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extérieur, est ressentie comme nettement subjective; elle occupe le centre de l’expé-
rience interne, et est affectée d’une tonalité particulière; l’accent porte davantage sur l’image en elle-même, reconnue comme un objet de vision, mais dont les éléments semblent prêts à évoluer ou à se préciser, que sur son importance ou sa signification. Nous pouvons ajouter qu’elle ne suscite pas de ,,jugement de valeur‘.
Il était naturel que l’on se préoccupât de la place de l'IE, perception sans objet, parmi les hallucinations. Nous en avons assez dit pour que l’on comprenne que la différence de nature entre IC, IE et représentations explique l’absence de transitions insensibles d’une catégorie à l’autre. Existe-t-il un hiatus semblable des IE av groupe des hallucinations ?
Les IE spontanées, on l’a vu, revêtent parfois une forme hallucinatoire si remarquable que l’on peut mettre en doute leur originalité eidétique. En procédant par exclusion, on remarque toutefois qu’elles ne se rapprochent phénoménologiquement ni des hallucinations visuelles oniriques, lesquelles impliquent souvent d’ailleurs une pathogénie sous-corticale, ni de ces hallucinations qui, accompagnant la désagrégation de la pensée, constituent un trouble représentatif plus qu'hallucinatoire (Baruk). Mais en tant qu'impressions sensorielles isolées, sans aucun contexte délirant et sans caractère d’objectivité, les IE doivent être rapprochées des hallucinoses d’origine corticale, dont elles diffèrent surtout par leur caractère normal, physiologique, ainsi que parce qu’elles impliquent toujours une perception antérieure. Si toutefois l’on considère comme ,,hallucinose vraie‘ celle qui n’est imputable à aucun trouble organique ou physiopathique, rien ne semble permettre de la distinguer de l’image aperceptive spontanée; pour conserver les deux concepts, il faudrait alors annexer les IE spontanées aux hallucinoses, et limiter l’eidétisme aux images expérimentales de reperception,
La qualité esthésique des TE se précise encore si on les compare aux pseudo-hallucinations (Kandinsky) dont les phénomènes imaginatifs visuels du pré-sommeil offrent l’exemple le plus répandu. Plusieurs de nos eidétiques ont observé leurs pseudo-hallucinations hypnagogiques; aucun ne les à confondues avec ses IE. Comme celles du rêve, les images du pré-sommeil ne sont que pseudo-sensorielles, perçues non par les yeux du corps, comme les IE, mais avec les ,,yeux de l’esprit (Jaspers)‘*; éminemment fugitives, elles disparaissent bientôt, si le sujet observe son champ gris visuel, ou dès qu'il cherche à analyser ses visions ; elles sont localisées au-delà du champ visuel obscur, tandis que les IE vues les yeux clos paraissent se détacher directement sur cet écran subjectif; elles peuvent aussi représenter des objets précis perçus antérieurement, mais à condition que toute activité volontaire de la pensée soit complètement interrompue.
Après l’avoir campée en face des autres images subjectives et perceptions trompeuses, on peut ainsi définir l'IE : Une image perceptive physiologique, dont le contenu est déterrniné par une perception antécédente, et qui surgit à l’état de veille. Quoique cette définition exprime l’originalité du phénomène eidétique, elle ne donne aucune indication sur le mécanisme de celui-ci. Pour rechercher le mode d’éclosion d’une IE, on se trouvera bien d’entrer sur le terrain de la psychopathologie, si, comme le pressentait Dupré, l'élément pathologique réalise moins un fait nouveau que l’exagération caricaturale d’un processus coupé de ses connexions normales.
Car il existe une pathologie de l'IE, laquelle, bien que physiologique par définition, peut se rencontrer également dans diverses affections, soit que le malade eût été précédemment eidétique, soit que la maladie favorise la disposition eidétique. Il était naturel qu’en partant de l'hypothèse d’une parenté génétique entre IE et hallueinations, quelques auteurs se misent en quête d'éventuelles IE chez les hallucinés. Ces recherches, malgré leur résultat peu probant (v. introd. hist.), permirent à Miskolezr et Schultz de décrire trois cas d’eidétisme (2me et 3me degrés) chez des schizophrènes, où plus aucune IE ne put être provoquée après rémission ; dans l’un de ces cas, l’eidétisme réapparut au cours d’une rechute psychosique. Bessonnet rapporte, avant la lettre, un cas d’eidétisme très prononcé chez un peintre, qui perdit cette particularité après un long stade psychosique. Rappelons qu'il fut impossible de trouver des hallucinations