PAF. NN
lui plaise, l’étonne simplement ou l’obsède, paraît une étrangère au sujet qui en subit passivement le bon plaisir. Les récits que nous avons recueillis ne sont pas très explicites sur la mobilité des personnages eidétiques, sur la transformation active des visions ; 11 semble que les rares transformations perçues au sein des images se soient effectuées par substitution de parties entières (v. série II, sujet 136, B IL), et que l’impression d'animation ait été donnée par une succession d’attitudes fixes (v. série I, sujet 42); le scintillement caractéristique de tant de visions aurait pu aussi procurer à lui seul l'illusion du mouvement.
Sans avoir besoin d’en dire plus, nous reconnaîtrons dans nos exemples les deux grands types distingués par Jaensch : TE voisines des IC, IE voisines des représenà tations, caractérisées celles-là par leur automatisme, celles-ci par leur plasticité (v. | introd. hist.). À ce propos remarquons que la même personne dont les images hallucinosiques éminemment plastiques procèdent sans doute d’un mécanisme compensatoire d’ordre affectif, cette mère qui revoit sous les couleurs de la vie une enfant perdue depuis peu, est sujette également à des IE ,,tétanoïdes‘ typiques. Et la recrue dont l’attention tant soit peu concentrée éveille des images concrètes volontaires, projetées sur fond noir, reste impuissante à faire cesser la succession automatique des 3 visions qui surgissent l’instant d’après derrière ses paupières. Nous ne pouvons donc pas corroborer la constatation d’une opposition entre les deux types.
Quant aux contenus des images, ils sont des plus variés: personnages, scènes, objets, vues de nature. La discussion des processus de ,,sélection‘* fera ressortir leur dépendance des affects. Mettons à part dès maintenant les visions autoscopiques et les ; scènes où le sujet joue lui-même un rôle (v. série I, sujet 42, A I 1; série IT, sujet 136, : BIlet 2). é E- Nous n’avons pas trouvé, entre IE spontanées et expérimentales les formes de G transition que leur homologation semblerait requérir et qu’auraient pu devenir des images acquises pendant l’examen eidétique, mais libérées ensuite de tout lien temporel avec lui. Aussi n’avons-nous pu adopter de classification commune. il ne semble pas y avoir non plus de liaison rigoureuse entre les deux groupes. Chez le sujet N° 10 de la première série, dont on connaît les visions spontanées, notre examen est resté négatif; les sujets N°S 35 et.131 de la deuxième série, eidétiques avérés, ne se rappellent : aucune IE spontanée. Mais dans l’ensemble, on peut constater que les eidétiques z prononcés, aux belles IE expérimentales, sont également sujets aux IE spontanées.
hi > doit
IE expérimentales.
Le mélange des images subjectives.
En partant des critères de l'IE, nous remarquerons mieux l’impasse où s’est engagée l'Ecole de Marburg, en voulant dépister l’eidétisme latent par des aberrations de la post-image. En effet, un caractère phénoménologique devient critère d’eidétisme parce que sa présence au séin d’une IC serait contradictoire ; d’où l’absurdité de vouloir prouver la spécificité eidétique d’une anomalie de l’IC. Mais tandis que la post-image renie par définition la totalité des critères cardinaux de l'IE, il suffit à celle-ci de contredire à un seul caractère primordial de l’IC pour conquérir son authenticité; ainsi la symptomatologie de l'IE est beaucoup moins fixe que celle de l’TC, à laquelle elle peut emprunter un ou plusieurs traits, sans perdre son originalité. J'aensch exprime catégoriquement l’opinion que si les vignettes fortement contrastées (silhouettes par exemple) provoquent facilement des IE, ce n’est pas seulement parce qu’elles forcent l’attention volontaire, mais surtout parce qu’elles proposent à l’éventuelle IE une manière de
| canevas consécutif grâce auquel les phénomènes eidétiques peu prononcés donnent É souvent l'impression de processus purement opto-physiologiques.Ceci dit, retournerons- - nous le raisonnement fait plus haut, et proclamerons-nous impossible de prouver avec 3 certitude le parasitage de l’TE par la post-image ?
à Avant de répondre, remarquons que plusieurs des caractères qui opposent l'IE à V’IC, la rapprochent par contre de la perception de l’objet réel qui lui aussi, lui avant
tout, ne suit pas le regard, rapetisse en s’éloignant, ne change pas de couleur, offre des particularités structurales complexes. Les autres signes (évocation retardée, apparition successive des détails ov netteté progressive, persistance) l’apparentent aux souvenirs visuels. Tous ces signes négateurs d’'IC, mais appartenant en commun à l'IE et à l’image mentale ou à la perception, deviennent toutefois critères d’eidétisme lorsqu'ils s’appliquent à une image sensorielle, sans matière mais littéralement vue, dont on sait qu’elle n’est ni la perception actuelle d’un objet réel, ni une simple représentation visuelle. Au contraire, l’étroite dépendance d’une localisation rétinienne, la complémentarité, l'agrandissement proportionnel à la distance, sont inconditionnellement symptomatiques de la post-image et constituent des preuves de son caractère esthésique spécifique, car il est exclu qu'un sujet non averti imagine ces signes que contredirait toute son expérience perceptive.
Or, si l’on ne peut démontrer absolument le mélange d’'IC et d’'IE — ce serait prouver qu'une IC est une IE, ou vice-versa, — on ne peut pas davantage le nier systématiquement. Nous avons donné des exemples où le transfert d’une post-image donne une IE, et dans un de nos cas, du transfert d’une IE est sortie une IC. Il faut dès lors admettre théoriquement, ou bien que les deux images s’excluent l’une l’autre, la perception la plus faible étant inhibée, suspendue, rejetée par la perception dominante dans une existence virtuelle, dont le transfert peut la tirer en supprimant son antagoniste; ou bien qu’elles combinent leurs caractères dans une proportion à déterminer, l’image récessive ne se manifestant que par ses caractères accessoires, OU par une atténuation des caractères spécifiques de la dominante.
Dans ces conditions, les caractères consécutifs susceptibles de varier (coloration, soumission à la loi d'Emmert, précision des détails, durée) ne peuvent entrer en Composition qu'avec un caractère eidétique purement relatif, avec lequel la vie perceptive ou la mémoire visuelle ont familiarisé le sujet, et dont il est impossible de démontrer sil manifeste l’action modificatrice d’une IE, d’une forme perceptive ou d’une suggestion. Inversément, toutes les particularités de le post-image peuvent se trouver dans l'IE, pourvu qu’elles n’y apparaissent pas ensemble, et pour autant que l’on considère que l’asservissement au regard et la nécessité d’une fixation préalable ne supposent pas ipso facto une localisation rétinienne (bien que les signes contraires renient strictement cette dépendance anatomo-physiologique).
Mais l’inversion d’une teinte en sa complémentaire ainsi que l’accroissement des dimensions de l’image avec la distance entrent en conflit avec toute l'expérience du sujet, qui tendrait plutôt à empêcher la manifestation de traits que l’IC seule, dans les conditions naturelles, revendique. Dès lors, qui rendre responsable de leur participation à la phénoménologie d’une IE, sinon une post-image latente, décelable indirectement grâce à son action? Et pour avoir rejeté la valeur probative des anomalies prétendues eidétiques de l’IC, la refuserons-nous à leur tour aux survivances consécutives de l'IE?
Pas d'emblée, si le sujet ne connaît rien des sensations consécutives. Oui, par contre, s’il s’est déjà familiarisé avec l’expérimentation, à la suite de laquelle il aura peut-être acquis des formes perceptives nouvelles, où dont le souvenir pourra exercer une action suggestive. L'IC étant commune à tous, quoique sa perception soit le plus souvent neutralisée dans les conditions naturelles, on comprend la vanité de toute distinction rigoureuse entre les deux catégories d'individus. Mais pratiquement cette distinction conserve de l'importance, c’est pourquoi Quercy recommande de commencer les examens par la recherche des IE, pour ne recourir qu’en second lieu à la comparaison au moyen de l’IC; pourtant ses propres échecs ont montré combien ce procédé favorisait de confusions entre les images mentale et esthésique.
Aussi avons-nous ru bon d'adopter une attitude intermédiaire: dans la simple recherche des images, nous avons d’abord provoqué une IC, tandis que dans l’étude phénoménologique nous avons toujours fait varier l'IE avant la post-image. Même ainsi, le sujet, ignorant la théorie des couleurs, ne remarque pas que son IC est complé-
ds
mentaire, mais seulement qu'elle a une couleur différente de l’originale; le premier % résultat après fixation d’une figure rouge n’influencera donc point, par exemple, la couleur de l’IE d’une figure jaune examinée librement, sinon pour uniformiser la teinte des deux post-images, éventualité que nous n’avons jamais surprise. Les réserves pré- - cédentes cèdent dès qu’il s’agit d'interpréter une image dont certaines parties sont __ positives et d’autres négatives, ces dernières dépendant très probablement d’une sensation consécutive.
Quant aux rapports de l’image avec la distance (invariance ou agrandissement), cet élément s’apprécie plus difficilement que la couleur, pour les raisons déjà énoncées; É seules les réponses indubitables d’un bon observateur deviennent significatives, pour autant qu'il n’ait jamais encore constaté l’agrandissement d’une IC progressivement É éloignée. Enfin, la mobilité partielle d’une IE, dont le regard entraîne une région tandis que les autres restent stables, laisse elle aussi supposer l’action d’une post-image partiellement inhibée.
Les raisonnements précédents nous permettent de conclure au parasitage de certaines TE peu prononcées par une IC latente, à l’intégration de caractères consécutifs aberrants dans une IE avérée, bref, à des formes de transition, ou plus exactement à des formes composées, car il s’agit moins d’un glissement insensible d’une forme à l’autre que d’un mélange de caractères conservant leur individualité, moins d’une fusion que d’une mosaïque. :
É Il faut parler, dans certains cas, d’une juxtaposition, au sein de l’image, de détails eidétiques positifs et de parties consécutives négatives, ces dernières pouvant alors présenter l’ensemble des normes de l’IC. Cela ne surprendra pas, si l’on considère que | l'IE se forme parfois, comme un puzzle, par appositions successives de détails; un . détail consécutif aura alors remplacé son antagoniste eidétique, ou encore un détail eidétique isolé surgira au milieu d’une IC. Nous reviendrons sur l’apparente opposition
de cette hypothèse atomistique à la conception unitaire formelle, en discutant la par- ticipation respective de la rétine maculaire et de la rétine périphérique dans l’élabo- ration, non plus des IC, mais des IE.
* Ainsi, après avoir infirmé la transformation eidétique de l’IC, nous réduisons encore la part de l'IE, en reconnaissant la conquête de ses formes inférieures par la post-image. Mais ces formes composées, loin de favoriser la confusion, vont nous permettre au contraire, grâce à leur structure parcellaire, de préciser la nature du phénomène eidétique. En attendant, elles constitueront notre première classe d’IE expérimentales.
Classification.
Les degrés d’eidétisme de l’Ecole de Marburg paraissent établis d’après l'hypothèse d’une évolution continue partant de l’IC pour aboutir, en ligne idéale, à une IE, reproduction parfaite de l’objet ; le mode d’acquisition (fixation ou examen libre) joue dans cette classification un rôle discriminatoire important. Mais nous savons que le premier degré de Jaensch n’est pas viable et que le mode d’acquisition de l’image le cède en importance spécifique à sa stabilité sous le regard. On pourrait concevoir une
autre gradation, selon le nombre de critères cardinaux auxquels chaque image répon- drait; nous pensons que la trop grande laxité phénoménologique des IE se prêterait mal à une telle systématisation. Nous avons essayé de grouper les données de notre
modeste expérience dans les catégories suivantes, en procédant, comme les eidologues, de l’imparfait au plus parfait :
| 1er degré : Formes composées, dans lesquelles se manifestent des caractères consé- - cutifs aberrants ou qui englobent un territoire consécutif et des détails eidétiques. Les principaux caractères consécutifs en cause sont la coloration négative, l'agrandissement avec la distance et l’asservissement aux mouvements du regard.
| 2me degré : Images sans survivances consécutives, mais incolores (achromatopsiques). | 3me degré : Images colorées (chromatopsiques).
4me degré (hypothétique): Images en relief.
54 M. Gressot
Relevons que le passage d’une classe à l’autre met en œuvre des mécanismes ductifs qui marquent l'originalité de chacune d’elles :
1° Inhibition de l’IC, même après fixation.
20 Participation du sens chromatique.
30 Participation du sens stéréoscopique.
Quelques rapports de la disposition eidétique avee la personnalité. Hérédité de la disposition eidétique.
La constatation d'IE à la fois chez parents et enfants, la proportion de sujet eidétiques à l’intérieur d’une famille, supérieure à celle d’un groupe réuni par le hasar tels sont les faits qui permettent de conclure à une transmission héréditaire de la disp sition eidétique. Afin d'éviter toute contestation dans l’utilisation de nos résultats pour rendre nos séries aisément comparables, nous ne compterons d’abord dans not statistique ni les sujets dont les images les mieux venues sont mélangés de traits cons cutifs (images mixtes), ni ceux en-dessous de 19 ans, âge moyen des recrues, ni ceux qi ne présentent que des IE spontanées ; enfin, nous ne tiendrons pas compte des conjoint Le résultat global de 16 cas positifs sur 50, dans la première série, s’en trouve ramen à 2 sur 26, en regard de 4 sur 150 dans la série IT, proportion encore assez éloque - Compte tenu des IE dont nous avons constitué notre premier degré et des IE spontan caractérisées, nous obtenons, conjoints et enfants mis à part, une première série de sur 26, d'autant plus intéressante que dans 2 des 3 cas de troisième génération qu'elle renferme, le conjoint de la seconde génération n’est pas eidétique.
Si de la disposition des 16 cas positifs sur le tableau généalogique de la premiè série, nous cherchons à déduire le mode de transmission héréditaire de la dispositioi 1 eidétique, nous constatons d’une part que des enfants dont les parents sont tous deux eidétiques n’ont pas hérité de cette particularité (sujets 20 et 44), d’autre part que di
fois pas démontrer, dans ce dernier cas, que les parents n’aient jamais eu d’imag eidétiques, par exemple dans leur jeunesse. Cependant, sur 8 jeunes eidétiques, 6 sont issus de parents affectés de la même disposition, et dans trois cas les deux ascendan sont positifs. Les données précédentes suffisent pour établir que la disposition eidétiq n’est pas génétiquement dominante. :
Elle n’est pas non plus liée au sexe. La proportion des cas positifs est de 9 homm pour 7 femmes (en dédaignant les IE spontanées que 2 femmes ont eues exclusivemen le nombre des hommes l’emporte de 4): L’eidétisme serait-il alors un facteur réces ce que donnerait à croire la faible proportion de 4 pour 150 dans la série IL? Les lignées des sujets 2, 22 et 32 de la première série cadreraient avec cette hypothèse; mais comment la concilier avec la véritable dichotomie (6 cas positifs, 6 cas négatifs) apparue à la seconde génération, à supposer même que les deux parents eussent été porteu se du gène? Dans l’ensemble, on ne pourrait done parler que de tendance récessive.
Il faut avouer notre impuissance à rien déterminer dans un domaine où seuls 1 grands nombres feraient loi. On sait combien l'espèce humaine se prête peu à une étu mendélienne des gènes normaux ou pathologiques. La difficulté est encore accrue dar le cas présent, car l’eidétisme représente moins une particularité bien définie qu'un tendance à produire des images fort diverses, une capacité variable dont la démons tration ,,phénotypique‘* est incertaine et jamais directe, et qui dans la plupart des ci s'éteint au cours de l'adolescence. Dans ces conditions, il est déjà intéressant d’avoir pu montrer Sa participation au patrimoine héréditaire d'une famille où elle persiste chez plusieurs adultes. ie LE et vie affective. +
La constatation d’une tendance sélective à ne produire d'IE que de certains objets : impressionnant le sens esthétique ou ressortissant à la sphère d'intérêts de l'individu, Le
tendance étudiée surtout par Z. R. Jaensch, pose moins le problème des rapports entre les phénomènes eidétiques et le contenu des images représentatives en général, que celui du conditionnement des IE par la charge affective de ces mêmes représentations. Kroh comptait parmi les tendances sélectives la dépendance des TE d’états d’âme ou de ,,constellations‘* psychiques (1922). Mais la méthode psychanalytique est l’instrument de choix pour révéler la valeur affective d’une image et ses diverses connexions. . Un psychanaliste, Schilder, nota l’apparition, en cours de traitement, d'IE spontanées à signification symbolistique, et montra leur dépendance d’un processus psychodynamique (1926). Deux ans plus tard, Tuczek signalait à son tour des faits semblables, en montrant que ces images opto-sensorielles n’étaient ni des produits de suggestion, ni des interprétations fantaisistes de phénomènes entoptiques; quant à leur contenu, ces visions comprenaient surtout des scènes d’enfance, minutieusement reproduites.
Les conditions de notre travail ne nous ont pas permis de pousser les recherches dans cette direction; la majorité de nos sujets bénévoles pensaient que nous les soumettions à un ,,examen de la vue‘, et il eût été d’autant plus déplacé de les interroger sur leur vie affective profonde que les séances avaient presque toujours lieu en présence de tiers. Nous n’avons pas relevé de tendance à produire une IE plutôt d’une vignette que d’une autre, la fidélité de l’image subjective dépendant de la concentration de l'attention pendant l’expérience (v. série I, sujet 2, N° 5 et sujet 18, N° 4; série II, sujet 7, N° 11 et sujet 136, B I 5; série IIT, sujet 1). Nous y reviendrons.
Mais parmi les IE spontanées dont on connaît les exemples, plusieurs semblent requérir une explication psycho-génétique. Deux questions se posent: pourquoi est-ce telle image qui est visualisée, et pourquoi à tel moment? L’éloignement dans le temps de beaucoup des faits, leur élaboration mnésique, rendent aléatoires les réponses précises. Certaines IE viennent combler une lacune de la mémoire et surgissent, dans le travail d’évocation, à la place de l’image mentale, acquérant ainsi une utilité immédiate; ainsi les chiffres eidétiques livrant le résultat d’un calcul, la monnaie eidétique venant lever les doutes d’une caissière distraite, les lettres eidétiques facilitant le travail de l’élève-dactylographe.
D’autres visions paraissent le produit d’un mécanisme de compensation : réapparition illusoire d'êtres chers décédés depuis peu, pseudo-palette marquant, au centre de la cible, le résultat ardemment désiré, tablette de chocolat convoitée par l’enfant sage, ombre alléchante d’une bouteille de vin, engageante silhouette féminine.
Quelques-unes, au contraire, se signalent par leur caractère angoissant et leurs attaches aux complexes de personnalités névrosées, comme le mari buveur et brutal se dessinant sous les yeux de l’épouse qui tient un couteau, le frère noyé dont le visage se montre à la sœur qui refoulait un sentiment incestueux à son égard, l’homme menaçant l’épouse dont il a saccagé l'existence (v. série III, sujet 2; on connaît cependant nos réserves sur ce Cas).
Beaucoup des scènes d'enfance eidétiques ressuscitent l’image de dangers auxquels le sujet à heureusement échappé; on se rappelle la peinture, sur le tableau noir, de la barque en péril (v. série I, sujet 42), les terreurs de la petite fille dans la nuit au milieu d’un bois (v, série I, sujet 32), le mystérieux campement des bohémiens voleurs d’enfants (v. série I, sujet 21). Il faut peut-être rapprocher les états psychologiques dont ils sont issus, des ,,;réactions vitales‘ de traumatisés, dont le champ de conscience est envahi par les représentations d’un accident, que reproduisent aussi leurs rêves, pendant une période plus ou moins longue.
Si l’on veut bien considérer que le centre psycho-énergétique autour duquel gravitent la plupart des phénomènes précédents est constitué par le moi individuel et que l’influence de facteurs affectifs fait subir à ces contenus psychiques une transformation plus ou moins appréciable, on se rendracompte de la naturecatathymique (H. W.Maier) du processus en jeu. On pourra dès lors opposer à ces ,,1Æ catathymiques* des ,,1E non catathymiques‘*, c’est-à-dire dont le contenu intéresse par lui-même, peut-être en vue de son utilité immédiate, mais non pas pour faire vibrer une corde affective élémen-
56 M. Gressot 5 ———————— CONTI CU ES
taire. Les sujets 19 et 21 de la première série revoient avec prédilection et plus de netteté ce qui leur a paru le plus beau; l'amateur d’antiquités lacustres, le naturaliste, ont chacun des visions en rapport avec leurs goûts. I1 va de soi que la distinction proposée n’a rien d’absolu, mais qu’elle n’est qu’une question de degrés.
Les IE à caractère catathymique prononcé correspondent en général aux images plastiques décrites plus haut, s’intègrent à la situation affective vécue, tandis que les autres comptent des images stables, plutôt en rapport avec la sensibilité différenciée ou avec l’activité noétique du sujet. Toutes deux peuvent surgir sous l’action d’un choc associatif imprévu. Il est probable que les IE ,,tétanoïdes‘* obsédantes, de tonalité désagréable, sont, comme certaines représentations obsessionnelles, le produit de rétentions psychiques.
Des images tétanoïdes à motivation complexuelle hypothétique, on passe à des faits où les seuls hasards de l’association des idées semblent provoquer les IE, soit qu’une représentation cède de temps en temps sa place à une IE (v. série I, sujet 19), soit que les IE constituent l’ensemble de la série associative (v. série IT, sujet 136). L'activité reproductive sensorielle paraît ici immotivée; les images n’ont pas d'utilité, n’exaucent aucun désir conscient ou ignoré, ne rappellent pas une situation vitale, ne font pas revoir d’objets qui plaisent ou captent l'intérêt; sont-elles donc vraiment indifférentes? Aucune expérience d’associations induites ne permet de trancher la question. Mais il y a lieu de mentionner ici les observations peu connues de Yosikazu Ohwaki sur les représentations visuelles de sujets occupés dans une chambre noire à .un léger travail ergométrique ; cet auteur détermina une tendance des images mentales à s’écarter d’abord du présent pour suivre le cours automatique des associations, puis à. se libérer de tout lien associatif déterminable pour ressusciter des événements passés, et en dernier lieu des scènes remontant à l’enfance.
Il ne faut d’ailleurs pas exagérer l’importance des causes psychogénétiques des IE, car fussent-elles toutes connues, que l’on ne saurait pas encore pourquoi l’image quitte le plan virtuel ou représentatif, pour passer sur un plan perceptif concret, puisque les mêmes conditions psychologiques se rencontrent aussi bien chez les sujets non eidétiques.
On peut réunir dans le tableau suivant, dont l'intérêt est principalement heuristique, nos considérations sur les variétés d'IE spontanées et sur leur mode d'’intégration à la personnalité:
IE spontanées.
,,Catathymiques*.
Transformation catathymique des perceptions originelles.
Parfois visions autoscopiques.
Plasticité.
Dépendance constante d’affects élémentaires, ou de constellations psychiques.
Acquièrent parfois une valeur de compensation.
Soumises à la sélection philotrope.
Peuvent devenir pénibles par leur contenu.
Non catathymiques.
Intangibilité des perceptions originelles.
Vision d'objets surtout.
Stabilité.
Dépendance fréquente de la sensibilité différenciée.
Acquièrent parfois diate.
Saumises aux sélections philotrope et kalotrope.
Peuvent importuner par leur durée ou leur pullulation.
une utilité immé-
Degré de corporéité ou d’extériorité (volume, coloration, complexité).
Contenu (personnages, scènes, objets).
Rêves éveillés, pareidolies et représentations visuelles des eidétiques.
S'il est relativement facile d'obtenir la comparaison, sur l’écran, des IE et des post-images, partant leur distinction des images mentales, nous avons déjà souligné __» par contre à quelles difficultés se heurte l'appréciation d’'IE spontanées, dont le temps L a estompé le souvenir. Les images spontanées anciennes à faible degré d’extériorité | rendent particulièrement délicat le diagnostic différentiel entre IE et réve éveillé, surtout
si le sujet assure avoir été immergé dans sa vision au point de ne plus voir ce qui l’en-
tourait, et avoir paru distrait, absent (v. série I, sujet 32 et série IT, sujet 136), autant * d'indications d’une modification conscientielle notable. Mais nous pouvons concevoir un rétrécissement du champ de la conscience pendant l’observation d’IE spontanées flottantes dans l’espace ou éloignées, quand nous savons quel état de concentration attentive doit réaliser le sujet pour percevoir ses IE expé- £ rimentales, état souvent instable que peut supprimer toute préoccupation étrangère à cette aperception, par exemple le souci de dessiner l’image; nous y reviendrons dans le prochain chapitre; Schwab a tiré argument des cas où une distraction supprime l'IE pour dénier à celle-ci sa valeur sensorielle. 2 Cependant une caractéristique importante du rêve éveillé manque aux phéno- F mènes dont nous avons recueilli le récit: le mouvement, l’évolution plus ou moins : thématique d’une scène animée. D’un côté, on n’a qu’un tableau, si vivant soit-il, une vision statique; de l’autre, le déroulement de l’action est un élément plus fondamental que la vividité de la scène (Kehrer). Tout cela n’a d’ailleurs rien d’absolu, et l’on connaît trop peu la phénoménologie du rêve éveillé pour pouvoir tirer une ligne de démarcation bien nette; un de nos soldats semble avoir eu des rêves éveillés purement statiques (série IT, appendice). Mais sans préjudice pour d'éventuels phénomènes de transition, il n’en reste pas moins qu’une modification importante et durable de l’état de conscience est indispensable au rêve éveillé, alors que l’IE typique suppose un état de conscience franchement vigile (Kroh). On sait, enfin, que le rêve éveillé éclot sur un tout autre terrain que l’eidétisme, car il se rencontre de préférence chez des tempéraments schizoïdes ou chez des caractères sensitifs.
L’IE suppose également l'absence de toute excitation matérielle actuelle. Mme Meili- Dworetzki a observé, lorsque l’agnosique visuelle eidétique dont elle relate le cas ne 3 voyait rien de bien net, ,,une tendance aux illusions à partir de lignes, de points, de
taches sur l'écran, de toutes les inégalités de surface‘. Nous avons constaté parfois
quelque chose de semblable, le sujet croyant percevoir, dans une inégalité du papier
gris, la persistance d’un détail d’IE depuis longtemps disparues, ou encore le début
d’une apparition attendue en vain. À côté de ces illusions, nous n’avons jamais noté
qu’une image tant soit peu distincte dépendit d’un tel substratum, cristallisât autour * d’une épine matérielle. :
Chez deux sujets, nous avons relevé cependant une tendance prononcée aux pareidolies (v. série T, sujet 42 et série IIT, sujet 1), sans influence immédiate d’ailleurs sur la formation des IE. Le fait mérite toutefois mention, car il indique une certaine plasticité dans les perceptions des individus en question; chez le premier d’entre eux,
__ ! les pareidolies apparaissent principalement dans les états fébriles, mais nous en avons e trouvé une ébauche dans l'interprétation de la planche X du test de Rorschach. Les 4 pareidolies consistent en un brusque changement de forme de l’image de perception; elles se différencient d’une part des illusions visuelles, de l’autre, par leur fini parfait, de l’interprétation consciente de taches informes; elles ne donnent pas la même im- | pression de subjectivité ni ne réclament la même concentration attentive que l’obser- - vation des images mnésiques sensorielles (C. Schneider). D'un autre côté, Purdy part du fait que ses eidétiques parviennent à réprimer ou à remplacer des perceptions visuelles ordinaires au moyen de leurs IE, pour démontrer la labilité particulière de ces perceptions.
50 Quant à la capacité représentative visuelle des eidétiques, Bonte remarque qu’elle * n’est pas plus développée que celle d’autres sujets. Meenes et Morton démontrèrent au