eidétiques‘* du premier degré, d'autant plus que des variations sont possibles non seulement d’un sujet à l’autre, mais aussi d’une image à l’autre. Ainsi, d’après nos connaissances sur les différentes phases des sensations consécutives, les IC positives brèves (v. série I, sujet 42 B 1 et série IIT, sujet 1) ne peuvent être considérées comme eidétiques, et l’existence de variations individuelles étendues supprime même comme critère certain d’eidétisme une positivité homogène prolongée (v. série I, sujet 16, N° 2, sujet 24, N° 3 et série IT, sujet 131, N° 7). Les mêmes réserves s'imposent dans l'interprétation de la longue durée de certaines IC. Meenes et Morton, étudiant les IC physiologiques des eidétiques, les trouvèrent plus fréquentes, plus rapidement acquises, plus souvent positives, plus détaillées et plus persistantes que celles des non-eidétiques; mais pourquoi voir là une conséquence de la disposition eidétique, plutôt que l'indice d’une vivacité particulière des sensations qui elle, pourrait exercer une influence sur l’acquisition des IE, ou attester une labilité, propre aux eidétiques, de l’ensemble du système sensoriel en jeu; il ne s’agit en tout état de cause que de résultats statistiques, dont l’application aux cas particuliers ne peut être probante.
L’eidétisme du premier degré ne pourrait être dépisté qu’au moyen d'éventuelles irrégularités des post-images. Doit-on considérer l’indépendance réciproque, totale ou partielle, de l’image et des mouvements oculaires, comme l’une de ces irrégularités ? Evidemmentnon,puisquepar définition l’origine rétinienne de l’IC l’asservit aumoindre déplacement de l’œil. Par conséquent dès qu’une image (ou l’une de ses parties) se désolidarise de la direction du regard, se prête à un examen libre, il ne s’agit plus d’une IC.
Pour découvrir les eidétiques latents, l'Ecole de Marburg a beaucoup compté sur les écarts de la loi d’Emmert, fussent-ils minimes (J/aensch, Fischer et Hirschberg). On connaît l'énoncé de cette loi: les dimensions linéaires de l'IC sont proportionnelles à la distance entre le sujet et le plan de projection. Kiesow cependant insiste sur les difficultés et les possibilités d'erreur de pareilles mesures: le sujet doit en effet, tout en fixant immuablement le centre d’une vaste IC projetée à distance (jusqu’à 1,502 m), porter son attention sur une périphérie qui demeure plus ou moins dans le vague. Lorsqu'on opère avec de petites IC, elles respectent la loi d’Emmert même chez les eidétiques les mieux doués. Inversément, des individus non eidétiques, projetant leurs IC à quelques mètres, ont des images constamment plus petites (de quelques centimètres) que les IC prévues par la loi (Noll). Enfin, même chez les grands eidétiques, les écarts les plus prononcés restent relativement très faibles (Kiesow). Dans ces conditions, il nous semble impossible de considérer ces désobéissances partielles des IC à la loi d’Emmert comme un critère certain d’eidétisme.
Parinaud, dans son livre sur la Vision (1888), s'appuie sur le transfert de l’image d'un œil à l'autre, pour justifier sa conception de l’origine centrale des post-images. De
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Etudes sur les images eidétiques A5
nos jours leur nature rétinienne est solidement établie; mais si le transfert ne peut être le fait que d’une image centrale, deviendra-t-il l'instrument de choix pour seinder de l’IC une composante non rétinienne, peut-être eidétique? Les eidologues ne semblent pas avoir examiné cette question, à laquelle les essais de Quercy donnent d’avance une réponse négative. En effet, bien que l’on puisse croire regarder par le seul œil droit une image acquise par l’œil gauche, en réalité celui-ci ne s’est pas laissé exclure, et c’est toujours lui qui la voit. , Devant l’œil gauche fermé, et sous l’œil droit ouvert qui croit la regarder dans la lumière, elle prend alors les qualités des post-images vues les yeux fermés‘ (Quercy).
Le sujet 136 de notre seconde série fournit un exemple fort démonstratif (A 5) du mécanisme décrit par Quercy. Nous reviendrons sur son cas. Remarquons seulement en passant qu’une image est décrite comme ,,beaucoup de petites étoiles qui tournent‘: tandis que ces mouvements au sein de l’exesthème ne sont pas d'observation courante avec les IC complémentaires, on sait que l’intérieur des IC positives, déclenchées par la stimulation d’une lumière blanche, est souvent animé d’un grouillement confus. Dans un autre cas (v. série I, sujet 42, B 9 sqq) l’image transférée paraît purement consécutive (négativité, manque de détails internes, liaison au regard), alors que l’image binoculaire présentait trois caractères dont nous reconnaîtrons bientôt la spécificité eidétique: immobilité sous le regard, apparition successive des détails, juxtaposition de détails négatifs et incolores.
Transformations des IC.
La plupart des variations que nous venons d’énumérer dépendent de conditions opto-physiologiques rétiniennes et concernent moins les perceptions visuelles sans l'intermédiaire desquelles leur étude serait d’ailleurs impossible, que les sensations consécutives proprement dites. Mais il existe une catégorie de transformations portant particulièrement sur la saisie aperceptive de l'impression consécutive. Dans le cadre de ces faits, Schroff a constaté que ta suggestion peut imposer à l’IC d’amples variations de forme et de couleur; elle peut aussi la soustraire partiellement à la loi d’Emmert.
Un facteur de transformation plus général est constitué par l’influence de la Forme (Gestalt). D’après les travaux dirigés par Koffka, la plasticité des IC sous l'action des facteurs de structure serait plus grande encore que celle des perceptions directes. On sait que l’IC d’un cercle non fermé transforme celui-ci en un cercle régulièrement clos. Un de nos sujets a décrit des images subjectives présentant, l’une la correction dans le sens d’un système parallèle d’un groupe de lignes légèrement sinueuses, d’autres la transformation consécutive en losanges de carrés perçus inclinés (v.sérieT, sujet 42, B11 et 17——19). Dans les IC obtenues avec notre matériel et où l’oie forme un ensemble de coloration homogène avec la silhouette du petit paysan (6 dans la série 1, 7 dans la série IT), alors que sur la vignette seul le contour de la volaille était dessiné, une ,,Umrissfigur‘* est devenue une ,,Flächenfigur‘‘, pour emprunter la terminologie de Rothschild dans son travail consacré à l’influence de la Forme sur la post-image.
Enfin, lorsque des IC, vertes, de figures rouges, sont centrées par un point rouge (v. série I, sujet 24, N° 1 et sujet 44; 14 sujets de la série IT), lorsque des IC négatives sont entourées d’un halo de coloration positive (v. série I, sujets 10 À 2, 12 À 2, 26 et 38 À 2; 4 sujets de la série IT; série III, sujet 1), l'explication des faits par une action de contraste simultané paraît satisfaisante. Certes, Jaensch a voulu voir dans le mécanisme de ce phénomène de contraste optique une survivance eidétique, mais la théorie de Hering, suivant laquelle chaque excitation rétinienne tend à provoquer dans le territoire voisin un processus complémentaire, demeure autrement mieux fondée.
Conclusion.
Si les données opto-physiologiques et opto-psychologiques sur les phénomènes visuels consécutifs ne permettent pas d’exclure définitivement l'hypothèse du parasitage de l’IC par un élément eidétique, elles montrent cependant qu'aucune preuve rigoureuse de cette composition n’a encore été apportée, puisque tous les faits consti-
46 M. Gressot
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tuant l'argumentation des eidologues classiques sont réductibles à des processus
généraux, dont on peut aussi bien démontrer l’action chez des sujets non eidétiques. = s 7 Sn inte . ,
T1 serait arbitraire de considérer comme eidétiques, pour la seule raison qu’on les
rencontre également chez les eidétiques, des phénomènes d’importance générale, et de”
conclure ensuite de leur quasi-universalité à celle de l’eidétisme. La preuve de l’eidétisme ne peut être apportée que par des caractères nettement étrangers à la phénoménologie de l’IC; or, cette spécificité manque aux prétendus critères de l’eidétisme du premier degré. Nous pensons donc que ce dernier doit être relégué dans le domaine de l'hypothèse, que l'Ecole de Marburg prétendait lui avoir fait quitter.
Eidétisme du deuxième degré.
Ses principaux traits, définis d’une part par Jaensch, de l’autre par Fischer-
Hirschberg, peuvent se résumer ainsi: La fixation n’est plus nécessaire dans tous les cas; on n'obtient d’IE fidèles que pour des objets simples; avec des objets complexes, les IE prennent une coloration homogène, sans reproduire aucune particularité de l’ensemble ni de ses parties.
Afin d'échapper aux critiques formulées contre les manifestations ,,eidétiques"* du premier degré, quel caractère nouveau les IE du second degré montreront-elles ? La localisation des post-images est étroitement, absolument dépendante de la direction du regard; dans quelque direction que celui-ci se porte, si minime que soit son déplacement, l’IC le suit, ou semble parfois le précéder; aucun artifice ne peut l’en dissocier, nul effort ne permet aux yeux, rivés au point de fixation, de la parcourir. Or, si une image subjective esthésique, soustraite à cette servitude, peut être examinée à loisir, ce n’est plus une IC mais une IE. Qu’une telle image soit acquise par fixation (v.série I, sujet 2, sujet 32, N° 2 et 5, sujet 42, sujet 43, N° 3; série IT, sujet 56) ou en examen libre, ce caractère de non-soumission aux mouvements du regard est le sceau de son originalité eidétique. La liberté de l’image dans ses rapports avec l’inclinaison latérale de la tête (v. série IT, sujet 7, B 14 et sujet 131, N° 8), revêt une signification semblable, et la solidarité de l’image et de l’écran dans les rotations de celui-ci (v. série I, sujet 38, A 14; série IT, sujet 7, B 15 et sujet 35) est une preuve particulièrement démonstrative de l’absence de localisation rétinienne.
Relative ou limitée aux mouvements oculaires de faible amplitude, cette stabilité n’en garde pas moins sa valeur diagnostique. Dans un de nos exemples, les parties périphériques, dont le regard tend à s'éloigner, le suivent avec moins d’empressement que le point central; il en résulte un compromis, le regard paraissant étirer l’image dans sa longueur (v. série I, sujet 17). Ailleurs, l’œil peut librement examiner une image dans un rayon de 5 em, mais la mobilise s’il dépasse cette limite (v. série I, sujet 42, B2et 12).
Certes ceux qui réservent la découverte d'IE esclaves du regard ne jugeront pas indispensable le critère de la stabilité. Mais il faut considérer que les objets les plus aptes à susciter des IE du deuxième degré favorisent aussi la formation d’IC, et que les structures internes de ces deux genres d’images (coloration homogène, absence de détails) diffèrent trop peu pour qu’on puisse sûrement les distinguer sans recourir à l’examen de la mobilité. Et même après l'examen libre, si l’objet est petit (5 em) et simple, il est difficile d'éviter qu'une IC vienne parasiter l'IE (Quercy). D'autre part, quand la dimension dépasse une certaine valeur optima, la durée de l’IC diminue (Jablonski); voilà une raison de présenter des vignettes aux dimensions variées.
Une image du deuxième degré se déplace-t-elle dans la direction du regard, deux points restent à examine: : sa coloration, ses rapports avec la loi d'Emmert. Dans une IC provoquée à la lumière naturelle et comportant un jeu de deux ou trois couleurs,
toutes celles-ci passent au même moment par la même phase: l’image peut être com-
plémentaire, positive, ou parfois incolore, mais jamais ne présentera simultanément ces deux ou trois états. La simultanéité de colorations contraires, la juxtaposition de fragments d'images positifs et négatifs, deviendra un critère d’eidétisme. Alors la
coloration positive apparaîtra tantôt à la périphérie de l’image (v. série I, sujet 13, A 1; 3 série II, sujet 136, A 1 ; série IIT, sujet 1), tantôt au centre, comme dans les post-1mages
, négatives centrées par un point noir, d’eidétiques bien doués (v. série I, sujet 10, A 1, D ‘À sujet 32, A 1, sujet 38, A 1 et série II, sujet 7, B 1). De leur côté, les physiologistes ont noté dans la rétine périphérique une persistance plus grande de l’image positive pri- maire de Hering (Granit), tandis que l’image négative, plus brève à la périphérie
(Frôhlich), apparaîtrait avec un certain retard dans la région fovéale (Fréderick); l’accord n’est toutefois pas réalisé sur cette question (P. Müller). Mais il s’agit là, en tout état de cause, de variations imperceptibles, soustraites à notre méthode relativement grossière d'observation et incapables d'expliquer la co-existence de colorations de signes contraires.
Les infractions à la loi d'Emmert n’ont le plus souvent qu’un intérêt restreint. Mais il arrive qu’une image réagisse à la distance dans un sens franchement opposé, se comportant comme la perception d’un objet réel que l’éloignement rapetisse (v. série II, sujet 7, B 13). Ou encore la distance peut n’exercer aucune sollicitation sur l’image, celle-ci conservant des dimensions invariables. Dans les deux cas, nous sommes loin d’une différence de quelques centimètres, mesurée avec une précision douteuse : il s’agit d’une perception qualitative globale. Les variations émmertiennes de simples post-images diffèrent par le plus ou le moins, mais évoluent toujours dans le sens de la loi; ici, nous constatons ou de l’apathie, ou un changement de sens. Bien que peu fréquente, l’inversion de la loi d’ Emmert prend la valeur d’un critère d’eidétisme.
Quant au transfert‘, sans doute ne prouve-t-il pas par lui-même la qualité eidétique d’une image, mais il va sans dire que l’ensemble des critères de l’eidétisme s’applique également à l’image monoculaire transférée. On sait déjà que l’image transférée eidétique peut fournir la preuve de la latence d’une IE sous le couvert de la post-image (v. série I, sujet 38, A 17 et série IT, sujet 7, B 18). É
Nous n’avons trouvé que trois sujets dont les images correspondissent sensu stricto au second degré d’eidétisme. L'un d’eux (v. série IT, sujet 56) décrivit des images complémentaires, avec halos en coloration positive, mais immobiles sous le regard. Chez un autre (v. série I, sujet 17) on a déjà noté un allongement de l’image dans le . déplacement latéral du regard. Enfin le troisième (v. série IT, sujet 136) qui se distingue par la fréquence de ses IE spontanées, semblables à des ombres, a produit également des IE expérimentales du deuxième degré (v. N° 1 et 3). Dans une acception plus large, nous pouvons citer les sujets 2, 12, 17, 18 et 24 de la série I.
CU TP Re NN PR PT Te EP SOS A A APM IE
d'il 7 né
DE. VONT. nr)
Eidétisme prononcé.
Les critères dont le second degré d’eidétisme nous a donné l’occasion de discuter s’appliquent naturellement aussi aux degrés supérieurs. Si d’ailleurs le degré se détermine d’après les images les:mieux venues, un eidétique bien doué reste parfaitement susceptible de produire des images appartenant aux types inférieurs. Cependant l'IE n'étant pas une vision inconstestée, commune à tous, il est bon de multiplier les signes qui permettent de la reconnaître.
Le troisième des degrés classiques comprend des images dont l’ensemble est encore vague et homogène, voire à peine marqué, mais sur lesquels un ou plusieurs détails se dessinent dans toute leur complexité. Au quatrième degré, l’image entière apparaît avec une netteté moyenne. Il existe enfin des reproductions subjectives très distinctes, en couleurs originales, des vignettes les plus compliquées (cinquième degré).
La fixation d’un point de l’objet peut demeurer nécessaire jusqu’au quatrième degré (v. série I, sujet 42), bien que dès le second, elle ne soit pas toujours indispensable (v. série II, sujet 136, À 1). Tant que l’examen libre porte sur de petites vignettes et induit des images mal structurées, il faut user de scepticisme dans l’interprétation des résultats. Mais si avec un objet dépassant 6 em? on obtient une copie subjective aisément lisible, il faut attribuer à l’examen libre le rang d’un critère d’eidétisme, même dans les cas, rares sans doute, où l’image vient à suivre la direction du regard, car seule une fixation rigoureuse pourrait causer une post-image aussi distincte. Ceci paraît
48 M. Gressot
Re
d'autant plus vrai que la vignette est pauvre en contraste et que l’image induite est riche de détails formels ou colorés.
Néanmoins, malgré l’enseignement de l'Ecole de Marburg, il importe beaucoup plus d'examiner si l’image subjective peut être ou non parcourue du regard, que de raisonner sur le mode d’examen préalable, car le premier signe est plus répandu que le second, ce qui renforce sa valeur diagnostique. Ceci dit, il n’en reste pas moins quê tous deux ne sont que des aspects complémentaires de l'indépendance des TE par rapport aux localisations rétiniennes. Cette indépendance étant suffisamment prouvée par un seul de ces deux signes, l’absence de l’autre ne peut être le fait que de facteurs subjectifs sans relation avec la physiologie optique; mais on peut prétendre qu'il en va encore de même si tous deux font défaut, à la condition que d’autres critères aient attesté l’existence d’une IE.
L'apparition d’un détail isolé (v. série T, sujet 38, À 5 et série IT, sujet 131, N°1) peut être considérée comme le cas le plus simple de l'apparition successive des détails (v. série I, sujet 13, N° 3, sujet 42, BS8 et série II, sujet 131, N9S 2 et 3). Entre tous les expérimentateurs, seul Cramaussel rejette la valeur symptomatique de ce dernier phénomène, en arguant de sa fréquence dans l’histoire de l’image mentale. Nous pensons que le nœud de la question est constitué par le degré de vividité de l'IE; pour autant que cette dernière ou ses parties soient réellement vues, comme le certifient les eidétiques les plus dignes de foi (C. Schneider, eidétique lui-même, fait autorité en la matière), l'apparition successive des détails représente bien un critère d’eidétisme. Les apparitions tardives (v. série IT, sujets 131 et 136) ont probablement une signification semblable.
Latente ou évoquée, l’image mentale co-existe certainement avec les images subjectives esthésiques, et l’on comprend que certains aient voulu réduire l'IE à deux composantes consécutive et représentative. Heureusement l'affirmation de la vividité, quoique primordiale, n’est pas le seul moyen de différencier les TE des images mentales. Après nombre d’observateurs (Urbantschitsch, Kiesow), nous avons surpris entre ces deux catégories de phénomènes des conflits (v. série I, sujet 42, B 15 et sujet 43, N°5) à la suite desquels l’image ,,revue‘* corrigeait la représentation. Urbantschitsch a même démontré expérimentalement la présence, dans certaines IE, de détails enregistrés par une sensation primitive inconsciente. En outre, tous nos eidétiques, leurs images effacées, restaient parfaitement capables d'imaginer vivement, de décrire ..de tête" les vignettes. Cette persistance de l’image mentale bien après l'IE concrète dont la disparition ne l’affecte pas, est un fait absolument général, aussi était-ce inutile de le noter dans chaque cas; mais quelques sujets l’ont mentionné spontanément (v. série TI, sujet 38, À 15; série IT, sujets 7 et 35). Le défaut de continuité entre les deux genres d'images se remarque également à la disparition relativement très rapide de l’image sensorielle, à l’absence de formes transitives.
Ainsi s'achève la revue des principaux facteurs phénoménologiques garants d l’authenticité des manifestations eidétiques, envers les post-images et les représentations visuelles banales. Chaque critère isolé devrait suffir à imposer le diagnostic eidétique, mais il est évidemment souhaitable de confirmer celui-ei de divers côtés, et la concordance de plusieurs preuves sera précieuse dans les cas peu prononcés (v. série I, sujets 2, 13, 16, 17; chez le sujet 56 de la série II, la concordance fait défaut). Faute d’argument péremptoire, quelques signes fournissent une indication utile et acquièrent une valeur démonstrative par leur corrélation avec un caractère mieux établi. L’attitude du sujet, par exemple, impuissante à convaincre par elle-même (v. série IT, appendice), aidera à distinguer une IE d'une image mentale, surtout chez les enfants dont il faut craindre l’approbativité (v. série I, sujets 45 et 46).
L'apparition d’une coloration positive uniforme (v. série I, sujet 24, Nos 3, 4, 6) après fixation d’un objet simple engagera à poursuivre l’expérimentation, et sera un indice eidétique d'autant plus sûr que les IC du sujet ont été régulièrement complémentaires; la coloration positive d'images complexes aura une valeur encore mieux
vd
établie. La relation d'IE spontanées incitera à interpréter dans le sens eidétique des phénomènes douteux (v. série I, sujets 10 et 12). Les auteurs français ont fait remarquer que la répétition des épreuves était souvent fatale à ce qu’on aurait pu prendre d’abord pour des IE, et ont fait état de cette extinction progressive pour discréditer les recherches en série qui ne multiplient pas les observations pour chaque individu. Certes, la chose n’est pas rare (v. série I, sujet 2, N° 5 et sujet 18, N° 4; série IT, sujet 43 et sujet 136, N° 1), qu’elle provienne de la fatigue ou d’un éveil de l’auto-critique troublant les conditions d'expérience. Mais on trouve généralement l'inverse, c’est-à-dire que la qualité des images s’améliore au cours d’une séance, l’individu apprenant à les mieux percevoir. Certains font des progrès d’une séance à l’autre et nous avons pu assister, dans un cas que nous n’avons pas rapporté ici, à un véritable apprentissage eidétique. Dans le même ordre de faits, la netteté progressive d’une image (v. série I, sujet 18, N°3) est un signe favorable, qu’une IC ne saurait présenter. Le ,,décalcage‘ des IE par le dessin est un procédé dépourvu d’importance diagnostique (Politt). Enfin,
la longue durée du phénomène (au-delà d’une minute) fournit un indice d’eidétisme
(v. série I, sujet 32, N° 2 et série IT, sujet 131), valable seulement toutefois en présence d’autres symptômes; il en va de même pour la continuité des images non soumises à des disparitions et réapparitions périodiques.
On le voit, presque tous les critères des eidologues classiques sont utilisables, mais non sans d'importantes restrictions. Le tableau suivant tient compte de leur inégale valeur :
Critères de l'IE ou les signes spécifiques de son authenticité.