Sinilliiditini l'ermi/rimw Lilonoliix rirniinilaris
Bien qu'on puisse être tenté, sur un examen superficiel, d'assimiler cette espèce à la précédente (cuUriforme), il s'agit là, sans aucun doute, de quelque chose de bien différent. La feule buccale est beaucoup moins allongée, le corps lui-même l'est encore plus; outre la vésicule contractile postérieure, il en existe une seconde, normale et bien active, antérieure, dans laquelle se jettent par intermittences d'autres vacuoles arrivant les unes derrière les autres, d'une l'égion plus éloignée ('/?</. 1). Le cytoplasme est normalcmcnl icmpli de petits grains d'apparence assez curieuse (fig. )), analogues à ceux que nous retrouveions dans certains autres Infusoires (Opislhodon, quelques Ln.tophijUum, etc.), et qui semblent doubles, composés de deux petites baguettes accolées, et renfermées ensemble dans une capsule très fuie: ces grains, de nature amylacée, représentent très ])robablement des réserves de nourriture. \l.\\ outre, toute la région antérieure du corps est souvent rendue noirâtre par une accumulation de grains extraordinairemeiit petits; quelques individus, à Rouelbeau, étaient également colorés en vert par des Zoochlorelles. Le « peigne » caractéristique des Spathidium s'étend ici sur une longue distance, formé de soies très courtes à la base destiuelles on voit un petit renflement. Le corps est très plasli(|ue, surtout dans sa moitié jjostérieure que l'on voit souvent s'a|)iatii' en ruban et se tordre sur elle-mênu' (fig. ~).
Le Spathidium vermiforme s'est montré, toujours rare, ;\ Rouelbeau et à Florissant. Stokf.s a décrit en 1887 un Litonotus nermieularis, qui semblerait indiquer le même organisme; cependant l'auteur américain i)arie d'une sorte « d'arête » ou de " quille » longitudinale, et a trouvé une quarantaine de vacuoles, dont 30 sur l'un des côtés du corps, et 10 sur l'autre; la taille sciait également beaucoup plus forte, atteignant jusqu'à 800 [x. Il n'est pas impossible que le Litonotus rermicularis de Stokes correspond(]ihitot à cet Infiisoire qui sua décrit plus loin sous le nom de Cranioliieridium elongatum.
Fig. 22.
SpallUdium cilhara
Spathidiutn cithara su. n.
Corps en forme de harpe, fortement rétréci en arrière, limité en avant par un large étalement buccal à convexité régulière, déjeté vers le côté dorsal, lequel se présente dans cette région antérieure comme creusé d'une large concavité. Lèvres buccales s'étendant en un long bourrelet d'un bord à l'autre de l'étalement antérieur, bordées de cils longs et flexueux, et garnies de trichocystcs courts et serrés. Une forte brosse de soies courtes sous la pointe antérieure. Noyau ellipsoïdal ; micronoyau adjacent.
Vésicule contractile postérieure. — Longueur 120 |ji.
La forme très élégante de cette espèce est parfaitement constante, à peu près celle d'une harpe, avec forte courbure antérieure sur le côté dorsal. Ce n'est pas, comme le Spathidium amphorifonne dont on pourrait vouloir la rapprocher, une forme des mousses; je l'ai trouver dans l'étang de l'Ariana où elle était rare.
Spathidium labeo sp. ii.
Corps ellipsoïdal, ramassé, trapu, très flexible à sa partie antérieure, laquelle se recourbe normalement sur le côté; terminé en avant i)ar un bourrelet buccal très épais, qui s'infléchit vers l'intérieur, et y borde une ouverture buccale en fente, relativement petite. Trichocystcs en baguettes, régulière- ,
ment distribués au sein du bourrelet.
Lignes ciliaires longitudinales, i)eu serrées, portant des cils nombreux et courts. Noyau sphérique, ovoïde ou réniforme ; micronoyau adjacent. Vésicule contractile postérieure.
Longueur 40 à 15 [x.
Le Spathidium labeo (est-ce un Spathidium?), d'une apparence très caractéristique, se fait à première vue
remarquer par le fort développement de ses lèvres, qui forment autour de l'ouverture buccale un bourrelet largement proéminent (fiq. 1). Pendant la marche, qui est lourde et lente, la bouche semble s'évaser comme pour happer la nourriture au passage (fig. 2). Les trichocystcs en baguette forment par leur disposition réciproque une sorte d'entonnoir; après l'explosion, ils se présentent comme des filaments relativement courts, à la base desquels se dessine un renflement que le carmin colore en rouge vif (fig. 4, 5).
Cet organisme s'est rencontré au mois de mai à Rouelbcau, en octobre à l'Ariana.
Spathidium repandum sp. n.
Corps allongé, deux fois aussi long que large, arrondi en arrière, fortement comprimé en avant, et alors étalé en une spatule de forme régulière. Bouche en fente étroite, comprenant l'élargissement total de la partie antérieure; garnie dans l'épaisseur de ses lèvres de longs trichocystcs droits, disposés pour la plupart en faisceaux divariqués. En arrière de l'une des commissures, une ligne de soies courtes, en brosse. Cils longs et flexueux, disposés le long de stries longitunales serrées; à l'état de repos, ils se recourbent et forment tous ensemble un manteau lanugineux. Noyau ovoïde ou en boudin court, réniforme. Vésicule contractile grande, postérieure.
Peut-être faudrait-il créer pour cet organisme un genre spécial; c'est à peine un Spathidium. La bouche est nettement terminale, et si vaste que toute la partie antérieure de l'animal est obligée de s'étaler sur les côtés pour s'adapter à la largeur Fig. 24.— spathidium repandum
Fig. 23. — Spathidium labeo
ÉTUDIAS SUJi LES l.\FUSOIHES DEAU DOUCE
des lèvres (fig. 1). Ces dernières renferment dans leur épaisseur de longs Irichocystes droits, réunis pour la plupart eu faisceaux. A l'arrivée d'un courant de carniin, ces trichocysles partent tous en fusée, et s'allongent du triple de leur longueur primitive, en émettant, quand l'explosion est parfaite, un petit globule terminal qui rougit immédiatement; ou bien on les voit accompagnés de poussières roses (fig. 2).
La marche est lourde; les cils sont longs et flexueux, et battent paresseusement; au repos ils se recroquevillent, et la surface de l'animal présente un aspect lanugineux. En arrière de la commissure labiale droite, on remarque une ligne de soies courtes.
Le Spalhidium rcpamlum s'est trouvé à Florissant, aux mois de mars et avril de 1918, en individus isolés, mais tous d'une apparence très caractéiislique, due à l'élargissement spécial de la bouche.
Legendrea crassa s|). n.
Corps ellipsoïdal-allongé, à bords gauche et droit presque parallèles, comprimé dans toute sa longueur, arrondi en arrière, à courbure antérieure déjetée quelque peu vers le côté ventral, simulant une sorte de bec. Tout autour du corps, un revêtement de longs trichocystes à disposition radiaire, plus clairsemés et plus courts sur le côté ventral, brusquement remplacés à l'extrémité antérieure par des faisceaux de baguettes plus longues et plus vigoureuses qui garnissent le bec caractéristique. Cils fins et llexueux, en rangées longitudinales. Cytoplasme grisâtre et rempli de grains foncés dans la moitié antérieure du corps, plus clair et plus pur dans la moitié postérieure. Vésicule contractile peu volumineuse, en avant de l'extrémité postérieure.
Longueur 160 \i; largeur 50 [x.
C'est au marais de Rouelbeau que j'ai trouvé cette espèce, leprésentée malheureusement par quelques rares individus, qui circulaient d'une marche lourde, en tournant lentement sur leur axe i^iff. 25. longitudinal, parmi les débris organiques revêlant le fond d'un fossé.
Legendrea crassu Tous les animaux rencontrés montraient les caractères qui viennent d'être indiqués dans la diagno.se, mais un seul a pu être isolé et examiné longuement. Cet organisme semble tenir en même temps des Spalhidium et des Legendrea, et peut-être sa place dans ce dernier genre n'est-elle que provisoire.
Legendrea simplex sp. n.
Corps vaguement ellipsoïdal, trois fois aussi long que large, renflé au milieu, rétréci et acuminé en arrière, comprimé à sa partie antérieure, et terminé par une troncature buccale qui descend en une diagonale fortement prononcée vers le côté ventral. Au bord — antérieur dorsal une ligne de soies courtes en brosse. Fente buccale occupant toute la troncature antérieure, bordée d'un bourrelet labial; pharynx pourvu de longs trichocystes en baguettes fines, souvent rassemblés en un faisceau spécial près de la commissure buccale supérieure; les mêmes tiichocystes disséminés dans le cytoplasme, souvent en ])a(|iuts serrés. A la partie antérieure du corps, parfois quelques papilles ou proéminences peu développées, dépourvues de trichocystes. Lignes ciliaires longitudinales peu serrées, couvertes de cils fins, jiius longs sous le bourrelet labial. Noyau eu boudin droit ou légèrement recourbé. Vésicule contractile terminale, très grande. p. 2« Longueur 150 à 200 (x.
Legendrea
simplex lei encore, il faut un point d'interrogation; tout aussi
bien qu'une Legendrea, nous avons un Spalhidium ; cependant il est tin trait spécial par lequel cet organisme tient de plus près au premier de ces
ÉTUDES SUH LES ISFUSOIHES D'EAU DOUCE
genres; ce sont les protubérances que l'on trouve de temps à autre à la partie antérieure du corps, faisant sur les côtés de petites saillies que nous verrons bien plus développées dans les espèces typiques. Ces protubérances ne sont d'ailleurs que temporaires, elles apparaissent et disparaissent sans cause appréciable, et ne semblent pas renfermer de trichocystes ; certains individus, dans l'étang de Florissant où cette espèce a été surtout étudiée, ne montraient même pas de protubérances du tout, mais probablement ces dernières eussent-elles apparu si l'observation s'était prolongée ; au marais de Rouelbeau, où quelques individus, parfaitement typiques d'ailleurs, se sont également rencontrés, aucune protubérance n'a jamais fait son apparition.
Legendrea porculus sp. n.
Corps cylindroïde, trapu, renflé, comprimé seulement à sa partie antérieure, arrondi en arrière, terminé en avant par un bourrelet buccal descendant en diagonale vers le côté ventral. Sous la pointe dorsale, une ligne de soies courtes en brosse, et tout près un appendice ou bâtonnet mobile, mou, plus ou moins extensible. Fente buccale allongée, à parois bordées de trichocystes en petit nombre, en alêne, épaissis en arrière et acérés eu avant. Lignes ciliaires bien marquées, plus serrées sur l'une des faces que sur l'autre, longitudinales; cils longs, fins, flexueux, plus développés en avant tout autour (lu bourrelet buccal. Noyau en boudin large, plus ou moins recourbé. Vésicule contractile terminale, susceptible d'une énorme dilatation.
Longueur 75 à 125 (i; largeur 25 à 40 (x.
Fig. 27. — Legendrea porculus
Encore une Legendrea qui n'en est peut-être pas une ! mais elle se rapproche de si prés de l'espèce précédente qu'en tout cas le genre est le même. Le caractère spécifique le plus nettement distinctif réside dans cet appendice mobile que l'on rencontre à la commissure supérieure des lèvres; un prolongement étroit, cylindrique, mou, pâle, dirigé tantôt en avant tantôt sur le côté, et dont le rôle est probablement tactile. Peut-être est-il composé de cils soudés fortement entre eux; mais telle n'en est pas l'apparence, et sous une forte compression l'organe ne se résout pas en ses diflérents éléments. Le corps est lourd et trapu, et l'on y peut distinguer une face ventrale presque plane et une face dorsale fortement convexe; les stries ciliaires sont peu marquées, plus serrées sur l'une des faces que sur l'autre, et couvertes de petites perles sur toute leur longueur. La vésicule contractile se dessine tout d'abord comme une vaste lacune postérieure, traversée par des brides de cytoplasme, puis finit par s'arrondir en une immense vacuole.
Dans la figure 1, l'animal est vu par sa face la plus large ; et lafig. 2 le montre par le côté.
Legendrea loyesae Fauré 1908
Corps vaguement ovoïde, à peine deux fois aussi long que large, légèrement comprimé, distendu et souvent cordiforme en arrière, terminé en avant par une troncature s'abaissant en diagonale vers le côté ventral. Fente buccale occupant toute la troncature et bordée d'un bourrelet labial. Une ligne de soies courtes, en brosse, sous l'angle dorsal du bourrelet. Lignes ciliaires longitudinales, couvertes de cils nombreux et fins. Le corps se termine en arrière par un certain nombre de lanières portant chacune à leur sommet quelques trichocystes en baguettes courtes et légèrement arquées, de 4 (X de longueur. Noyau en boudin droit ou recourbé en fer à cheval, avec micronoyau adjacent. Vésicule contractile énorme, pouvant occuper toute la partie postérieure de l'animal.
Longueur 70 à 85 |x.
— Legendrea loyesae
C'est ici la Legendrea type, telle qu'elle a été décrite par Fauré, en 1908; l'auteur français, cependant, n'avait eu que peu d'exemplaires à sa disposition, aussi les renseignements que j'avais pu moi-même ajouter en 1914 sur cet Infusoire particulièrement intéressant n'auront-ils pas été sans quelque utilité. Dans le cours de ces dernières années je l'ai trouvé de temps à autre, toujours dans ce même marais de Rouelbeau, et sans y constater de nouveaux détails; aussi m'en ticndrai-je aujourd'hui à la simple diagnose, renvoyant le lecteur à mon mémoire de 1914 pour une description plus complète. Il est deux points cependant sur lesquels je voudrais revenir : les papilles à trichocystes et la vésicule contractile. Plutôt que des papilles, nous avons du reste affaire ici à des bras, assez longs (fig. 1, 3) très peu rétractiles, qui portent à leur extrémité une couronne de cils bordant un renflement terminal, puis à l'intérieur du renflement, un faisceau de trichocystes très courts. Eu comparant ces bras à ceux de la Legendrea bellerophon, je disais en 1914 (p. 431) : « En principe, ils sont encore latéraux, et les premiers surtout, les plus antérieurs, prennent naissance à gauche et à droite de la face large du corps. Mais très vite cette disposition primitive est perdue, et les bras se voient répartis un peu partout et sans ordre en arrière de l'animal, en formant comme une touffe qui traîne pendant la marche. » En fait, le désordre n'est qu'apparent, et il y a là deux touffes, ou plutôt deux séries de bras, chacune sur l'une des faces de l'animal, et parfois sur chaque face la série est double, les bras prenant naissance à des hauteurs différentes, mais toujours dans la moitié postérieure de l'animal (Dans la /î^. I, on ne voit qu'une série simple, et sur l'une de ces faces seulement). « Ces bras, disais-je encore, égalent le plus souvent en longueur le tiers ou tout au plus la moitié du corps proprement dit « ; tel est en effet presque toujours le cas, mais dans ces dernières années j'ai rencontré quelques individus dont les bras égalaient la longueur du corps.
Quant à la vésicule contractile, il faudrait compléter les quelques indications que j'en donnais, eu ajoutant aux trois lignes primitives ces quelques mots: Souvent il semble y en avoir deux, deux larges poches, séparées l'une de l'autre par une simple paroi (fïg. I ), et qui renflent si bien l'extrémité postérieure du corps qu'elle en revêt la forme d'un cœur; mais en réalité, l'une seule de ces poches représente la vésicule contractile, l'autre en est un diverticule, qui finira par se fondre avec la vésicule normale.
Dans la fig. 2, on voit à l'extrémité du bras le faisceau caractéristique des trichocystes; en 3, l'un des trichocystes plus grossi; dans la fig. 4, les trichocystes ont fait explosion, et se montrant terminés par une petite boule qu'une trace de carmin colore instantanément en un rose très vif.
Legendrea bellerophon Penard (1914)
Corps vaguement ellipsoïdal, deux à trois fois aussi long que largo, légèrement comprimé, arrondi en arrière, coupé en avant en une large troncature un peu inclinée vers le côté ventral. Fente buccale occupant toute la troncature, bordée d'un bourrelet labial,
et se prolongeant à l'inlérieui' en un large pharynx que garnissent des trichites fines et droites. Une ligne de soies courtes, en brosse, sous l'angle dorsal de la lèvre buccale. Lignes ciliaires longitudinales, peu serrées, revêtues de cils lins et flexueux. Le corps est bordé, sur son contour presque entier, d'une ceinture de papilles disposées .sur une même ligne, élargies en bouton à leur sommet, très courtes en général mais susceptibles de s'allonger en longs bras très étroits,
Legendrea bellerophon rcuflés à leur sommet CU UUC tête
cylindro-conique, laquelle renferme un faisceau de trichocystes en baguette, recourbés, de 8 à 9 |i, de longueur. Noyau en boudin ou en fer à cheval, avec micronoyau adjacent. Vésicule contractile postérieure, .susceptible d'une énorme dilatation. — Longueur 100 à 180 [x.
La Legendrea bellerophon a fait de ma part l'objet d'une publication spéciale, et bien que l'ayant retrouvée depuis lors à diverses reprises, elle n'a pas donné lieu à de nouvelles observations. Me contentant aujourd'hui delà simple diagnose, je me bornerai à attirer l'attention sur les papilles caractéristiques, disposées en une ligne méridienne tout autour de l'animal, et qui, très courtes et scssiles dans leur état ordinaire, peuvent dans certaines circonstances, lorsque l'infusoire est immobile et « à la pêche », s'étendre en longs bras (fig. 2), rappelant en cela un autre organisme dont nous aurons bientôt à nous occuper, l'Actinobolus radians. Mais il me faut cependant revenir sur un point spécial, ou plutôt indiquer une erreur due à mon ignorance à peu près absolue des Infusoires à l'époque où j'étudiais cet organisme. En 1914, j'écrivais en effet les lignes suivantes (p. 409) : « Enfin, sur l'un des côtés de la lèvre buccale, mais sur un seul, on remarque une série de soies très courtes, rigides, incolores, arrivant toutes à la même hauteur, rangées sur une seule ligne et formant ensemble une sorte de peigne; ces soies très claires et difTiciles à distinguer, sont implantées dans une rainure qui prolonge la fente buccale, et sur laquelle nous aurons à revenir »; et plus loin dans une note à la page 415, je me demandais « si cette rainure sétigère n'était pas susceptible de s'ouvrir et de fonctionner comme prolongation de la fente buccale, si les soies du i)eigne n'étaient pas destinées à s'enfoncer dans l'œuf (un gros œuf de Rotifère, que l'infusoire s'efforçait d'avaler) et à le retenir ou l'empêcher de glisser au dehors ». En réalité cette ligne de soies n'est pas particulière à cette espèce, elle existe dans la plupart des Legendrea, dans les Spathidium et d'autres Infusoires encore, toujours sur le côté dorsal, tantôt longue et tantôt courte, tantôt sinrple et simulant un « peigne », tantôt composée, c'est-à-dire formant une plage ou une râpe (Spathidium amphorijorme, vaw). C'est là un organe très caractéristique, dont les fonctions restent problématiques encore, mais pouiraient bien être celles d'une ancre ou d'un organe adiiésif; dans le Spalhidimn oermiforme, j'ai remarqué que l'animal semblait quelquefois s'accrocher aux objets au moyen de sa râpe, et dans l'une de mes feuilles de notes, je trouve ces mots, à propos d'un individu longtemps examiné : «le peigne, très long et très beau, retient fortement l'animal aux objets ».
Legendrea pes pelicani sp. n.
Corps ellipsoïdal, allongé, comprimé dans toute sa longueur, rétréci en arrière et acuminé à sa partie postérieure, terminé en avant par une troncature légèrement abaissée vers le côté gauche. Le bord de l'animal est relevé de distance en distance de fortes papilles, extensibles, dilatées à leur sommet et renfermant chacune un faisceau de longs trichocysles en baguettes droites. Deux de ces papilles bordent à gauche et à droite la troncature buccale, une autre termine le corps à son extrémité, et d'autres plus nombreuses garnissent le côté ventral sur toute sa longueur; le côté dorsal en est privé, sauf à son extrémité tout-à-fait postérieure. Noyau en boudin; vésicule contractile en avant del'extrémité postérieure.
Longueur 210 fx; largeur 60 y..
La figure qui représente ici cette espèce correspond au seul individu qui ait été rencontré, et comme cet individu se trouvait dans les mêmes parages que la Legendrea erassa, que le noyau et la vésicule contractile paraissent être identiques dans les deux formes, et que la taille n'en diffère que de peu, c'est à cette dernière espèce que Fin. so. -^Legendrea j'ai cru tout d'abord devoir le rapporter. pes pelicani
Ce faisant, je n'avais rattaché qu'une très minime importance aux trichocystes, dont la disposition est pourtant toute différente, et qui se montrent disjoints en faisceaux spéciaux, lesquels à leur tour font saillie en papilles fortement dessinées; mais aujourd'hui ce sont ces trichocystes mêmes qui me décident avoir ici une espèce spéciale; ils figurent en effet des baguettes épaisses, vigoureuses, bien différentes de celles de la Legendrea erassa; et les trichocystes, j'ai pu m'en assurer plus tard, constituent en systématique un élément de première importance. Quoi qu'il en soit, l'étude de cette espèce est à refaire, mais cet individu sur lequel elle est basée méritait une description tout au moins provisoire.
Legendrea interrupta sj). n.
Corps ellipsoïdal, allongé, comprimé dans sa longueur, plastique, et très déformable, montrant une face ventrale plus ou moins aplatie et une face dorsale convexe, arrondi en arrière, rétréci et brusquement tronqué en avant. Fente buccale bordée dans sa profondeur d'une corbeille de trichites droites et longues. Une large ceinture de trichocystes serrés, de deux sortes, courts et entremêlés de plus longs, part de l'angle supérieur de la troncature buccale, descend le long du bord dorsal tout entier, contourne le corps en arrière et remonte jusqu'à mi-hauteur sur le bord ventral, pour s'arrêter bnisquement et laisser la surface à nu jusqu'à l'angle inférieur de la troncature buccale. Lignes ciliaires longitudmales, peu serrées, couvertes de cils fins, plus longs autour de la fente buccale. Cytoplasme généralement bourré de corpuscules amylacés de structure particulière, et souvent aussi de Zoochlorelles. Noyau ellipsoïdal, réniforme ou en boudin. Vésicule contractile subterminale. — Longueur 90 à 106 (x; largeur 35 à 40 jji.
Cette espèce s'est constamment montrée assez commune au marais de Pinchat; quelques individus, parfaitement typiques, ont été retrouvés à Rouelbeau, mais c'est presque exclusivement dans la première de ces localités que l'organisme a été étudié, en novembre et en décembre 1915; et à ce propos, il peut être intéressant de remarquer qu'en novembre presque tous les individus étaient colorés franchement en vert par les Zoochorelles, et qu'à la fin de décembre quelques-uns seulement montraient la teinte verte caractéristique, les Zoochorelles n'étant plus représentées que par des gi'anulations verdàtres, brunes ou jaunâtres qui semblaient indiquer des produits en cours de digestion. Le corps présente une apparence très caractéristique (fig. 1 et fig. 3, vu de côté): en avant, une large troncature, pareille à celle des Prorodon, puis, entourant cet appareil buccal et se prolongeant sur l'un des côtés que nous appellerons gauche, un ruban, strié en travers, qui fait le tour du corps, et vient brusquement s'arrêter sur- le côté droit à mi-longueur de l'animal.
C'est cette bordure qui constitue le caractère le plus intéressant de l'animal; elle est, en effet, toute pénétrée de trichocystes, disposés en un ordre très régulier, et alors, ces
trichocystes — fait très exceptionnel dans toute la série des Infusoircs — sont de deux sortes (fîg. ■'>) : les uns, courts, relativement épais, forment une sorte de palissade externe, les autres, beaucoup plus fins et trois fois aus.si longs que les premiers, prennent nais- .sance plus loin dans la profondeur, tous sur un même plan, et leur partie antérieure, passant entre les trichocystes courts, vient s'arrêter sous la cuticule au même niveau que ces derniers (fig. 5). L'effet d'un courant de carmin arrivant sur l'individu est alors as.sez curieux; on voit tout le ruban s'élargir à la fois, et faire saillie au dehors comme une bro.sse dont chaque crin se terminerait en une petite tête rouge (fig. (>)\ et les éléments de cette brosse sont les trichocystes courl.s, qui se sont allongés du triple de leur longueur i)rimilive et dont le contenu s'est amassé à leur pointe, tantôt sans arriver à la percer (fig. S a), et tantôt la perçant et formant la petite boule ou tête qui reste adiiérente à l'aiguille (fig. S b). De leur côté, les trichocystes fins ont fait explo.sion, et on les voit partout rayonner sous forme de filaments presque imperceptibles, dépourvus de « tête », et de longueur parfois supérieure à celle de l'animal entier (fig. 6, 7 ). Quant à la corbeille pharj^ngienne, elle s'est quelque peu soulevée, projetée d'un seul bloc en avant, sans qu'il y ait apparence que les trichites aient fait individuellement explosion.
Fig. 31. — Legendrea interrupta
La marche est lente; l'animal, souple et déformable, circule paresseusement au milieu des débris, se balance et tourne sur lui-même à la façon d'un marsouin. Est-ce bien là une Legendrea ? ou ne faudrait-il pas créer pour cette espèce un nom du geiire spécial ?
Cranotheridium elongatum sp. n.
? Litonotus vermicularis Stokes 1887 a (1888 p. 263)
Corps vermiforme, huit ou dix fois plus long que large, légèrement comprimé, surtout à sa partie antérieure ; atténué en arrière, tronqué en avant et pourvu d'un bourrelet buccal peu prononcé. De ce bourrelet terminal part sur l'un des côtés (ventral) une forte arête ou saillie qui se prolonge sur le corps jusque vers le quart de la longueur de ce dernier, et est garnie d'un bout à l'autre do trichocystes en baguettes courtes, régulièrement disposés. Une armature de trichocystes (trichites?) beaucoup plus longs, et formant une sorte de nasse, , se trouve également sous la lèvre terminale. Lignes ciliaires longitudinales, " serrées, peu distinctes, couvertes paiiout de cils fins et courts. Noyaux en nombre considérable, sphériques, très petits (3 (i), pourvus chacun d'un nucléole central, dis.séminés partout dans le cytoplasme. Une grande vésicule contractile postérieure, et d'autres beaucoup plus petites en assez grand nombre, répandues un peu partout dans l'ectoplasme.
Longueur 600 y.; largeur 70 [i.
Fig. 32.
Cranotheridium
elongatum
Stokes a décrit sous le nom de Litonotus vermicularis un organisme qui pourrait bien être celui-ci; il est vermiforme, possède des vacuoles très nombreuses, et varie de 400 à 800 (i en longueur; le noyau est indiqué comme moiiiliforme, avec « nodules » ovoïdes et nombreux, et l'on pourrait parfaitement concevoir que dans les individus — malheureusement au nombre de deux seulement — rencontrés par moi-même à Rouelbeau, les dilTérents « nodules » (fig. 2) s'étaient dissociés et répandus dans le cytoplasme; mais il est plus difficile déjà d'identifier l'arête antérieure qui vient d'être indiquée dans la diagnose, avec ce « narrow, longitudinally disposed, keol-like ridge » dont parle l'auteur américain; et surtout, Stokes ne mentionne pas la vésicule contractile principale, très grande, que l'on trouve à l'extrémité postérieure du corps.
C'est grâce à la présence de la corbeille à trichites que j'ai cm devoir rapporter cette espèce au genre Cranotheridium de SchewiakofJ , genre qui lui-même, il faut le dire, ne semble guère fondé sur des caractères bien précis.
Cranotheridium ariadnae sp. n.
Corps pyriforme, allongé, comprimé dans sa longueur et plus spécialement à sa
partie antérieure; terminé en avant par une large lèvre flexueuse qui descend en diagonale vers le côté ventral. A son point le plus élevé, cette lèvre se prolonge en une soite de baguette protoplasmique qui se recourbe vers le bas, et à laquelle aboutit, d'autre part, sur le côté dorsal du corps, une ligne de soies courtes en brosse. Sous la pointe antérieure, un paquet de trichites très fortes et brillantes, fusiformes, recourbées en alêne et disposées comme une sorte de nasse, en se regardant par leur concavité. Lignes ciliaires relativement très espacées, longitudinales d'un bout à l'autre sur l'une des faces, fortement recourbées sur la face opposée. Cils fins, courts, et serrés. Noyau central, en boudin court. Une grande vésicule
Fig. 33. — Cranotheridium ariadnae
contractile postéro-latéralo, et plusieurs petites vacuoles, contractiles également, disposées sur une seule ligne le long du bord ventral. Longueur 100 [i.
C'est encore en raison des trichites, et de leur disposition spéciale sous la pointe terminale du corps que j'ai cru devoir rapporter celte espèce au genre Cranotheridium. Il ne s'en est malheureusement lencontré qu'un seul exemplaire, dans l'étang des Cygnes à l'Ariana, mais cet exemplaire a pu être isolé et examiné tout au long, et ses caractères distinctifs, tels qu'ils sont indiqués dans la diagnose, suffiront, en tous cas, pour une détermination subséquente. Mais l'élude eu eûl-elle été encore plus incomplète, que je n'aurais pas hésité à mentionner cet organisme, et cela en raison des trichocysles, qui sont ici particulièrement instructifs. F"usiformes, volumineux, très réfringents sur leur bord et formant malgré leur nombre restreint une cage bien distincte, et qui se voit même à un faible grossissement (fig. 1, 4 a) comme une petite masse brillante, ils pernreltenl, lors de leur explosion, de constater avec une précision toute particulière un phénomène fréquent dans beaucoup d'autres Infusoires, mais qui nulle autre part ne s'est montré si évident : au moment ou le réactif arrive (un courant de carmin glycérine) tous les trichocystes s'allongent avec la rapidité de l'éclair en une baguette fine, droite, au sommet de laquelle se voit une sphérule d'un rouge vif, et d'un volume alors absolument remarquable (fig.3 et J h); on devine que le contenu du trichocyste fusiforme a été violemment projeté en avant tandis que la baguette s'allongeait, et s'est tassé à la pointe sous la forme d'une masse arrondie.
La figure 2 montre la disposition spéciale des lignes ciliaires sur la face opposée à celle de la figure 1; dans la figure 5, on voit l'animal par le côté.
Actinobolus radians Stein 1859
Corps largement ovoïde, presque sphérique au repos, légèrement rétréci en avant et poiuNU d'un renflement buccal peu accusé. Lignes ciliaires finement perlées, très serrées et recouvertes de distance en distance et à des intervalles réguliers de touffes de cils peu nombreux, forts, dont la base commune entoure un trichocyste central, en baguette. Ce trieiiocyste est renfermé lui-même dans une gaîne protoplasmique susceptible de s'allonger en un filament très long, droit, qui porte alors à son sommet la baguette explosive. Bouche terminale, bordée d'une couronne de longs cils; pharynx entouré de longues trichites à disposition régulière, et qui |)loMgent tout dioil jusque bien loin dans le corps. Cytoplasme très fortement vacuolisé. Noyau en boudin, droit ou plus souvent recourbé en S ou enroulé sur lui-même, parfois étranglé en chapelet. Vésicule contractile très grande, postérolatérale.
Longueur 120 à 140 [a.
— Aclinobnliis radians
L'Artinoholu.s radiaits a fait l'objet de recherches spéciales, dont Us plus importantes sont celles de Entz (1882), et de Ehlanger (1893) qui tous deux ont reconnu la vraie signification des soi-disant « tentacules » caractéristiques de cet Infusoire curieux. D après ERi.ANr.En, la partie antérieure du tentacule peut être considérée ( omme un Trichocyste, parce que « après avoir tué l'animal par l'acide osmique, on p ut voir une fine baguette en saillie sur le petit bouton tenr.inal». Delage, à la page 436 de son traité général, s'exprime dans les termes suivants : « Quant on l'examine pendant qu'il nage, on ne lui trouve rien de spécial. Mais ou remarque que son corps est garni de trichocystes
de 10 |jt de long, en forme d'épingles qui seraient fichées dans le corps par leurs pointes et saillantes hors de la membrane par leur tête. L'animal vient-il à s'arrêter, on voit des trichocystes sortir peu à peu du corps, portés au bout d'un long et fin prolongement que l'on a assimilé à un pseudopode. Ces sortes de pseudopodes sont plus longs que le corps, un peu élargis à la base, cylindriques dans le reste de leur étendue. Les trichocystes occupent leur extrémité. On ne les a pas vus éclater naturellement, mais, sous l'action des réactifs, ils font jaillir au delà de leur tête terminale un petit acicule très acéré en continuité de substance avec le corps du trichocyste. Quand l'animal veut de nouveau se mettre en marche, il rétracte lentement ces pseudopocies, les trichocystes s'enfoncent d'abord dans le bout de leur pseudopode, puis ceux-ci se retirent dans le cytoplasma, ne laissant passer que la tête du trichocyste. D'ailleurs, ces p.seudopodes, en se rétractant, semblent se fondre entièrement dans le cytoplasma comme s'ils n'avaient aucune individualité persistante. A la base des pseudopodes, l'ectoplasme est interrompu, ce qui fait qu'ils semblent émaner de l'eiidoplasma». Delage ajoute en note : «Parfois cependant, on voit deux lignes fines continuer vers l'intérieur le tentacule à demi rétracté. C'est cette absence d'individualité qui a permis de comparer ces sortes de tentacules à des pseudopodes. Mais s'ils ne sont pas de vrais tentacules il faut reconnaître qu'ils diffèrent aussi beaucoup des pseudopodes des Rhizopodes. On a cherché aussi à les assimilei' aux tentacules des Acinètes, on a même tenté d'établir un groupe de Cilio-tentaculifères. Mais cette assimilation n'a rien de réel. »
Mes observations me permettent de confirmer d'une manière générale celles qui viennent d'être rapportées, mais cependant avec quelques restrictions; les deux lignes fines dont parle Delage, et que l'on voit se continuer dans le cytoplasme, me paraissent devoir se rapporter, non pas au tentacule, mais au trichocyste, qui a la forme d'une baguette droite, et s'enfonce presque jusqu'à la tête dans le corps de l'Infusoire lorsque le tentacule est complètement rétracté; on ne le voit alors faire saillie à l'extérieur que comme un bouton qu'entoure à sa base un faisceau de cils. A l'état d'extension complète, j'ai pu m'assurer que le tentacule était cylindrique dès son point de départ, et renfié seulement à son extrémité, pour y former une sorte d'étui dans lequel est renfermé le trichocyste (fi(j. 3).
Les observations de Erlanger sur l'explosion me semblent avoir porté sur des cas où le phénomène (déterminé par l'acide osmique) est resté incomplet; en faisant agir le carmin glycérine, j'ai vu la baguette s'allonger tout entière, en un filament très fin, quatre ou cinq fois aussi long que le trichocyste primitif (fîg. 4), et c'est là ce qui me paraît devoir être le phénomène normal; mais dans cette occasion spéciale, j'ai vu le trichocyste expulsé au dehors sous la forme d'une baguette renfiée en tête d'épingle à son sommet, tandis que de l'autre extrémité partait un fil infiniment ténu qui allait rejoindre le corps de l'animal (fig. 5). Le trichocyste, dans ce cas là, n'avait pas éclaté, mais s'était renflé à son sommet, comme par l'eiîv t d'une pression venant de l'intérieur.
Rien de plus curieux à observer que le jeu des « tentacules » sur l'animal au repos; ils s'allongent et se rétractent avec la plus grande rapidité et, par instants, c'est un mouvement perpétuel; mais de là à voir dans ces organes des tentacules préhensiles, comme on l'a dit autrefois, il y a loin; en fait, ces longs bras sont analogues à ceux de la Legendrea loyesae; ils permettent à l'animal de disposer son artillerie sur un rayon plus étendu (fîg. 2), mais ne jouent aucun rôle dans la capture des proies.
L'armature pharyngienne est indiquée par Erlanger et Delage comme faible et peu distincte; en réalité les trichitcs qui la composent sont très longues, et atteignent jusque vers le milieu du corps, mais elles s'effilent si rapidement qu'on n'en voit guère en général que la partie voisine de l'ouverture buccale ('/i^. 1).
Le noyau, comme l'a déjà remarqué Erlanger, est très variable de forme, rarement en boudin plus ou moins allongé, plus souvent en ruban étroit et enroulé sur lui-même; pas plus que l'auteur allemand je n'ai pu m'assurer de l'existence d'un micronoyau; comme lui cependant j'ai vu quelque chose, deux petites masses rouges accolées à un noyau coloré au carmin et qui représentaient peut-être cet élément.
Le cytoplasme est tout entier vacuolisé, et fortement glutineux; autour du noyau, il se montre plus clair, dépourvu d'inclusions.
J'ai récolté V Adinobolus radians au marais de Rouelbeau, où il était d'ailleurs assez rare, dans les mois de juillet et d'août 1914; un peu plus tard, à Bernex, il s'en est montré un seul et unique exemplaire.
GENRE PRORODON
Les Prorodon forment dans la série des Infusoires l'un des groupes les plus homogènes, mais eu même temps des plus déconeertauts. Bien que composé d'espèces nombreuses et parfaitement fixées, c'est à peine si l'on arrive à trouver entre elles des caractères distinctifs suffisamment précis pour une identification subséquente; ce nom de Prorodon teres, par exemple, que l'on rencontre à chaque instant, est sans doute d'une extrême commodité, mais il veut dire bien des choses. Beaucoup de Prorodon m'ont passé sous les yeux; quelques-uns ont été étudiés; deux d'entre eux ont pu être assimilés — et cela même avec un point de doute — à des espèces décrites; quatre autres seront donnés comme nouveaux, et peut-être certains caractères sur lesquels on n'a pas insisté jusqu'ici, les trichites, par exemple, ou les trichocystes, permettront-ils de les faire reconnaître sans trop de difficultés.
Prorodon griseus Cl. et L. (1859)
Corps ellipsoïdal, régulier, rétréci en arrière, couvert de cils très fins et serrés, disposés le long de stries longitudinales rapprochées. Bouche légèrement excentrique, entourée d'une couronne de cils plus longs. Pharynx nettement dessiné, formant un étui très extensible dans la paroi duquel sont disposées de longues trichites droites, fines, constituant ensemble une nasse bien distincte, qui s'enfonce obliquement dans le cytoplasme. En avant et au voisinage de la nasse, trichocystes fins et très longs, souvent en paquets. Noyau volumineux, sphérique, finement cendré, avec gros nucléode grisâtre, central. Micronoyau adjacent, étalé sur la membrane nucléaire. Vésicule contractile très
grande, postérieure, généralement entourée de vacuoles formatrices, fréquemment sous forme de lacunes étalées dans la couche alvéolaire, très nette et striée en travers, qui limite le corps.
Longueur 165 à 200 [i.
Fig. 3S. — Prorodon griseus
Claparède et Lachmann donnent de leur Prorodon griseus la diagnose suivante : « Cylindrique, à bouche subterminale; appareil dégluteur comprimé, large, et formé par des baguettes ; nucléus ovale, présentant deux zones : l'une périphérique et incolore, l'autre centrale, granuleuse et munie d'un nucléole; vésicule contractile à peu près terminale. »
C'est alors h cette espèce qu'il faut probablement rapporter un Prorodon qui s'est montré dans diiïérentes stations, mais que j'ai étudié exclusivement à Pinchat, au printemps et dans l'été de 1916.
Le corps est ovoïde en piinci])e, mais comme dans tous les Prorodon, il se montre susceptible d'un allongement assez considérable, par exemple lorsque l'animal nage en toute liberté. Le cytoplasme est généralement grisâtre, /empli de boulettes pâles et de vacuoles serrées les unes contre les autres; on peut cependant aussi le trouver coloré en virt par des Zoochlo:elles ou même en partie par de petits Flagellatis qui vivent en parfaite santé dans le cyto\)\si<.me (fi g. 4). A ])remièrc vue, il semble que l'animal soit dépourvu de trichocystes, mais une forte comi)ression finit toujours par en faire apparaître dans la partie antérieure du corps, très fins et très longs, et parfois disposés avec une certaine symétrie au voisinage de la corbeille pharyngienne (fig. 1 ). Les trichites qui constituent citte dernière sont elles-mêmes relativement très minces, serrées, très longues mais ne s'aperçoivent guère que dans leur partie antérieure; elles sont noyées dans un étui plasmatique mince (fig. 2), compact, susceptible d'une énorme dilatation; l'ouver-
ture buccale est en fente, et entourée de quali e rangées concentriques de sillons qui lui font comme une sorte de cadre, et portent des cils spéciaux, à la base desquels est une petite perle (ftg. 5).
Le noyau, sphérique et volumineux, est grisâtre, ponctué de fines poussières, et montre un gros nucléole — ce terme de nucléole étant pris dans un sens très général — à grain plus grossier, et pénétré de petites vacuoles. Le micronoyau, très distinct, brillant, pyriforme plutôt que sphérique, se voit toujours accolé à la membrane nucléaire.
La vésicule contractile est très grande ; elle se montre généralement entourée d'une couronne de lacunes qui viennent peu à peu se fondre avec elle.
Prorodon nucleatus Svec (1897)
Corps allongé, ellipsoïdal ou plus souvent cylindrique, très souple et plastique, arrondi à ses deux extrémités. Bouche sub-terminale, à ouverture elliptique, bordée d'une lèvre quadrilobée. Pharynx pourvu d'une armature de trichites distribuées en un ordre très régulier, et formant un appareil spécial, relativement peu allongé, susceptible d'une dilatation énorme. Par ci par là des trichocystes très fins, surtout à la partie antérieure du corps. Lignes ciliaires longitudinales, assez fortement écartées, à sillons ..as^ML ^ Mi étroits portant des cils fins et flexueux j^^^kl^ lùrrrr. — -J.' séparés par des rubans larges finement striés en travers. Noyau très gros, sphérique ou ellipsoïdal, à gros corps grisâtre (nucléode) central; micronoyau étale sur la membrane imcléaire. Vésicule contractile terminale, trèsgrande, avec quelques petites vacuoles, contractiles également, répandues dans son voisinage.
Longueur 120 à 160 (x.
Fig. 36.
Si l'on s'en tenait à une simple compa- ^'f^^J^^' Pnrodon nucUaius
raison des deux figures destinées.t ant ici qu'à
la page précédente, à donner une idée générale de l'espèce, on aurait peine à voir une différence sérieuse entre les deux Infusoires qui y sont représentés; et pourtant, malgré la similitude apparente, ce sont là deux espèces bien distinctes. La corlDcille pharyngienne, tout d'abord, est ici bien différente; les baguettes qui la composent peuvent être comparées à des lames, finement striées dans leur longueur, et tronquées à angle droil à leur extrémité la plus large qui correspond alors à la tête de la baguette; à son tour cette tête, quand on l'examine de très près, se voit recouverte d'un petit bourrelet bleuâtre, qui se prolonge quelque peu en arrière, le long de la lame, et figure en définitive une sorte de calotte, ou d'étui ffïg. 8) dont les fonctions sembleraient être de retenir en place des éléments séparés. Et tel est bien le cas en effet : chacune des baguettes de la corbeille représente un faisceau de trichites très fines, soudées en un seul tout (fîg. 6). Quand, après avoir isolé l'Infusoire, on le soumet à une compression toujours plus forte, on s aperçoit qu'à un certain moment la cage pharyngienne a disparu ; elle n'est plus là, mais à sa place, ou plctôt dans la région qu'occupait son extrémité antérieure, on voit toute une série de petits éléments qui ne sont autres que les calottes, encore bien reconnaissables, dont il vient d'être question (fig. 7 ); et si l'on y regarde de plus près, on finit par distinguer, répandus tout autour, un nombre considérable de filaments, soit isolés, soit encore soudés par trois et par quatre en faisceaux partiels; ces filaments, tantôt paraissent être de même longueur que la lame dont ils faisaient partie, tantôt semblent s'être considérablement allongés, comme des trichocystes après l'explosion ; mais ils sont si fins et si bien mêlés les uns aux autres que cet allongement, d'ailleurs assez vraisemblable en lui-même, reste encore quelque peu incertain; et l'incertitude est encore augmentée par le fait que dans cette espèce il existe des trichocystes, très fins, disséminés au voisinage de la corbeille pharyngienne, et qui s'allongent, lors de l'explosion, de deux ou trois fois leur longueur primitive.
Les trichites sont donc des lames, composées d'éléments soudés; mais il nous reste à considérer l'arrangement de ces lames entre elles : Quand on examine d'en haut l'ouverture buccale, la troncature, ou si l'on veut, la coupe transversale de chaque lame dessine une baguette courte, et suivant que la corbeille dans son ensemble est plus ou moins fermée ou plus ou moins dilatée (fig. 3 et 4), on voit toutes ces baguettes tantôt presque perpendiculaires à l'ouverture buccale (fig. 4), tantôt plus ou moins en biais (fig. 3), on même tangenles à cette ouverture même; elles jouent, en fait, les unes sur les autres à peu près comme les côtes d'un accordéon; mais elles conservent leur disposition réciproque; l'écartement entre les baguettes augmente ou diminue, mais il est le même pour toutes, et l'on ne peut guère s'expliquer la chose autrement que par l'existence d'une membrane, ou bandelette très extensible qui les relierait entre elles. Toute cette corbeille, il est vrai, est noyée dans un fourreau plasmatique dense et compact, mais sans doute faut-il autre chose encore pour assurer la disposition toujours régulière des éléments qui s'y trouvent renfermés.
La corbeille, il faut l'ajouter, est susceptible d'une dilataiion remarquable, comme le montre la fig. 2, prise sur un Prorodon qui s'efforçait en vain de tirer parti d'un étui de Stephanoceros dont l'ampleur lui restait inconnue (on notera, à ce propos, les deux dépressions qui s'étaient produites à gauche et à droite de la corbeille dilatée).
Le fourreau plasmaùquc est, naturellement, très extensible lui-même ; tantôt sous la forme d'un bourrelet arrondi, tantôt prolongé ou coupé de larges lobes, au nombre de quatre en général (fig. 10), qui peuvent soit rentrer à l'intérieur et se confondre avec le fourreau
lui-même, soit faire une légère saillie au dehors. Ces lobes peuvent également obturer l'ouverture buccale; dans une occasion particulière, où un individu s'était fixé par la bouche, comme par une ventouse, à la face inférieure du couvre-objet, on voyait distinctement les quatre lobes, dont deux plus grands et deux plus courts, séparés les uns des autres par deux lignes en croix l'une sur l'autre (fig. 5); dans ce cas particulier l'ouverture buccale s'était arrondie, d'elliptique qu'elle est généralement.
Le noyau est presque identique à celui du Prorodon griseus, arrondi, avec grosse masse nucléaire centrale et micronucléus accolé (fig. 1 ). La vésicule contractile, par contre, revêt un aspect différent; au lieu de se reconstituer à Taide de nappes liquides venant peu à peu l'agrandir, elle se remplit au moyen de vacuoles bien rondes (fig. 1) qui éclatent les uns dans les autres; mais ces vacuoles, chose assez cuiieuse, peuvent à l'occasion se vider d'elles-mêmes, comnu' de vraies vésicules contractiles, avant d'arriver à rejoindre la vésicule principale.
Si l'on se reporte à la fig. 1, on y verra un certain nombre de stries, ou de faisceaux de stries, se dessiner en travers du corps; on les prendrait pour des trichocystes, mais il y a là autre chose : Il m'est arrivé, à plusieurs reprises, de voir des animaux, arrêtés par ime compression de la lamelle suffisante pour les maintenir en place mais trop faible pour dénaturer notablement leur forme normale, tourner sur eux-mêmes, autour de leur axe longitudinal; et alors, il se produisait à leur intérieur des courants transversaux, se traduisant à l'œil comme autant de rubans striés; mais j'ai pu m' assurer par un examen très atlentif, que ce qui tournait alors, c'était l'animal lui-même avec sa cuticule, les stries ciliaires qu'on voyait
Fig. 37.
Prorodun niiclealus
™^' I 'Lll^-JilAU__lMIIM,ll,r-T.
Fig. 38. — Prorodon nuclealus
distinctement passer de droite à gauche, etc., puis la couche externe du cytoplasme, dans laquelle se dessinaient les courants; et quant aux couches plus profondes du cytoplasme, elles ne prenaient pas part à lagiration; le noyau, les inclusions, tout restait en place; l'animal, en somme, tournait autour d'un cylindre axial immobile.
J'ai pu observer, dans cette espèce, plusieurs cas de division (fig. V), laquelle se produit assez souvent après une période de repos de l'animal bien repu, et je voudrais citer à cet égard l'observation suivante: Le 14 novembre, dans l'après-midi, j'isolai sur lamelle évidée un individu qui venait d'avaler un Rotifère de forte taille, lequel remplissai' le corps presque entier, et s'y débattait encore avec vigueur; à 4 h. le Rotifère était mort, et le Prorodon tranquille. Le lendemain à 8 h. du matin le Prorodon avait évacué les restes du Rotateur, et s'était mis en boule, en s'entourant d'une pellicule fine. Pondant toute la journée et celle du 16 novembre il resta dans le même état ; mais le 17 novembre, à 10 h. du matin, c'étaient deux Prorodon que l'on voyait, parfaitement normaux, très clairs, courir gaîment sous le couvre-objet.
Dans une autre occasion, le cas fut à peu près semblable, mais après la division, les deux nouveaux individus, ne trouvant pas à se nourrir, s'enkystèrent dès le Icndf main ; au troisième jour, ils quittèrent leur kyste et se mirent de nouveau àcourir; au quatrième jour l'un d'eux se perdit, l'aiitre s'enkysta de nouveau, mais pour courir encore le lendemain, s'enkyster encore, reprendre sa course, et enfin se perdre au septième jour seulcmeni, par accident, lors du renouvellement de l'eau.
Quant à la division elle-même, elle s'efTectue de la manière suivante : à peine l'étranglement médian a-t-il commencé à se dessiner, qu'on voit apparaître, tout juste au-dessus de la ligne de séparation, une ceinture de petites vacuoles contractiles, en même temps que le noyau s'est allongé et que la corbeille pharyngienne a commencé à se résorber, ne laissant plus derrière elle que les petits capuchons caractéris- Z' "" \
tiques, qui ne dispaïaîtront que '
peu à peu. C'est cette phase de la division que l'eprésente la fig. 9; abandonné ' n cet état, à 9 h. 1/4 du matin, l'individu spécialement étudié se trouva à 1 h. 3/4 presque complètement dédoublé, avec deux beaux noyaux ronds, et les vacuoles de ceinture réduites à deux. Il courait encore, s'allongeant et se rétractant tour à tour, et courut toute la journée, sans changement ; le lendemain c'était encore la même chose; au troisième jour, enfin, il était encore là, allongé, comme un Prorodon normal, mais pourvu de deux noyaux, et les vacuoles de la ceinture avaient disparu; en avant, une corbeille pharyngienne commençait à se dessiner. Cet individu, en somme, avait comnKMicé à se diviser, puis, trouvant les circonstances défavorables, il avait renoncé à l'entreprise; c'est là un phénomène dont la probabilité m'avait déjà pani assez forte dans quelques autres Infusoircs, et qui s'est également réalisé plus tard dans l'un deux, le Didiniam balbinnii.
Le Prorodon nucleatiis — ou en tout cas c'est à cette espèce, mieux décrite qu'aucun autre Prorodon, que je crois pouvoir rapporter l'Infusoire actuel — s'est rencontré en janvier 1916 à Rouelbeau, puis plus tard dans l'étang de Florissant, où il a été étudié dans l'automne et jusqu'à la fin de décembre 1917.
Fig. 39. — Prorodon itucicalus
Prorodon robustus sp. n.
Corps allongé, ellipsoïdal ou parfois vaguement cylindrique, atténué et normalement pointu en arrière, arrondi en avant. Bouche terminale ou à peine déjetée sur le côté, bordée d'une lèvre étroite qu'entoure un cercle de cils forts. Pharynx étroit, à trichites très longues, et plongeant tout droit jusque vers le milieu du cytoplasme. Sur l'un des côtés du corps, deux, ou trois faisceaux coniques de trichocystes vont rejoindre la paroi, l'un tout en avant, se dirigeant vers le haut, l'autre, tout en bas, regardant l'extrémité posté-
Heure; le plus souvent un troisième faisceau, antérieur aussi, se voit au-dessous du premier. Kn outre, quelques trichites disséminées dans le plasma. Lignes ciliaires bien nettts, longitudinales d'un bout à l'autre sur l'une des faces du corps, et recourbées en avant sur l'autre face, de manière à rejoindre les premières en faisant avec elles un angle aigu. Noyau très long, en ruban ou en chapelet, accompagné de plusieurs micronoyaux sphériques très petits. Vésicule contractile grande, postéro-latérale. Longixeur 130 à 180 fx; largeur 45 à 60 (i.
Cette espèce, qui n'était pas très rare à l'Ariana dans l'été et l'automne de 1918, se reconnaît facilement aux faisceaux coniques de trichites disposés avec une certaine symétrie sur l'un des côtés du corps (fig. 1); normalement, on en trouve deux à la partie antérieure de l'animal, et un en arrière; mais parfois en avant, il semble qu'il n'y en ait qu'un, ou bien au contraire on en trouve trois. La vésicule contractile n'est pas tout à
fait terminale, grâce probablement au faisceau de trichocystes auquel elle doit laisser la place libre. Quant à ces trichocystes eux-mêmes, que l'on trouve également par ci par là dans le cytoplasme (fig. 2), ils sont fins, droits, et après l'explosion ils se développent en filaments d'une longueur extraordinaire, souvent flexueux, et on y voit accolées des granulations très petites qui rougissent instantanément par le carmin
(fig- 'V-
Le noyau est très long, soit simple soit en chapelet d'éléments plus ou moins allongés, et entouré de jjlusieurs mieronoyaux très petits, que l'on ne découvre guère qu'après coloration.
Dans un individu clair, dépourvu d'inclusions, et (jui restait en place bien qu'aucune compression ne lui eût fait perdre la liberté de ses mouvements, on Fig. 40. voyait se produire à son intérieur une cyclose très
Prorodon robusiiis nette, uu couraut dirigé d'avant en arrière dans l'axe
de l'animal, puis remontant le long des parois du corps jusqu'à l'extrémité antérieure.
Dans toute son apparence, comme par l'épaisseur de sa membrane alvéolaire, ce Prorodon montre quelque eliose de particulièrement fort et vigoureux, d'où le nom qui lui a été donné.
Prorodon abietum
sp. n.
Corjjs elliptique ou plus souvent en cylindre couii, très plastique. Bouche subterminale, bordée d'un bourrelet lobé, qu'entoure une étroite couronne dentelée. Corbeille phar^'ugieniu' peu allongée, composée de trichites dédoublées chacune en deux baguettes fines n liées l'une à l'autre par leur sommet. Lignes ciliaires s'étendant d'un bout à l'autre de l'animal sur l'une des faces (dorsale); sur l'autre face, les sillons se resserrent, puis brusquement font place à des lignes cilaires plus écartées, qui sans atteindre l'extrémité antérieure du corps viennent se jeter à angle aigu sur les sillons dorsaux. Cils fins et courts, un peu plus longs autour de la fente buccale. Cytoplasme fortement vacuolisé, avec petits grains brillants nombreux entre les vacuoles. Pas de trichocystes (?). >Joyau sphérique, à i)lasma finement granulé, avec petites taches nucléolaires dans la masse générale. Micronoyau adjacent. Vésicules contractiles nombreuses, disséminées dans "ectoplasme.
Longueur 125 à 150 fx.
Le Prorodon abietum se reconnaît à sa forme générale, celle d'un cylindre court, souvent un peu étranglé dans son milieu; à ses vé.sicules contractiles nombreuses et disséminées au hasard; à la disposition curieu.sc des lignes ciliaires (fig. 2), et plus particuliè-
rement à la forme spéciale des baguettes qui composent la corbeille pharyngienne (flg. 3). Chacune de ces baguettes, en effet, est double, formée de deux trichites qui font l'une avec l'autre un angle aigu, et viennent se rejoindre par leur extrémité antérieure, où un petit capuchon les tient solidement liées. Les trichocystes"paraissent manquer.
Les représentants de cette espèce vivaient en grand nombre au milieu des Utricularia, à Florissant, et se nourrissaient exclusivement de pollen de pin. On pouvait trouver des individus renfermant jusqu'à douze grains de pollen, qui distendaient alors le corps tout entier; et ces animaux si bien repus se mettaient en boule, s'entouraient d'une pellicule fine, et après un temps — dans la nuit, par exemple — abandonnaient tous les grains de pollen (vides maintenant de leur contenu) pour s'échapper dans le liquide, leur cytoplasme rempli cette fois non plus d'éléments étrangers, mais de grains amylacés, qui sans doute constituaient des réserves de nourriture.
Il ne faut pas confondre ces kystes de digestion, à membrane molle, avec ceux dans lesquels l'animal se retire quand, isolé dequis quelque temps, il ne trouve pas à se nourrir. Ces kystes vrais (fig. 5) ont alors une membrane externe, dure, sous laquelle est une couche de matière semi-liquide, légèrement rosée, et cette calotte claire recouvre l'animal entouré luimême d'une pellicule fine.
La petite pièce d'eau où vivait cet Infusoire est entourée de conifères, et en outre, se prolonge par une de ses extrémités sous une grotte; or, les grains de pollen n'arrivaient pas dans la grotte, et bien que là encore il y eût des Utriculaires, des Myriophyllum et d'autres plantes aquatiques, on y cherchait en vain l'Infusoire; preuve en tout cas que le pollen constituait en lui-même une nourriture tout particulièrement désirée.
La fîg. 4 montre la face apicale d'un individu; on y voit la bouche, entourée d'une bordure crénelée, et garnie, à l'intérieur, de lèvres contractiles; on remarque, tout en haut, quelques lignes ciliaires spéciales, particulièrement serrées.
Flg. 41. — ProTodon abielum
Prorodon cinereus sp. n.
Corps très plastique, allongé, le plus souvent sous la forme (l'un cylindre étranglé en son milieu. Bouche subterminale, bordée d'un bourrelet lobé. Pharynx entouré de trichites longues, très nombreuses, renfermées dans un étui plasmatique nettement dessiné. Lignes ciliaires très serrées, couvertes de cils courts et extrêmement nombreux. Cytoplasme grisâtre, rempli normaloment de petits grains brillants accumulés en plus grand nombre en arrière. Par ci par là des trichocystes fusiformes très petits. Noyau sphérique, volumineux, à tache nucléolaire centrale, ou avec nucléoles disséminés dans la masse générale. Nombreuses vésicules contractiles très petites, dans la partie postérieure du corps; l'une d'elles parfois plus grande, terminale. — Longueur 260 à 300 (x.
Fig. 42. — Prorodon cinereus
Le Prorodon cinereus est avant tout caractérisé par ses trichites très fines et très allongées, dont les têtes viennent aboutir à un cadre pharyngien formé de deux anneaux distincts, pourvus l'un cl l'autre de petites perles dont chacune correspond à l'une des trichites (fig. 3); l'animal se distingue en outre par ses vésicules contractiles, réparties en assez grand nombre dans la région postérieure du corps. La ciliation est relativement très serrée, et se fait également remarquer par une sorte de dichotomie de certaines des stries ciliaires (fig. 1 ). Le cytoplasme renferme des trichocystes, fusiformes, très courts, à peine visibles (fig. 2); à l'explosion, on les voit s'allonger du double ou du triple de leur longueur primitive, tout en restant à peu près fusiformes encore. Le corps est extrêmement souple et plastique, surtout dans sa partie postérieure où il peut se torçlre, se replier sur lui-même, prenant les formes les plus extraordinaires.
Cette espèce a été récoltée à Pinchat, dans l'été de 1916, puis, également dans la même saison, à la tourbière de Valavran, dans le Sphagnum.
Prorodon niveus Ehrenb. (1883) Pseudoprorodon niveus Blochmann (1895)
Corps allongé, elliptique, large et airondi en arrière, tronqué brusquement en avant. Bouche en fente étroite; pharynx garni d'une armature de baguettes (trichocystes) fines et très longues, qui figurent une sorte de nasse en cône renversé, dont la base part de la troncature buccale; les mêmes baguettes se retrouvent, isolées ou en paquets, disséminées par ci par là dans le cytoplasme. Stries cilaires longitudinales, serrées, couvertes de cils courts et très fins. Noyau en boudin très allongé (souvent plus long que le corps entier), en fer à cheval ou replié sur lui-même, accompagné de trois ou quatre micronoyaux sphériques. Vésicule contractile postéro-laléralc, s'ouvrant en un gros pore bien net.
Longueur, 300 à 400 [x.
Le Prorodon niveus, de détermination relativement facile, a fait l'objet de travaux spéciaux. Blochmann, en 1895, l'a élevé au rang de genre, Pseudoprorodon, en se fondant sur la nature et la disposition des trichites, qui occupent toute la troncature antérieure du corps (fig. 1 ). Fabre-Domergue, en 1888, avait déjà attiré l'attention sur ces faisceaux de filaments très fins disposés sur toute la face interne du bourrelet buccal, «qui descendent en èonvergeant vers l'intérieur du corps », et qui ne sont pas comparables, dit-il, à ceux des Nassula. « Indépendamment de ce faisceau buccal, ajoute-t-il, on voit,
répandus ça et là dans le plasma, des groupes de tîlaments absolument identiques et qui m'ont paru ne présenter aucune connexion ni avec le faisceau buccal ni même entre eux ». « Les filaments, dit-il encore, ont la forme de fibres élastiques, transparentes, homogènes; ils sont entièrement dépourvus de toute contraclilité. » Stein signale également les faisceaux épars, et les considère comme des filaments détachés de la nasse buccale; mais plutôt faudrait-il dire, que les filaments de la nasse sont dus à la réunion de trichites provenant des faisceaux disséminés dans le corps.
Mes observations sur cette espèce se sont bornées à l'examen des trichites, comme aussi des filaments dont il vient d'être question; les deux éléments sont du reste identiques; ici, les trichocystes ont rang de trichites et forment une sorte de corbeille phanrj'ngienne, en gardant leur apparence primitive. Les trichocystes disséminés dans le cytoplasme sont très fins, et varient en général de 35 à 60 (x en longueur; pris un à un ils sont extrêmement souples, et sous les infiucnces les plus diverses (courants internes, inclusions, etc.) Us se replient sur eux-mêmes, en boucles plus ou moins parfaites; réunis en faisceaux (fig. 4 n), ils restent droits, et ces faisceaux sont dignes d'un intérêt spécial. Très souvent.
Fig. 43. — Prorodon niveus
en effet, on rencontre non pas un faisceau véritable, mais ce qui semble être un trichocyste unique, ou baguette d'une épaisseur tout exceptionnelle (fig. 4 a); puis, si l'on fait agir une pression graduellement augmentée, il arrive un moment où l'on voit cette baguette se décomposer en une demi-douzaine de baguettes plus fines, et dont chacune alors est identique aux filaments disséminés ça et là (fig. 4 h); l'union intime de ces filaments tous (le même longueur semble montrer avec une certaine évidence que, quelle que soit l'origine première des trichocystes, ces éléments sont — ou peuvent être — susceptibles de division longitudinale, et que les faisceaux, plus ou moins serrés, que l'on rencontre dans tant d'autres Infusoires ne proviennent pas nécessairement d'une réunion accidentelle, mais d'ime série de dédoublements.
A ma connaissance, on n'a jamais observé l'explosion dans ces filaments de Prorodon niveus; elle peut avoir lieu, cependant, et il n'est pas difficile de la provoquer : à l'arrivée d'un réactif (carmin glycérine) on y voit brusquement se produire un petit choc interne, qui fait trembler la baguette, puis tout d'un coup cette dernière s'allonge en un filament presque invisible, et dont la longueur peut atteindre jusqu'à 240 (x et plus encore. L'un de ces filaments, recourbé en boucle comme ils le sont volontiers, est représenté dans la fig. 3.
Le Prorodon niveus est très vorace; il s'introduit dans le corps des Daphnia (probablement déjà mortes), les vide, se met en boule, se divise et les deux nouveaux individus s'échappent.
Celte espèce a été récoltée à Florissant et à Pinchat, à diverses époques de l'année.
Lacrymaria olor (Mûller) Ehrenb. (1838) Vibrio olor 0. F. Muller (1786)
Corps lagéniforme, terminé en pointe en arrière, étiré en avant en un col susceptible de s'allonger jusqu'à une longueur extraordinaire, et portant à son extrémité un appendice en forme de dé à coudre bordé à sa base d'une couronne de cils forts, qui à l'état de repos viennent se replier au-dessus de lui. Bouche terminale, étroite mais susceptible d'une énorme dilatation ; pharynx entouré de quelques trichites en baguettes fines; d'autres, en petit nombre, sont disséminées dans le cytoplasme. Cils fins et nombreux, disposés le long des sillons qui couvrent le corps en spirales plus ou moins serrées suivant le degré d'extension de l'animal. Noyau double, figurant deux masses rondes accolées l'une à l'autre, ou rarement séparées, avec micronoyau interposé. Deux vésicules contractiles, l'une à la naissance du col, l'autre un peu en avant de l'extrémité postérieure.
Longueur extrêmement variable, le plus souvent de 40 à 100 \i pour le corps proprement dit, et jusqu'à 1200 (j. avec le col à l'état de plus grande extension.
La Lacrymaria olor est tout particulièrement remarquable par l'extensibilité de son col, que l'on indique comme pouvant atteindre à lui seul jusqu'à 4, 5 et 6 fois la longueur du corps. En réalité, si les divers auteurs avaient poussé plus loin leurs observations, ils auraient pu citer des rapports encore plus surprenants, non pas ceux de 1 à 5 ou à 6, mais bien de 1 à 14 ou même à 15 (fig. 7 ); mais pour obtenir ces chiffres extrêmes, il faut observer l'animal dans des circonstances particulières, quand par exemple, il est resté longtemps bien tranquille sous le couvre-objet; ou bien, mieux encore, il faut isoler
Fig. 44. — Lacrymaria olor
l'individu sur lamelle évidée; on voit alors, dans la journée ou le lendemain, l'animal immobile au bord de sa prison, darder sa tête au loin, avec une rapidité inouïe, tantôt dans une direction, tantôt dans une autre, et j'ai vu par exemple, sur des exemplaires de 90 (1 de longueur, le col traverser en une seule seconde tout le champ de vue de 1200 y., puis se rétracter aussitôt, traverser de nouveau, à gauche puis à droite, coup sur coup, tandis que le corps restait fixé sur place. Dans quelques observations où les proportions ont pu être rapidement notées, j'ai trouvé les chiffres comparatifs suivants : 30 x 297; 55 X 750; 110 X 900; 90 X 1290; 90 X 950, le chiffre de gauche indiquant le corps, et celui de droite le col.
La figure 7 donne une idée assez exacte d'un individu qui s'était réfugié dans une coquille vide de Cothurnia chaperoni, et tantôt dardait sa tête en avant, tantôt se rétractait complètement dans le fond de la logette (fîg. S). Mais, il faut l'ajouter, ces cas particuliers sont rares, et plus souvent, c'est à peu près l'allongement que montre la fîg. 1 que l'on est appelé à constater. On remarquera, à ce propos, que le col paraît strié de diagonales entrecroisées, et c'est bien avec une double série de stries à angle plus ou moins droit les unes sur les autres que l'on a quelquefois décrit le col de la Lacrymaria; mais ce n'est là qu'une apparence, provenant de ce que, le col étant suffisamment transparent et les sillons fortement marqués, on voit ces derniers presque aussi bien par transparence que directement; à un grossissement très fort, on peut constater qu'il n'existe qu'une seule spirale, plus ou moins serrée suivant le degré d'allongement du col, nulle quand il est à son maximum (fig. 7), et à tours si rapprochés lors de la rétraction complète, que les stries paraissent transversales et annulaires (fig. 6, 9). Ajoutons que seule la partie antérieure s'allonge dans les proportions indiquées; le corps proprement dit, bien qu'extensible, reste toujours fusiforme.
Le col est également susceptible d'une dilatation considérable, comme le montre la fîg. 3, où l'on voit l'animal avaler un petit Infusoire, qui, dans la fîg. 5 a fait la moitié du chemin; la fig. 4 représente une autre Lacnjmaria où la bouche est encore plus dilatée.
Les baguettes que l'on rencontre en petit nombre autour du pharynx sont de véritables trichocystes, qui partent « en fusée » et s'allongent en un filament très fin, lors de l'explosion. Quelques-unes de ces mêmes petites baguettes se rencontrent aussi disséminées dans le cytoplasme.
On voit presque toujours deux vésicules, l'une en avant l'autre en arrière; mais cette dernière est la principale et quelquefois elle existe seule.
Le noyau se présente en général sous la forme de deux masses accolées (fîg. 6), mais quelquefois il est simple et en 8 (fig. 1 ).
La division est transversale, mais on pourrait facilement supposer qu'elle s'opère suivant une ligne diagonale; et le fait provient de ce que sur le nouvel individu, la tête el le col s'allongent longtemps avant la séparation (fig. 9); les deux animaux paraissent alors à peu près couchés l'un sur l'autre.
La Lacrymaria olor aime à s'établir temporairement dans des coquilles vides de Rhizopodes (Arcella) ou d'Infusoires (Cothurnia, etc. fig. 7), dans les carapaces de Daphnides, et partout où elle peut se cacher, dardant de là sa tête dans tous les sens. Fréquemment on en trouve plusieurs dans une même cachette; un jour, par exemple, il s'en est rencontré six dans une enveloppe de Dap/înin, toutes jeunes et de même taille; dans une autre occasion, six également, dans un fragment de patte d'insecte, et toutes aussi de même grandeur. Comme dans cette espèce la taille varie considérablement d'un individu à l'autre, ces groupes de cinq à six individus de volume égal devaient être le résultat de deux ou de trois divisions successives d'un unique parent.
La course est fort rapide, el l'animal va droit devant lui, le col toujours en avant. La Lacrymaria nlnr est commune; je l'ai vue à Rouelbeau, à Florissant, à Bernex, etc., puis dans le Sphagiium à la Pile, dans le Jura, et à Chatcl-S'-Denis, où sous la forme d'une variété petite mais à très long col, elle affectionnait les coquilles des Arcella et des Cothurnia.
Lacrymaria vorax sp. n.
Corps lagéniforme, pointu en arrière, prolongé en avant en un col relativement court, terminé lui-même par un appendice ou bouton antérieur court et large, plastique et extensible, renflé sur son bord m un bourrelet annulaire, qu'entoure à sa base une
couronne de cils forts, repliés généralement en arrière. Pharynx indistinct, garni de trichites fusiformes recourbées, brillantes, dont on retrouve également quelques-unes dispersées dans le cytoplasme. Lignes ciliaires longitudinales peu serrées, garnies de cils longs et flexueux, relativement peu nombreux. Noyau très allongé, en ruban ou en chapelet, accompagné de plusieurs (trois ou quatre ?) micronoyaux sphériques. Vésicule contractile grande, postérieure.
Longueur 200 à 360 (j., suivant le degré d'allongement de l'animal.
En parcourant la littérature relative au genre Lacrymaria, peut-être bien trouvera-t-on que c'est à l'une ou à l'autre des formes déjà décrites qu'il eût fallu rapporter l'organisme ici donné comme nouveau; mais j'ai dû renoncer à toute idenlification; l'espèce la plus rapprochée serait peut-être le Lagynus crassicollis de Mavp\s (1883); mais rien n'est cependant moins certain.
La Lacrymaria vorax est en tout cas d'une apparence fort caiactéristique, très forte, large, à col tout au plus susceptible d'un allongement égal à la longueur de l'animal; le bouton terminal est tantôt presque plat, tantôt fortement convexe (fiÇ- ^)'y l^s cils sont longs, recourbés en arrière, et entre eux on en voit de plus couils, sétiformes, analogues à ceux des Trachelophyllum; les cils de l'anneau buccal, plus serrés que les autres et en général rabattus en arrière, semblent être chacun formés de plusieurs éléments soudés entre eux. Les trichocystes aciculaires (fig. 4) se trouvent par ci par là disséminés dans le corps, et, plus forts et plus brillants, forment une longue tache opalescente autour du pharynx; et ceux-là mêmes qui composent cette cage phaiyngienne explodent en longs filaments à l'arrivée d'un courant de carmin. En même temps que l'explosion se produit on voit se dégager de l'extrémité antérieure de l'animal une calotte d'un rouge intense (fig. 5), sur la signification de laquelle il nous faudra revenir plus tard (voir p. e. le genre Metacystis).
L'animal est extrêmement vorace; dans l'une des deux stations où il a été étudié (Rouclbcau), il se nourrissait surtout d'Ophryoglena plus grosses que lui, pleines de globules violacés (qui provenaient eux-mêmes de Vasicola ciliaia), et ces globules coloraient parfois toute la Lacrymaria.
A Valavran, la nourriture consistait presque exclusivement en un petit Rotifère du genres Colurus ; la fig. 2 représente une Lacrymaria avalant un Cohirus, alors que deux minutes auparavant elle venait d'en avaler un premier, et l'on peut se rendre compte de l'énorme dilatation de l'orifice buccal nécessaire à ce tour de force; le Colurus arrivant au contact de l'Infusoire s'arrête brusquement, stupéfié sans doute par une décharge de trichocystes, puis la bouche de l'Infusoire s'ouvre et se moule sur le Rotifère jusqu'à engloutissement total.
Lacrymaria vorax
Lacrymaria phyalina Svec (1897)
Corps allongé, Hexible, variable de forme, tantôt ellipsoïdal ou ovale et plus large en avant, tantôt vaguement cylindrique; brusquement terminé en avant par un appendice conique pourvu de deux couronnes superposées de longs cils, et percé d'un pharynx tubulaire qui s'évase en une bouche arrondie ; dans la paroi pharyngienne quelques trichites spiculaires allongées. Lignes ciliaires peu serrées, droites ou légèrement spiralées, à peine distinctes, couvertes de cils très fins et nombreux. Noyau elliptique allongé, ou réniforme, avec micronoyau attenant. Vésicule contractile terminale.
Longueur 125 à 160 (x.
Flg. 46. — Lacrymarta phyaltna
Il semble que l'on puisse identifier, sans trop d'hésitation, à la Lacrymaria phyalina de SvEC un Infusoire qui s'est montré en grande abondance à Florissant, puis aussi à Pinchat, en novembre et en décembre 1917. Svec indique, il est vrai, comme caractère spécifique important la présence sur l'appendice antérieur de quelques couronnes de cils, toujours dirigés en arrière; il est en réalité très difllcile de bien s'assurer du nombre des couronnes; presque toujours on en voit un nombre indéterminé, mais j'ai pu m'assurer
qu'en fait il y en a deux; et quant à ces cils toujours dirigés en arrière, il doit certainement y avoir là une erreur. D'après mes observations, les deux couronnes, soit dans la marche soit pendant le repos de l'animal, sont dirigées tantôt en avant et tantôt en arrière; on les voit de temps à autre se renverser brusquement, ou au contraire se redresser; dans ce dernier cas, la couronne intérieure peut rester immobile, recourbée en une sorte de capuchon sur la bouche, pendant que la couronne externe vibre plus haut (fig. 2). A la base de chacun des cils, se trouve un petit grain bleu. Quant aux cils qui garnissent les sillons longitudinaux du corps, ils sont extrêmement fins, mais très serrés, et entraînent l'animal dans une course très rapide, tout droit en avant mais avec de brusques reculs en arrière, si bien qu'on a peine à le suivre, et qu'ici, pour l'étudier à souhait, l'isolement de l'individu est plus que jamais nécessaire. Pendant la course, le corps s'allonge quelque peu, mais sans qu'il se dessine un col véritable; l'appendice conique n'est guère contractile en lui-même, mais se porte en avant ou se retire complètement dans le corps, suivant l'occasion.
Le cytoplasme est toujours bourré de granulations, généralement plus volumineuses en avant et plus petites en arrière, qui donnent à l'animal une teinte noirâtre caractéristique. On trouve quelques trichites autour du pharynx, et qui ne semblent pas s'allonger à l'arrivée d'un courant de carmin; mais un autre phénomène se passe alors, l'évacuation brusque par toute la surface de l'animal, d'une matière mucilagineuse qui devient instantanément rosée, et dont la couche externe est tout entière formée de petits grains rouges. La fig. 3, montre l'apparence que présentait la bouche dans un individu qui la dilatait en tube comme pour happer de la nourriture, mais travaillait à faux, l'ouvrant et la refermant alternativement sans que rien fût là qui pût être avalé.
Lacrymaria cucumis sp. n.
Corps allongé, cylindroïde, aminci en arrière, renflé en avant puis rétréci brusquement en un prolongement plissé transversalement, terminé lui-même par un appendice buccal allongé, très mobile et généralement penché sur le côté, pourvu jusqu'à son sommet de longs cils disposés en couronnes superposées, et percé dans sa longueur d'un canal pharyngien qui s'ouvre en une bouche arrondie. Pas de trichites. Lignes ciliaires longitudinales, espacées, figurant des arêtes que séparent des sillons à concavité plus ou moins prononcée et portant des cils longs et fh xueux, très fins. Noyau ellipsoïdal. Vésicule contractile très grande, occupant parfois tout le tiers postérieur du corps.
Longueur 100 à 190 |i.
Flg. 47. — Lacrymaria cucumis L'apparence générale de cet Infusoire est très caracté-
ristique ; modérément allongé, sans col nettement différencié, renflé dans sa moitié antérieure, pourvu de stries ou plutôt de cannelures longitudinales fortement marquées (fig. 3, coupe transversale^, il court rapidement en tâtant de tous les côtés; son extrémité antérieure est très mobile, presque toujours penchée sur le côté,
et en même temps susceptible de retraits dessinant des replis transversaux bien nets. Il ne semble pas y avoir de trichocystes, pas même de trichites autour du pharynx. L'appendice terminal antérieur est relativement assez long, cylindro-conique, et porte quatre ou même parfois semble-t-il cinq couronnes de cils (fig. 2); après l'action de la glycérine on voit autant d'anneaux ou sillons transversaux, que le réactif a mis eu évidence. La vésicule contractile est d'une nature particulière (fig. 1); elle constitue tout d'abord une énorme lacune qui peut s'étendre jusque vers le milieu de la longueur de l'animal, et s'alimente elle-même de petites vacuoles bien rondes qui viennent tour à tour s'y déverser; puis, avant la systole, elle s'arrondit en une sphère immense. A l'extrémité postérieure du corps, les lignes ciliaires s'arrêtent toutes brusquement, laissant à nu une cuticule lisse, non ciliée, sans doute très mince et très molle, que la vésicule va percer en éclatant (fig. 4).
Cette Lacrymaria était abondante à Florissant, sous la glace, en janvier et février 1918; je l'ai revue en août à l'Ariana, mais sous une forme un peu différente, et qui n'a pas été étudiée.
Lacrymaria trilineata sp. n.
Corps allongé, plus large en arrière, plus étroit en avant et se terminant en un large bouton antérieur à convexité peu accusée, bordé d'une échancrure circulaire qui porte une couronne de cils forts. Pharynx indistinct, entouré de trichites fines et allongées, droites. Lignes ciliaires très serrées, fines et difTicilement visibles sauf quelques-unes sur le côté latéro-ventral gauche du corps, où trois d'entre elles sont nettement marquées, l'externe surtout, qui porte alors sur toute sa longueur une rangée de soies fortes, courtes, renflées en massue à leur base; les deux autres lignes pourvues de soies moins distinctes. Cils du corps très fins et nombreux. Noyau allongé en boudin court, inégal, étranglé et plus ou moins recourbé. Grande vésicule contractile, postérieure.
Longueur 75 à 80 y., rarement jusqu'à 100 |x.
Cette espèce s'est trouvée dans un fossé à Pinchat, en mars et en avril 1917. Elle ne peut guère prêter à la confusion avec aucune autre des formes décrites, si du moins on l'examine avec attention; les trois lignes spéciales qui s'étendent le long du côté (gauche ?) du corps sont en elïet très caractéristiques,pourvucs, l'une d'elles surtout, la plus externe, de prolongements sétiformes mobiles, et qui tantôt se voient renflés en massue à leur base (fig. 2), tantôt au contraire dilatés à leur sommet (fig. 3); on les croirait revêtus d'une couche de mucilage susceptible de se transporter d'une extrémité à l'autre de la soie.
Les trichites en baguettes, formant une série annulaire autour du pharynx, peuvent faire explosion, et tripler brusquement de longueur.
Dans le cytoplasme, on rencontre généralement des corps bleuâtres, mous, lisses, allongés ou en forme de larmes, qui peut-être constitueraient des réserves de nourriture.
A la fin de mars, et pendant trois ou quatre jours seulement, beaucoup d'individus se sont montrés en cours de conjugaison. Les deux animaux se fixent solidement l'un à l'autre par la bouche, et peu à peu, au bas de la ligne de fixation, on voit se dessiner une petite vacuole, qui restera là jusqu'à la fin, et dont je n'ai pu m'expliqucr la signification, mais qui semble normale, car elle s'est montrée plusieurs fois. Puis les deux conjoints se débarrassent des déchets de nourriture qu'ils pouvaient contenir, et bientôt n'en renferment plus du tout. Le noyau, dans chacun des animaux, se conduit d'une manière
Fig. 4S. — Lacrymaria trilineata
étrange; il s'arrondit d'abord, puis pousse des prolongements (fig. 5) qui se détachent presque à vue d'œil de la masse générale et lui restent un instant unis par un pont qui se coupe à son tour (fig. G). Après un certain temps, le noyau tout entier s'est ainsi converti en une masse de sphérules (fig. 7 ), d'abord assez volumineuses puis qui divisent et se redivisent tant et si bien qu'il n'y a plus que des grains de 1 jji à peine. Tous ces grains, alors, se transportent vers le point de soudure, et forment ensemble une sorte de nuage au sein duquel on voit un courant s'établir, en même temps qu'il s'opère un mélange de grains (fig. 4). Le sort ultérieur du couple m'est malheureusement resté inconnu; le nuage intermédiaire, j'ai pu le voir en plusieurs occasions, mais quant au processus qui vient d'être décrit, il n'a été étudié tout au long que sur un couple en particulier.
Le micronudéus m'est resté constamment caché.
On remarquera, dans la fig. 4, que la triple ligne des soies caractéristiques n'est indiquée bien nette que sur l'un des individus; sur l'autre, on la voyait également, mais par transparence, cette ligne spéciale affectant toujours le même côté du corps.
Lacrymaria cirrifera sp. n.
Corps allongé, vaguement cylindrique, diminuant légèrement d'épaisseur d'avant en arrière à partir de son tiers antérieur, et du même point se rétrécissant rapidement en
avant, pour se terminer en une extrémité antérieure tubulaire, percée d'un canal pharyngien longitudinal étroit, et garnie de deux couronnes de cils très longs, dirigés d'abord en avant puis ramenés en arrière en une courbe flexueuse élégante. Lignes ciliaires écartées, peu nombreuses, garnies de cils longs, mous, flexueux, disposés symétriquement de manière à dessiner à la surface du corps des lignes transversales à angle droit sur les lignes longitudinales. Pas de trichiles ni de trichocystes. Deux masses nucléaires accolées l'une à l'autre, avec micronoyau entre elles à leur point de contact. Vésicule contractile terminale, immense.
Longueur 80 (a environ (?).
Je n'ai pu examiner qu'un nombre très restreint d'individus relatifs à cette espèce, et trouvés à l'Ariana, au mois de septembre 1919. La forme générale du corps, l'extrémité tubulaire, Fig. 49. l'immense vésicule, les deux masses nucléaires, caractérisent
Lacrymaria cirrifera suffisamment l'animal; mais le trait le plus spécial est relatif
aux cils, peu nombreux et à implantation curieuse, très longs, mous et flexueux, et plus allongés encore sur le col, où ils figurent deux comoMues de longs filaments à courbure élégante, parcourus presque toujours d'ondulations gracieuses qui se succèdent coup sur coup.
Lacrymaria clepsiniformis sp. n.
Corps lagéniforme, très plastique et déformable, large et arrondi en arrière, rétréci en avant, normalement penché sur le côté à son extrémité antérieure, et développé en une large lèvre buccale tantôt fermée et arrondie en bouton, tantôt ouverte et creusée en cupule, et dans laquelle sont noyés des trichocystes en baguettes courtes, à disposition rayonnante, formant une sorte de corbeille pharyngienne à éléments dissociés. Ces mêmes trichocystes, plus petits, se retrouvent par ci par là dans le cytoplasme. Lignes ciliaires peu serrées, droites, ou spiralées suivant le degré de torsion de l'animal et figurant des sillons étroits séparés par des rubans larges à surface convexe. Cils Ik-xueux, plus longs et formant couronne à la base de la protubérance buccale. Noyau sphérique ou ovoïde, à plasma finement granulé; micronoyau adjacent, très pâle et peu distinct. Vésicide contractile grande, postérieure.
Longueur 50 à 60 |ji.
Ce petit Infusoire s'est rencontré en grande abondance à Pinchat, puis ensuite à Rouelbeau et à Florissant, et toujours dans des conditions spéciales, ou plutôt avec un habitat spécial; à Pinchat il vivait dans le mucilage qui revêt normalement les filaments des Chaetophora; à Rouelbeau, on le trouvait dans les paquets gélatineux des œufs d'insectes et de mollusques. Au sein même du mucilage, il rampe sans difficulté, se tordant, s'aplatissant, se déformant continuellement, s'allongeant et se rétractant comme une petite sangsue, et progresse alors sans l'aide des cils, qui ne peuvent guère lui sei"vir que lorsqu'il nage en pleine eau.
Tout son corps rappelle celui d'une Hirudinée (Clepsine) et même la « tête » accentue encore la ressemblance; tantôt elle figure un large bourrelet (fig. 1, 2), tantôt elle s'évase à la manière d'une ventouse (fig. 4), et si bien que l'animal avale sans difficulté des Infusoires aussi gros que lui.
Les trichites qui garnissent le pharynx sont en forme de baguettes légèrement recourbées, susceptibles d'explosion, et s'étendant alors en un fil relativement peu allongé Ce sont, en somme, des trichocystes, mais plus forts que ceux de même nature que l'on trouve par ci par là dans le corps. Ces petits éléments sont ici
très intéressants à étudier, dans ce sens qu'on peut, jusqu'à un certain point, contrôler leur croissance; on les voit tout d'abord dis.séminés dans le cytoplasme et parfois accumulés dans une région spéciale, en arrière du noyau, et sous la forme de bâtonnets très courts renfermés chacun dans une petite vacuole ovale (fig. 3 n); puis la baguette s'allonge peu à peu, et perce la vacuole par ses deux extrémités, sans que cette dernière se résorbe aucunement (fig. 3 b); mais plus tard cependant elle disparaît, quand la baguette a atteint toute sa longueur.
La division est transversale; peu avant la séparation, les deux nouveaux individus se livrent à des mouvements désordonnés, surtout le « plus jeune », qui au dernier moment tourne vivement sur son axe longitudinal comme pour tordre le fil de liaison.
Fig. 50. — Lacrymaria clepsiniformis
Chaenia limicola Levander (1901)
Corps très allongé, fusiforme, parfois un peu aplati sur l'un de ses côtés, pointu aux deux bouts, mais plus large en avant et longuement atténué en arrière. L'extrémité antérieure se termine en un bourrelet buccal annulaire, dans lequel sont alignés quelques trichocystes en baguettes; d'autres se voient répartis en petit nombre dans le cytoplasme. Lignes ciliaires longitudinales, très espacées, au nombre de huit à dix au plus et garnies de cils fins, plus longs en arrière et surtout à la base du bourrelet buccal, où ils forment une couronne spéciale. Cytoplasme normalement rempli de grains de nature amylacée et de structure particulière. Nombreux noyaux très petits, sphériques, disséminés en grand nombre dans le cytoplasme; ou bien un noyau unique allongé.
Plusieurs vésicules contractiles, alignées sur l'un des côtés du corps, la dernière, postérieure, très grande et à activité plus prononcée.
Longueur 130 jji.
Cette espèce, que j'ai rencontrée de temps à autre à Rouelbeau, en avril comme en septembre de 1918, et dans un fossé à fond de limon noirâtre, avait tout d'abord été désignée comme Lacrymaria sagitta sp.n.; et ce n'est que plus tard qu'ayant eu connaissance de la Chaenia limicola de Lauterborn, j'y reconnus le même organisme. On pourrait se demander, cependant, si le genre Lacrymaria n'élait pas mieux indiqué ? L'appendice antérieur est absolument conforme à celui que l'on connaît dans ce dernier groupe, et possède deux couronnes de cils; mais pour se rendre compte de la chose, il faut
isoler l'animal et l'obliger à l'immobilité, opération rendue délicate par l'extrême rapidité du petit être qui court comme une flèche, et se lance dans les débris avec une agilité étonnante; isolé dans une goutte d'eau claire, à peine le couvre-objet est-il en place que l'animal a traversé le champ de course et en a déjà gagné les bords. En eau libre, sur lamcUo évidée, il va droit devant lui, puis tout d'un coup renverse le mouvement et nage en arrière sans se retourner, ou bien il se secoue tout entier d'arrière en avant et d'avant en arrière, comme par une vibration de tout son corps.
Lauterborn se borne à mentionner des « Contractile Vacuolen in Mehrzahl hintereiaander angeordnet », mais il n'a pas, sans doute, pu soumettre les individus qu'il a rencontrés à une observation minutieuse, car il ne distingue pas des autres la vacuole postérieure; cette dernière, en fait, est la vésicule principale, qui peut devenir fort grande, jusqu'à \htV renfler assez fortement la partie postérieure du corps; néanmoins les vacuoles antérieures fonctionnent comme vésicules vraies.
L'appareil nucléaire se voit sous forme de noyaux très petits disséminés en grand nombre dans le cytoplasme; mais tous ces noyaux proviennent d'une masse d'abord unique, qui s'est plus tard fragmentée en un chapelet à éléments finalement dissociés.
Le corps est toujours bourré de ces petits grains de nature amylacée qui donnent au cytoplasme une apparence particulière et que nous avons déjà vus, ou verrons encore, dans divers Infusoires; Lauterborn les a Ftg. SI. déjà remarqués (zahlreiche kleine Kiigelchen, die bisweilen ringfôrmig Chaenia erscheinen).
limicota Ce dernier auteur attribue la Chaenia limicola à cette « faune sapro-
pélique » qu'il a été le premier à décrire, caractéristique de la boue noire qui garnit le fond des étangs; et c'est bien, en effet, dans les mêmes conditions que j'ai toujours trouvé cet organisme.
Lagynus elegans (Engelmann) Schewiakoff (1896) Lacrymaria elegans Engelmann (1862)
Corps allongé, sub-cylindrique, arrondi en arrière, divisé en avant en anneaux transversaux superposés, rentrant les uns dans les autres, et fortement extensibles. L'anneau antérieur prend la forme d'une coupe renversée, à l'intérieur de laquelle se voit
une cage pharyngienne large et peu allongée, formée de bâtonnets en fourchette solidement reliés les uns aux autres par une membrane plastique distincte. Cuticule épaisse, très tenace, opalescente, rayée de lignes ciliaires très nettes, longitudinales, espacées, portant des cils longs et serrés, extrêmement fins. Cytoplasme renfermant des trichocystes généralement nombreux, en faisceaux compacts qui se dissocient facilement en baguettes fines. Noyau ellipsoïdal, finement ponctué de granulations très petites; micro-noyau adjacent, parfois de volume énorme et encastré profondément dans la masse nucléaire. Vésicule contractile formant le plus souvent une vaste lacune à l'extrénùlé postérieure du corps.
Longueur 125 à 150 \)..
Flg. S2. — Lagynus elagans
C'est là un très bel Infusoire, que l'on n'a pas de peine à reconnaître, à la forme particulière de son corp.s, à son col plissé en gradins, mais qui peut, à l'occasion, s'étendre longuement (fig. 5); à cette vaste lacune postérieure qui finit par s'arrondir en une
immense vésicule contractile, à sa forte membrane légèrement opalescente et à stries longitudinales très nettes. La corbeille pharyngienne (fig. 2), large et courte, est formée de baguettes doubles (fig. 4), en fourchette, dont les deux parties constituantes sont reliées à leur sommet par une sorte de douille bleuâtre. Dans l'intérieur du corps, on trouve, souvent en nombre considérable, des trichocystes soit isolés, soit en faisceaux compacts et qui se dissocient à la compression. Souvent aussi, le cytoplasme renferme des algues filamenteuses microbiennes, en bâtonnets divisés en compartiments égaux, et analogues par exemple à ceux que l'on connaît dans certains Rhizopodes (Pelomyxa palustris).
J'ai étudié cette espèce dans deux localités, à Florissant en plein hiver, (janvier, février), à l'Ariana en juillet; partout les animaux étaient identiques, sauf un point assez intéressant : tandis qu'à Rouelbeau on trouvait le noyau accompagné d'un petit micronucléus avec l'apparence qu'il revêt généralement dans les Infusoires (fig. 1), à Florissant tous les individus montraient un micronucléus énorme, ellipsoïdal (fig. 3), et si bien encastré dans la masse du noyau qu'on le croyait recouvert par la membrane de ce dernier. On aurait pu croire qu'on avait affaire à un parasite, mais c'était bien là le micronucléus. Il y aurait peut-être une recherche intéressante à faire sur le micronoyau dans cette espèce; Engelmann parle d'un noyau « mit grossem ovalen Nuclcolus »; S. Kent d'un « endoplast ovate, associated with a laterally attached endoplastule »; Roux indique un « macionucléus ellipsoïde, avec micronucléus adjacent, très petit ».
Trachelophyllum apiculatum (Perty) Clap. et Lachm. (1859) Trachelius apiculatus (Perty 1852)
Corps allongé, lancéolé, comprimé, pointu en arrière, très extensible et susceptible de se prolonger en un col étroit que termine un appendice antérieur tantôt conique, tantôt évasé en coupe, et faisant une saillie plus ou moins prononcée au dehors; cet appendice est percé d'un tube pharyngien dans la paroi duquel sont couchées, en petit nombre, de longues baguettes ou trichites protractiles. Lignes ciliaires très espacées, longitudinales, faiblement marquées, couvertes de longs cils flexueux dont généralement la plupart sont repliés en boucle et forment ensemble une toison lanugineuse spéciale. En avant et sur l'un des côtés du col, une ligne de soies ou organes tactiles spéciaux, mobiles. Noyau le plus souvent en deux masses séparées, chacune avec un micronoyau adjacent; parfois en une seule masse elliptique ou réniforme.Védcule contractile volumineuse, terminale.
Longueur 125 à 280 jx, suivant l'individu, la station, ou le degré d'extension.
Ce qu'il y a peut-être de plus curieux Fig- S3. — Trachelophyllum apiculatum
dans cette espèce, c'est cette ligne de soies
que l'on trouve le long du col sur l'un des côtés de l'animal (fig. 1). Elles sont, en effet, d'une structure toute particulière : sur un individu particulièrement bien étudié, ou peutêtre particulièrement favorable à l'étude, ces éléments sétiformes me sont apparus tels que 1 indique la fig. 3, chacun comme un petit corps renflé, pédoncule, prolongé en avant, sur l'un des côtés en une sorte de bec, sur l'autre en un filament très allongé. Ce sont donc là non pas des soies véritables, mais de petits organes donc la signification reste obscure. L'appareil pharyngien constitue un véritable tube interne, qui fait saillie au dehors tantôt sous une forme appointie (fig. 5), tantôt et plus souvent comme un large bouton bleuâtre (fig. 1, 4); dans ce dernier cas, c'est là l'extrémité du tube étalé en cupule. Quelquefois, le tube est cylindrique jusqu'à son extrémité, tel que le montre la fig. 2,
OÙ l'on voit en même temps les trichites expulsées sous forme de fines baguettes droites, trois fois aussi longues qu'elles l'étaient avant l'explosion.
Dans la fig. 0, l'animal est en division. J'ai pu observer également plusieurs cas de conjugaison, tous le même jour, le 20 mars 1916. Les animaux se voyaient solidement liés bouche à bouche, recourbés l'un vers l'autre, l'apparence générale étant celle d'une double bourse dont les deux moitiés pendraient parallèles l'une à l'autre.
Cette espèce a été surtout étudiée dans l'année 1916, en décembre à Florissant, au printemps à Pinchal. Je l'ai revue, sous sa forme parfaitement typique, en avril au Chemin de la Montagne, dans la mousse d'un vieux mur.
En octobre 1918, un individu provenant de Pinchat, et isolé sur lamelle évidée, a couru deux jours, puis s'est mis en boule et s'est construit un kyste sphérique, solide, légèrement brunâtre, rugueux.
Trachelophyllum falciforme sp. n.
Corps très allongé, vermiforme, extensible, diminuant insensiblement d'épaisseur d'arrière en avant, recourbé en arc et montrant alors une face concave ventrale et une face dorsale convexe; terminé en avant en un appendice arrondi tronqué en biais et qui porte à sa base une couronne lâche de longs cils, dont deux plus forts et plus développés que les autres prolongent comme de longs crochets la courbure ventrale. Au-dessous, une ligne de soies courtes en brosse. Pharynx indiqué par un trait droit (trichites?), couché sur le côté ventral, et dont l'extrémité coïncide avec la base de l'appendice antérieur. Lignes ciliaires longitudinales serrées, peu marquées, couvertes de cils longs dont les derniers plus forts que les autres traînent à l'extrémité postérieure. Deux, ou trois, masses nucléaires arrondies, chacune avec un micronoyau très petit. Vésicule contractile volumineuse, terminale.
Longueur 40 à 60 (ji; largeur 6 à 10 (i. Tourbières à Sphagniim, Haparanda, Suède.
Le Trachelophyllum falciforme a été étudié à Genève, à la fin
de juillet 1915, mais il avait été rapporté de Suède dans une touffe
de Sphagnum, récoltée dans une tourbière de Haparanda le 3 ou
Fig. 64. le 4 du même mois, et arrivée encore humide à mon laboratoire.
Trachelophyllum J'en ai pu examiner une demi-douzaine d'exemplaires, tantôt longs
faiciiorme (fig. 1), tantôt plu€ courts, et d'ailleurs quelque peu rétractiles;
toujours plus ou moins recourbés en faucille, plus larges en arrière
et plus étroits en avant.
L'appendice ou bouton terminal antérieur est de forme spéciale, légèrement rejeté sur le côté ventral (fig. 2), et entouré à sa base d'une couronne de longs cils, très fins dans leur généralité, mais dont deux ou trois, sur ce même côté ventral, sont particulièrement développés, longs, crochus, et semblent fonctionner comme des organes de tact et d'adhésion, ou bien aussi sont la cause de petits sauts que l'on voit se produire de temps à autre sur l'animal tout entier.
En arrière de l'appendice antérieur, on remarque un trait droit, très peu distinct, dû peut-être à la présence d'un mince faisceau de trichites, et qui vient se terminer non
[)as à la pointe même du corps, mais à la base de l'appendice et du côté ventral; ce serait à, alors, que se trouverait l'ouverture buccale, quelque peu excentrique.
Les mouvements sont paresseux, les cils battent mollement, et quelquefois dans une région plutôt que dans une autre, sans que sur d'autres points ils entrent en activité.
Trachelophyllum pilosum sp. n.
Corps lancéolé, comprimé sur une face qu'on peut appeler ventrale par opposition à une face dorsale convexe; rétréci en avant et parfois prolongé en un col plus ou moins prononcé et presque toujours penché sur la face ventrale; pointu en arrière, terminé en
avant en un appendice soit arrondi, soit conique fftg. 5 et 6), ou même prolongé en pointe acérée, et qui constitue un appareil pharyngien protractile. Lignes ciliaires longitudinales, en nombre très restreint, à peine marquées, couvertes de cils peu serrés, très longs, flexueux, particulièrement développés autour de l'appendice buccal où ils forment une couronne vibratile spéciale, puis à la partie postérieure du corps où ils traînent en arrière. Pas de trichocystes (?). Noyau elliptique-allongé; micronoyau très pâle, attenant au noyau, ou dans son voisinage. Vésicule contractile terminale. Longueur, le plus souvi nt 38 à 40 (x; rarement jusqu'à 50 [i.
Ce petit Infusoire atteint rarement, sous sa forme typique et lancéolée, plus de 38 à 40 (X, et quand il arrive à 50 [i, c'est dans des individus exceptionnels ou peut-être aussi dans des variétés particulières. La fig. 3, par exemple, se rapporte à une forme elliptique, dont les représentants, bien que vivant au milieu des autres, semblaient indiquer quelque chose de spécial; je n'y ai pas remarqué, en effet, l'appendice terminal, tantôt conique et tantôt élargi, caractéristique des Trachelophyllum, et l'on n'y voyait qu'un long bec aigu.
Tantôt, dans la forme typique (fig. 4), les stries ciliaires sont nettement visibles, tantôt la cuticule paraît lisse, tant elles sont peu marquées (fig. 1, 2); mais toujours nous trouvons les mêmes cils mous, flexueux, plus longs et plus serrés en arrière. Sous l'appendice antérieur, ils forment une couronne de longs filaments soit dirigés en avant et se rabattant de temps à
autre brusquement en arrière, soit immobiles et à angle droit sur le col (fig. 2), ou bien se répandant en ondulations flexueuses.
Il ne semble pas y avoir de trichocystes; mais à la hauteur du pharynx, on voit parfois quelques stries vaguement dessinées (fig. 1 ), comme s'il y avait là des trichites.
L'animal, bien que souple et agile, nage sans grande vivacité; de temps à autre, on le voit se livrer à des secousses de tout le corps, produites parles cils qui se renversent brusquement et tous ensemble soit en avant soit en arrière.
Fig. 5S. — Trachelophyllum pilosum
Trachelophyllum fontinale sp. n.
Corps lagéniforme, étiré en avant en un col qui se recourbe sur l'un des côtés, dépourvu d'appendice antérieur spécial, mais simplement convexe à son extrémité. Bouche et pharynx invisibles, cachés par une corbeille pharyngienne puissante, à éléments disjoints représentés par des trichites arquées à leur sommet. Sur l'un des côtés du col, une ligne de soies courtes en brosse. Lignes ciliaires longitudinales, écartées, couvertes de cils fins. Noyau formé de deux masses ovoïdes, séparées l'une de l'autre par un micronoyau allongé dont la membrane propre est elle-même restée attenante par ses pôles aux micronoyaux. Une rangée de petites vésicules contractiles, sur l'un des côtés.
Longueur 90 (x.
Fig. 56.
Trachelophyllum lontinale
Peut-être eût-il fallu garder le silence sur cet organisme, dont un seul représentant s'est montré; mais cet individu a été examiné tout au long, en liberté d'abord,
guis comprimé sous le couvre-objet, et les traits les plus caractéristiques ont pu en être xés. Il provenait de l'eau du Léman, ou plutôt, faudrait-il dire, de l'eau d'alimentation de la ville de Genève, qui vient directement du lac. On peut, en ouvrant chez soi pendant
une demi-heure le robinet de l'évier, au-dessus d'un filet de soie très serré, obtenir, après avoir retourné et agité le filet dans un bocal, un résidu souvent fort intéressant, composé surtout de Péridiniacécs, Diatomées et Flagellâtes extraordinairement petits. Dans le cas actuel, c'était un Infusoire, en forme de gourde allongée, rétréci en avant et toujours penché sur le côté, si transparent qu'à un faible grossissement, on le voyait à pi ine, ou plutôt on voyait se mouvoir dans le liquide un tout petit corps allongé, brillant, très réfringent, et ce petit corps n'était autre chose que la corbeille pharyngienne, formée de trichites très fortes, recourbées en faucille (fîg. 3), qui se regardant les unes les autres par leur concavité formaient ensemble une cage brillante à bâtons serrés (fig. 1). Une ligne de soies courtes, très fines, en brosse, se voyait tout auprès sur l'un des côtés. Les deux noyaux étaient séparés l'un de l'autre par un micronucléus à membrane très forte, attenant par chacun de ses pôles à la membrane nucléaire (fig. 2). Quatre ou cinq petites vésicules fonctionnaient sur l'un des côtés, dans la moitié postérieure de l'animal.
Ileonema simplex sp.
Corps allongé, lagéniforme, extensible, légèrement comprimé, pointu en arrière, étiré en avant en un col plus ou moins nettement dessiné, et que termine un appendice arrondi; cet appendice, à son tour, est prolongé d'un filament flagclliforme qui se recourbe en arrière dès son point d'origine et va flotter le long du corps jusqu'au delà de la moitié de la longueur de ce dernier. Pharj'nx indiqué par de longues trichites réunies en un faisceau lâche. Lignes ciliaires espacées, peu marquées, garnies de cils longs et relativement peu nombreux, mous, flexueux, plus développés en avant sous l'appendice basai et en arrière à l'extrémité du corps. Noyau ovoïde, central, volumineux. Vésicule contractile très grande, terminale.
Longueur 180 [i. — Sphagnum.
En 1899, Roux a créé le genre Monomastix pour un Infusoire pourvu en même temps de cils et d'un long flagellum, et a fait rentier cet organisme dans le groupe ambigu des Masiigotricha de Schewiakoff. Ayant retrouvé moi-même, en 1916, un Infusoire très voisin du Monomastix, et pourvu comme lui d'un long filament fiagelliforme, j'avais, dans mon travail concernant Y Arachnidiopsis paradoxa (1918 b), consacré quelques lignes à ce Monomastix, et je disais à ce sujet : « Je suis arrivé à la conclusion que le Monomastix de Roux est en fait un Trachclophyllum, un véritable Infusoire holotriche, dans lequel cette sorte de bec que l'on connaît dans quelques espèces du genre est prolongé en un filament très long; ce fil se recourbe en arrière, et flotte sur l'un des côtés du corps, en ondulant faiblement sous l'influence des courants produits par les cils. C'est également, je pense, tout près des Trachclophyllum que nous devons placer V Ileonema dispar (Silliman's Amer. Journ. vol. 28, 1884) un Infusoire lui-même très voisin de Monomastix. »
L'individu, malheureusement unique, que j'ai trouvé dans le Sphagnum de la tourbière de Valavran, mais qui a pu être suivi et étudié pendant près de deux heures, n'avait certainement pas de flagellum vrai, et peut-être n'est-il pas inutile de copier ici purement et simplement, dans leur laconisme original, les notes que j'avais prises, en octobre 1916, à ce sujet : « Seul individu trouvé, mais suivi très longtemps, d'abord 3/4 d'heure; puis jierdu. retrouvé deux heures après et suivi encore une heure. Court lenlement dans les débris. Le soidisant flagellum n'est qu'un prolongement de la tête, d'un gris mat, assez épais, pas lisse mais un peu granulé, rugueux. Il se recourbe et flotte en arrière, atteignant un peu plus de la moitié de la longueur de l'animal; bien qu'il semble avoir un mouvement propre (ondulations faibles, flottantes) il y a là une illusion, il est simplement agité pas les cils. Cils longs, espacés, mous, faibles; plus longs à la tête et aussi en arrière. Stries longitudinales, peu visibles, espacées. Noyau central, gros, ellipsoïdal ; pas vu le
Fig. S7.
Ileonema simplex
micronucléus. Vésicule contractile grande, à l'extrémité postérieure. Assez plastique, peut se rétracter en forme de poire. Corps un peu aplati. En somme, c'est un Trachelophyllum ».
M. Roux, consulté, s'en tient cependant à ses conclusions premières, mais pour mon compte, je crois aujourd'hui plus que jamais à la proche parenté du Monomasiix avec les Trachelophyllum. Toute la description de Roux, du reste, indique les caractères de ce genre : « Le pôle antérieur, où est située la bouche, forme une légère proéminence... Immédiatement au-dessous (de la bouche) on aperçoit quelques longs filaments (trichites) excessivement minces, peu nombreux, assez longs et quelque peu arqués. Entre ces trichites, j'ai observé un espace très restreint, plus clair que le plasma environnant ; c'est peut-être un pharynx qui est mal défini et en tout cas court et étroit. La vésicule contractile est unique, assez grande, placée dans le grand axe du corps, tout près de l'extrémité postérieure. Pendant sa systole, on peut apercevoir un court canal, très net, qui aboutit au pore excréteur... Le macronucléus est représenté par deux masses de forme ovale... L'animal a des mouvements lents, il se traîne et nage entre les débris accumulés sur les plantes submergées. Les cils du corps sont toujours en action, et, à intervalles plus ou moins longs, le flagellum entre en jeu et s'étend en avant du corps; grâce à ses ondulations, la progression est faiblement accélérée. A en juger par la lenteur de ses mouvements, il semble préposé plutôt à une action tactile ou directrice, l'action locomotrice étant surtout réservée aux cils. »
A part le Flagellum, tout cela n'est-il pas d'un Trachelophyllum? et d'autre part, ne serait-il pas bien étonnant qu'un Mastigotriche, un représentant d'un ordre spécial (d'ailleurs problématique lui-même) revêtît nettement les caractères d'un Trachelophyllum ?
En même temps, l'Infusoire que j'ai étudié me paraît pouvoir rentrer dans le genre Ileonema de Stokes, que l'auteur américain a séparé des Trachelophyllum en raison de la possession de ce même filament antérieur; mais à la base de ce filament, dans Y Ileonema dispar, on trouve un épaississement spirale dont la forme de Valavran est privée. Il ne semble pas non plus qu'il y ait identité d'espèce avec le Monomasiix cilialus de Roux, beaucoup plus petit et dont l'apparence est différente. Je l'appellerai donc simplex en raison de sa simplicité relative, c'est-à-dire de l'absence d'organe ou épaississement spécial.
Didinium nasutum (0. F. MIiller), Stein 1867 Vorticella nasuta, Muller 1786
Corps ovoïde ou en forme de dé à coudre, arrondi en arrière, surmonté en avant d'un large disque fortement convexe, et qui lui-même se rétrécit rapidement en une protubérance centrale ou pointe plus ou moins accusée. Ce cône terminal est traversé par un canal pharyngien qu'entoure une armature de longs trichocystes droits, lesquels se retrouvent également, en petit nombre, par ci par là dans le cytoplasme.
, Le corps, très finement strié dans sa longueur, est dépourvu de cils mais porte deux couronnes de membranelles fortes et serrées, l'une garnissant la rainure circulaire qui borde la base du cône buccal, l'autre se montrant un peu au-de.ssous de la ligne médiane du corps. Noyau volumineux, réniforme ou en large fer à cheval, dans la région antérieure de l'animal. Vésicule contractile terminale. Wy^'^ , 2
Longueur très variable, 80à 110 [x en général.
Nous discuterons plus tard les affinités qu'il Fig. ss. — Didinium nasutum
peut y avoir entre le Didinium nasutum et le
Didinium balbianii, et nous examinerons en même temps les détails de structure, parfaitement identiques dans les deux organismes. Pour l'instant, je me contenterai d'attirer l'attention sur cette espèce telle qu'elle se montrait à Florissant (fig. 1), en apparence une forme spéciale, très grande (tous les individus mesuraient de 80 à 110 |x), pâle, renflée en tonnelet et prolongée en avant en un appendice extrêmement long.
La fîg. 2 montre le maximum d'allongement que peut acquérir cet appendice, et l'on remarquera en outre les deux faisceaux superposés de trichites que possédait l'individu.
Les représentants de cette forme spéciale étaient à peu près tous munis de deux ceintures ciliaires caractéristiques, ma's il me faut insister sur la restriction qu'indique cet « à peu près », parce que dans l'un des individus observés, la ceinture postérieure était si peu marquée qu'elle paraissait tout juste être en cours de développement, et que dans un autre elle manquait absolument.
Il semblerait d'après les lignes qui précèdent que cette forme spéciale doive être considérée comme une variété fixée; mais plus probablement avons-nous affaire ici à des animaux en mauvaise santé, défigurés, boursouflés par le séjour en bocal; j'ai pu néanmoins en conserver, pendant 24 heures et plus encore, sur lamelle évidée, courant sans arrêt, en se balançant et tournant lentement en vrille, comme l'indique la pg. 3, et gardant jusqu'à la fin leur forme première. L'un d'eux pourtant fit exception; trouvé paresseux et se mouvant à peine, sous la forme boursouflée que montre la flg. 1, à peine transporté dans une eau pure, il se rétracta sur lui-même, revêtit la forme normale de l'espèce (celle que montre la fig. 1 dans le Didinium balbianii) et se mit à nager vivement.
Certains Infusoires, par exemple les Vorticelles, se déforment et gonflent dans une eau mal aérée, et le Didinium, comme l'ont déjà observé Balbiani, Fabre-Domergue, ScHEwiAKOFF et d'autrcs, est un être très délicat; rien d'étonnant à ce qu'il se déforme, mais ainsi déformé, il peut vivre plusieurs jours encore, et c'est là ce qu'il était intéressant de constater.
Didinium balbianii (Fabre-Domergue) Bùtschli 1889 Monodinium balbianii, Fabre-Domergue 1888
Corps ovoïde ou en forme de dé à coudre, arrondi en arrière, terminé en avant en un large disque convexe, lequel se prolonge en une pointe plus ou moins proéminente, percée d'un canal pharyngien qu'entourent de longs trichocystes en baguettes droites.
Ce disque antérieur est bordé d'une couronne de fortes membranclk's; le reste du corps dépourvu de cils, mais couvert sur toute sa longueur de stries très serrées et très fines, à peine distinctes. Noyau réniforme ou en boudin court. Vésicule contractile terminale. Longueur 55 à 75 [j..
l'ig. 59. — Didinium balbianii
Ku 1888, Fabre-Domergue a décrit son Monodinium Balbianii qui ne diffère, dit-il, du Didinium nasutum que par le fait qu'il pos.sède une seule couronne de cils. Plus tard Butschli a ramené cet organisme au genre Didinium. Schewiakoff, en 1889, en a donné une bonne description, de laquelle je voudrais relever quelques points : « Une couronne de cils assez longs, qui sont disposés en petites lignes très serrées. Ces cils paraissent au premier abord analogues à des membranelles eflllées à leur pointe; mais il n'est pas très difficile de se convaincre que ce sont des cils séparés, généralement au nombre de six, qui sont très rai)prochés les uns des autres et paraissent comme soudés à leur base. De chacune de ces lignes de cils on peut suivre, soit en avant soit vers l'extrémité postérieure, une strie longitudinale. Ces stries ou sillons très faibles portent sur toute leur longueur de petites éminenees, comparables à des papilles ciliaires; et il n'y a pas loin de là à .supposer que ces stries longitudinales sont dérivées de lignes de cils qui
auraient exi.sté à l'origine
Autour de l'ouverture buccale se voit un faisceau de bâtonnets très longs, qui ne sont pas soudés les uns aux autres. Ils ont une direction spiralée, et peuvent s'étendre assez
loin en arrière le n'ai rien pu distinguer de ce canal alimentaire ou fossette nutritive
qui s'étend en une ligne continue de la bouche à l'anus, et que Balbiani dit avoir observé
chez Didinium nasutum Je n'ai rien remarqué non plus de cet organe en forme de
langue qui d'après Balbiani ferait saillie hors de l'ouverture buccale pour saisir la proie ».
Fig. 60. — Didinium balbiani
D'une manière générale, mes observations me permettent de confirmer celles de l'auteur russe, mais avec quelques réserves cependant :
1° Les cils de la couronne locomotrice sont véritablement soudés en membranelles, mais s'effilent à la moindre occasion (maladie, compression, etc.). Les fig. 5 et 6 indiquent la disposition de ces membranelles; d'après mes observations, il y aurait en effet pour chacune d'elles six filaments soudés, chacun muni d'une petite papille basale; dans la fig. 5, on voit le ruban circulaire qui porte ces membranelles, avec six stries dont chacune correspond à un rang de cils ;
2° ,J'ai pu voir en effet quelquefois les stries longitudinales et les petites perles, que la glycérine met surtout distinctement en évidence; mais la plupart du temps, elles sont si faiblement marquées qu'on ne se doute pas de leur existence;
3° Les trichites ne se sont montrées spiralées dans aucune de mes observalions. Ce soni, il faut l'ajouter, de véritables trichocystcs, susceptibles d'explosion avec allongement considérable du bâtonnet (fig. 2);
4° Cette ligne pâle ou canal dont parle Balbiani, et qui se prolonge sur toute la longueur de l'animal, a été sans doute mal interprétée par l'auteur français; mais cependant il y a quelque chose, une fossette étroite, que l'on voit se prolonger très loin en arrière (la glycérine la met nettement en évidence, fig. 2) et dans laquelle peut-être Balbiani a-t-il vu glisser la nourriture;
5° L'organe en forme de langue n'existe en effet pas; ce sont là simplement des trichites, qui sont quelquefois lancées, toutes ensemble en avant, et sans exploder complètement s'arrêtent pour ainsi dire en chemin, toutes au même niveau, en simulant un organe spécial. Cependant les observations de Balbiani sur la capture de la nourriture sont fort intéressantes : « Le Didinium commence à décocher contre la proie une partie des corpuscules bacilliaires La Paramécie cesse de nager Son ennemi alors s'approche et fait rapidement saillir hors de sa bouche un organe en forme de langue qu'il
fixe par son extrémité libre élargie sur un point du corps de la Paramécie. Celle-ci est alors graduellement attirée, par le retrait de cette langue, vers l'ouverture buccale du Didinium, laquelle s'ouvre largement en prenant la forme d'un vaste entonnoir dans lequel s'engloutit la proie. A mesure que celle-ci pénètre, on voit se former en avant d'elle un espace triangulaire, clair, comme si le parenchyme s'écartait de lui-même pour lui livrer passage. Cet espace n'est évidemment autre chose que la traduction d'un canal »
La différence entre ces deux espèces, Didinium nasutum et Didinium balbianii, est, nous l'avons vu, for! petite; deux ceintures au lieu d'une, et tout le reste est identique. Dans cette station de Florissant où ces animaux ont été rencontrés à toutes les époques de l'année, les deux formes vivaient ensemble, et il faut le dire, plus je les étudiais, plus j'étais disposé à n'y voir qu'une espèce unique. Voici les raisons qui m'ont amené à cette hypothèse :
1° Le Didinium nasutum est plus grand, mais plus avancé en âge, peut-être;
2° La ceinture postérieure est quelquefois si mal indiquée, qu'on ne sait si elle existe ou non, quelques cils à peine ébauchés, ou même une simple ligne transversale, dépourvue de cils, et qui semble se dessiner sous la cuticule (fig. 1). Ce fait n'a aucun rapport avec une division de l'animal, laquelle se produit au-dessus de la ceinture (fig. 3). On rencontre, en fait, et même assez souvent, des individus qu'on ne sait où placer; ils sont à volonté nasutum ou balbianii.
3° Le temps devenant froid, les animaux se sont mpntrés toujours plus rares, ont disparu peu à peu; ce sont les balbianii qui seulsont fini par exister; était-ce en raison du fait, en tout cas certain, que les jeunes animaux sont toujours, dans les Protozoaires aussi bien qu'ailleurs, plus résistants que les vieux ?
En somme, j'ai été plus d'une fois tenté d'envisager la deuxième couronne comme se développant dans différentes circonstances seulement, de préférence sur les adultes ou les vieux individus. Et même on pourrait se demander s'il ne s'en développerait pas à l'occasion d'autres encore, ces quatre couronnes que l'on a observées quelquefois, et interprétées alors comme phénomène de division ( ??).
C'est une division, en tout cas, que montre la fig. 4. Au milieu d'août 1917, elle s'est tout d'un coup montrée commune. Elle s'opère avec une grande rapidité, en 20 minutes à peine. La figiiie 3 indique une divi.sion également, mais dans cet exemplaire ^un Didinium balbianii) il se passa alors une chose curieuse; l'animal, isolé et en eau libre à 11 h. 45 du matin, s'anondit peu à peu, et à 1 h. 45 ne montrait plus trace d'étranglement; il avait renoncé à se diviser, mais avec sa ceinture postérieure qu'il n'avait pas abandonnée, on l'eût pris sans hésiter pour un Didinium nasutum.
Deux mots encore à propos de cet Infusoire : il marche à volonté en avant ou en arrière, mais plus souvent en avant. Dans un individu, j'ai vu la vésicule contractile battre après la mort; c'est là un fait que nous retrouverons quelquefois.
Didinium armatum sp. n.
Corps en forme de dé à coudre renversé, arrondi en arrière, surmonté en avant d'un disque convexe prolongé d'une protubérance médiane large et relativement peu prononcée, et que traverse un canal phan>'ngien bordé de trichocystes nombreux et serrés, en baguettes fines. A la base du disque, une forte couronne de membranelles. Surface du corps entièrement couverte de ponctuations mmuscules, disposées suivant des lignes longitudinales serrées et dont chacune correspond à la tête d'un petit corps protoplasmiquc fusiforme, ou trichocyste à mucilage, noyé dans la couche alvéolaire très épaisse et qui en paraît striée en travers. Noyau réniforme ou en boudin court.
Vésicule contractile terminale.
Longueur 50 à 60 (x.
Au cours de mes observations sur les Didinium de Florissant, il m'est arrivé de temps à autre de rencontrer certains petits individus, qui par leur forme un peu spéciale, plus nettement en dé à coudre, par la rapidité de leur marche, par l'apparence exceptionnelle de leur membrane, semblaient montrer un type particulier. Sur quelques lamelles où le
produit de la récolte avait été passé au carmin glycérine, quelques-uns de ces petits organismes se retrouvèrent, très (iéfigurés, mais entourés d'un dépôt d'un rouge vif, analogue à celui que produisent les « trichocystes à mucilage » de certains Infusoires. Ayant alors isolé un de ces petits individus — retrouvé non sans peine, car ils devenaient chaque jour plus rares je pus l'examiner dans ses détails, sur le vivant, et me convaincre que la cuticule recouvrait une couche alvéolaire Eig. 61. épaisse et nettement tranchée, qu'on n'observe pas dans les
DiiUnium iirwaium SLuires Didiniiim, c\ remplie de petits éléments fusiformes régu-
lièrement di.stribués (fig. 2). Ayant alors fait agir un léger courant do carmin glycéiiné, je vis s'étendre brusquement sur la surface entière de l'animal, une couche épaisse iVwn mucilage rempli de poussières rouges, et traversé de traînées fdamenteuses.
Il ne me fut malheureusement pas possible de contrôler l'expérience, aucun représentant de cette forme curieuse ne s'étant plus montré, mais il est peu vraisemblable que ces petits individus puissent se rattacher aux Didinium nasutum et Balbianii au milieu desquels ils vivaient; mieux qu'une variété, ce serait là une espèce, et c'est comme telle que je crois devoir la considérer.
Mesodinium pulex {Cl. et L.) Stein 1862 Halteria pulex Clap. et Laciim-
Corps pyriforme, divise par un large sillon transversal en deux parties inégales, l'une antérieure, conique et tronquée à son extrémité, l'autre postérieure, plus grande, splicrique.Le cône antérieur est creusé d'un ])uits phar>'ngien, du fond duquel prennent naissance (|ueiques tentacuKs filiformes, droits, élargis en tête d'épingle à leur extrémité, et protracliles. Sillon traiisveisal garni d'une double couronne d'organes locomoteurs, la première formée de cils tiès longs, sétiformes, dirigés habituellement les uns
en avant, les autres sur les côtés, la seconde, postérieure, constituée par de larges membranelles qui se rabattent sur le corps sphérique nu, et le recouvrent presque tout entier. Appareil nucléaire représenté par deux petits noyaux sphériques, bleuâtres, rapprochés l'un de l'autre en arrière du sillon transversal. Vésicule contractile très grande, ternainale, rejetée un peu sur le côté.
Longueur 18 à 22 yi.
Le Mesodiniiim pulex est toujours indiqué comme un organisme essentiellement marin, mais je ne serais pas étonné si plusieurs des descriptions du Mesodiniiim acarus trouvé dans l'eau douce se rapportaient en réalité à cette espèce. L'animal est en effet difficile à étudier, extrêmement petit et continuellement en mouvement; ou bien, trouvé immobile et accroché à quelque filament végétal, il s'en détache et part comme une flèche avant qu'on ait pu l'examiner.
C'était bien \e Mesodinium pulex, en tout cas, que j'ai rencontré en grande abondance à Pinchat,en novembre 1917,et au Parc La Grange, en octobre 1918; mais cette espèce, elle non plus, n'est pas suffisamment connue, et sans doute mes observations, faites sur un grand nombre d'individus tantôt en pleine liberté, tantôt isolés et retenus en place par une compression plus ou moins forte du couvre-objet, ne seront-elles pas sans quelque utilité.
Le corps revêt une forme toute particulière, turbiné, globuleux en
arrière, conique en avant, ces deux ^^Çli/Q.jy^ '
régions spéciales étant séparées l'une de l'autre par un sillon nettement marqué fflg. 1). Plutôt ^'S- «2. — Mesodinium puiex
qu'un simple sillon, d'ailleurs, c'est
là une gouttière, ou une ceinture, guillochée ou striée dans toute sa largeur, et qui porte une couronne d'éléments locomoteurs, disposés sur trois rangées superposées; ceux de la rangée supérieure, au nombre d'une trentaine, sont généralement dirigés en avant, ceux du milieu montrent les côtés, et ceux de la rangée inférieure sont plutôt en arrière; mais bien souvent, la distribution n'est pas nette, et les trois régions restent mal indiquées.
Faut-il appeler ces éléments des cils, ou des cirrhes ? ce sont, en tout cas, des organes un peu spéciaux. Très longs, s'amincissant de la base au sommet, tantôt on les voit rigides, immobiles, et rappelant par leur apparence des soies saltatrices (fig. I, 3), tantôt ils se livrent à des mouvements flexueux, ou bien battent comme des cils ordinaires et entraînent l'animal dans une course rapide; tantôt enfin ils se comportent comme les cirrhes des hypotriches, et l'Infusoire « marche », porté par des « pattes » qui se démènent sur le sol comme celles d'un insecte.
Mais en arrière de cette triple couronne de cils, il en est une autre, un sillon spécial sur lequel prennent naissance, serrées les unes contre les autres et au nombre d'une trentaine, de véritables membranelles, très fortes, et dont chacune, examinée à part, est cannelée dans sa longueur, trilobée sur une vue de coupe, formée en réalité de trois cils soudés sur une seule épaisseur en une lame unique (fig. 3, 4). Toutes ces lames, alors, se rabattent en arrière, en suivant le contour du corps globuleux, et en imbriquant les unes sur les autres les autres d'une manière parfaitement régulière; à ellestoutes, elles forment une enveloppe véritable, ouverte à sa partie postérieure, mais qui n'en paraît pas moins quelquefois continue, comme si une mince pellicule s'étendait entre les membranelles en arrière de l'individu (fig. 1).
Ces membranelles sont cause des sauts brusques auxquels est sujet l'animal lorsqu'il se détache de son soutien; c'est d'abord une pirouette en arrière, puis l'Infusoire part tête en avant. Pour l'exécution du saut, toutes les membranelles s'écartent, se relèvent, en provoquant un violent recul, puis immédiatement elles se remettent en place, coupant l'eau en diagonale, par le tranchant de la lame, et s'abattent avec leur imbrication spéciale, en opérant sur le liquide une pression bien moindre que lors de leur extension.
Ce battement d'aile, pourrait-on dire, est si brusque qu'il défie tout effort de vision; on ne voit rien, absolument rien, sauf à constater l'effet produit; et ce n'est que par une compression graduée, grâce à laquelle l'action des membranelles se trouvait considérablement ralentie, que j'ai pu arriver à une conclusion.
Le corps du AI esodini uni, noui^ l'avons dit, peut être décomposé en deux parties, l'une antérieure conique, l'autre postérieure, plus large, sphérique. La première est creusée d'une cavité ou puits du fond duquel prennent naissance, tout contre les parois latérales, ces organes spéciaux ou stylets rétractiles dont la nature n'est pas bien certaine encore. Stein doute de leur existence, ou plutôt les regai'de comme représentant des cirrhes locomoteurs dirigés en avant; S. Kent ci oit à une illusion due h une « misrepresentation of the evcrled attenuate proboscis, the two so-called outer styles representing the latéral walls, and the central one the pharyngeal perforation of this structure ».
Claparède et Lachmann indiquent trois stylets, Schewiakoff, Butschli en comptent quatre. En réalité, ces organes varient de nombre, et j'en ai noté de deux à sept suivant les individus; plutôt que des tentacules, on pourrait les appeler des pseudopodes, rétractiles ou protractiles à volonté; pendant la course, l'animal les porte devant
lui, ou bien, tout au contraire, il ' les retire lentement jusqu'au fond
du puits, où ils vont se confondre avec la paroi. J'ai pu m'assurer qu'ils peuvent fonctionner comme organes de tact, même fort utiles, mais avant tout ce sont des organes de fixation; légèrement renflés en boule à leur sommet, ils sont glutineux, et se fixent à une biindille végétale où ils retiennent l'animal longtemps attaché; mais ce dernier les détache du support avec la plus grande facilité.
Quelquefois, en s'attachant à quoique objet, les tentacules .semblent .se fondre les uns dans les autres; ou ne les voit plus un à un, mais plutôt comme une tache plus ou moins homogène, ou bien comme un fourreau vaguement strié dans sa longueur (fig. 5).
Le noyau ne semble pas avoir fait l'objet de recherches spéciales; Kent et Blochmann l'indiquent comme rond, Schi;\viakoff comme réniforme; mais c'est tout, et d'une manière générale, les observateurs ont conservé à sou égard un silence prudent. En fait, on a dû interprêter comme noyau ce (pii n'en était pas un, par exemple des ])roies arrondies comme l'animal en renferme souvent. Or, j'ai pu m'assurer, qu'il n'y a pas un noyau, mais bien deux, toujours deux, extrêmement petits, l'un à gauche et l'autre à droite de la ligne longitudinale médiane du corps, et un peu au-dessous du sillon transversal (fig. 1 }. Ils ont une structure très particulière, et rappelleraient ceux des Rhizopodes; on y trouve un gros corps central, ou globule iileuâtre et très pur, entouré d'un suc nucléaire incolore, (pie borde à son tour une membrane très nette. Ce sont bien là, il faut insister sur le fait, des noyaux; je les ai vus sur tous les individus examinés avec soin. Par contre, il m'a été impossible de déceler dans aucun individu la présence d'un micronucléus, mais ces éléments doivent être si petits que même après l'action des réactifs, ou ui' pourrait guère s'attendre à les distinguer des granulations cpie l'on voit répandues partout dans le |)Iasma.
La vésicule contractile est très grande, en arrière et légèrement sur le côté; elle éclate à la façon de celle des amibes, comme une grosse bulle à paroi fine qui crève brusquement.
Le cytoplasme renferme en général de nombreux microsomes ou granulations claires, puis des grains de nourriture jaunes et verts, et parfois des algues rondes de 5 à 6 [i, c'est-à-dire assez volumineuses relativement à la taille si faible de l'animal.
Il s'est présenté quelques cas de division; la fig. 2 en montre un, dans lequel le processus n'est encore que très peu avancé; on y remarque les cils de la couronne anté-
Fig. 6.3. — Mcsoiliniiini jnikx
ÉTUDES SUR LES J^iFUSOlHES D'EAU DOUCE
rieure tous dirigés en avant, comme ils le sont quelquefois à l'état d'immobilité parfaite de l'animal.
Le Mesodium pulex est un organisme à part; par divers côtés, il s'éloigne des autres Infusoires, et rappellerait certains traits particuliers aux Rhizopodes; il n'a pas de cuticule, ou tout au moins elle paraît manquer; la vésicule contractile est celle d'un Rhizopode; les baguettes rétract iles sont presque des pseudopodes; les noyaux sont ceux des Rhizopodes également. Il n'en faudrait certes pas conclure à une affinité réelle avec ces derniers organismes: mais l'analogie n'en est pas moins intéressante à constater.
Askenasia elegans Blochmann 1895
Corps largement ovoïde ou presque globuleux, arrondi en arrière et rétréci en avant, terminé en une troncature antérieure que surmonte un renflement convexe percé à son sommet d'une ouverture étroite, arrondie, laquelle se prolonge en arrière en un tube pharyngien peu distinct, indiqué par un groupe de trichites allongées et très fines. La convexité buccale est bordée à sa base d'une large ceinture de cils, dirigés en avant, diposés sur plusieurs rangs le long de stries parallèles courtes et serrées. A cette première ceinture vient immédiatement s'en ajouter une seconde, plus forte encore et de même structure, mais où les cils, plus longs et dirigés en arrière, sont soudés en membranelles vraies. Quelques longues soies, droites, très fines, prennent naissance en arrière de la base des membranelles et passant entre ces dernières se dirigent normalement vers le haut. Noyau ovoïde ou sphérique, dans la partie centrale du corps. Vésicule contractile tantôt à la hauteur du noyau ou même au-dessus de lui, tantôt plus en arrière.
Longueur 50 (x.
Ce curieux petit Infusoire se trouvait en grande abondance à Florissant, où il a été étudié en 1918, d'abord à la fin de février, puis en mars; en février, il était sous la glace qui recouvrait encore l'étang
d'une couche épaisse, mais déjà alors se rencontraient les cas de division et de conjugaison dont il sera question plus tard.
Le corps revêt à peu près la forme d'un aérostat, mais dont la pointe serait tournée vers le haut (fig. 1). Le pôle antérieur est percé par l'ouverture buccale très étroite, dont le rebord se voit parfois relevé en un faible ombilic; le pharynx est entouré de trichites extrêmement fines, à peine distinctes. A la base du
cône buccal se voit une première couronne de cils disposés en un nombre considérable de rangées parallèles, chaque rangée constituant une sorte de lame, courte et large, une membranclle, si l'on veut, mais à éléments dissociés (1), et l'insertion de cette lame sur le corps figure — ou plutôt coïncide avec — une strie courte rayant nettement la cuticule; toutes ensemble, alors, ces stries parallèles forment un ruban d'aspect très caractéristique.
En arrière de cette première couronne s'en trouve une seconde plus large, constituée cette fois par des membranelles vraies, insérées également sur des stries longitudinales parallèles qui forment toutes ensemble une large ceinture.
Les deux couronnes ciliaires ont chacune leur activité propre et des fonctions différentes; la plus petite, antérieure, est pour ainsi dire toujours en acti\ité, et les cils qui la
Fig. 64. — Askenasia elegans
(1) Ces éléments, ou cils qui forment la lame caractéristique, sont-ils toujours dissociés ' Il semblerait qu'il y ait là plutôt en quelque sorte des « pseudo-membranelles «, dont la structure serait quelque peu analogue à celle des plumes des oiseaux, dont les différentes barbules ne font que se réunir en une lame sans qu'il v ait soudure vraie.
composent s'organisent en larges pinceaux, ou plutôt simulent, par les ondulations successives qui les parcourent à intervalles réguliers, un certain nombre de dents que l'on voit se transporter le long d'un cercle fictif en une course sans arrêt et toujours dans le même sens (1). Il y a là une sorte de rosace ou de roue dentée (fig. 3), dont les dents sont le plus généralement au nombre de six ou de sept, mais peuvent aller quelquefois jusqu'à liix. Roux donne la rosace comme composée de sept dents, Blochmann en représente douze, et d'après mes observations, ce dernier chiffre n'est atteint que dans des cas exceptionnels et n'est que transitoire, résultant de la fusion de deux couronnes lorsque les animaux viennent à se conjuguer entre eux.
Les membranelles de la couronne postérieure, au nombre d'une soixantaine environ, revêtent une disposition très régulière; on les voit toujours immobiles, pendant que la « roue » formée par les cils de la couronne antérieure tourne sans fin; mais elles peuvent battre à l'occasion, et ce sont elles, puissantes, que l'on voit en action dans la marche rapide. L'animal court alors avec une vitesse inouïe, décrivant de grands cercles; ou bien il fait des bonds prodigieux et de grands zigzags.
En arrière de la couronne se voit une ligne de soies, peu nombreuses, longues, très fines, dirigées un peu en avant, en passant entre les membranelles ^/ï^. 2). On serait porté, par analogie avec ce qui se passe ailleurs, à considérer ces soies comme des lessorts qui provoqueraient les bonds prodigieux de l'animal; mais le saut peut s'exécuter en pleine nage, alors que l'animal ne touche pas au sol, et l'on ne voit guère comment ces éléments si fins, privés de points d'appui, pourraient produire des effets exigeant une force relativement énorme.
Le noyau est arrondi, giisâtre, parsemé de petites sphérules nucléolaires; le micronucléus, extrêmement pâle, reste presque toujours invisible. Normalement, le noyau est unique; mais dans un individu, j'en ai par exception trouvé cinq.
La cuticule est d'une finesse extraordinaire. Quand l'animal est fatigué, ou plus probablement malade, la masse du corps se rétracte quelque peu sur elle-même, en dégageant
un liquide qui pousse devant lui la cuticule, et cette dernière se voit alors comme une large bulle appliquée à la face postérieure (fig. 2).
Le corps est toujours plus ou moins bourré de petites masses sphériques, lesquelles, examinées de près, se voient formées d'une pâte mucilagineuse dans laquelle sont noyées de petites paillettes ou des grains minuscules, sans doute à l'origine des éléments nutritifs.
A la fin de février se sont montrés, en nombre assez considérable, des individus en cours de division.
Cette dernière est d'abord indiquée par l'apparition d'une petite couronne de membranelles, en arrière de la couronne antérieure, en même temps que le corps, sans guère changer de forme, a commencé à s'allonger (//</. 2): puis des cils apparaissent, en avant de la couronne postérieure, et vont bientôt former une couronne à leur tour. Le noyau s'allonge, le corps fait de même, la distance devient toujours plus grande entre les deux nouvelles couronnes, dont la preinière (membranelles) reste attachée à l'ancienne couronne antérieure, pendant que l'autre (cils) tient ferme à l'ancienne couronne postérieure. Après quelque temps (2), l'animal en cours de division revêt, tant dans la forme du corps que dans la disposition de ses organes locomoteurs, une api)arence très caractéristique, que reproduit ici la fig. 6. Il possède à ce moment quatre couronnes, dont la première et la quatrième sont anciennes, pendant que la deuxième et la
Fig. 65. — Askenasia elegans
(1) Blochmann compare • la roue ■ de VAskrnasia à celle des Rotiféres, et donne le mouvement comme se faisant dans le sens opposé & celui des aiguilles d'une montre.
(2) Ln durée de In division n'a pas été notée, et Je ne trouve pas sur mes croquis l'indication de vésicules contractiles, simple oubli sans Rr.inde importance d'ailleurs.
troisième sont de nouvelle formation; il est intéressant de remarquer que, bien que les deux couronnes nouvelles aient en définitive pris naissance dans une même région, sur cette bande claire très étroite qui sépare les deux couronnes normales (fig. 1), l'une d'elles s'est développée en membranelles, et a très vite grandi, l'autre est restée courte et pratiquement à l'état de cils.
A la même époque, j'ai pu constater également un certain nombre de cas de conjugaison; le 1" et le 2 mars, ils n'étaient pas rares. Les deux individus se soudent par leur partie antérieure, tout en restant l'un à côté de l'autre; pendant quelque temps, la partie antérieure commune reste double, on y voit une dépression médiane, à gauche et à droite de laquelle se relève la pointe buccale de chaque individu; puis les deux pointes se rapprochent, se confondent en une seule (fig. 5), et la fusion devient complète jusque vers le milieu de la hauteur du corps. Les couronnes ciliaires se sont également rapprochées, et alors, un couple vu d'en haut pendant la durée du processus, présente un spectacle intéressant : les deux roues tournent toujours, chacune dans le même sens, et d'abord indépendantes l'une de l'autre; puis elles arrivent à se toucher et quelques dents disparaissent (fig. 4); bientôt il n'y a plus qu'une roue, ovale et qui s'arrondit bientôt, pendant que les dents, d'abord au nombre de dix, de huit, de neuf, finissent par arriver au nombre normal de sept.
Dans le courant de mars, j'ai pu observer sur quelques individus les phénomènes d'enkystement. Les kystes sont très curieux (fig. 7 ), formés de deux parties dissemblables, deux valves se regardant par leur concavité, l'une supérieure, hémisphérique, l'autre inférieure, moins profonde; on pourrait comparer le tout à une assiette sur laquelle est posée une large cloche. Ces deux valves sont du reste liées solidement l'une à l'autre, la gouttière ou bande claire, étroite, sinueuse, qui les sépare ne représentant pas une fissure ouverte, mais étant fermée d'une cloison très mince, hyaline (cela tout au moins dans les kystes complètement terminés).
La valve supérieure, jaunâtre, chitineuse, est hérissée de fortes dents disposées sur trois rangs en couronnes superposées, la couronne inférieure se trouvant au tiers de la hauteur au-dessus du rebord de la valve, et ce rebord lui-même n'est pas positivement denté, mais s'étale en un disqtie découpé de larges crénelures.
L'assiette, ou valve inférieure, est bordée de crénelures plus serrées, d'où partent un nombre égal de sillons se dirigeant vers le bas, puis tout d'un coup le fond de l'assiette s'étale en larges dents terminales. Il est lui-même fermé d'un diaphragme parcouru vaguement de trois lignes parallèles.
A l'intérieur de ce premier kyste, on en trouve un second, lisse, à membrane mince et incolore, rempli d'un plasma grisâtre dans lequel se voit un noyau généralement allongé dans le sens transversal, parfois même étranglé en son milieu, indice probable d'une division du contenu.
La fig. 7 montre quelque chose d'un peu spécial, un individu dont le kyste externe est terminé, et qui ne s'est pas encore arrondi en boule à l'intérieur; mais alors, dans cet individu spécial, — le seul d'ailleurs qui ait été rencontré dans cet état — on voyait les grandes membranelles, sous leur forme caractéristique, immobiles en général mais parcourues F>g- ««■ — Askenasw eiegans
d'un frémissement chaque fois qu'un petit Infusoire
venait en passant les toucher, sortir de la rainure circulaire, laquelle ne s'était pas fermée encore (1).
Le corps, à ce moment, remplissait l'enveloppe à peu près entière, le noyau y était ovoïde, la vésicule contractile battait faiblement, puis ses battements devinrent plus faibles, et elle-même disparut à la fin.
J'ai gardé trois kystes sur lamelle évidée, pendant trois jours sans qu'il s'y soit produit de changement.
(1) KUes m'ont paru, en réalité, sortir de plus bas, en dessous de la rainure, mais probablement y avait-il là illusion.
Amphileptus utriculariae sp. n.
Corps lancéolé, plus large dans sa moitié postérieure, prolongé en avant en une pointe légèrement recourbée sur le côté dorsal. Cils revêtant les deux faces du corps, plus nombreux sur la face inférieure aplatie, plus rares sur la face supérieure convexe; cette dernière creusée dans sa longueur de quatre à sept sillons longitudinaux larges et profonds, nettement marqués. Trichocystcs en baguettes fines, garnissant le rebord entier de l'animal, mais plus forts et plus serrés le long de la fente buccale. Deux noyaux sphériques accolés l'un à l'autre, avec micronoyau à leur point de contact. Deux vésicules contractiles, l'une au dessus, l'autre au dessous du noyau. Longueur 65 à 120 (x.
Fig. 67.
Amphileptus utriculariae
Cette espèce se reconnaît tout d'abord aux arêtes longitudinales, au nombre de quatre à sept, très fortes et à double contour, qui revêtent la face supérieure du corps, et qui sont tout à fait indépendantes des lignes ciliaires. Cette face supérieure n'est garnie que de peu de cils; parfois on la croirait nue, et l'on serait porté, à première vue, à faire rentrer cet organisme dans le genre Lionotus. Un autre caractère spécifique réside dans la possession de deux vésicules contractiles, dont l'une est au dessus des noyaux, l'autre au dessous. Ces derniers sont eux-mêmes assez caractéristiques ; ovoïdes, d'un gris pur sur lequel se détachent de petits nucléoles entourés d'un halo clair (fig. 3), ils sont séparés l'un de l'autre par un micronucléus très pâle, et qui reste généralement invisible.
Cet Amphileptus vivait à Floiissant dans les Utriculaires ; très mobile, souple et gracieux, on le voyait passer et repasser lentement, s'introduisant partout dans le fouillis, se moulant sur les obstacles, et montrant tantôt son dos parcouru de larges arêtes, tantôt son ventre garni de cils (fîg. 2).
Lionotus fasciola (Ehrenb.) Wrzesniowskv 1870 Amphileptus fasciola Ehrenb. 1838
Corps lancéolé, à col allongé, mais peu distinct , recourbé vers* le côté dorsal, el muni sur son bord ventral d'une rangée bien nette de cils adoraux. Cytoplasme bourré de corpuscules amylacés de structure particulière. Noyau double, en deux masses sphériques reliées par un pont, avec micronoyau à leur point de contact. Vésicule contractile un peu en avanl de l'extrémité postérieure.
Longueur, 70 (x environ.
Comme Lionotus fasciola, il est fort probable que l'on a décrit plusieurs formes spécifiquement différentes; c'est tout au moins à cette conclusion que m'ont amené des observations fréquentes mais que je n'ai jamais poussées bien loin; et si je mentionne ici cette espèce, c'est pour figurer la conjugaison, telle que je l'ai rencontrée plusieurs fois, et qui semble particulière à ce genre Lionotus. Doflein, en 1907, a déjà étudié dans Lacrifmaria, Chilodon, et d'autres Infusoires, cette conjugaison particulière, où les deux animaux réunis sont de taille très différente, et a créé à cet elTit le terme de « Ani.soscopula », mais je ne crois pas que des exemples en aient été signalés qui se présentent aussi nets que dans le Lionotus jasciola. Au mois de février 1917, les conjugaisons étaient fréquentes, et alors, l'un des deux individus était presque toujours plus petit que l'autre; quelquefois même la différence était plus marquée encore que le représente la fig. 2.
Fig. 6*. — Lionotus fasciola
Lionotus lamella (Ehrenb.) Schewiakoff 1896 Trachelius lamella Ehrenb. 1829
Corps lancéolé, relativement peu allongé, arrondi ou pointu en arrière, à partie antérieure prolongée en un col très court et peu distinct, recourbé du côté dorsal, et pourvu sur le côté ventral d'une crête ciliée large et bien nette, mais délicate et couverte de cils fins. La face ventrale, aplatie, du corps est parcourue dans sa longueur de quatre ou cinq sillons longitudinaux, au fond desquels prennent naissance les cils. Cji^oplasme renfermant par-ci par-là des trichocystes eu baguettes fines, plus nombreuses et régulièrement distribuées à l'extrémité postérieure. Noyau soit simple et ellipsoïdal, soit double et représenté par deux masses sphériques accolées. Une vésicule contractile un peu en avant de l'extrémité postérieure.
Longueur très variable, 35 à 100 [l.
Fig. 69. — Lioiwlu.i lamella
Ce joli petit Infusoire, rapide dans sa course, habile à s'introduire partout dans les débris en fouillant de sa pointe antérieure très sensible, s'est rencontré dans les localités les plus diverses. Je ne l'ai guère étudié, mais le nombre considérable de couples en conjugaison que j'ai été appelé à rencontrer pleins de santé et sous la glace, à Florissant, du 16 décembre au 14 janvier 1917, m'a permis de constater un fait intéressant :
Dans son traité classique de Zoologie, Lang s'exprime au sujet de la conjugaison de certains Infu-soires dans les termes suivants : « Die Vereinigung der beiden Konjuganten mit ihren orali n Flàchen berulit auf einer physikalischen Verànderung der Kôrpersub.stanz in der Gegend des Peristomfeldes. Hier wird die Oberfiàche klebrig, so dass bei zufàlliger Berûhrung eines zwciten Paramâciums mit dieser Stelle die beiden Thiere
aneinander hângen bleiben, gleichgiiltig wclche Stellung sie zueinander liaben
Man sieht daher auch hàufig einzelne Paramàcien mit ihrem Peristomfeld an beliebigen Kôrpersteilen anderer Paramàcien kleben bleibend. Die normale Vereinigung der Paarc Peristomfeld gegen Peristomfeld beruht auf derselben durch die Wimpern hervorgerufene Wasserstrômung, die die Nahrungspartikelchen dem Cytostom zufiihrt und deren Wirkung sich natiirlich summieren muss, wenn zwei Paramàcien sich zufâllig mit einander zugewandten Peristomnâchen einander nàhern. Irgendwelche Verànderung der oben geschilderten Reaktionsmethoden der Paramàcien ist dagegen wàhrend der Konjugations perioden nicht nachweisbar. »
Pour mon compte, j'ai beaucoup de peine à me rallier à cette théoiie, d'après laquelle le rapprochement des individus dépendrait de conditions purement physiques; outre que nous en savons assez sur les Infusoires pour qu'un acte « volontaire » n'ait rien qui puisse nous étonner, il en est certains parmi eux, surtout parmi ces formes bizarres que nous rencontrerons plus tard (Epalxis, elc.^ où l'attraction des cils du Péristome pourrait à peine être prise en considération (1). Et à cet égard le Lionotus lamella nous donne un précieux renseignement : les individus se réunissent toujours dos à bouche, c'est-à-dire la bouche de l'un s'appliquant exactement sur le prolongement antérieur de l'autre individu, mais du côté dorsal, opposé à la bouche (fig. 2). Il y a là, semble-t-il, une idiosyncrasie, une habitude caractéristique de l'espèce, et qu'il faut nous borner à constater, si nous ne pouvons nous en expliquer le pourquoi.
Lionotus hirundo sp. n.
Corps lancéolé, extrêmement plastique et déformable, rétréci en arrière, longuement atténué en avant et très légèrement recourbé du côté dorsal à sa partie antérieure. Fente
(1) Dans certains groupes, celui des Péritriches par exemple, les jeunes individus copulateurs se lancent toujours sur le même point du corps de l'individu attaqué, non seulement sans égard à l'action des cils, mais parfois contre cette action même.
buccale très longue, bordée d'une crête ciliée délicate. Au bord dorsal antérieur, une longue ligne de soies très courtes en brosse. Face inférieure plane, couverte de cils très fins, longs, flexueux, disposés le long de ligne- ciliaires très peu marquées. Face supérieure
convexe dépourvue de cils, creusée dans sa longueur de quatre sillons longitudinaux très profonds. Cytoplasme renfermant des trichocystes en petit nombre, minuscules (3 il), en forme de grains de blé. Noyau en deux masses accolées, avec micronoyau à leur point de contact. Vésicule contractile grande, subterminale. Longueur 60 à 82 fx.
Commensal sur Asellus.
Fig. 70. — Lionolus hinindo
Ce petit Infusoire se trouvait courant prestement au milieu des débris et poussières de toute nature qui résultaient de l'écrasement des Asellus; sans doute en est-il un commensal, trouvant sa nourriture entre les branchies du petit Amphipode. Il est très transparent, et se voit à peine au milieu des cellules désagrégées de son hôte; le noyau est si pâle qu'on ne le distingue qu'avec difficulté. Cette longue bros.se de soies dorsales et très courtes dont il est possesseur est caractéristique et lui sert peut-être à s'accrocher aux branchies. Les corpuscules extrêmement petits et de forme tout à fait exceptionnelle, que représente la fïg. 4, se sont montrés, toujours en nombre restreint, dans tous les individus examinés, et l'on ne peut guère douter qu'il y ait là des trichocystes; mais je ne les ai pas vus éclater.
Dans la fig. 2, l' Infusoire se montre par le côté; dans la fig. 3, on le voit d'avant en arrière, moulé par sa face ventrale sur un filament végétal.
Lionotus impatiens sp.
Corps lancéolé, arrondi ou pointu en arrière, atténué en avant et légèrement recourbé du côté dorsal. Fente buccale bordée d'vuie crête ciliée nette, à crinière fortement développée. Une ligne de soies courtes le long du bord antérieur dorsal. Cils longs et flexueux recouvrant la face plane inférieure, plus forts aux deux extrémités du corps. Face supérieure convexe, uniformément arrondie, striée de ^b§^ t<fh lignes ciliaires, mais dépourvue de cils. Trichocystes
^^ll^ ^^^^ nombreux dans le cytoplasme, sous forme de spicules
recourbés en alêne, agglomérés ([uelquefois en un jiaquet sous la pointe antérieure. Deux masses nucléaires accolées, avec micronoyau dans l'angle de contact. Vésicule contractile grande, subterminale. Longueur moyenne 120 à 150 y.. Commensal sur Asellus.
Fig. 71. — Lionotus impatiens
A première vue, il semble que nous ayons encore là le Lioîwliis hinindo; comme lui, l'aninuU court sans trêve ni rejios dans les débris des Asellus écrasés, et s'il est presque toujours de taille bien supérieure à celle de ce premier Infusoire, certains petits individus ne la dépassent pas. Par d'autres côtés il s'en distingue encore, par sa forme un peu spéciale, par le micronucléus d'une structure très caractéristique, et surtout par les trichocystes, qui sont ici beaucoup plus forts et d'aspect très différent, fusiformes, recourbés et pointus aux deux bouts (fig. 4 a); sur l'adulte, ils sont nombreux, et forment une rangée particulièrement serrée à la partie
antérieure de l'animal; après explosion, on les voit prolongés d'un filament relativement court (fig. 4 h).
i >: La striation concerne les deux faces du corps, mais les cils n'en revêtent qu'une seule ; à la partie antérieure de l'animal, les stries se rejoignent en faisant entre elles un angle aigu, et ici encore, sur la ligne de jonction nous retrouvons la brosse de soies courtes qui caractérise l'espèce précédente (fig. 2). Les deux noyaux sont sphériques, bien nets, grisâtres, ponctués de petits grains (nucléoles), et séparés l'un de l'autre par un micronoyau d'une structure spéciale, toujours la même : une sphérule centrale bleuâtre, une marge claire, et une véritable capsule d'enveloppe, forte, crénelée et comme formée de grains en chapelet (fig. 3).
Comme dans le Lionotiis hirundo, la nourriture consiste en petites boulettes pâles, qui remplissent parfois tout le corps ou même le renflent et le déforment énormément; on croirait volontiers que le petit animal passe son temps à brouter sur les branchies de son hôt<', qu'il nettoie tout en se nourrissant.
L'animal court en rond, cherchant à rejoindre les débris dont on vient do l'écarter, et de temps à autre on lui voit faire des sauts brusques en arrière, sans qu'il y ait d'organe particulii r qui semble lui permettre de les réaliser.
Cet Infusoire s'est rencontré sur les Asellus, à la Pointe-à-la-Bise, puis plus tard à la Jonction.
Lionotus triqueter sp. n.
Corps lancéolé, large, rétréci en pointe à ses deux extrémités, très légèrement recourbé vers le côté dorsal à sa partie antérieure. Fente buccale bordée d'une crête fortement développée, garnie de cils très longs et vigoureux. Face inférieure plane, couverte de cils courts et serrés. Face supérieure convexe, séparée en deux parties distinctes par une rainure médiane profonde s'étendant de l'une à l'autre des extrémités du corps; à gauche et à droite de cette rainure, de chaque côté trois sillons longitudinaux plus faiblement marqués. Deux grosses masses nucléaires, sphériques. Une seule vésicule contractile, un peu en avant de la pointe postérieure.
Longueur 70 y..
Fig. 72. — LionoUis triqueter
La diagnose affectée à celte espèce est le résultat de l'étude, assez prolongée il est vrai, d'un seul et unique exemplaire, trouvé le 26 décembre 1918, à l'Ariana, dans une eau glacée ; mais la structure nettement spéciale de cet Infusoire permettra sans doute de le reconnaître, si l'on vient à le rencontrer.
D'une extrémité à l'autre du corps, et sur la face dorsale — ou peut-être, y aurait-il là une face en quelque sorte midorsale et mi- ventrale .^, — court un double sillon, creusé d'une gouttière, et de l'un des côtés du sillon se détache, à la partie antérieure du corps, une crête puissante, garnie de cils vigoureux et très longs (fig. 1). Pendant la marche, l'animal est sujet à de brusques reculs ou à des sauts en avant, qui sont alors dus aux cils de cette crinière spéciale, lesquels se rabattent tous ensemble soit en avant soit en arrière. La fig. 3 montre l'animal par le côté; dans la fig. 2, on le voit suivant l'axe longitudinal; ces deux figures, il faut le remarquer, ne répondent guère à ce que l'on s'attendrait à trouver; il n'y a là ni rainure ni crinière; mais le croquis en a été pris très rapidement, pendant la course, pour fixer en quelques traits l'apparence générale de l'animal.
Lionotus agilis sp. n.
Corps relativement peu allongé, large et arrondi en arrière, atténué en avant et terminé en une pointe très légèrement recourbée vers le côté dorsal. Une crête ciliée, délicate, le long de la fente buccale. Face inférieure aplatie, creusée de sillons longitudinaux peu nombreux Indépendants des lignes ciliaires proprement di4es, lesquelles
portent des cils très fins et plutôt longs. Face supérieure convexe, dépourvue de cils mais parcourue de strivs longitudinales très peu marquées. Pas de trichocystes. Noyau sous forme de deux masses accolées, avec micronoyau au point de contact. Vésicule contractile très grande et active, s'ouvrant par un large pore sur le côté dorsal, en avant de l'extrémité postérieure.
Longueur 35 à 55 [i, et jusqu'à 65 [i dans les individus fortement repus.
Commensal sur Cyclops.
Le Lionotus agilis est parasite, ou commensal, des Cyclops; très petit de taille, très
pâle, extrêmement changeant dans sa forme, suivant qu'il court (fig. 1) ou qu'il est au
repos (fig. 2), généralement très épais (fig. 3), et parfois si bien bourré de nourriture qu'il en devient ovoïde (fig. 4), on le voit courir sous le ventre ou entre les pattes du cyclope, ou bien aussi sur les paquets d'œufs que ces Copépodes portent avec eux, se nourrissant de tout ce qu'il y trouve, et peut-être aussi nettoyant son hôte de ce qui peut l'embarrasser. Il est intéressant de constater que le corps de l'Infusoire est bourré de ces mêmes particules ou grumeaux bleuâtres qui semblent former le parenchyme du Cyclope et se répandent de tous côtés après écrasement de ce dernier; cependant, à l'occasion, et bien que sa bouche soit normalement si peu distincte qu'elle semble ne pas exister, l' Inf usoire avale
des proies énormes, gros Flagellâtes incolores, dont un seul une fois englouti suffit pour
le distendre et le boursoutler.
La vésicule contractile, très active, se vide à l'extérieur par un pore bien net, et se
reforme au moyen de vacuoles très petites tout d'abord en cercle autour d'elle.
Ce petit Lionulus a été étudié à Rouelbeau, sur un Cyclope indéterminé. Les Cyclopes,
du reste, en étaient souvent indemnes, ou bien au contraire on trouvait sur eux tout un
nid de parasites, qui parlaient tous ensemble et dans toutes les directions à la moindre
pression sur le couvre-objet.
Fig. 73. — l.ionolii.i agilis
Lionotus pleurosigma St^kes 1884 c (1888, p. 266) Lionotus lanceolatus Svec 1897
Corps très allongé, plus ou moins distinctement sigmoïde dans sa forme haljituelle, comi)rimé dans toute sa longueur et surtout à sa partie antérieure; à fente buccale bordée d'une crête ciliaire faiblement déveloi)pée. Une ligne de soies très courtes en brosse sur le bord antérieur dorsal. Face inférieure couverte de cils fins et .serrés, disposés le long des lignes ciliaires très rapprochées. Face supérieure indistinctement ciliée, et à convexité peu accusée. Trichocystes longs et délicats, en alêne, dis])ersés dans le cytoplasme; quchpies-uns généralement réunis en un paquet sous la pointe antérieure du corps. Deux ma.sses nuiiéair( s, elliptiques, reliées l'une à l'autre par un pont renflé en son milieu pour y loger un microuoyau compact, ovoïde ou sphérique. Vésicule^ contractiles en nombre multiple, le plus souvent cinq ou six sur le bord ventral du corps et deux sur le bord
dorsal.
Longueur 150 à 250 (x, rarement moins et souvent plus.
Au mois de septembre 1918, l'on trouvait en grande quantité à la surface des feuilles mortes et des rameaux en décomposition, au fond de l'Étang des Cygnes à l'Ariana, un Infusoire qui répondait par tous ses caractères au Lionotus pleurosigma de Stokes (1884 c), et en même temps, au Lionotus lanceolatus de Svec (1S97); une fois de plus, l'auteur américain était resté ignoré, et pourtant la diagnose qu'il donne est parfaitement suffisante, supérieure même à celle de Svec, et cette brève réflexion concernant l'habitat
Fit/. 74.--' f.ioiwliis j)ldirosiqmn
« Surface of dead leaves and twigs at the bottom of shallow pools, » est si bien corroborée par les faits tels qu'ils existent à Genève, qu'elle en acquiert une véritable importance.
Par l'un de ses caractères, cependant, le Lionotus de l'Ariana différait du type primitivement décrit : les vésicules contractiles du bord ventral du corps se sont toujours montrées au nombre de quatre à six, et plus généralement de cinq (fig. 1); un individu spécial, il est vrai, en montrait au moins huit, mais il était de taille exceptionnelle, 400 jjl, et les deux noyaux typiques y était remplacés par un noyau unique allongé«cn un long boudin; c'étaient là, en fait, les préliminaires de la division. Svec indique, sur ce bord ventral, de huit à dix vésicules; Stokes les donne comme « nombreuses », en ajoutant dans le texte : « It is somewhat difTicult to détermine the exact number of the contractile vacuoles. Usually twclve ean be counted, ninc in a row along the Icft-hand border, and three on the right, but as they comc and go in irregular order the observer has quite a task to eount and omit one. »
Il ne me semble pas qu'il y ail lieu, pour cette question de détail, de considérer la forme de Genève comme spécifiquement distincte, mais il n'était pas inutile de signaler la différence, qui montrerait peut-être une variété, fixée déjà, mais nettement rattachée à un type primitif.
Mais une question d'une plus grande importance concerne Tattribution de cet organisnu- au genre Lionotus : Les Lionotus (ou Litonotus, comme plusieurs auteurs l'ont répété d'après un lapsus calami primitif) ne difTèrent des Amplii-
leplus que par le fait que dans les premier, le corps n'est cilié que sur l'une des faces, tandis qu'il l'est dans les secondes sur les dt nx faces en même temps. Or, il est beaucoup plus diflieilc qu'on ne le pense (l'arriver à ime ceititude quant à cette question spéciale; il est des espèces où l'hésitation n'esl ])as ))ermise, d'autres ou l'une des faces est nettement ciliée et l'autre l'est moins distinctement; d'autres enfin où la face .soi-disant nue porte en réalité quelques cils, soit uniformément répandus, soit à la partie antérieure seulement. Tout en rapportant mon Infusoire de l'Ariana au Lionotus de Stokes, il me faut faire cette réserve que, d'a])rès mes observations, il devait y avoir des cils sur la face réputée nue; Stokes et Svec auraient-ils tous deux décidé trop promptement, et y aurait-il là un Ampliileptus ?
Les trichocystes, en petit nombre dans le cytoplasme, et dont quelques-uns sont généralement réunis en un faisceau sous la pointe antérieure de l'animal, sont en forme de spicule recourbée à ses deux extrémités (fig. 2); quand ils font explosion, on les voit s'allongeren un filament qui vibre, pendant une demi-seconde, sur touli' sa longuiur, à la manière d'un Nématode inquiété, puis pâlit et devient invisible; mais avant de s'élancer en un fil, le trichocyste se ramasse au préalable brusquement sur lui-même (observation très délicate, mais que j'ai pu faire, tout au moins, sur qui'lques-uns des individus) en une petite sphérule; phénomène identique, comme nous le verrons plus lard, à celui que l'on peut constater dans Frontonin leucas.
Le micionucléus est ici particulièrement curieux (fig. 3); c'est une petite masse ovoïde entourée d'une marge claire, que borde à son tour une membrane relativement très forte; et alors, cette membrane se voit étirée à ses pôles en deux ))rolongements tubulaires qui vont chacun rejoindre le noyau voisin, et se souder à la menibrane nucléaire, dont ils semblent, en fait, n'être que la continuation.
Les vésicules contractiles s'ouvrent en un pore, ou plutôt un large canal, conique dans sa forme générale, très nettenient dessiné mais qui n'apparaît à la vue qu'au moment de la systole, et se referme bien vite (fig. 4).
Lionotus procerus sp. n.
Corps allongé, fusiforme, très extensible, élire en pointe en arrière, prolongé en col de cygne en avant, puis élargi à son sommet et terminé en une troncature diagonale. Fente buccale bordée d'une double rangée de cils courts et forts. Une ligne de soies courtes le
long du col sur le côté dorsal. Face inférieure couverte de cils courts et serrés, face supérieure dépourvue de cils. Trichocystes en baguettes droites, dispersés dans le cj-toplasme, quelques-uns réunis à l'extiéniité du col en un faisceau serré. Deux masses nucléaires sphériques, séparées l'une de l'autre par un micronoyau à contour irrégulier, à membrane propre très forte, et renfermant une petite masse centrale déchiquetée. Nombreuses vésicules contractiles, jusqu'à vingt et plus, la plupart disposées sur deux rangs, l'une à gauche et l'autre à droite sur les côtés du corps.
Taille très forte, jusqu'à 750 et 800 [x à l'état 'de plus grande extension.
Dans le courant de septembre 1918, est apparu en assez grand nombre, au milieu des feuilles mortes qui recouvrent toujours le fond de l'étang des Cygnes à l'Ariana, un Lionotus de très grande taille, et de forme un peu spéciale, très voisin peut-être du Lionotiis anser, mais que je crois pourtant différent.
Très mobile, très changeant de forme, parfois extrêmement allongé (plus encore que le montre la fig. 1), puis tout d'un coup se ramassant plus ou moins fortement sur lui-même, il montre un col très long terminé par une troncature diagonale d'aspect caractéristique (fig. 1); cette parliculiarité n'aurait sans doute, spécifiquement parlant, pas grande importance, mais il en est une autre qui distingue nettement cet organisme du Lionotus anser: tandis que dans ce dernier nous trouvons une seule vésicule contractile, volumineuse, ici nous en avons un nombre considérable, de vingt à vingt-cinq en général, disposées le long et sur les deux côtés du corps, mais sur la face ventrale seulement. On les relrouvait sur tous les individus et pas un n'a montré de vésicule unique. Très souvent, par contre, à la place même où se trouve la vésicule dans le
Lionotus anser, on voyait ime grande vacuole, qui s'ouvrait dans une petite dépression de la couche enveloppante du corps (fig. 1); mais alors, le contenu de cette vacuole, c'étaient des éléments figurés, des débris jaunâtres noyés dans le liquide; une vacuole digestive, en fait, qui s'ouvrait en un pore excréteur.
Mais il est d'autres particularités sur lesquelles il faut encore insister. A la partie antérieure du corps, on trouve cette ligne dorsale de soies que nous avons déjà rencontrée dans d'autres espèces du genre; elle est ici longue, formée d'éléments très courts et disposés sur deux rangs, sur les côtés d'un sillon longitudinal {fig. 3, et 4, vue de face).
Dans le plasma, nous rencontrons des trichocystes, en petit nombre, revêtant la forme de baguettes droites, de 10 fx de longueur, (fig, 5 a); sous la troncature terminale du col, ils forment im faisceau régulier. Lorsque, isolés après écrasement de l'animal, on cherche à en surveiller l'explosion, on les voit tout d'un coup pâlir, dans toute leur masse à la fois, puis s'allonger en un mince filament du triple de la longueur primitive (fig. 5 h). Le micronucléus est d'une structure spéciale: c'est une petite capsule à paroi très forte, ovoïde ou plus souvent plus ou moins anguleuse (fig. 8), renfermant un liquide clair au sein duquel se voit une tache indistincte, très pâle; mais aussitôt que le micronoyau est isolé en eau pure, après écrasement de l'animal, la tache pâle se ramasse sur elle-même en une petite masse grise à contour nettement tranché, et de formes diverses, généralement lobée ou vermifoime (fig. S h).
La compression prudente, d'abord très modérée puis poussée ensuite plus à fond, révèle dans l'animal l'existence d'un appareil tout particulier (fig. S): dans la partie antérieure du corps se trouvent, parallèles les unes aux autres et formant ensemble une sorte de canal, un certain nombre de fibres élastiques, très longues (fig. 3), droites mais très flexibles, cl le long desquelles s'établit dans le cytoplasme un double courant continu, l'un interne, longeant les fibres et dirigé d'avant en arrière, et l'autre externe, dirigé
Fig.
l.ionotu.i procerns
d'arrière en avant. On serait tenté de voir dans ces éléments si fins mais très nets et qu'on peut même isoler (fig. 6), en quelque sorte des fibres directrices, soit pour la circulation interne soit pour les grains nutritifs; mais bien plutôt faut-il les considérer comme formant une armature interne, destinée à soutenir le col, et à rendre plus réguliers ses replis.
Le Lionotus procenis a positivement quelque chose d'impressionnant, lorsqu'on le voit traverser majestueusement le champ de vue, tendant son long col de cygne ou le repliant en une courbe élégante. Parfois on rencontrait des individus boursouflés et difformes, renfermant une ou plusieurs grosses masses d'un gris sale qui augmentaient peu à peu de volume, et semblaient nuire à l'animal; sans doute un parasite, dont la nature reste encore inconnue.
Lionotus armillatus sp. n.
Corps lancéolé, très extensible, rétréci à ses deux extrémités. FenU buccale bordée d'une crête faiblement marquée. Face inférieure aplatie, couverte de cils serrés, disposés le long de stries longitudinales très rapprochées; face supérieure convexe, striée dans sa longueur, mais à stries beaucoup plus espacées et dégarnies de cils. Pas de trichocystes. Cytoplasme le plus souvent rempli de granulations amylacées de structure particulière. Deux noyaux ellipsoïdaux, séparés l'un de l'autre par un micronoyau sphéiique. Deux vésicules contractiles, attenant, l'une en bas, l'autre en haut, aux deux extrémités d;' l'appareil nucléaire.
Longueur 120 à 220 |i,.
Fig. 76 — Lionotus armillatus
Cette espèce est caractérisée '-^---^-^>' ••■ '•»
avant tout par son appareil nucléaire, formé de deux masses ovoïdes que sépare une petite perle (micron ndéus), et par la curieuse disposition des deux vésicules contractiles aux deux extrémités de cet appareil (fig. 1); le tout forme une sorte de bracelet ouvert, de parure, la même dans tous Us individus. Quelques vacuoles se rencontrent également dans le corps, et l'une, parfois, à l'extrémité postérieure, serait peut-être contractile. Il n'y a pas de trichocystes. Le cytoplasme s'est toujours montré bourré de ces petits grains (fig. S), sans doute amylacés, d'une structure particulière, d'apparence annulaire d'abord et se métamorphosant plus tard en un fer à cheval, puis en doubles baguettes, et pour lesquels il faudrait inventer un terme spécial; nous en avons trouvé d'analogues dans quelques autres Infusoires, et nous les retrouverons encore.
Très souple, rétractile, très actif et habile à se cacher, le Lionotus armillatus était commun à F"lorissant, courant dans les feuilles mortes et dans les débris du fond.
Dans la fig. 2, l'animal est vu suivant son axe longitudinal, sa face ventrale plaquant contre un gros objet arrondi.
Loxophyllum meleagris Dujardin 1841
Corps allongé, comprimé, très contractile, large en arrière et acuminé à l'extrérnité postérieure, rétréci en avant et terminé en une pointe légèrement déjetée sur le côté dorsal. Bouche en fente indistincte. Sous la pointe antérieure et du côté dorsal, une ligne de soiis courtes. Zone hyaline périphérique, bien marquée, parcourue de lignes ou plissements parallèles; relevée sur le côté droit de papilles en nombre variable dont chacune renferme un faisceau de trichocystes en baguettes; sur le côté gauche, les mêmes trichocystes répartis d'une manière uniforme. Face inférieure revêtue de cils modérément allongés, serrés; lignes eiliaires peu nettes. Face supérieure non ciliée, parcourue de plissemcnts longitudinaux. Noyau en chapelet; petits micionoyaux sphériques, en nombre à peu près égal aux masses nucléaires. Vésicule contractile sur le côté dorsal, un peu en
avant de l'extréimtc poslérieuie, accompagnée d'un canal qui s'étend le long du bord dorsal presque d'une extrémité à l'autre de l'animal.
Longueur extrêmement variable, 200 à 380 (x en général, et jusqu'à 700 (x.
Il n'est guère d'étang ou de marécage au fond garni de feuilles en décomposition, où l'on ne trouve le Loxophyllum meleagris, ce bel Infusoire qui circule majestueusement au milieu des débris, s'enroulant, se tordant sur lui-même, et d'une habileté extraordinaire à se cacher quand il est poursuivi. Isolé dans une goutte d'eau claire, il s'élance d'une course relativement rapide, pour clicrcher un abri, et quand il a trouvé quelque petit objet qui lui convienne, il se moule sur lui, pour l'abandonner bientôt et eu chercher plus tard un autre; il rampe toujours la face ciliée tournée vers le substratum, et y adhère si bien qu'il faut de violents jets d'eau pour l'en séparer.
Son armature est formidable : du côté ventral, une ligne ininterrompue de trichocystes serrés, en baguettes un peu recourbées; du côté dorsal ces mêmes baguettes, mais réunies en faisceaux séparés, sur des papilles en nombre très variable, dispersées tout le long de l'arête. Un courant de carniin glycérine arrivant sur l'animal produit alors une explosion générale, et l'on voit les deux arêtes recouvertes, l'une d'une brosse continue, l'autre d'une série de touffes de fils droits et raides, qui portent chacun, à peu près vers
leur quart antérieur, un revêtement fusiforme de poussières, granulations ou globules vivement colorés (fig.2 et 5^; en même temps, tout l'ectoplasme est teinté d'un rouge vif. Il y a eu là production intense de cette matière mucilagineuse probablement toxique et acide, que l'on trouve chez tant d'Infusoires, soit à la base des trichocystes, soit dans leur intérieur même. Dans le cas du Loxophijllum meleagris, il semble bien que les trichocystes renferment dans leur intérieur l'élément toxique, car, isolés, et bien loin de l'animal écrasé, ils réagissent, ou peuvent réagir — l'expérience ne réussii pas toujours — par eux-mêmes; mais on peut se demander alors pourquoi la petite masse rouge (parfois il n'y en a qu'une seule, avec poussièies attenantes, fig. 5), au lieu d'être à la pointe de sa baguette, comme dans les autres Infusoires en général, se trouve ici en arrière de cette pointe? la membrane du trichocyste fonctionnerait-elle comme une passoire, dans cette région spéciale ?
La fig. 2 montre l'aspect de l'une des papilles après explosion; on y remarque une bordure interne de stries, et qui semblerait indiquer des trichocystes non mûrs, ou qui n'ont pas fait exjdosion; mais j'ai cru voir plutôt dans cette espèce deux sortes de trichocystes, des grands et des petits, ces derniers très serrés, et d'une nature indéterminée.
Sur l'arête dorsale, et en arrière des papilles, s'étend tout le long du corps ce canal étroit, terminé en arrière par un simple eul-de-sac, et en avant par une vacuole élargie, et qui vient déverser son contenu dans la grande vésicule contractile (]u'il rencontre un peu en avant de l'extrémité postérieure (jig. 1 ). Les différents auteurs qui se sont occupés du Loxophijllum ont mentionné ce canal caractéristique, mais il ne semble j)as qu'aucun d'eux ait été bien loin dans ses observations; avant de se vider (partiellement, jamais tout à fait) à intervalles réguliers dans la vésiodc, il doit se remplir lui-même, et le fait alors d'une manière toute iiartieulière : si l'on examine d'en haut la vésicule contractile et le canal, qui semble la traverser mais est en léalilé ou dessus ou dessous, on le voit couvert d'une (juantité innombrable de toutes petites vacuoles (fig. 3); et si le point de vue vient à changer, toutes ces vacuoks se présentent sur un seul des côtés, pressées les unes contre les autres, (fig. 4). Ce sont elles, alors, qui se déversant dans le canal le renflent peu à peu. Tout ce canal, en même temps, est susceptible d'une vibration particulière; on le voit agité d'un frémissement continu, mais qui n'est, suivant toute
Fig. <7. — Loxophyllum meleagris
apparence, qu'une répercussion mécanique de l'effet produit par les cils sur les bords très tremblotants de l'animal.
L'appareil nucléaire est représenté dans cette espèce par un chapelet de noyaux, réunis les uns aux autres par un filament, lui-même simple continuation de la membrane nucléaire réduite à l'état de tube très fin.
Les micronoyaux sont très peu visibles, sauf après coloration. Dans les individus très jeunes, par exemple de 120 [l de longueur, chez lesquels les papilles commencent à peine à se dessiner ou sont tout juste indiquées, les noyaux restent invisibles, ou semblent manquer. Sur un individu traité par le carmin, j'ai vu l'appareil nucléaire représenté par une matière diffuse ou par des poussières rassemblées en une sorte de couronne dans une région postérieure du cytoplasme; un autre individu, plus avancé, possédait deux noyaux sphériques; ces noyaux, en fait, se divisent et redivisent au fur et à mesure d? la croissance, mais d'une manière un peu capricieuse; c'est ainsi qu'un Loxophylliim isolé le 20 novembre et possédant treize noyaux, n'en avait que treize encore le 21 novembre, mais plusieurs d'entre eux allongés et en cours de division ; le 22 novembre, il en possédait vingt-deux, et d'autres encore allaient se séparer.
Le Loxophyllum meleagris est en même temps fragile et résistant ; fragile en ce qu'il se déchire facilement, résistant en ce que, déchiré, il réparc sans difficulté des blessures mêmes fort graves. C'est ainsi qu'un individu presque coupé en deux par une pointe d'aiguille, et isolé le 8 février à .3 heures, se voyait à 5 heures aux trois quarts reconstitué, et le 9 février à 9 heures du matin nageait sous une forme à peu près normale.
Loxophyllum helus (Stokes 1884 c) Litonotus helus Stokes ? Loxophyllum verrucosum Florentin 1901
Corps allongé, lancéolé, comprimé, très extensible, acuminé en arrière, rétréci en avant et prolongé en un col recourbé sur le côté dorsal. Bouche en fente indistincte. Bordure hyaline étroite, garnie sur tout le côté ventral et également à la partie postérieure du corps, de trichocystes en baguettes fines; crénelée sur le bord dorsal de papilles nombreuses dans lesquelles les trichocystes sont rassemblés en faisceaux. Une ligne de soies courtes sous la pointe antérieure. Face inférieure aplatie, couverte tout entière de cils abondants disposés sur des lignes ciliaircs très rapprochées; face supérieure convexe dépourvue de cils, mais montrant des lignes ciliaircs longitudinales plus espacées, et parcourue en outre dans sa longueur de quatre profondes rainures. Noyau en deux masses ellipsoïdales séparées par un micronoyau. Vésicule contractile postérieure, subterminale.
Longueur 100 à 130 (x, et jusqu'à 200 lors de la plus forte extension.
Stokes a décrit en 1884 un Litonotus helus, qui semble, on ne sait pourquoi, avoir été bien vite oublié; Schouteden, cependant, le mentionne, comme synonyme de Loxophyllum meleagris; le Loxophyllum verrucosum de Florentin (1901) pourrait être également le même, bien que l'auteur indique une vésicule contractile avec plusieurs autres accessoires.
En tout cas, le Loxophyllum helus — car c'est bien ut Loxophyllum — est certainement une espèce distincte, que sa taille beaucoup plus faible, son corps plus étroit, la courbure caractéristique de sa partie antérieure elle-même très allongée, les larges arêtes de sa face dorsale, que toute son apparence, enfin, distinguent au premier coup d'œil du Loxophyllum meleagris; et de plus, nous avons ici, toujours, deux noyaux, comme dans le Lionotus, séparés l'un de l'autre par un micronncléus.
L'animal, ici encore, est très délicat, mais très robute sous certains rapports; il résiste, par exemple, longtemps à la putréfaction. Comme le Loxophyllum meleagris, il
LES INFUSOIRES d'eAU DOUCE 5
Fig. T8. — Loxophyllum helus
adhère fortement au sol par sa face ventrale ciliée, et comme lui également, il est d'une habileté étonnante ])our se cacher au milieu des débris.
On trouvait cette jolie petite espèce à l'Ariana, et en assez grande abondance, dans l'été de 1918.
Loxophyllum armatum Cl.a.p. eL Lachm. 1859
Corps allongé, arrondi en arriére, rétréci en pointe à son extrémité antérieure rejetée sur le côté dorsal. Bouche en fente indistincte. Une large bordure hyaline, garnie sur toute sa longueur d'une armature de trichocystes en baguettes courtes, part de la pointe antérieure et court le long du bord ventral tout entier, pour contourner la partie postérieure et s'arrêter brusquement plus ou moins haut .sur le côté dorsal; ce dernier pourvu à sa partie antérieure d'une brosse de soies courtes disposées sur plusieurs rangs. Face inférieure garnie de cils longs, flexueux, plus nombreux en avant, disposés le long des lignes ciliaires peu serrées; face supérieure vaguement striée, mais dépourvue de cils sauf dans sa partie antérieure où ils forment un revêtement plus ou moins serré. Noyau eiï boudin droit, ou plus allongé et recourbé en fer à cheval, avec un micronoyau très volumineux, adjacent au bord concave du nucléus. Vésicule contractile grande, non loin de l'extrémité postérieure sur le côté dorsal.
Longueur 100 à 150 \i. -~ Sphagnum.
Cette espèce a été récoltée dans différentes saisons à la petite tourbière de Valavran, et toujours dans le Sphagnum; il est possible que ce soit aussi dans les sphaignes que Claparède et Lachmann l'aient trouvée, car ils l'indiquent comme provenant de la Jungfernhaide, qui doit être une tourbière, aux environs de Berlin.
L'Infusoire de Valavran correspond en tout cas assez exactement au Loxophyllum armatum tel que le décrivent ces auteurs, bien qu'ils ne disent pas un mot du noyau;
ScHEwiAKOFF dounc cc dernier comme rubané, tel à peu près que je l'ai vu, mais il parle d'une rangée de cinq ou six vésicules contractiles, ce qui pourrait indiquer une espèce différente.
Lis trichocystes, qui forment une large ceinture interrompue seulement dans la moitié antérieure du rebord dorsal, ont 6 (j. de longueur, et sont en forme de baguettes courtes, très légèrement recourbées; après l'explosion ce sont des fdaments droits, entourés dans leur partie antérieure de poussières et de grains que le carmin colore instantanément en rouge vif (fig. 3).
Le noyau est en fer à cheval, mais plus ou moins allongé, et quand il l'est très peu, ce n'est qu'un boudin droit, souvent coupé d'étranglements successifs. Il renferme, dans une pâte cendrée, un assez grand nombre de petits nucléoles répari is en série sur toute sa longueur. Un gros micronucléus se trouve dans son voisinage immédiat.
Bi.n que très voraci-, l'animal ne renferme généralement pas de proies figurées, et se voit siniph nienl rempli de boulettes pâles. Par exception, cependant, il ])eut renfermer des obj( Is fort volumineux; à Valavran, la nourriture consistait surtout en un Rotifère (lu genre Colurus. v\ l'obsrrvation suivante n'est A cet égard pas sans quelque inléiêt :
Un Loxophijllum api)arut .sous l'objectif, au moment où il commençait à engloutir un Rotifère, iléjà mort ou inerte, - stupéfié sans doute par les trichocystes - beaucoup plus gros que lui, et l'entourait de sa bo lehe largement ouverte. Peu h peu le Rotifère s'enfonça toujours plus dans le cyloplasuic, |)en(lant que les lèvres de l'infusoire, énormément distendues, le serraient étroilemenl. Lorsque la moitié du Rotifère eut passé, le reste glissa beaucoup plus vite, et la bouciie se referma; le Loxophyllum fut alors provisoirement abandonné â son sort; mais deux heures plus tard, je le retrouvai bourré de boulettes pâles, mais sans autre vestige du Rotifère que les mâchoires, nettoyées et en parfait état;
Flg. 79. — Loxophyltiiin iirnialtint
el tout près dans le cytoplasme se voyait une autre paire de mâchoires; après son premier Rotateur, l'animal avait dû en prendre un second, et tout cela s'était converti en boulettes sauf les mâchoires qui restaient là comme témoins.
Loxophyllum gammari sp. n.
Corps allongé, plus large et acuminé en arrière, rétréci en avant et légèrement recourbé du côté dorsal. Bouche en fente, garnie sur toute sa longueur et sur ses deux côtés d'une rangée de trichocystes en bâtonnets, et se terminant brusquement, vers le tiers antérieur du corps, en un puits profond garni d'une corbeille de trichites noyées dans un étui protoplasmique. Face inférieure ciliée sur toute sa surface, à lignes ciliaires serrées. Face supérieure monlrant également des lignes ciliaires bien marquées, mais beaucoup plus écartées et ne portant normalement de cils qu'à la partie antérieure du corps. Une ligne de soies courtes se poursuit du côté dorsal, à partir de la pointe antérieure, jusque vers le milieu de l'animal. Noyau en chapelet, dont les éléments, sphériques ou ellipsoïdaux, au nombre de quatre à douze, sont pourvus d'autant de micronoyaux adjacents. Vésicules contractiles nombreuses, petites, bordant pour la plupart les deux côtés du corps.
Longueur 100 à 150 [i.
Fig. 80. — Loxophyllum gammari
Cet Infusoire vit en commensal sur les Gainrnariis où l'on peut s'étonner qu'on ne l'ait pas indiqué jusqu'ici; c'est, il est vrai, dans une seule station que je l'ai rencontré, dans le ruisseau de Thônex, mais il n'y était pas rare ; on le trouvait courant de côté et d'autre
au milieu des débris de Gammnnis dilacérés, sans qu'il fût possible de savoir quelle région spéciale il affectionnait ; sans dilacération de son hôte, en tous cas, on ne pouvait songer à l'obtenir; i)eut-être est-il habituellement caché dans le fouillis des mâchoires, auxquelles il se fixe par sa ventouse caractéristique. Cette excavation spéciale, striée de petites lignes concentriques et d'autres qui sont radiaires (fig. 2), bordée d'une paroi épaisse, résistante, extensible, et qui renferme dans son intérieur des trichites régulièrement disposées, est en quelque sorte une dépendance de la bouche; la fente buccale, il est vrai, n'est pas nécessairement fermée (dans la fig. 2 on la voit partiellement ouverte), mais il semble que ce soit le puits terminal qui joue le rôle le plus important; c'est ainsi que j'ai vu un long filament, introduit dans ce i)uits spécial, s'enfoncer rapidement dans l'intérieur, en même temps que le puits s'approfondissait; mais c'est aussi une ventouse, indépendante de la fente buccale, et à paroi circulaire que rien n'interrompt nulle part; la fig. 3 montre le puits buccal de profil (avec quelques trichocystes au-dessus) sous son apparence habituelle, et dans la fig. 4, nous avons ce même appareil, tel que je le vis tout d'un coup se distendre, puis se creuser d'une fossette médiane, comme pour faire le vide; mais, il faut le dire, il se creusait sans raison, aucune proie n'arrivait et le fond du creux se releva bientôt. Dans une autre occasion, je trouvai un LoxophijUum embroché par sa ventouse sur une épine de Gammarus ; cette épine, alors, passait par le puits et traversait l'animal de part en part ; mais ce dernier, après un instant, se dégagea tranquillement et s'éloigna sans paraître avoir souffert en aucune façon.
Les trichocystes, très serrés, en baguettes droites, ne garnissent que la partie antérieure du corps, de la pointe extrême à la fos.sette ventrale (fig. 1, 3); ailleurs, on n'en *trouve pas. Lorsqu'ils font explosion, ce qui est rare, ils s'allongent en une aiguille acérée, deux fois et demi aussi longue que le trichocyste primitif, mais sans qu'il se produise
aucune émission de matière virulente; ce sont là, scmble-t-il, des armes défensives seulement.
Les stries longitudinales revêtent le corps entier, mais sont beaucoup plus serrées sur la face ciliée, où l'on en trouve environ cinquante; sur l'autre face, qui ne porte que quelques cils et tous à la partie antérieure, le nombre des stries est réduit de moitié.
On trouve en général une quinzaine de vésicules contractiles, réparties un peu partout dans le cytoplasme. Ce dernier est grisâtre, et l'on y voit rarement autre chose que des particules incolores, ou de petites granulations.
L'animal violemment séparé de son Gammarus, court affolé, en décrivant de grands cercles, sans tourner sur son axe ni se balancer; de temps à autre, il se rétracte brusquement sur lui-même, comme une Vorticelle, puis s'allonge bien vite à nouveau.
Cet Infusoire, nous l'avons vu, est caractéristique des Gammarus, et pourtant, je l'ai trouvé un jour sur des Aselhis; mais le fait s'explique par un mélange d'Asellus de la Pointe-à-la-Bise et de Gammarus de Thôncx, qui avaient été réunis la veille dans un même cristallisoir.
Loxophyllum aselli Svec 1897
Corps allongé, large et acuminé en .arrière, rétréci en avant et légèrement recourbé vers le côté dorsal. Bouche en fente, aboutissant, au tiers antérieur du corps, à un puits profond, dont la paroi est lincment striée dans sa longueur. Le corps est presque tout entier entouré d'une ceinture de trichocystes en baguettes courtes, interrompue cependant au niveau du puits pharyngien, puis continuant sa course pour atteindre l'extrémité postérieure, remonter le long du côté dorsal, et s'arrêter brusquement vers le tiers antérieur de l'animal pour faire place à une ligne de soies courtes qui se prolonge jusqu'à l'extrémité du corps. Face inférieure couverte de cils serrés distribués le long des stries longitudinales très rapprochées; face supérieure à stries nettes mais plus écartées, et ne portant de cils que sur la partie antérieure du corps. Sur cette même face supérieure, un peu en avant de la ligne médiane, se détache brusquement de la surface une forte proéminence transversale ou épaulette étroite, à bord épaissi en un bourrelet. Noyau en chapelet, à éléments dissociés et plus ou moins nombreux, accompagnés de micronoyaux disposés tout auprès. Vésicules contractiles nombreuses, bordant pour la plupart les côtés du corps.
Longueur 100 à 120 [i. — Sur Asellus aquaticus.
Le Loxophyllum aselli a été décrit en 1897 par Svec, qui l'a trouvé vivant en ectoparasite sur V Asellus aqualicus, el surtout sur les branchies, où, dit l'auteur, il s'attache
solidement par sa proéminence ombilicale.
Ce n'est, il faut le dire, pas sans une certaine hésitation que je me suis décidé à assimiler à r cette espèce l'organisme que j'ai trouvé en grand nombre sur les Asellus de la Pointc-à-la-Bise.
En effet. Svf.c indique une disposition quelque peu différente des Iriehocysles, qui pourraient manquer sur l'arête dorsale, et qui parfois ne se trouveraient que sur la trompe (Svec aurait-il peut-être nii, parmi les autres, quelques représentants du Loxophyllum gammari?); et de plus, il parle d'une .seule vésicule contractile, subterminale, à côté de laquelle peut s'en trouver une autre plus petite, tandis que tous les individus rencontrés sur mes Asellus possédaient, comme le Loxophyllum gammari mais plus grandes, des vésicules contractiles au nombre de dix, douze et plus
Fil). SI. — ■ LoxopliytUini asilli
encore, disséminées sans ordre dans l'ectoplasma. Svec ne dit pas un mot non plus de la ligne de soies dorsales, qui seule interrompait, dans tous les individus que j'ai pu obseiA'er, la série continue des trichocystes tout autour du corps, et ne mentionne pas non plus le puits ou entonnoir buccal. Ce dernier, qui coupe l'arête ventrale du corps un peu plus bas que dans le Loxophyllum gammari, est, il est vrai, peu nettement dessiné, et strié dans sa longueur sans qu'on puisse y distinguer des trichites bien certaines (fig. 2), mais sa présence est constante, et constitue un caractère systématique important.
Tout près et en arrière de cet entonnoir, et sur la face dorsale, non ciliée, du corps, se trouve la «nabelfôrmige Erhôhung» de Svec, une forte proéminence en forme d'épaulette, arrondie à son arête libre, et qui, dii igée légèrement en arrière, se dresse à la surface du corps comme une sorte de crochet (fig. 5). Elle renferme dans son intérieur un double faisceau de trichocystes, régulièrement disposés. La fig. 2 montre de coupe cette proéminence, avec, au-dessus, l'entonnoir; dans \Si fig. 5 on la voit telle qu'elle se présente sur l'animal examiné par le côté, et la fig. 6 en indique l'apparence sur l'Infusoire vu d'en haut et à un faible grossissement.
Il est fort probable, comme Svec l'a déjà supposé, que cette proéminence ait pour fonction directe de ret( nir l'animal solidement attaché; mais le fail ne serait vrai que dans certains cas seulement; ici comme dans les autres Loxophyllum ce sont les cils qui permettent à l'animal de résister par exemple aux courants qui pourraient les emporter, et j'ai vu un individu libre en lamelle évidée tenir très fort au couvre-objet, par sa face ciliée, alors que l'épaulette était sur l'autre face, en pleine eau, et ne pouvait par conséquent aider en aucune manière à l'adhésion.
Les trichocystes, qu'ils appartiennent à la bordure générale ou à l'épaulette caractéristique, sont presque identiques à ceux du Loxophyllum gammari, en baguettes courtes (fig. 4 a), et à l'explosion ils s'allongent en une fine aiguille (fig. 4 b), mais comme eux ils restent nus. A cet égard, cependant, la fig. 7 pourra nous donner un renseignement; elle représente un individu qui venait d'être soumis à l'action du carmin; les trichocystes étaient à l'étal d'aiguilles nues, mais alors, toutes les régions occupées normalement par les trichocystes se montraient semées de milliers de points rouges; à la base des trichocystes, la matière stupéfiante, acidophile, avait donc existé, mais le trichocyste lui-même n'en renfermait pas.
La fig. 3 montre un cas de conjugaison, le seul qui se soit rencontré ; les animaux étaient unis par la bouche, mais chacun s'était déformé, en renversant en arrière la partie antérieure de son corps. Les deux petites lignes de points indiquent les soies dorsales.
Loxodes rostrum (0. I'. Mulleh) Ehrenb. 1838 Kolpoda rostrum Muller 1786
Corps allongé, comprimé, rétréci et légèrement recourbé vers la gauche à sa partie antérieure. Il est tout entier coloré en brun par des myriades de petils grains foncés. Bouche en gouttière arquée, bordée à gauche d'une sorte de lamelle striée en travers, brusquement terminé à sa commissure inférieure en un repli en cornet qui va plonger dans le cytoplasme. Face ventrale convexe, ciliée, à lignes ciliaires longitudinales espacées. Face dorsale concave, dépourvue de cils mais portant sur ses bords une ligne de soies tactiles. Cytoplasme entièrement vacuolisé, à vacuoles formant un réseau à larges mailles. Noyaux nombreux, petits, sphériques, à membrane forte et à nucléole central, disposés le long du corps en une ligne plus ou moins régulière; micronoyaux dispersés dans le voisinage. Le long du bord droit, une rangée de statoblastes (vésicules de Muller), au nombre de 8 à 15 en général. Pas de vésicule contractile.
Longueur 300 à 500 jx; rarement plus encore.
Le genre Loxodes a fait de ma part l'objet d'un travail spécial, paru en 1917 dans la Revue Suisse de Zoologie; et renvoyant alors pour renseignements détaillés au mémoire original, je me contenterai de récapituler brièvement quelques-unes au moins des conclusions auxquelles j'étais arrivé :
1° Le cytoplasme est d'une nature toute particulière, très visqueux, entièrement vacuolisé et rappelant, mais d'assez loin cependant, celui de ÏActinosphaerium Eichhorni.
2° L'appareil qu'on a toujours décrit comme le pharynx n'a rien à faire avec un pharynx vrai; c'est un repli interne, qui peut s'étendre ou se resserrer; et quant à la bouche véritable, ce n'est pas une simple fossette à l'entrée de ce soi-disant phaiynx, mais une fente qui s'étend de la pointe extrême du corps jusqu'à ce « pharynx » lui-même ; la bouche, en fait, s'ouvre sur toute la courbure de cette lame de faucille qui caractérise la partie antérieure de l'animal.
3" Les curieuses « Vésicules de Muller » cai'actéristiques du genre Loxodes, et, à part lui, inconnues dans toute la série des Infusoires, sont de véritables statoblates, avec statolithe pourvu d'une tigelle extrêmement fine (voir Loxodes slriatus, fig. 2).
Depuis la publication de ce mémoire, j'ai retrouvé le Loxodes rostrum à Florissant, puis, en grande abondance, dans l'étang de l'Ariana, et, sans en renouveler sérieusement
l'étude, je me suis gardé de négliger un contrôle qui n'a fait que confirmer mes premières observations; mais de plus, il est deux points sur lesquels j'ai obtenu quelques renseignements nouveaux :
Dans le genre Loxodes, les phénomènes de division ont été fréquemment observés; quant à la conjugaison, jusqu'à 1910 elle est restée complètement inconnue. Kazanzeff, cette année-là, a consacré tout un chapitre à cette découverte qu'il venait de faire; mais, il faut le remarquer, c'est au Loxodes striatus que se rapportent toutes ses observations; dans le Loxodes rostrum, la conjugaison n'a pas encore été constatée. Or, à la fin de juillet 1918, et pendant quelques jours .seulement, les Loxodes roslrum de l'Ariana ont été l'objet d'une sorte d'épidémie de conjugaison; malheureusement, tous mes soins étant à ce moment-là donnés à un autre organisme que je ne pouvais abandonner, j'ai dû négliger l'étude de ces phénomènes spéciaux, pour me contenter d'un examen très superficiel de deux ou trois couples rencontrés; mais un fait m'a frappé, c'est que dans les couples, on ne voyait pas les noyaux, et que par contre, dans la région ventrale et médiane par laquelle les individus étaient intimement soudés, on remarquait une tache grise, en forme de 8, dont l'une des moitiés appartenait à l'individu de gauche et l'autre à cehii de droite (fig. 2). Ce devait être là, semble-t-il, la masse nucléaire, provenant d'une fusion temporaire des nombreux noyaux.
En 1917, je terminais mes réflexions relatives à la structure de la bouche par les mots suivants : « Pas plus que d'autres observateurs, je n'ai pu prendre sur le fait un Loxodes occupé à la capture d'une proie, ce qui n'est pas sans laisser quelque incertitude dans la question. » Le 15 juillet 1918, je tombai inopinément sur un Loxodes qui se préparait, suivant toute apparence, à avaler sa nourriture; ce n'était pas une proie figurée, mais un gros paquet informe, à demi mucilagineux, renfermant des sphérules iliveises, de ])etites algues, et autre chose encore. Le Loxodes commença par ouvrir toute grande la longue fente arquée caracléristique, en même temps que cette sorte d'opercule slrié qui borde celte fente à gauche s'écartail iargenicnl; puis la masse étrangère se trouva collée au cytoplasme ainsi mis à nu sur une large surface; i)endant un instant le Loxode se mit à exécuter des mouvements bizarres, se lançant en avant et se rétractant alternativement, un peu comme un chien qui happe une proie trop grosse; une partie de la masse mucilagineuse pa.ssa dans l'intérieur de l'Infusoire; mais ce dernier, inquiété tout à coup par un Nématode qui passait tout auprès, lâcha ce qui restait du paquet mucilagineux el s'enfuit.
Il y avait bien là, semble-1-il, capture ou essai de capture d'une proie, et c'était bien la fente arquée tout entière qui fonctionnait comme bouche, sans que le soi-disant pharynx fût pour rien dans l'opération.
Fig. H'J. — Loxodes roslrum
Loxodes striatus (Engelmann) Penard 1917
Drepanostoma striatutn Engelm". 1862
Loxodes vorax Stokes 1884 a
Corps lancéolé, comprimé, incolore ou à peine jaunâtre, recourbé vers la gauche à sa pointe antérieure (1). Deux noyaux, sphériques, à membrane forte et à nucléole central, pourvus chacun d'un micronoyau accolé à l'un des pôles (au pôle sud pour le noyau antérieur, au pôle nord pour le noyau postérieur). Le long du bord droit du corps, quelques statoblastcs (quatre à six) seulement. Pas de vésicule contractile.
Longueur 150 à 250 y.; rarement plus et parfois moins.
Ici encore, je renverrai le lecteur à mon mémoire de 1917, où cet organisme, certainement différent du Loxodes roslrum, se trouve examiné dans tous ses détails; et je me contenterai d'attirer l'attention sur les trois figures consacrées à cette espèce : Dans la première, nous avons un cas de division, au stage où la fente buccale commence à se dessiner et où chacun des nouveaux individus a gardé l'un des deux noyaux ; dans chacun d'eux également, on voit un nouveau noyau, plus petit, se former tout près de l'ancien ffig. 3). La fig. 2 nous montre un statoblasle, avec le statolithe tremblotant sur son mince pédicule.
A la fin de juillet 1918, et dans ce même étang de l'Ariana où les Loxodes roslrum et slriaius vivaient en compagnie, le Loxodes slriatus, lui aussi, a été pendant trois ou quatre jours sous l'influence d'une véritable épidémie de conjugaison; les couples, alors, se sont montrés très nombreux, et sans les étudier spécialement (Kazanzeff a traité longuement de ce sujet spécial) j'ai pris soin d'observer tous les couples sous le rapport de l'identité spécifique des conjoints; jamais l'un d'eux n'a été le Loxodis roslrum.
Fig. ■Si'. — Loxoi'is slriaius
Dileptus tenuis sp. a.
Corps très allongé, à peine comprimé, extensible, acuminé en arrière, rétréci en avant en un long col renversé quelque peu sur le côté dorsal. Fente buccale partant de l'extrémité supérieure du corps et se continuant, bordée de deux rangs de cils forts, le long du bord ventral jusqu'à la base du col, pour s'ouvrir brusquement en un orifice ou puits buccal profond, conique, à forte paroi munie dans son épaisseur de trichites fines et élastiques. Lignes ciliaires longitudinales espacées, peu nettes, couvertes de cils longs et fins, relativement peu nombreux, plus forts en avant et en arrière; quelques-uns, longs, vigoureux et recourbés en crochet, sur la face dorsale, terminant la pointe du col. Trichocystes fusiformes, courts, le long de la fente buccale. Noyau allongé, le plus souvent sous forme de boudin tordu. Deux vésicules contractiles, l'une un peu en arrière de la base du col, l'autre latéro-terminale.
Longueur 60 à 110 |x, suivant les individus ou le degré d'extension. — Mousses des murs.
Fig. 84. — Dileplus lenuis
Ce petit Infusoire a été trouvé à Chêne (Chemin de la Montagne), puis à Malagnou, et exclusivement dans les mousses des vieux murs. Il est presque toujours très allongé.
(1) Fente buccale, soies, ciliatioii, cytoplasme, comme d.ins Laxodes roslrum.
souvent par exemple tel que l'indique la fig. 4, mais à la moindie alerte il se rabat brusquement sur lui-même, et diminue de la moitié de sa longueur. La partie antérieure du corps, allongée en eol, est extrêmement mobile, el tàte constamment à gauche et à droite pendant la marche; elle est, en même temps, très délicate, et se détache à la moindre occasion, même sans cause apparente, par exemple pendant le transport, lorsqu'on veut isoler l'animal; mais ce dernier ne semble pas s'en porter plus mal, et, refermant rapidement la blessure, il continue tranquillement son chemin.
Les trichocystes, fusiformes, ne se trouvent que le long de la crête buccale (fig. 2, 3); après explosion, ils se voient allongés en un filament relativement très court.
La fig. 2 représente l'animal vu de face; on y remarque le puits pharyngien, qui se continue en une fente antérieure; dans la fig. 3, nous avons cette même fosse, vue de côté.
Dileptus mucronatus sp. n.
Corps allongé, à peine comprimé, déformable, acuminé en arrière et brusqucnacnt prolongé d'une longue pointe terminale, flexible ; rétréci en avant en un col recourbé sur le côté dorsal. De la pointe antérieure part une lèvre ventrale bordée de trichocystes courts et serrés, et qui se termine, à la base du col, en un puits pharyngien profond, strié en long (trichites?). Lignes ciliaires espacées, indistinctes, couvertes de cils très fins qui se continuent, plus courts, jusqu'à l'extrémité même de l'appendice caudal. Deux masses nucléaires en boudin court, l'une à la suite de l'autre. Cinq ou six vésicules contractiles le long du bord dorsal, la postérieure plus forte que les autres, et susceptible d'une dilatation considérable.
Longueur 240 à 275 [i.
Le caractère distinclif le plus important dans cette espèce se montre dans"cette pointe terminale postérieure, très nettement distincte du corps, mince, fluxible, couverte tout entière de cils fins et serrés, et qui ne manque dans aucun individu. Pourrait-on rattacher la même importance aux deux noyaux, chacun quelque peu étranglé dans son milieu, que représente 'ci la figure? C'est assez peu probable, cet ctiangKmenl même indiquerait un commencement de division, el l'on pourrait s'attendre à trouver sur d'autres individus un appareil nucléaire en chapelet, à éléments séparés. Cependant une seconde figure que je possède, prise sur un autre individu, montre ces deux mêmes noyaux, et dans la même orientation réciproque, et peut-être n'y a-t-il pas là simple coïncidence; j'ai regretté trop tard de n'avoir pas accordé sous ce rapport une attention suffisante aux autres individus, en très petit nombre d'ailleurs, qui ont passé sous mes yeux.
Les vésicules contractiles sont au nombre de cinq ou bien aussi de six, disposées sur une seule ligne le long du côté dorsal; la dernière d'entre elles, d'abord identique aux autres, grossit énormément avant de se déverser au dehors; c'est la vésicule par excellence, les autres n'étant qu'accessoires.
Le Dileptus mucronalus a été étudié en 1916; il provenait d'un fossé de Pinchat. L'animal nage assez rapidement, en tournant sur son axe longitudinal, tout en se balançant; de temps à autre, il exécute un brusque mouvement de recul, ])uis reprend sa course en avant. Le corps est très flexible, et se tord volontiers sur lui-même ; déformé par écrasement, il se réorganise rapidement, el par exemple, l'individu que représente la figure avait été soumis la veille à une compression telle, qu'il s'en trouvait réduit à une masse informe; mais la nuit, dans sa goutte d'eau sur lamelle évidée, il se reconstitua parfaitement.
Fig. ss.
Dileplus
mucronalus
Trachelius ovum Ehrenb. 1838
Corps subsphérique, coloré en brun par des myriades de petits grains, prolongé en avant en une sorte de trompe recourbée vers le côté dorsal. Face ventrale normal ment aplatie, parcourue d'un sillon longitudinal susceptible de se creuser en un entonnoir central plus ou moins profond. Lignes ciliaires très serrées, couvertes de cils fins, plus
vigoureux le long d'une ligne ventrale, qui, partant de l'extrémité de la trompe, va rejoindre un orifice arrondi ou puits buccal, entouré de trichites. A la face dorsale de la trompe, les cils deviennent sétiformes, épais et crochus. Cytoplasme creusé de vastes lacunes, traversées de trabercules à disposition rayonnante. Noyau allongé, en boudin droit, formé de plusieurs segments soudés les uns aux autres. Vésicules contractiles très petites et nombreuses, dispersées dans l'ectoplasme. Taille moyenne 300 à 400 (x.
On a beaucoup écrit sur le Trachelius oinim. De l'année 1775, dans laquelle EiCHHORN a décrit sa « gespitztc Kugel », jusqu'à une époque toute récente (1903) où ont paru presque en même temps les deux grands travaux de Fabre-Domergue et de Hamburger, on a vu se succéder toute une série de contributions à l'étude de cet organisme, celles par exemple de Ehrenberg, Cohn, von Siebold, Lachmann, Gegenbaur, Claparède et Lachmann, Stein, Balbiani. Le dernier en date et le plus important de ces travaux, celui de M"<^ Hamburger, semblerait devoir nous dispenser de développements ultérieurs; et pourtant, il est encore bien des points qui n'ont pas été mis eu lumière, des détails sur lesquels l'attention n'a pas porté, des faits auxquels il est bon d'apporter une confirmation.
La forme du Trachelius ovum se rapproche, en définitive, de celle de la sphère, mais elle est susceplible de variations assez considérables, suivant le moment plutôt que suivant les individus; tel exemplaire que vous aurez mis un soir en chambre humide arrondi et trapu, sera surpris le lendemain courant sous une forme que l'on pourrait comparer assez exactement à celle d'un violon.
L'animal est coloré en brun, d'un brun chocolat, et cette coloration est due à des grains extraordinairement petits, de moins de 1 (X de diamètre, dispersés en myriades sous le tégument.
L'enveloppe, ou couche alvéolaire revêtue de sa cuticule
très fine, se détache nettement du plasma, et se voit tout entière striée dans son épaisseur; mais ces stries, examinées avec une forte attention, se révèlent comme dues en réalité à la présence de petits éléments en bâtonnets. Hamburger s'exprime sur ce sujet en ces termes : « Wodurch dièse streifige Structur hervorgerufen wird, ist nicht ganz leicht feslzustellen. Durch Zerfliessenlassen der Ticre gelang es mir wiederholt zarte, stâbchenartige Gebilde zu isolieren, ebenso bei einem mit Hàmatoxylin gefàrbten und in Kanadabalsam zerklopften Exemplare; ich bin gentigt, dieselben fur stâbchenfôrmige Einlagerungen in den Wabenwânden des Alveolarsaumes zu halten; nur ist Vorsicht in der Deutung dièses Befundes darum am Platz, wiil die Thiere zuweilen
von stâbchenfôrmigen Bakterien erfiillt sind « Cette dernière restriction peut être
éliminée, la couche serrée et régulière de bâtonnets n'a bien certainement rien à faire avec des bactéries; Hamburger a vu des bâtonnets, mais sans oser s'exprimer sur leur nature réelle. Pour moi, il n'y a guère de doute, ce sont des trichocystes, tels qu'on les trouve dans nombre d'Infusoires où l'on a toujours parlé des « stries » sans chercher plus loin. Dans le Trachelius ovum, lorsqu'on fait arriver sur l'animal un courant d'eau légèrement carminée, on voit brusquement apparaître à sa surface un manteau de poussières roses, très foncées, et ce manteau se voit traversé de baguettes serrées, en palissade, des baguettes plus fines, plus longues que ne l'étaient les éléments primitifs; dans l'épaisseur de la couche alvéolaire, par contre, ces éléments ont disparu; d'autres fois ils y sont encore, mais flasques et complètement défigurés : l'opération a mal réus.si.
A la face postérieure de la « trompe », on constate une modification dans la nature des cils, et sur laquelle il faut nous arrêter :
Fig. 86. — Trachelius oimm
Dans celte région, nous l'avons vu, se trouve dans certains Infusoires une ligne ou une brosse de soies courtes; ces soies existent dans le Trachelius oviim, mais très peu marquées, et sans atteindre l'extrémité de la trompe elles s'arrêtent brusquement pour faire place à des cils, mais d'une nature spéciale, très forts, crochus (fig. 1).
La face ventrale — ou plutôt venlro-latéralc — de l'animal n'est pas uniformément renflée comme l'est la face dorsale; elle peut le devenir, temporairement, ou le paraître, mais dans l'état normal cette face est en quelque sorte dédoublée en deux parties gauche et droite, que sépare une dépression longitudinale (fig. 2). C'est alors vers le milieu de cette dépression que se trouve cette curieuse fossette au sujet de laquelle on a tant discuté, que Gegenbaur a considérée comme la bouche et que Stein a regardée comme une simple concavité dont la présence n'était nullement constante ; Fabre, de son côté, a réfuté l'opinion de Gegenbaur, et sans s'exprimer sur la signification de cette « fosse ventrale », y voit en tout cas un organe permanent, dont les indices se reconnaissent en tout temps à la surface du corps. Hamburger en a fait une étude particulièrement approfondie, et y a reconnu les fonctions d'une ventouse, destinée à fixer l'animal au subsliatum; quand la ventouse ne fonctionne pas, il en reste pourtant la marque; quand elle est en action, la fossette peut s'approtondir jusque non loin du centre du corps; et c'est cette variabilité même dans la grandeur de la ventouse qui l'a fait regarder par certains auteurs comme un organe inconstant et sans signification particulière.
Mes observations, qui tout d'abord ne donnaient que des résultats contradictoires, ont fiai i)ar confirmer pleinement les déductions de Hamburger; la fossette existe, bien qu'elle échappe trop souvent à la vue; parfois à peine accusée, ou même absente en tant que dépression véritable, plus souvent elle s'enfonce assez loin et quelquefois même jusque tout près du centre du corps; en réalité, par elle-même, elle reste passive, mais elle est tirée en arrière par l'un ou l'autre de ces larges trabécules de plasma qui rayonnent au travers du corps, comme par une bride élastique qui se contiacterait. La fiij. 3 leprésente cette fossette telle que j'ai pu la voir à sou maximum de profondeur, et l'on remarquera à ce propos la cilialion particulière de l'intérieur du puits; on y voit une série d'anneaux superposés, garnis des cils ordinaires, et il est clair que ces anneaux, quand la fossette a disparu, doivent figurer une série de cercles concentriques (que pourtant je n'ai pas léussi à trouver, non plus qu'une spirale, qu'on j)ourrail également supposer). En somme, la fosstlle ciliée n'a pas, si l'on veut, une existence propre, mais elle répond à une zone de moindre résistance dans la couche d'enveloppe, et cette zone est nettement déterminée; elle ne conceine que cette région spéciale, et jamais une autre. Les animaux conservés sur lamelle évidée se fixent volontiers par leur ventouse sous le couvre-objet, et alors la fossette, vue d'en haut, se montre sous un aspect très caractéiislique, ses bords très nets dessinant un ovale parfait; dans l'intérieur, on voit les cils s'agiter dans un mouvement de moulinet ininterrompu.
Les vésicules contractiles, très petites, sont disséminées en grand nombre, jusqu'à une centaine et plus encore, dans le plasma cortical; on ne s'accorde pas sur le nombre des pores qu'elles possèdent chacune; P'abre-Uomergue en a décrit « un ou plusieurs »; BiiTSCHLi en a obseivé liois; Hamburger n'en a jamais vu qu'un seul, et c'est un seul pore égalenu nt que j'ai trouvé.
Le noyau a été décrit comme revêtant des formes diverses; tantôt comme un boudin plus ou moins allongé, tantôt sous la forme de deux masses sphériques accolées (1). IIambuhgeu n'a guère vu di ux noyaux que dans des exemplaires en conjugaison, ou qui après conjugaison vt uaient de se séparer. Pour mon compte, je n'ai pu observer, en fait (le phénomènes re|)roductifs que des cas de division; on y voyait alors le noyau se couper dans son milieu, chacun des segments s'arrondir dans ies nouveaux iiuiividus, puis s'y diviser en deux nrasses sphériques; mais alor.s, plus lard, ces deux masses s'allongent tout en restant unies par leurs extrémités respectives; et arrivées à une certaine longueur, elles se coupent encore; nous avons alors eu définitive, dans l'adulte, un noyau qui paraît unique et allongé en un long boudin, mais cpii est formé en réalité de plusieurs segments, entre lesquels on a peine à trouver la moindre ligne de séjjaralion. Peut-être ces segments peuvent-ils se ressouder intimement quelquefois, mais quand on écrase avec prudence un
(1) Il est probnbli* que la plupart (les individus où deux noyaux ont (it<J mentionnas se rapportaient en réalité au Trachelius sitbtlUs.
Trachelius de forte taille, à noyau allongé; on peut être à peu près certain de voir le boudin se décomposer en partitions au nombre de trois, quatie, ou plus encore, empilées, pourrait-on dire, les unes sur les autres.
L'animal est doué d'une forte dose de résistance, à certains agents en tout cas; j'en ai conservé de nombreux exemplaires, pendant huit et dix jours, dans des verres de montre; avec le temps, ils s'allongent, puis pâlissent et finissent par se désagréger à leur intérieur, pendant que la membrane reste intacte; au bout de huit jours il n'y a là plus qu'une vessie gonflée, vide, mais cette vessie court encore et les cils qui la recouvrent battent sans trêve ni repos.
Le Trachelius ovum n'est pas très rare, mais je ne l'ai rencontré abondant qu'à Pinchat et à Florissant.
Trachelius subtilis sp. n.
Corps ovoïde ou ellipsoïdal, plus ou moins allongé, arrondi en arrière, convexe à sa face dorsale, compiimé à sa face veutiale; piolongé en avant en une trompe recourbée du côté dorsal. Sur la moitié antéiieure de la courbure dorsale, se trouve une longue ligne de soies raides, droites, s'arrêtant brusquement un peu en arrière de l'extrémité de la trompe pour faire place à des cils crochus et particulièrement vigoureux. Sur l'arête ventrale de la trompe, un sillon clair bordé de cils forts va rejoindre le puits pharyngien, profond, strié, à paroi tenace et élastique. Lignes ciliaii es très rapprochées, couvertes de cils fins et serrés. Cytoplasme creusé d'une vaste lacune dans la partie antérieure du corps, et pourvu plus en arrière de vacuoles rondes, nombreuses, renfermant cliacune im grain brillant olivacé. Appareil nucléaire sous foime de deux masses arrondies, séparées par un micronoyau. Vésicules contractiles au nombre d'une douzaine, dispersées dans l'ectoplasme.
Longueur extrêmement variable, 250 à 280 [x dans les gros individus.
Cet organisme a dû sans aucun doute passer maintes fois sous les yeux des observateurs, sans que ces derniers aient songé à le séparer du Trachelius ovum; ils auront noté, peut-être avec quelque suiprise, sa taille plus faible, sa forme plus allongée, sa teinte pâle et jamais brune; peut-être aussi la structure spéciale du plasma, le volume plus fort et le nombre beaucoup plus faible des vésicules contractiles, les deux noyaux que sépare un micronucléus, les vacuoles rondes avec leur grain olivâtre; mais ils n'auront pas poussé leur étude assez loin pour reconnaître la constance de ces caractères différentiels, ou bien, s'ils l'ont fait, tout d'un coup sera venu les surprendre un individu qui leur aura semblé constituer un terme de passage si évident qu'ils auront cru devoir revenir sur leurs conclusions.
Mais il y a bien là une forme spécifique très nette, comme une longue étude a fini par me le montrer.
La forme la plus habituelle est celle que représente la fig. 1; assez variable, il est vrai, mais jamais telle qu'on puisse la donner comme sphérique ; la teinte est très pâle, grisâtre, et jamais on n'y trouve, à la surface, ces grains infiniment petits qui colorent le Trachelius ovum en un brun foncé. Fig- sr.
A la face dorsale de la « trompe, »
nous trouvons encore les mêmes cils vigoureux et crochus, et plus bas, une ligne de soies (fiçj. 1, 2), mais ici plus longue, plus nette, et à éléments plus forts.
La face dorsale est convexe, la face ventrale plane ou même un peu concave, mais jamais on n'y trouvera à aucun moment la moindre indication de la fossette caractéristique du Trachelius ovum. Cette fossette n'existe pas, et, bien plus, elle ne peut pas
Trachelius sublilis
exister, car ici les trabécules de plasma, les larges brides qui tiraient à elles cette région de moindre résistance, manquent absolument. Le cytoplasme ne rayonne plus au travers de vastes lacunes, mais on y trouve, normalement du moins — une lacune unique, énorme, qui occupe toute la moitié antérieure du corps. Il nous faut cependant insister sur ce terme de « normalement »; en réalité, la lacune peut se creuser, s'étendre sur les côtés et jusqu'en arrière, entourer même, par exemple, une partie du plasma et l'appareil nucléaire, isolant le tout du reste du corps (fig. 2); mais en somme, c'est bien une lacune unique, et le seul élément qui la traverse, c'est le tube pharyngien, très étroit, très long, dans lequel on peut voir passer rapidement de petites parcelles de nourriture.
En arrivant près de la surface, ce tube se renfle brusquement, et l'on retrouve ici la fossette buccale du Trachelius ovum, mais moins nettement dessinée, striée, mais sans qu'on puisse y reconnaître des trichites; la paroi en est par contre extrêmement forte et tenace, et a, en fait, la valeur d'un muscle puissant (fig. 3). La fig. 5 représente la fosse buccale vue de face, ou plutôt vue en coupe transversale, vers le milieu de sa hauteur; à l'extérieur, une couche enveloppante de cytoplasme, puis la paroi propre, nettement dessuiéc, qui porte les stries, ou les trichites s'il y en a; et enfin, « le muscle », très extensible ou au contraire très rétractile, capable de fermer la luinière inteine, et divisé en segments longitudinaux. La fig. 3 donne une idée de l'appareil buccal vu de côté; la bouche est ouverte à demi; le cône, vaguement strié, se prolonge en un long tube, dans lequel on voit entraînées quelques bactéries filamenteuses.
L'appareil nucléaire est toujours représenté par deux masses sphériques ou ovoïdes, grises et non pas jaunâtres comme dans Trachelius ovum, reliées entre elles par un micronucléus unique; jamais, dans cette espèce, les deux masses ne se réunissent l'une à l'autre pour former un tout unique qui s'allongera plus tard en boudin.
Les vésicules contractiles sont un peu plus grandes que dans Trac/îe/îus ovum, et relativement très peu nombreuses, moins de douze en général; elles sont disséminées sans ordre dans l'ectoplasme; on les distingue avec une netteté particulière lorsqu'elles se dessinent sur la grande lacune claire, qu'une mince couche de plasma sépare de la membrane externe; elles n'ont qu'un pore excréteur, extrêmement petit, à bord relevé en bourrelet; dans des cas très exceptionnels, cependant, on peut en trouver deux.
Mais il est d'autres vacuoles, caractéristiques de cette espèce dans laquelle elles ne manquent jamais, tandis qu'on les chercherait en vain dans le Trachelius ovum : ce sont des vésicules bien rondes, plus grandes que les vacuoles contractiles, généralement nombreuses, et qui lenfeiment chacune un grain brillant (très rarement il y en a deux) sphérique, d'un brun ou d'un jaune olivacé; ces grains sont insolubles dans leur liquide vacuolaire, mais à peine ce liquide vient-il à se mélanger d'eau ■ — ■ après écrasenienl de l'animal et libération des vacuoles — qu'ils s'y fondent et s'entourent d'une tache olivâtre qui s'étend toujours plus. Dans leur vacuole, ces grains se voient fréquemment agités d'un frémissement continu, sans doute un mouvement brownien.
Il faut encore mentionner dans cette espèce des sphérules pâles, extrêmement petites, dont la présence n'est décelée que par un examen approfondi, et qui sont répandues en nombre considérable dans la couche la plus superficielle du corps (en apparence dans le plasma cortical); ce sont là peut-être des sphéroplastcs.
Les trichocystes à mucilage existent également ici, striant en grand nombre la couche alvéolaire. Dans une occasion particulière où un certain nombre de ces petits corps allongés se voyaient isolés au dehors, après écrasement de l'animal, j'ai vu se produire autour de chacun d'eux un nuage ro.sé, au passage d'un courant de glycérine carminée.
Nous avons vu plus haut que des petites parcelles de nourriture, souvent aussi des microbes, se voient quelquefois entraînées de la bouche à la masse générale du cytoplasme le long du canal pharyngien, et nous pouvons supposer à tout l'appareil une extensibilité telle que des objets plus volumineux puissent également y passer; mais j'ai peine à me représenter une dilatation aussi extraordinaire qu'il faudrait la supposer pour les proies dont l'animai se nourrissait presque exclusivement dans toutes les stations où il a été étudié (Florissant, Pinchat, Rouelhcau). C'étaient toujours des Rotateurs, Anurea aculeala, Colurus, lirachionns, qiu- l'on trouvait dans le corps soit tout récemment capturés et encore intact.s, soit plus ou moins digérés et réduits à une masse informe dans laquelle les mâchoires restaient seules bien nettes; mais, malheureusement, il m'a été impossible de saisir la capture sur le fait. J'ai pu observer, cependant, l'acte de la défécation; toute la masse à rejeter se rassemble dans la moitié postérieure de l'animal; le
corps s'entr'ouvre, d'abord en arrière, et en un point où se trouverait sans doute le pore excréteur, puis l'ouverture se prolonge en une fente, jusque bien haut sur la face ventrale, et la grosse masse sort peu à peu, serrée par les lèvres de la fissure, qui se referment derrière elle à mesure qu'elle se détache toujours plus. Après libération complète, le Trachelius reste un instant fortement défiguré, puis il se livre à des mouvements violents, à des contorsions diverses, et se refait petit à petit, mais il faut des heures entières pour qu'il reprenne sa forme absolument normale. Ne serait-ce pas alors par cette même fente ventrale, ou plutôt par cette ligne de moindre résistance susceptible de se déchirer en une fente temporaire, que se ferait la capture des grosses proies ?
La fîg. 4 montre un cas de division, tel qu'il a été observé le 9 juin, à 11 h. 14 du matin; chacun dos individus avait pour lui un des noyaux primitifs, mais déjà allongé et étranglé dans son milieu; à 11 h. 3/4, dans chaque individu le noyau était en 8, et déjà presque entièrement divisé; à midi, chacun possédait deux noyaux sphériques, à quelque distance l'un de l'autre (et non pas réunis par un micronoyau, comme ils devaient sans doute l'être plus tard); à midi 10 minutes, les deux individus étaient séparés, et nageaient chacun de leur côté.
La taille est extrêmement variable, suivant l'âge, la quantité de nourriture absorbée, même parfois suivant l'aire occupée par les individus dans tel ou tel marécage, par opposition à une station différente dans le même marais; mais il m'est arrivé, dans certaines récoltes, de trouver parmi les autres des individus en grand nombre, très pâles, très courts, et si extraordinairement petits qu'on pouvait y voir une race tout à fait naine. Y avait-il là des produits de divisions successives, peut-être même à l'intérieur d'un kyste? C'est une supposition qu'on serait tenté de formuler.
Le Trachelius subtilis a été étudié à Pinchat, à Florissant, à Rouelbeau ; dans les deux premières de ces stations, il vivait en compagnie du Trachelius ovurt}; à Rouelbeau, il était seul; pas un Trachelius ovurt} ne s'y est montré.
Nassula ornata Ehrenbkrg 1838
Corps ellipsoïdal, légèrement comprimé, plus large en avant, arrondi à ses deux extrémités. Lignes ciliaircs longitudinales, bien marquées; celles de droite, sur la face ventrale, se recourbant en are pour venir rejoindre une ligne transversale ou arête munie de cils particulièrement développés, et qui partant de la bouche se dirige obliquement vers le bord gauche du corps. Nasse pharyngienne formée de baguettes droites et très longues, fortement élargies puis infléchies à leur sommet. Cytoplasme coloré en jaune clair, bourré en général de bols alimentaires bruns, jaunes, verts ou violets, renfermés pour la plupart dans des vacuoles. Trichocystes fusiformes, larges, répandus dans l'ectoplasme. Noyau sphérique, central, volumineux, finement granulé, accompagné normalement de trois ou quatre micronoyaux très pâles, peu visibles.
Tout près du noyau, une grande vésicule contractile, à large pore unique.
Longueur 160 à 220 [i.
Fig. SS. — Nassuta oniatu
Cette belle espèce, bien connue, n'a pas été de ma part l'objet d'observations nombreuses. La nasse est composée de baguettes très longues, renflées et recourbées en corbin à leur sommet (fïg. 2); toutes ensemble,
elles forment une corbeille forte et régulière, pourvue, un peu en dessous de la couronne caractéristique, d'une bande annulaire plasmatique, peu visible (fîg.2).'Lç^ trichocystes, fusiformes, sont presque identiques dans leur structure, à ceux de Frontonia leucas. Dans les fig. 4 et 5, nous avons, d'abord un trichocyste non éclaté, puis tout près le même après explosion; en 6, un trichocyste plus grossi, dont le contenu s'est divisé en deux (rarement
on voit quatre subdivisions), et en 7, le même trichocyste dont l'explosion s'est produite d'une manière imparfaite, sur une de ses moitiés seulement (voir Frontonia acuminala).
Les stries ciliaires sont très peu distinctes, simples traînées poussiéreuses extrêmement pâles, sans que rien rappelle à la surface de la cuticule ce réseau parcheminé que nous trouverons dans la Nassula aurea.
La fig. 8 représente un individu en cours de division; le noyau s'est allongé, et va bientôt se couper; la vésicule est déjà divisée, et les deux nasses se reconstruisent à nouveau, après que la nasse primitive se fût préalablement résorbée.
Nassula aurea Ehrenberg 1838
Corps ellipsoïdal, légèrement comprimé, arrondi à ses deux extrémités. Lignes ciliaires bien marquées, longitudinales, entrecroisées de stries transversales; sur la face ventrale, celles de droite se recourbant en arc pour aller rejoindre l'arête ou ligne adorale transversale, laquelle, garnie de cils forts, gagne en diagonale le bord gauche du corps en un point où se montre une légère dépression ornée d'une petite touffe de cils spéciaux. Nasse pharyngienne bien développée, large, cylindrique en avant, puis pourvue d'un anneau en arrière duquel la cage devient conique; elle est composée de baguettes fortes, à disposition légèrement spiralée. Pas de trichocystes. Cytoplasme coloré en jaune, vert, bleu, etc. par des bols alimentaires, et rempli la plupart du temps à sa partie postérieure de petits grains violets, renfermés dans des vacuoles. Noyau sphérique, rayé de traînées
parallèles grisâtres, et accompagné d'un micronoyau accolé à la membrane nucléaire. Vésicule contraciile volumineuse, au voisinage du noyau. Longueur 210 à 240 (i.
Fig. S'J. — Sasstila atircii
valles figurent des petits carrés.
A première vl.c, cette espèce rappelle d'assez près la Nassula ornata, bien qu'elle se montre relativement plus longue; mais un examen plus approfondi l'en fait distinctement reconnaître. La cuticule est stiiée de lignes longitudinales que semblent traverser, à angh' droit, d'autres lignes transversales; il en résulte une sorte de guillochage de lignes en relief, dont les interchacun probablement pourvu d'un cil (fig. 4). La nasse est formée de bâtonnets très nets, disposés suivant un spirale faiblement indiquée (fiq. 2), et formant ensemble, ])ar leur partie supérieure, une cage cj'lindrique à la base de laquelle est un ruban protoplasmique.
La vésicule contractile, très grande, se forme de vacuoles qui dessinent tout d'abord une étoile régulière.
Le noyau ffig. 5), montre une structure assez curieuse; c'est une sphère ponctuée de grainilations serrées, infiniment petites, mais distribuées de manière à figurer des rubans, au nombre de cinq ou six, fuligineux, qui se dessinent en lignes parallèles que séparent des rubans jihis clairs.
Le plasma se voit généralement bourré de bols alimentaires, ou boulettes d'abord vertes puis qui passent au vert bleuâtre et au jaune doré. On trouve également dans le cyto|ilasme un nombre en général considérable de grains violets (fig. 3), chacun dans une vacuole, et qui ont une tendance à s'accumuler en ariière, par exemple sous l'efTet d'une légère pression; très souvent, le grain .se dissout dans sa vacuole même, qui devient violette. Expulsés par écra.sement, les grains se décolorent rapidement dans l'eau.
Nassula picta Gheeif 1888
Corps allongé, comprimé, renflé à droite et ajilati à gauche, à extrémités antérieure et postérieure légèrement déjetées vers la gauche également. Lignes ciliaires rapprochées, couvertes de cils serrés, très fins, peu distincts; relevées sur toute leur longueur de peliles ondulations qui couvrent le corps de crénelures; celles de droite, sur la face venliah.
se recourbent à gauche pour prendre une direction parallèle à la ligne adorale. Cette dernière domine elle-même une petite plage striée de lignes transversales, très fines, ciliées, et qui partent de la région buccale. Nasse pharyngienne bien développée, dont les baguettes, à disposition spiralée, sont épaissies en avant et pourvues de deux renflements superposés (l'inférieur généralement peu marqué). Pas de trichocystes. Cytoplasme coloré en jaune, vert, brun, violet par les bols alimentaires. Noyau ellipsoïdal ou parfois réniformc, avec micronoyau adjacent. Vésicule contractile au milieu du corps, entourée d'une couronne de petites vacuoles qui se fondent après la systole en une étoile régulière. Longueur 65 à 120 \i. — Mousses des murs.
Bien que Greeff n'ait pas accompagné d'une figure la description qu'il a donnée de sa Nassula picla, c'est sans aucune hésitation que j'identifie avec cette espèce un joli petit Infusoire, caractéristique des mousses, et qui se montrait toujours abondant à Clicne et à Malagnou sur des vieux murs, à Valavran dans le Sphagniim.
La forme est typique (fiç/. 1) : allongée, avec convexité sur le côté droit, le côté gauche se prolongeant en droite ligne. Les stries ciliaires sont trè^ peu distinctes, mais, examinées de très près (et de préférence immédiatement après l'effet de la glycéiinc), on les voit se dessiner comme des lignes crénelées, chaque crénelure accompagnée d'une papille minuscule, qui correspond probablement à la base d'un cil (fig. 5).
Vers le milieu du corps se voit la vésicule contractile, très nette; elle fonctionne à intervalles très rapprochés, et synchrones (1). La fig. 7, montre la vésicule dans les différentes phases du phénomène; en a, c'est une couronne régulière de vacuoles très petites, qui se sont formées autour de la vésicule déjà arrivée à son maximum de dilatation ; en b, les petites vacuoles ont diminué de nombre mais augmenté de volume, par suite de fusions réciproques; la vésicule est tout près d'éclater; en c, la systole a eu lieu, il ne reste en place de la vésicule qu'une petite tache claire, le pore excréteur que remplit encor une minuscule vacuole; les vacuoles de la couronne se sont toujours plus réduites en nombre ; en (/, elles se réunissent en une vésicule, qui s'est arrondie en c, tandis que
la nouvelle couronne commence à se former. Le pore excréteur est unique, nettement dessiné, et s'ouvre à la face dorsale du corps.
L'animal est presque toujours coloré en vert, mais plus ou moins mélangé de jaune, de bleu et même de rouge, ces teintes diverses étant dues aux bols alimentaires aux différentes phases de la digestion; et la nature même de l'organisme végétal ingéré n'est pas sans exercer une infiuence sensible sur cette coloration définitive. Au Chemin de la Montagne, la nourriture consistait à peu près exclusivement en une Nostoccacée (?) ronde d'un vert-bleu, qui finissait par bourrer le corps entier; chaque petite algue était enfermée dans une vacuole, dont le liquide tournait peu à peu au bleu, pendant que l'algue ellemême passait au vert franc, puis au vert jaunâtre et au jaune; on trouvait encore des boulettes rouges ou dorées, mais qui provenaient' d'autre végétaux indéterminés. A Malagnou, c'étaient de petites algues de 5 à 6 ji de longueur pour 1 % ^^ largeur, cloisonnées, une Cyanophyeée peut-être (fig. 3), qui se voyaient bientôt incluses, soit entières, soit disloquées en leurs difîérentes parties, dans des vacuoles où elles tournaient au jaune et au brun; mais peu à peu apparaissaient dans le cytoplasme des grains bleus, de teinte
Fig. 1)0. — Nassula picla
(1) Grefp a constaté, sur un individu particulièrement examiné six battements par minute; mes notes ne portent pas d'indication à ce sujet, mais c'est bien là à peu près le chiffre que mes souvenirs me représentent.
lapis-lazuli, provenant suivant toute apparence des mêmes boulettes brunes maintenant dégagées de leur vacuole ; et ces grains bleus eux-mêmes devenaient plus tard d'un magnifique violet. Les grains violets, enfin, s'enfermaient dans une vacuole, où ils se dissolvaient pour en colorer le liquide.
A Valavran, au lieu des Cyanophycées de Malagnou, c'était une petite algue londe, verte, qui passait au brun, mais sans que jamais un grain bleu se montrât dans le plasma.
J'ai pu observer assez souvent la division, sans l'étudier d'une manière spéciale, mais en constatant cependant que la nasse disparaît complètement, pour se reformer de toutes pièces dans chacun des nouveaux individus.
Les récoltes de mousses sèches fournissent • — ici comme pour tant d'autres espèces — lout d'abord exclusivement des kystes, mais qu'on ne trouvcia guère que dans la demiheure qui suivra le lavage, remplacés qu'ils seront plus tard jiar l'animal échappé de sa prison. Ces kystes (fig. 6), sont ellipsoïdaux, pourvus d'une membrane incolore, fine et délicate; dans l'intérieur, on voit des taches brunâtres, des grains violets, puis la nasse, et généralement aussi la vésicule contractile. A peine humectés, on y voit l'animal commencer à tourner dans son enveloppe; cette dernière se ramollit, semble même se résorber, et le petit être s'allonge, expulse les résidus de sa digestion et se met à courir, incolore, très pur et très pâle, renfermant tout au plus quelques petites taches jaunes; à peine cependant une heure s'est-elle passée, qu'il est à moitié icmpli de nourriture, vert-olive, laquelle déjà passe au jaune; mais le lendemain seulement apparaissent les grains bleus.
Nassula protectissima sp. n.
Corps allongé, comprimé, à face ventrale plane; arrondi à ses extrémités.
Lignes ciliaires bien marquées, peu serrées, couvertes de cils très fins; celles de droite, sur la face ventrale, déjetées vers la gauche. Ligne de cils adoraux peu distincte. Nasse à baguettes courtes et fortes en apparence, très longues en réalité mais devenant très fines et indistinctes en s'cnfonçant dans le corps. Trichocystes fusiformes, larges, très serrés et formant une couche périphérique puissante, distribués avec une certaine régula' ité le long des lignes ciliaires. Cytoplasme grisâtre, souvent rempli de grains bruns ou verdâtres. Noyau sphérique, avec mieronoyau adjacent. Vésicule contractile unique, au-dessus du noyau et .sous la corbeille pharyngienne.
Longueur 58 à 75 (i. — Mousses des bois.
Le nom spécifique ado|)lé pour cette espèce est en rapport avec la valeur défensive des armes cpie possède l'animal, de cette couche épaisse de trichocystes fusiformes,
vigoureux, qui revêt le corps entier (fig. 3). En les examinant de face, on les voit répartis avec une certaine régularité le long des lignes ciliaires, tantôt à gauche et tantôt à (hoile de la
longitudinale, tantôt sur
sine l'un lies côtés seulement, ou le long (le la strie elle-même (fig. 4).
Lors de l'explosion, ils se développent en un long fil.
La nas.se est peu distincte, très courte et pyriforme en apparence; mais sur l'animal fortement comprimé, on la voit telle que la représente la fig. 2, chaque bâtonnet recourbé et anguleux dans sa partie antérieure, puis .s'atténuant brusquement eu une tigelle qui devient très longue et d'une finesse extrême.
La vésicide contractile est à peu près analogue â celle que nous avons décrite dans la Nassula picta, et comme elle, s'ouvre sur la face dorsale.
Fig. 91. — Nassula prolecllssima
Le cytoplasme se voit la plupart du temps rempli de globules légèrement bleuâtres, qui tournent plus tard au vert et au jaune, et qui forment ensemble une couche spéciale, une sorte de revêtement à l'intérieur duquel le cytoplasme lui-même reste à peu près grisâtre; et dans cette région spéciale, sous la couche alvéolaire, se produit une cyclose régulière, qui semble être un caractère normal et distinctif de l'espèce (fig. 3).
Les kystes (fig. 5), que j'ai trouvés de temps à autre, sont ellipsoïdaux, et revêtus d'une forte enveloppe (mucilagineuse?) claire, que traversent des baguettes rayonnantes, probablement des tubes, plus nombreux et plus forts à la partie postérieure du kyste.
La Nassula protectissima n'était pas rare à Valavran, dans la mousse d'un petit bois.
Nassula sorex sp. n.
Corps ellipsoïdal plus ou moins allongé, clair, opalescent, comprimé sur sa face ventrale, arrondi à ses deux extrémités. Lignes ciliaires très peu marquées, celles de droite sur la face ventrale recourbées vers la gauche à la partie antérieure du corps; cils très courts et très fins. Nasse à peine visible, à baguettes courtes et très fines, renflées à leur sommet seulement. Trichocystes fusiformes, dispersés ça et là dans l'ectoplasme. Noyau allongé, ou plus souvent en 8 de chiffre ou même en deux masses accolées. Vésicule contractile sous la nasse, vers le milieu du corps.
Longueur 50 à 63 (j.. — Mousses des murs.
Cet Infusoire a été trouvé dans les mousses d'un vieux mur, à Malagnou. Très petit, très clair, légèrement opalescent, à cytoplasme grisâtre, plein de sphérules pâles, on le voyait courir avec une grande agilité. La nasse, à peine visible, est courte, brusquement tronquée en arrière (fig. 4); les trichocystes, peu nombreux, fusiformes (fig. 3), éclatent en un long filament. Au-dessus de l'appareil buccal, les stries ciliaires .se replient en courbes régulières, dont les plus internes, fortement marquées, plongent sur les côtés, jusque loin vers le bas, en entourant la nasse comme d'un cadre en fer à cheval. Le noyau s'est toujours montré soit allongé soit double; le carmin y décèle de grandes parties ou taches nueléolaires qui rougissent fortement.
La forme du corps est assez variable, et parfois très allongée, telle par exemple que le montre la fig. 2. Les kystes, que l'on trouve en grande quantité dans les mousses sèches, sont très variables de forme également;
la membrane en est rugueuse, jaunâtre, et semble s'être déposée sur le corps rétracté en en épousant les contours (fig. 5). La masse interne du kyste est soit à peu près homogène, ou d'un jaune sale tacheté de parties brunes, soit plus ou moins reconnaissable en tant que Nassula; on y voit alors le noyau, la vésicule contractile, ou encore un collier de petits grains brillants, premier indice de la nasse qui va bientôt se dessiner nettement.
Peut-être la nourriture consiste-t-elle exclusivement en ces produits floconneux, vaguement mucilagineux, résidus d'algues ou de cryptogames, et que l'on trouve fréquemment dans les mousses; c'était, en tout cas, ce que pouvait faire supposer l'individu représenté par la fig. 6, et dont l'appareil buccal projeté en avant et fortement dilaté, engloutissait peu à peu une masse grisâtre, mucilagineuse.
Fig. 92. — Nassula sorex
Nassula pseudonassula sp. n.
Corps allongé, très pâle, légèrement opalescent, déformable et extensible, arrondi à ses extrémités, comprimé sur la face ventrale. Lignes ciliaires longitudinales, peu mar-
LES INFI'SOIRES D EAf DOUCE
quées, couvertes de ponctuations; celles de droite sur la face ventrale se recourbant vers la gauche à la partie antérieure du corps; cils très fins. Corbeille pharyngienne longue, s'enfonçant jusque très loin dans le cytoplasme, délicate et à peine visible, et jjorlée très en avant, s'ouvrant tout près de l'extrémité du corps. Noyau ellipsoïdal ou réniforme,
rarement dédoublé; micronoyau adjacent. Une demi-douzaine de vésicules contractiles dispersées dans l'ectoplasme, l'une d'elles, plus grande, à la partie postérieure du corps. Longueur 80 (x en général.
Fig. 93.
Xassula pseudonassula
C'est à peine là une Nassula, du moins à première apparence, car la nasse caractéristique semble tout d'abord y manquer; elle est bien là, pourtant, longue et droite, mais à baguettes réduites à l'état de filaments peu renflés à leur sommet, et noyées dans un fourreau plasmatique très mince; elle s'ouvre également très près de l'extrémité antérieure du corps et paraît presque terminale. La forme de l'animal est assez variable, non seulement selon les individus, mais suivant le moment, le corps étant susceptible de contractions ou d'allongements considérables (fîg. 2). Le cytoplasme, très pâle, no renferme que rarement des proies dans un état reconnaissable. On y voit quatre ou cinq vésicules contractiles, quelquefois six, et qui fonctionnent toutes normalement, mais dont l'activité n'est pas pour toutes la même; les deux plus actives paraissent être les plus antérieures, celles de gauche et de droite à la hauteur de la nasse. A la partie postérieure de l'animal, par contre, l'une d'elles devient beaucoup plus forte que les autres et fonctionne à intervalles beaucoup plus éloignés.
La Nassula pseudonassula était assez abondante dans l'étang de Florissant, en juillet et en septembre 1917; les petits êtres couraient partout dans les Myriophyllum, très vite, et avec de brusques temps d'arrêt.
Chilodon cucullulus (O.-F. Muller) Ehrenb. 1833 Colpoda cucuUus O.-F. Muller 1786
Corps elliptique, très plastique et déformable, généralement plus large et arrondi en arrière, mais parfois au contraire étalé en avant; normalement recourbé sur la gauche en un bec nettement prononcé. Face ventrale plane, portant seule des cils, disposés sur de*ix .séries; la série de gauche formée de lignes longitudinales, celle de droite montrant des lignes courbes, infléchies à gauche et allant rejoindre une ligne transversale, ou rangée adorale, couverte de cils forts. Ouverture buccale dans le tiers antérieur du corps; corbeille pharyngienne bien marquée, ellipsoïdale dans sa coupe transversale et fortement comprimée à son extrémité distale; formée de baguettes très fortes, relativement courtes, au nombre de douze à quinze seulement. Face dorsale convexe, se terminant brusquement en avant en une sorte de visière ou de lèvre, et portant en arrière de celte lèvre un pinceau de cils tactiles, sétiformes. Noyau volumineux, ellipsoïdal, à membrane nucléaire bordée sur sa paroi interne d'une couche étroite de plasma grisâtre, puis renfermant en son centre une masse sphériquc noyée dans un suc nucléaire incolore. Vésicules contractiles en nombre variable, l'une d'elles, en arrière, fréquemment beaucoup plus volumineuse que les autres.
Longueur 90 à 150 (x, parfois plus et rarement moins.
A la page 717 de son ouvrage classique sur les Infusoircs, S. Kent, en traitant du Chilodon cucullulus, .se livre à quek|ues réflexions, dont nous pouvons extraire les suivantes : <( Among the numerous synonymes that Stein has found it necessary to divest this speciesof, tlie foliowing may be lueiitioned : Colpoda cucullulus and Colpoda cuculio O.-V. Mri.LER, Loxodcs cucullulus and Chilodon uncinalus Eurenberg, Loxodcs cucullulus, Loxodes cuculio and I.nxodcs dentalus Du.iardin, Chilodon uncinalus, Loxodes cucullulus, Loxodes cuculio, Loxodes hreuis Perty. Ail thèse so-called species are now
Fig. 94. — Chilodon cucullulus
shown to be mère transitional growths of imperfect examples of one and Ihe same type, and for which the distinct title of Chilodon cucullulus, as first applied to it by Ehrenberg, must be retained ».
Pour ma part je suis loin d'être d'accord avec ces dernières considérations; plutôt que de regarder les nombreuses espèces décrites comme de simples formes relatives à un même type, je serais porté à modifier les lignes de l'auteur anglais à peu près dans ce sens : Le genre Chilodon renferme un nombre assez considérable d'espèces, mais dont beaucoup ne diffèrent les unes des autres que par des caractères peu distincts à première vue; et les descriptions étant pour la plupart basées sur un examen incomplet, certaines espèces véritablement autonomes ont été Récrites d'une manière trop superficielle pour que nous puissions les accepter.
Ces espèces douteuses, on les joint alors, tout naturellement, au Chilodon cucullulus, le plus étudié, le plus commun, et, il est vrai, probablement le plus variable de tous. Mais lui-même, le Chilodon cucullulus, est-il bien suffisamment connu? Quelques considérations de détail ne seront pas inutiles à cet égard.
Nulle part, à ma connaissance, il n'a été fait mention de cette soie que l'on trouve à la face dorsale du corps, tout près du rebord ou bourrelet antérieur (fig. 6); il n'y a pas là du reste de soie véritable, mais une rangée transversale de cils raides, très courts à l'une des extrémités de la rangée et qui s'allongent à mesure qu'ils se rapprochent de l'autre extrémité; on ne les distingue qu'avec difficulté, et seulement dans certaines orientations de l'animal, mais ils existent, se montrant rarement sous leur forme vraie de rangée transversale, mais plutôt, en général, comme un pinceau ou une soie. f *
Un autre élément dont on n'a parlé que dans des termes trop généraux est la nasse, dont la structure est différente de celle de toutes les autres espèces du genre ; elle est très forte, courte, comprimée (à coupe transversale toujours elliptique) (fig. 4), et la comi)ression devient d'autant plus forte qu'elle se produit plus près de Fcx- Irémité postérieure; cette dernière est un peu recourbée, et brusquement coupée en biais, s'ouvrant à peu près comme une hairche de clarinette (fig. 2).
Dans les Chilodon, le noyau est presque toujours d'une structure particulière, différente selon les espèces, mais normale pour chacune d'elles; dans le Chilodon cucullulus il est ellipsoïdal, et renferme une grosse masse sphérique pourvue elle-même d'un nucléole central, noyé dans un plasma clair que borde à son tour une couche de protoplasme plus compact, étalé sous la membrane nucléaire (fig. 3).
Tout près du noyau se voit un micron ucléus sphérique.
Les vésicules contractiles sont en nombre assez variable, de six à douze en général, réparties surtout près des bords et sur la face ventrale de l'animal ; très souvent l'une d'elles, à la partie postérieure du corps, devient beaucoup plus forte que les autres (fig. 1).
La fig. 10 montre un Chilodon qui, sans se diviser encore, se prépare cependant à la division. Ce qui m'avait frappé tout d'abord, en rencontrant cet individu spécial, c'était la présence de deux petites rosettes très nettement dessinées, toutes deux sur une même
Fig- 95. — Chilodon cucullulus
ligne, et dont l'apparence était celle que montre ici la fig. 5; en examinant alors l'animal de plus près, je pus constater qu'il s'agissait de deux nasses en train de se construire de toutes pièces; et alors, rien n'était plus intéressant que de voir cette construction se poursuivre, les baguettes s'allonger pour ainsi dire à vue d'œil, tandis que plus haut, l'ancienne nasse diminuait d'autant. Vues de côté, les deux petites rosaces se montraient telles que le représente la fig. 8; on y voit en haut les grandes baguettes en formation; mais tout en bas l'une des rosaces se montrait prolongée de deux baguettes, toutes petites et dont la signification m'a échappé, tandis que l'autre rosace en montrait trois. Dans une autre occasion, j'ai vu les mêmes faits se renouveler.
Le Chilodon cuciillulus est assez variable de forme, bien que ses caractères soient toujours suffisamment précis pour le faire reconnaître sans difficulté; l'animal est d'une souplesse extraordinaire, et se moule avec la plus grande aisance sur tous les objets qu'il vient à rencontrer; il montre une habileté merveilleuse pour se cacher ou faire le mort; par sa face ventrale, il se colle fortement au sol, et toutes ces circonstances le rendent difficile à isoler.
Chilodon capucinus s]). n.
Corps ellipsoïdal, renflé, arrondi en arrière, à partie antérieure projetée sur la gauche et développée en une sorte de sac ou de large capuchon qui se rabat quelque peu sur la face ventrak'. Face dorsale convexe, terminée en avant par un rebord aplati, ou bourrelet en arrière duquel se projette un long cil sétiforme. Face ventrale plane ou légèrement convexe, portant cinq lignes ciliaires sur le côté gauche, et sur le côté droit cinq autres qui ne sont que le prolongement des premières, remontent le long du bord de l'animal et vont se replier à gauche sous le capuchon. Ouverture buccale au quart antérieur du corps; corbeille pharyngienne droite et longue, à baguettes fines. Noyau ellipsoïdal ou sphérique, avec un gros micronoyau adjacent. Deux vésicules contractiles, l'une supérieure, à droite, l'autre, inférieure, à gauche.
Longueur 32 à 40 (a. — Commensal sur Gammarus et Asellus.
Ce petit Chilodon se reconnaît à la forme particulière de sa partie antérieure, fortement développée, parfois renverser en arrière, plus souvent inclinée sur la face vent ralc.et qui constitue un véritable capuchon, mobile, ;\ paroi mince; on pourrait s'imaginer y voir une vaste poche qui rassemblerait les parcelles nutritives lorsque l'animal court sur les branchies de son hôte en les nettoyant. Il est en effet parasite, ou commensal, des Asellus et des Gammarus, où il vit en compagnie de deux ou trois autres Chilodon aussi petits que lui.
Les cils qui garnissent les lignes ciliaires, et remontent avec elles, à gauche jusque sous le capuchon, à droite tout le long de ce dernier en en suivant la courbe (fig. 1), sont extrêmement fins mais relativement longs, surtout ceux que l'on voit à l'extérieur du capuchon lui-même, où ils sont toujours en mouvement.
La corbeille pharyngienne est étroite, longue et terminée en pointe, formée de baguettes rares, minces, et peu renflées au sommet.
Le noyau est très gros, sphérique ou ovoïde, et renferme des nucléoles en grand nombre; tout près, le micronudéus se fait remarquer par son volume relativement très fort.
Comme dans les Infusoires commensaux en général, le cytoplasme ne renferme pas de proies figurées, mais des sphérules pâles en grand nombre; en outre, nous trouvons ici, presque toujours, une masse spéciale grisâtre, compacte, allongée, qui remplit toute la région centrale de l'animal (fig. 1), et dont la signification n'est pas claire; peut-être y a-l-il là une accunudation de déchets ou poussières, qui seront éliminés plus tard en un seul paquet.
La fig. 2 montre un cas de conjugaison, tel que j'en ai rencontré plusieurs le 14 septembre 1916; à première vue, il semble qu'il a dû se produire une torsion, nécessaire pour
Fitj. 06. — Chilodon capucinus
que les corbeilles pharyngiennes s'abouchent l'une à l'autre; mais il n'en est rien; l'un des deux individus renverse toute sa partie antérieure en arrière, et l'adhésion se fait sans difficulté. On remarquera dans cette figure le long cil qui se projette à droite, sur la partie dorsale du capuchon renversé; c'est là une soie tactile — ou pinceau — telle que nous l'avons rencontrée dans le Chilodon cucullulus, très longue, normale, mais si peu distincte qu'elle échappe la plupart du temps à la vue.
La fig. 3 reproduit, en quelques traits, l'apparence générale et très caractéristique de ces petits êtres vus à un faible grossissement; les flèches indiquent un phénomène assez curieux : quand l'animal est soumis à une légère compression, suffisante pour le tenir à peu près en place mais pas assez forte pour le déformer, il tourne sur lui-même, comme une toupie, indéfiniment, et toujours dans le même sens, celui qu'indiquent ici les petites flèches.
Chilodon megalotrochae Stokes 1884 d (1888 p. 269)
Corps ovale, régulièrement arrondi à ses extrémités, légèrement recourbé vers la gauche à sa partie antérieure. Face ventrale plane, ciliée; face dorsale convexe, dépourvue de cils. Lignes ciUaires au nombre de cinq à sept de chaque côté de la face ventrale, laissant entre elles un espace nu; partant de la ligne adorale, elles descendent le long du bord gauche en se resserrant quelque peu, puis arrivées à l'extrémité du corps se relèvent sur le côté droit, et se recourbent en arc pour gagner le rebord gauche au-dessus de la bouche. Cils fins, mais plus longs dans la partie antérieure et surtout sur la rangée adorale. Bouche au liers antérieur du corps. Corbeille pharyngienne délicate, renfiée, puis rapidement rétrécic et recourbée eu crosse à son extrémité. Noyau sphérique, volumineux, renfermant une masse homogène centrale noyée dans un suc nucléaire lui-même bordé de sphérules grisâtres. Micronoyau adjacent, pâle, relativement très gros. Deux vésicules contractiles, l'une au tiers antérieur du corps et à droite, l'autre au tiers postérieur et à gauche.
Longueur 23 à 26 (a; rarement 27 ou 28 (x.
Stokes a trouvé sur un Rotifère son Chilodon Megalotrochae, auquel il donne une longueur de 46 à 63 [x; Moroff a vu plus tard (1903) un Chilodon cyprini, de 50 à 70 y., sur la peau et les nageoires des poissons malades, et l'indique comme « âhnlich dem Chilodon megalotrochae Stokes »; Kiernik, en 1909, décrit à son tour un Chilodon hexastichus, de 42 à 54 [i, parasite sur différents poissons, et qui doit être encore le même; André, en 1912, retrouve ce même Chilodon, de 40 à 60 jx, sur les poissons rouges d'un aquarium, et estime, comme Kiernik l'avait fait, que les Chilodon n'attaquent pas les tissus de leur hôte mais se nourrissent simplement des mucosités de la peau et des branchies; mais il ne serait pas impossible, dit-il, « que lorsqu'ils se développent en grande quantité, ces Infusoires entravent la fonction respiratoire et causent la mort de leur hôte par asphyxie. »
Tous ces Chilodon me semblent pouvoir se rapporter au Chilodon megalotrochae de Stokes (lequel, à son tour, pourrait bien n'être pas autre chose que le Chilodon uncinatus de Ehrenberg), qui varierait quelque peu de forme et de taille, suivant l'hôte ou la localité. 11 ne serait pas non plus parasite, mais vivrait de nmcilage ou des microbes qui s'y trouvent, que ce mucilage fût cause de la maladie des poissons, ou revêtit certains Rotateurs, ou bien encore constituât le fourreau gélatineux des Desmidium et d'autres petites algues vertes. C'est en effet sur les Desmidium (D. Swarzi Ag.) (1) et alors, chose curieuse, surtout quand le revêtement mucilagineux était très faible, que vivait en grand nombre un Chilodon beaucoup plus petit que tous ceux que nous venons de voir, et
Fig. •■)!.
Chilodon megalotrochae
(1) Rarement on le rencontrait sur Mougeolia.
qui répondait par tous ses caractères au Chilodon megalotrochae, mais n'en constituait qu'une variété, que sa taille seule permettait, à première vue, de distinguer de la forme type.
La nasse pharyngienne est relativement courte, ou semble l'être tout d'abord, mais elle s'effile en arrière en une longue pointe, laquelle se recourbe enfin sur elle-même, en dessinant une boucle parfaite, si fine qu'on ne la distingue qu'avec difficulté (fig. 3).
Probablement cette nasse peut-elle être projetée en avant, et est-ce à elle, tout aussi bien qu'aux cils de la ligne adorale, qu'est due cette apparence spéciale que revêt l'animal en train de « brouter « (fig. 2); on voit une sorte de crochet, recourbé en arrière, et toujours en mouvement, et qui fonctionne comme une râpe, polissant et repolissant la surface de l'algue qui lui sert de soutien.
Tout en broutant, le petit animal court avec la plus grande agilité d'un bout à l'autre des filaments du Desmidium; en même temps, il tient si bien à son support qu'on a peine à l'en détacher, et, lorsqu'il est isolé, on le voit courir affolé, tout droit d'abord puis en cercles qui deviennent toujours plus petits; et enfin, désorienté il tourne sur place, indéfiniment.
Chilodon turgidulus sp. n.
Corps elliptique, arrondi en arrière, à partie antérieure déviée sur la gauche (1) et dessinant un sorte de bec. Face dorsale nue, à convexité fortement accusée, s'étalant cependant quelque peu sur ses bords, et terminée en avant par un bourrelet en arrière duquel se trouve un pinceau de poils sétiformes. Face ventrale plane ou légèrement concave, ciliée, à lignes ciliaires très peu accusées, les unes, plus nombreuses et droites, s'étendant sur le champ ventral presque entier, les autres, au nombre de trois ou de quatre seulement, parallèles au bord droit du corps et remontant avec lui jusqu'au bec antérieur. Nasse pharyngienne au tiers ou au quart antérieur du corps, délicate et difficilement visible. Noyau très pâle, ellipsoïdal, avec espace central grisâtre et couronne de granulations appliquée à la membrane nucléaire. Micronoyau adjacent. Vésicule contractile énorme, constituant une vaste lacune à l'extrémité postérieure du corps. Longueur 50 à 55 \i.
Fig. 9S. — Chilodon turgidulus
Ce petit Chilodon se distingue par sa forme générale, par la convexité très prononcée de sa face dorsale, par l'agencement spécial des lignes ciliaires; et l'on peut dire en même temps qu'il se distingue par le peu d'évidence de tous ces caractères réunis, car chez lui tout est pâle, indécis; même la nasse pharyngienne est à peine visible, il faut la chercher pour la trouver. C'est bien un Chilodon, cependant, et qu'on n'aura jamais de peine à déterminer en tant qu'espèce, grâce à la présence constante de cette lacune énorme que l'on trouve à la partie postérieure du corps, et qui n'est autre chose qu'une vésicule contractile, telle qu'oïl ne la connaît dans aucun autre représentant du génie.
Le Chilodon Inrgidiilus s'est rencontré à Flori.ssant, en octobre et en novembre 1917. Il était plutôt rare. On remarquera dans la fig. 2, le petit pinceau de cils tactiles qui se trouve sur le rebord antérieur dorsal, et qui rappelle ce que nous avons vu dans Chilodon cucullulus.
Chilodon granulatus sp. n.
Corps ovale, régulier, arrondi à ses deux extrémités. Face ventrale pourvue de cils plutôt longs, répartis sur cinq à sept sillons qui prennent naissance vers le bas du bord gauche de l'animal, et lui restent parallèles sur tout le côté droit pour redescendre assez loin â gauche, décrivant ainsi les deux tiers environ du tour de l'animal, et même, en approchant de la bouche, dessinant un commencement de spirale. Tout en haut, sous
(1) Dans la fig. 1 la face ventrale est vue par transparence.
l'extrémité du corps, une baguette ou rainure particulière, surmontée de quelques longs cils. Face ventrale convexe, dépourvue de cils. Bouche au tiers antérieur du corps; corbeille pharyngienne délicate, recourbée vers le haut. Cytoplasme bourré de petites vacuoles et de sphérules pâles. Noyau allongé, sacciforme, souvent un peu recourbé et rétréci en arrière, constitué en majeure partie par de gros grains périphériques serrés les uns contre les autres. Micronoyau adjacent. Une grande vésicule contractile, un peu à gauche et à mi-hauteur du corps.
Longueur 30 à 35 (a. Commensal sur Asellus et Gammarus.
Ici encore nous avons affaire à un petit organisme qui ne ressemble guère tout d'abord à un Chilodon. Le fait provient de ce que les stries ciliaires dessinent, plutôt que des lignes longitudinales, des séries d'eUipses concentriques, interrompues seulement dans la région médiane du bord gauche de l'animal. En avant, ces lignes semblent même parfois — suivant l'orientation de l'individu — faire une boucle et se relever vers le haut du corps (fig. 4); mais c'est là une illusion, due à la nasse pharyngienne, peu distincte en elle-même, qui, au contraire de ce qui se passe dans les Chilodon en général, est dirigée vers le haut du corps, et semble vaguement n'être que la continuation des lignes ciliaires. Tout en avant, presque à l'extrémité du corps, la courbe ciliaire la plus externe présente quelque chose de particulier: elle s'interrompt brusquement pour laisser la place à une strie spéciale, à double contour, une baguette courte ou plus probablement une rainure, droite, un peu renflée à ses deux extrémités, dont l'une au moins semble porter un cil spécial (fig. 1). Cette rainure est normale, mais si peu dessinée qu'on ne la voit nettement que dans les grands individus.
Le noyau est typique, allongé, et le plus souvent sous la forme que représente la fig. 2, plus large à la partie antérieure, et recourbé légèrement en point d'interrogation; il se montre crénelé sur ses bords, et rappellerait l'apparence d'un sac vide, dont la paroi consisterait en une couche de sphérules.
Le corps est entièrement rempli de boulettes pâles très petites, entre lesquelles se montrent également en nombre immense des vacuoles rondes, très petites aussi, et tout cela donne au cytoplasme cette apparence granuleuse spéciale à laquelle l'espèce doit son nom.
La vé.sicule contractile, que l'on voit bien nette au centre de cette aire ventrale que les sillons laissent entre eux, est curieuse â observer; elle peut être assez grande, et fonctionner activement sans que rien y paraisse anormal, mais sur les individus fatigués elle reste petite, et bat alors en raison de 20, 30, 40, et jusqu'à 45 pulsations par minute ; on dirait une soupape qui s'ouvre et se ferme, mais pour ainsi dire une double soupape, car à peine est-elle vidée qu'une autre, toute formée, a déjà pris sa place; et quelquefois elles se voient ensemble pour un instant très court, la seconde vacuole attendant déjà son tour.
Cette espèce est très délicate, l'animal détaché de sa branchie court prestement de côté et d'autre, pendant 20 minutes ou tout au plus une demi-heure, puis il s'arrête et meurt; mais accroché aux fragments de son hôte dilacéré, il peut être conservé des heures entières. Par sa face ventrale légèrement concave, il s'applique au sol comme une patelle, et reste fortement attaché, bravant les courants les plus forts; ce qui ne l'empêche pas de tourner en même temps en rond, sur son axe dorso- vent rai.
Le Chilodon granulaius a été trouvé sur V Asellus aquaticus, à la Pointe-à-la-Bise, puis sur le Gammarus pulex à Thônex.
Chilodon geographicus sp. n.
Corps ovale, régulier, à partie antérieure légèrement déviée vers la gauche (1). Face ventrale ciliée, plane; les lignes ciliaires, au nombre de sept ou de huit (?), ne se voient que sur le côté droit, et lui restent constamment parallèles, en s'inclinant vers la
Fig. 99. — Chilodon granulaius
(I) La figure 1 montre la face ventrale, mais vue par transparence.
gauche à la partie antérieure, pour redescendre même quelque peu sur ce même côté du corps. Face dorsale convexe, mais brusquement déprimée en avant, et découpée de profondes entailles rayonnantes que séparent des arêtes descendant jusque sur le bord de l'animal. Ouverture buccale au tiers antérieur du corps; corbeille pharyngienne très délicate, courte, peu visible. Noyau sphériquc, volumineux, à petite masse centrale entourée d'une zone claire que revêtent à leur tour de nombreuses sphérules grisâtres. Deux vésicules contractiles, l'une d'elles, la principale, au-des.sous du noyau, l'autre, très petite, au-dessus.
Longueur 40 [i. — Mousses des vieux murs.
Fig. 100. — Chilodon geographiciis
Cette dénomination spécifique de geographicus peut s'appliquer assez naturellement à cette espèce, en raison de cette sorte de plateau dorsal qui se détache nettement à la vue, et dont les bords sont entamés de larges coupures, entre lesquelles se détachent des
arêtes qui vont en rayonnant rejoindre les bords de l'animal; un peu comme un îlot coupé de golfes et prolongé de caps étroits. Il n'y a pas là du reste de plateau véritable, comme le montre la figure 3, qui représente l'animal vu de côté, et où l'on voit que la face dorsale est renflée, mais c'est comme tel que l'îlot se dessine à la vue, toujours avec ses découpures bien nettes, mais irrégulières et très variables de nombre; l'individu, par exemple, que reproduit la fig. 1, en possédait plus que tous les autres; celui que représente la. fig. 2, le seul du reste qui ait été trouvé à Florissant (dans les mousses d'un vieux mur) en portait beaucoup moins, et l'on y voyait la face dorsale parcourue de deux sillons longitudinaux que je n'avais pas remarqués dans la station précédemment visitée (Chêne, sur un vieux mur également).
La nasse pharyngienne est petite, et ne se voit, la plupart du temps, que comme un anneau de perles, elles-mêmes représentant les renflements de la couronne antérieure. Le cytoplasme est pâle et ne contient pas de nourriture figurée.
Le noyau est caractéristique, rond, avec sphérules formant anneau sous la paroi nucléaire, et un globule central, grisâtre. Tout près se voit le micronoyau, pâle et nlativeuient volumiiKux.
Les vésicules contractiles sont typiques également; la plus grosse, en arrière, peut être considérée comme la vésicule principale; la plus petite, en avant, ne manque cependant jamais, et ses pulsations sont plus rapides que dans l'autre.
La fig. 4, prise très rapidement sur un couple en pleine course, donne une idée de la division non achevée et de la disparition des arêtes antérieures dans la zone de séparation. A Chêne, presque toujours les individus trouvés couraient autour d'un gros Infusoire, le Keronopsis helluo, comme s'ils en étaient les commensaux.
Lophophorina capronata gcii. nov. sp. n.
Corps elliptique, clair, régulier, non défonnable, un peu rétréci et rejeté sur le côté gauche â sa partie antérieure. Face dorsale fortement convexe, lisse, dépourvue de cils. Face ventrale aplatie, striée de lignes ciliaires serrées, celles de gauche, descendantes, très peu distinctes, celles de droite, au nombre de huit h dix, bien visibles, arquées et infléchies a gauche pour aller rcjoimhe le bord antérieur du corps. Cils longs, fins, soyeux, et en outre, sous la pointe extrême, un organe ou tentacule spécial, mou, cylindrique, très mobile, et formé de cils soudés. Pas de corbeille pharyngienne, ni de trichocystes. Cytoplasme renfermant presque toujours une gro.sse ma.sse ovoïde jaunâtre. Noyau Irès^ allongé, en fer à cheval; micronoyau adjacent, dans la concavité du fer à cheval. Deux' vésicules contractiles, petites, l'une au tiers antérieur et l'autre au tiers postérieur, toutes deux près du bord gauche du corps.
Longueur 30 à 40 (a; très rarement plus. — Commensal sur Gammarus.
Fig. 101. — Lophophorina capronata
Bien que toute l'apparence générale de ce petit Infusoire soit celle d'un Chilodon, il s'en éloigne cependant de fort loin, et par des caractères importants. La nasse pharyngienne n'existe pas; on n'en voit jamais la moindre trace; la bouche, sans doute, doit être nue, et tout indique qu'elle occupe la région antérieure du corps, mais on ne la voit pas non plus. A l'extrémité antérieure, et prenant naissance sur la ligne ciliaire la plus externe, se trouve un organe d'une nature particulière, et dont on a tout d'abord grand'peine à s'expHquer la signification : c'est, en apparence, un prolongement creux, tubulaire, presque toujours élargi en massue à son extrémité, et qui, tout à fait indépendant des cils, reste immobile ou bien s'abat brusquement sur le corps pour se relever bien vite et reprendre sa position normale, dressée ou même souvent renversée en arriére ffig. 2). En réalité, il y a là des cils, au nombre de quatre ou cinq seulement, repliés en boucle un peu en arrière de leur extrémité, et revenant sur euxmêmes, formant ainsi tous ensemble un renflement terminal; presque loujouis, ils adhérent si bien entre eux qu'on croit y voir un tube, mais parfois, pour un instant très court, on voit leurs sommets se séparer. Est-ce là un organe tactile, ou peut-être, un flabelle mobile?
De quoi, eu fail, se nourrit l'animal? Le cytoplasme est toujours très clair, dépourvu en apparence de particules nutritives; il en renferme cependant, mais sous une forme très particulière : Dans la plupart des individus, dans presque tous, on trouve une grosse masse centrale, grisâtre, régulièrement arrondie en forme d'œuf ou de sphère, et que l'on serait d'autant plus volontiers porté à prendre pour le noyau, que celui-ci, le vrai nucléus, ne se dislingue qu'avec la plus grande dilTiculté; mais en y regardant de plus près, on voit que cette grosse masse centrale est constituée par un mucilage jaunâtre, lequel renferme des poussières, des débris de toutes sortes, parfois des petites algues reconnaissables encore, et qui doivent avoir été agglomérés en une masse unique destinée à être éliminée plus tard. Dans plusieurs occasions, la masse était absente, mais à sa place on voyait un gros paquet de corpuscules informes, qui paraissaient être arrivés là tous ensemble, peut-être le résidu d'une seule proie, et avant que le mucilage l'eût englobé !
Le noyau (fig. 3) est ici tout différent de celui que nous connaissons chez les Chilodon; c'est un ruban, très long, en fer à cheval ouvert en avant, grisâtre et ponctué de petit nucléoles, si pâle d'ailleurs qu'il échappe la plupart du temps à la vue. Dans l'anse comprise entre ses deux branches se voit le gros corps central dont il vient d'être question, et c'est là aussi que se trouve le mieronoyau, pâle et relativement volumineux.
Les deux vésicules contractiles ont leur position toujours nettement définie, sur une même ligne et non loin du côté gauche du corps; quelquefois, l'une ou l'autre devient , fort grosse avant de fonctionner.
La Lophophorina ne s'est trouvée qu'à Thônex, à différentes reprises et toujours en petit nombre, courant dans les débris des Gammarus écrasés. L'animal ne vit que très peu de temps séparé de son hôte; à peine isolé, il se met à tourner sur lui-même, sur son axe dorso-ventral, ou plutôt comme sur un pivot qui traverserait le corps de part en part non loin de son extrémité antérieure, et la figure qu'il dessine en tournant est très caractéristique (fig. 4).
Dysteropsis minuta Roux, 1899
Corps ellipsoïdal, clair, régulier, un peu rétréci dans sa partie antérieure, où il est creusé sur la gauche en un arc rentrant. Face dorsale convexe, lisse, nue; face ventrale légèrement concave, striée de lignes couvertes de cils fins; celles de gauche à peine visibles, celles de droite, au nombre de cinq, arquées et parallèles au bord droit du corps, et se repliant en haut pour atteindre le bord gauche. Ligne adorale bien marquée, avec cils relativement très forts. A la partie postérieure de cette face ventrale, un appendice mobile, en pinceau compact, fait de cils soudés. Nasse pharyngienne délicate, étroite et très longue, composée de six à sept baguettes seulement, fines mais épaissies en tête
de la bouche, l'autre près de l'extréinilé de la corbeille pharyngienne. Longueur 20 à 30 (jl.
Ce petit organisme, qui ne se distingue guère des Chilodon que par la possession de ce curieux appendice caudal sur lequel nous allons revenir, a été trouvé par Roux, en 1899, dans un fossé de marais de Rouclbeau, sur les plantes aquatiques. C'est également à Rouclbeau que je l'ai vu en 1915, dans un fossé qui était peut-être le même; mais alors il était commensal des Cyclopes ; la même année, je le trouvais à Thônex sur les Gammarus; en 1916, dans le Rhône à la Jonction, sur les Asellus; en 1918, enfin, à l'Ariana, dans les débris du fond de l'étang, où les Cyclopes étaient nombreux; probablement faut-il le considérer comme semi-parasite, et cela avec d'autant plus de probabilité, qu'on ne voit pas de nourriture figurée à son intérieur.
L'appendice caudal est simplement indiqué par Roux comme un « crochet très grand, arqué vers la droite et peu mobile »; en réalité, ce crochet n'est pas constitué par une matière homogène; c'est un pinceau de cils très fortement soudés, et dont la nature ne se reconnaît guère qu'à la striation longitudinale qu'on y distingue quelquefois. Ce pinceau est mobile, ou plutôt se déplace facilement sur ^a base, se portant d'une seule pièce à gauche ou à droite; sur l'animal au repos, il est normalement à droite; pendant la course, il traîne en arrière, et sert peut-être de gouvernail; mais ses fonctions sont parfois tout autres, celles d'un organe glutineux, qui se fixe par sa pointe à quelque débris (fig. 2), dont on a peine alors à détacher l'animal; et la viscosité est si puissante même, que j'ai vu une Dysleropsis traîner après elle, comme en se jouant, tout un paquet de débris dont le volume dépassait de quarante fois le sien propre.
Le noyau est d'une structure très curieuse. D'après Roux, « il présente deux parties bien distinctes, séparées par une fente transversale étroite et à forte réfringence... La
partie postérieure, la plus grande, est de forme ovale et de structure granuleuse; elle possède un petit micronucléus sphérique placé près de la fente. La partie antérieure est une masse anondie, réfringente et homogène. » Mes observations me permettent quelque détails plus précis.
Le noyau est composé de deux segments; le premier, supérieur, est sphérique ou en dé à coudre, finement cendré dans toute sa masse, et pourvu en son centre d'un globule ou nucléole central (fig. 1); mais fréquemment aussi, la masse cendrée se rétracte sur elle-même, abandonnant la membrane nucléaire qui reste en place, el figure alors une boule dont le centre est occupé par le nucléole (fiq. 4). L'autre partie du noyau, inférieure, est en forme de dé à coudre, et tout entière formée de giains, bien nets, disposés avec une certaine régularité (fiq. 4); mais entre ces deux segments, on voit, d'abord une ligne claire, puis une autre ligne, grisâtre, perlée et qui n'est en fait qu'une plaque de séparation, faite d'un plasma spécial.
Les deux vésicules contractiles, relativement petites, fonctionnent avec une grande activité et un synchronisme parfait ; sur un individu suivi montre en main et plusieurs minutes de suite, les battements ont varié de nombre entre 14 et 15 par minute; sur un autre, entre 12 el 13; sur un troisième, enfin, les battements étaient de 27 par minute pour l'une des vésicules, et de 20 pour l'autre; mais cet individu, il faut le dire, était comprimé, d'abord légèrement et alors ce fut la vésicule inférieure qui fut seule examinée (27 pulsations), puis toujours plus fort, et ce fut le tour de la vésicule supérieure, qui trop comprimée ne donna plus que 20 pulsations; d'une manière générale, en effet, on peut dire que l'activité de la vésicule contractile est accélérée par une faible compression, mais retardée dès que la compression commence à exercer sur l'animal un effet nocif.
Fig. 1(12. — Dysleropsis minuta
La fig. 3 montre la nasse pharyngienne, très fine, à baguettes minces, mais brusquement renflées à leur tête.
La Dysteropsis court très vite, et comme les Chilodon semiparasites, résiste aux courants très violents qu'elle peut avoir à rencontrer; même, elle peut aller contre eux.
Trochiliopsis opaca gen. nov. sp. n.
Corps vaguement ellipsoïdal, arrondi en arrière, convexe sur le côté droit et à convexité nulle ou à peine accusée sur le côté gauche, recourbé vers la gauche à sa partie antérieure et s'y terminant en un bec crochu. L'animal est fortement comprimé latéralement, et l'on peut alors y distinguer un flanc droit, divisé en quatre ou cinq segements longitudinaux, ou rubans que séparent des sillons profonds; puis un flanc gauche divisé en un nombre égal de rubans, mais plus réguliers, nettement arqués et à concavité tournée vers le côté gauche. Dans les sillons et sur les deux flancs prennent naissance des cils fins et longs, peu abondants; en avant et sous le bec caractéristique, ils sont plus serrés et plus vigoureux, et se recourbent en crochet vers le bas. Sous le sommet du bec, sur le flanc gauche, se remarque une arête (?) ou ligne verticale à double contour, qui, parallèle au bord de l'animal, descend tout droit jusque bien loin ///./. fli^ "Il \ V-Wl 3 vers la partie postérieure du corps.
Noyau sphérique, peu volumineux, central. Vésicule contractile au-dessus du noyau.
Longueur 35 à 40 {i.
C'est là un très petit organisme, Flg. 103. — Trochiliopsis opaca
dont les caractères échappent presque
tous à la vue, et dont l'étude — qui reste très incomplète encore — n'a pu être poursuivie qu'avec de grandes difficultés. Bien que le corps soit très pâle, très pur, et ne renfeinie que de très petits grains brillants disséminés dans un cytoplasme où des bols alimentaires plus grossiers ne semblent pas se trouver, sa cuticule rigide, incolore, est tout entière opalescente, d'une opalescence telle que la lurrdère paraît s'y refléter; on a grand'peine alors à distinguer autre chose que la vésicule contractile, puis un noyau toujours vaguement dessiné; les stries longitudinales, par contre, sont plus nettes, droites et égales sur le flanc droit (fig. 1), arquées sur le flanc gauche (fig. 2), où l'on voit encore, partant du bec terminal, une arête toute droite, dont la signification reste énigmatique. Mais ce qu'il y a de plus caractéristique dans cet organisme, ce sont les triehocystes, petites baguettes très indistinctes et qui échappent le plus souvent à la vue, mais qui, après l'explosion, se montrent sous une forme curieuse, un filament relativement court, et terminé à son extrémité distale par deux, trois, ou plus généralement qualre pointes en crochet (fig. 4), divariquées, telles à peu près que nous les reverrons bientôt dans un autre Infusoire (Pseudomicroihorax) où elles ont pu être mieux étudiées. La fig. 3 montre l' Infusoire vu d'en haut, avec les sillons de ses deux faces.
La Trochiliopsis opaca s'est trouvée, toujours assez rare, à l'Ariana, dans les feuilles mortes de l'étang des Cygnes.
Opisthodon niemeccensis Stein 1859
Corps allongé, limaciforme, extrêmement plastique et déformable, montrant une face ventrale plane et une face dorsale convexe. Cette face dorsale, bosselée, inégale, est creusée sur tout son pourtour d'une rainure marginale profonde, puis s'étale en une lame aplatie, parcourue elle-même de deux ou trois lignes ou sillons concentriques, parallèles à ses bords; la convexité dorsale est couverte de stries longitudinales serrées, mais dépourvues de cils. Face ventrale tout entière ciliée, à cils longs et fins, serrés, débordant sur les côtés et même rabattus jusque sur la face dorsale à la partie antérieure de
ÉTUDES SUH LES INFUSOJRES D'EAU DOUCE
l'animal; ils sont disposés le long de lignes longitudinales relativement peu serrées. Ouverture buccale à peine indiquée, à la partie antérieure du corps, par une légère échancrure qui entame le rebord dorsal. Cytoplasme bourré de grains pâks ou jaunâtres, puis aussi de grains amylacés de structure particulière. Trichocystes très nombreux, en longues baguettes, striant la bordure marginale, et répandus également par ci par là dans le cytoplasme; on les y trouve souvent en faisceaux, dont l'un, plus fort et plus compact que ks autres, occupe une place spéciale, vers le tiers postérieur du corps. Appareil nucléaire formé de deux masses sphériques séparées par un micronoyau. Vésicule contractile unique, grande, vers le milieu du corps.
Longueur très \ ariable, le plus souvent de 100 à 160 (i.
i'éî^
Ce terme à'Opisthodon, en tant que désignation de genre, .semble être une trouvaille; c'est dans la partie postérieure du corps que Stein a trouvé l'appareil buccal. « Im hinteren Kôiperviertel, dit-il, liegt der schwer wahrnehmbare Kurze walzenformige Shlund; seine Zâhnchen sind so zart, dass et nur fcin lângsgestreift erscheint. » Bloch- MANN, dans la diagnose générique, est plus bref : « Mund in dei- hinteren Kôrperhâlfte, mit Rcusenapparat. » S. Kent se prononce dans les termes suivants : « The oral aperture opening at a dislance of about one quarter the length of the entire body from the rounded postcrior < nd. » Tous les observateurs enfin, et ils sont nombreux, s'expriment dans If même sens, mais tous aussi restent dans le vague, et pour cause ! en effet, cet appareil dont ils pailent n'est pas une nasse pharyngienne, et VOpislhodon n'a pas la bouche en arrière ! C'est là ce que m'ont enseigné des observations très précises, et contrôlées maintes fois; cette nasse, j'en suis absolument persuadé, n'est qu'un faisceau de trichocystes.
Nous avons vu souvent déjà, dans beaucoup d'Infusoires, des trichocystes disséminés dans le cytoplasme, et nous avons constaté que si la plupart du temps ils se montrent isolés, bien souvent aussi on les trouve en groupes, en faisceaux quelquefois si réguliers, et dans lesquels les baguettes arrivent si bien toutes ensemble à la même longueur, qu'on ne peut guère se refuser à y voir le résultat d'une division, ou plutôt de divisions successives, longitudinales. Dans VOpisthodon, on trouve tout cela, des trichocystes isolés, des faisceaux plus ou moins serrés ou plus ou moins défaits, et c'est alors un de ces faisceaux que leprésente la soi-disant nasse; jamais, dans les meilleures conditions
d'observation, après isolement, compression, etc..
de l'animal, on n'y trouvera le moindre indice de tube ou d'anneau pharyngien, la moindre trace de couronne; c'est un faisceau de trichocystes, et rien de plus. Mais il y a là, certainement, quelque chose de spécial : si c'est un faisceau tout .simple, pourquoi serait-il toujours à la même place, et pourquoi n'en trouverait-on pas d'autres un peu partout dans le plasma? En réalité, on en trouve d'autres, deux, trois, ou plus nombreux encore, et ce faisceau spécial, il manque parfois, ou bit n il peut occuper une région difl'érente: mais il n'en reste pas moins vrai que trois fois sur quatrt au moins, c'est là, ou tout près de là, qu'on trouve le i)lus compact des faisceaux quand l'animal ui renfernu' i)lusiiurs, ou cpi'on le trouve quand il n'y en a qu'un. Le fait est certainement curieux et reste dillicile à comprendre; il s'expliquerait peut-être par la supposition d'une région favorisée, à l'intérieur du cytoplasme, où s'élaboreraient Us trichocystes; mais ce ne serait toujours là qu'une sujiposition.
Quoi qu'il en soit, les éléments de ce faisceau particulier sont bien des trichocystes vrais; comme les autres, lorsqu'arrive un courant de glycérine carminée, on les voit
/•■|fl. lO-l. — Opislhodon niemeccensis
s'allonger brusquement en un filament très fin, mais, il faut l'ajouter, pas toujours; dans cet Infusoire, comme d'ailleurs dans tous les autres, la réaction sur les trichocystes peut manquer; il y a là, très probablement, une affaire de maturité du trichocyste lui-même; dans ce faisceau particulier, cette réaction est d'une rai'eté toute particulière, elle ne se produit qu'exceptionnellement, et le fait ne serait pas sans ajouter quelque probabilité à la supposition de cette région d'élaboration dont il vient d'être question, car c'est là que les trichocystes auraient le moins acquis leur maturité.
Mais alors où se trouve la bouche vraie?
L'apparence générale de VOpisihodon niemeccensis est celle d'une limace (fig. 1 ou fig. 6, sur une vue de côté); ou bien aussi, pour user d'une comparaison triviale, on pourrait y voir quelque chose qui ressemblerait à un poisson posé sur un plat long; le bord du plat est alors parcouru de dessins, d'abord deux ou trois sillons longitudinaux, concentriques, parallèles au rebord, puis toute une série de stries à angle droit sur le bord même, et qui ne sont autres que des trichocystes; quant au poisson, il se détache en un relief très net; mais tout en avant, à la pointe même, on voit une petite lumière, une échancrure (fig. 1) (à droite se remarque également un sillon profond, court et dont nous ne nous occuperons pas); or, cette échancrure est déformable, peut s'arrondir, se creuser ou au contraire se remplir; sur un individu quelque peu comprimé, je l'ai vue s'ouvrir et se fermer d'un mouvement spasmodique, passant de la forme ronde à la forme anguleuse (fig. 4 a<it b) alternativement. Je ne serais pas étonné, alors, si c'était là la bouche vraie, très petite, fonctionnant peut-être à la manière d'un aspirateur; et cette hypothèse concorderait assez bien avec le fait que le cytoplasme ne renferme normalement pas de proies figurées, du moins pas de volume appréciable (1).
Par contre, le corps est toujours bourré de poussières et de petites boulettes qui donnent à tout l'animal une teinte jaunâtre, et l'on y voit aussi presque toujours et parfois en nombre extrêmement considérable, ces petits grains amylacés caractéristiques de certains Infusoircs (LoxopinjUum, etc. j, et dont la structure subit une véritable évolution, passant de celle d'un anneau (en perspective, fig. 7 a) à celle d'un fer à cheval (fig. 7 h) dont les deux branches se disloqueront plus tard (fig. 7 c), deviendront de fines baguette^, et disparaîtront enfin, digérées, suivant toute apparence, par l'animal en état d'inanition.
La vésicule contractile peut acquérir une assez forte dimension; elle est reliée avec le dehors par un pore bien net; quelquefois il y a deux porcs; très souvent aussi, on voit à la surface trois ou quatre petite taches claires en une seule rangée, ou bien une ligne droite, pâle, qui tiendrait peut-être lieu du pore absent.
h'Opislhodon revêt parfois une forme assez curieuse, et sur laquelle il ne semble pas qu'on ait attiré l'attention; cette forme a dû être observée, cependant, par Stokes (1893), qui décrit sous le nom de Litosoleniis armatus un Infusoire dont le bord tout entier est « armed by numerous, equidistant, colourless, curveci and acuminate hook-like processes ». Bien que l'auteur américain parle de deux ou de trois vésicules contractiles au lieu d'une, son Litosoletms répond si bien à cette forme spéciale et temporaire que peut prendre VOpisihodon, que les deux espèces pourraient bien n'en faire qu'une.
Dans certaines circonstances, en effet, sans raison apparente, ou bien après un séjour de cinq à six heures sur lamelle évidée, c'est-à-dire en suite d'un état de fatigue dû à la mauvaise aération de l'eau, le corps s'élargit, s'étale, et sur son bord tout entier se montrent des aiguilles, droites ou recourbées, acérées (fig. 2, 3), qui garnissent l'animal comme d'une ceinture de piquants.
Une fois là, ces aiguillons restent inertes, rigides, et semblent fixés à demeure; cependant, transportés dans une eau plus pure, ou bien simplement exposés quelque temps à la grande lumière sous l'objectif, les animaux s'éloignent en reprenant peu à peu la forme normale, et les aiguilles se rétractent lentement, ne restant plus visibles enfin que comme de petits grains saillants, qui disparaîtront à leur tour. Ces épines représentent en réalité un protoplasme condensé, temporairement durci, et qui avant de durcir semblerait avoir grimpé le long d'un trichocyste interne pour se prolonger plus loin au dehors.
La taille est extrêmement variable dans VOpisihodon; la forme également, et quelquefois, dans certaines stations ou à certaines époques, on rencontre nombreux des individus
(1) Exceptionnellement, il peut y en avoir; |'ai rencontré une niasse grise assez volumineuse, mais peut-être était-ce autre chose qu'une proie véritable.
qu'on serait tenté de considérer comme représentant une espèce particulière. C'est ainsi qu'à Florissant, en octobre 1917, j'ai pu constater l'apparition presque subite d'une quantité innombrable d'individus extrêmement petits (80 à 90 [i), très larges, trapus, épais; leur apparence était cette fois, non plus celle d'un poisson dans un plat, mais d'une noix dans sa coquille ouverte.
11 est curieux que dans cette espèce, rencontrée en toute saison et souvent en nombre considérable, je n'ai ■ pas eu à constater de cas de division. La conjugaison, par contre, a pu être observée; les 14 et 15 juillet 1918, trois couples se sont rencontrés, et tous trois sous les mêmes apparences; les individus soudés l'un à l'autre non pas bouche à bouche, mais bord ventral contre bord dorsal (fig. 5), comme dans Lionotus lamclla, et côte à côte dans une sorte de cadre commun, résultant de la réunion des deux bordures confondues en une seule.
Gastronauta membranaceus Engelmann 1862
Corps ellipsoïdal, un peu plus large en arrière, clair, presque opalescent, à pellicule forte et tenace. Face dorsale non ciliée, convexe, atténuée en avant en un rebord plus ou moins aplati. Face ventrale plane ou même concave, divisée en deux parties distinctes par l'appareil buccal qui la traverse presque tout entière et de droite à gauche, vers le tiers antérieur du corps. Cet appareil est formé de deux lèvres vibrantes, rapprochées, parallèles l'une à l'autre, qui bordent une fente buccale étroite. De la lèvre inférieure partent tout droit une douzaine de lignes bien marquées, couvertes de cils fins, qui descendent jusqu'au bord terminal de la concavité ventrale. La lèvre supérieure, par contre, est surmontée d'une série de sept à iuiil arcs ciliés concentriques, qui partent à gauche de la commissure labiale, et à droite dépassent cette commissure pour continuer leur chemin jusqu'à l'extrémité de la concavité ventrale. Un sillon spécial, extérieur aux autres, est relevé par un retroussement de la partie antérieure du corps jusqu'à la face dorsale elle-même, et y porte non plus des cils, mais quelques soies tactiles dont l'une, celle de gauche, est particulièrement vigoureuse. Noyau volumineux, sphérique ou ovoïde, avec masse centrale grisâtre entourée de granulations; tout près, un gros micronucléus. Deux vésicules contractiles, l'une au-dessus et à droite, l'autre au-dessous et à gauche du noyau.
Longueur 50 à 55 [x; rarement 00 (x. — Mousses.
A la page 1696 de son grand ouvrage, Butschli fait suivre la diagnose relative au genre Chilodon de ces quelques remarques : « Auf Engelmann's Skizzen ist eine intéressante hypotriche Form abgc bildet, welche er Gastronauta memhranacea n. g. et sp. n. zu nennen vorschlàgt. Sie schcint dem Maupas'schen Chilodon duhiii.s nahe zu stchen,
mit wtlchem Gestalt, Bewimperung und die Streifung der Bauchseile naliczu iibereinstimmen. Auf der Grtnze der beiden vorderen Kôriierdrittel der Ventralseite findet sieh eine quere, lange, membranôse, weiche Klappe, die hâufig langsam auf und nieder schlagt. »
C'est sans doute ce même Gastronauta que Blochmann a revu, très rare, nageant parmi les algues, et dont Roux, plus tard, a retrouvé un unique exemplaire au marais de Rouelbeau; c'est bien lui encore que j'ai pu étudier à loisir, un tout petit Infusoire, clair, très pur, à cuticule opalescente, qui courait allègrement dans les débris... des mousses. C'est en effet dans Us mousses que je l'ai trouvé, au bois de Vessy d'abord, puis au pied d'un tronc d'arbre à Lancy, et alors, dans ces deux station.s, en nombre assez considérable. L'appareil buccal est ce qu'il y a de plus curieux dans cette espèce; on y voit deux lèvres, parallèles l'une à l'autre, séparées par une fente étroite, et traversant, sous l'appa-
Fig. 105. — (ia.iIronaïUa membranaceus
rence première d'une double baguette, le champ ventral dans toute sa largeur; ces baguettes sont couvertes de cils extrêmement fins; elles ne sont pas identiques l'une à l'autre, mais celle d'en bas, postérieure, est plus forte, et paraît double elle-même, bordée en arrière d'un petit ruban clair. Du côté droit, elles se rejoignent par leurs extrémités; du côté gauche, ces extrémités sont libres (fig. 1). Ces deux baguettes ou lèvres sont mobiles, battent ensemble, en s' abaissant et se relevant toutes deux à la fois, brusquement, s'écartant parfois légèrement l'une de l'autre, mais surtout par l'extrémité droite, libre. En même temps, elles font quelque peu saillie au dehors, et en somme, on pourrait comparer tout l'appareil à une bouche de clarinette. Elles sont préhensiles, sans doute, mais en même temps, peul-être leurs fonctions sont-elles celles d'un aspirateur. Le petit animal est en effet susceptible d'adhérence à l'objet qui le porte; une adhérence que toute la face ventrale, excavée, pourrait peut-être expliquer à elle seule, mais qui est telle, qu'on se demande si la bouche n'y contiibue pas.
Les cils sont fins, très serrés"; mais sur le plus antérieur des sillons arqués, ils sont remplacés par des éléments plus forts, de véritables soies, acérées, dirigées le plus souvent en avant comme des armes de défense (fig. 3), mais quelquefois recourbées vers le bas et paraissant locomotrices. Si j'ai bien observé, l'une d'elles, à l'une des extrémités (gauche) du sillon, est particulièrement développée.
L'animal prend dans certaines circonstances, lorsqu'il est effrayé, par exemple, un aspect as.sez curieux; il se met en boule, comme un hérisson : la fig. 5 montre la forme qu'il revêt alors, avec sa face ventrale striée, les cils qui battent, la double lèvre, et de nombreux replis. J'ai trouvé un jour un kyste, lisse, transparent, dans lequel l'animal arrondi se montrait encore identique à cette forme sphérique que nous venons de voir; sans doute, il avait fait la boule, avant de s'enkyster.
Dans la fig. 4, nous avons un cas de conjugaison, le seul que j'aie observé; les deux individus étaient de taille inégale, bouche à bouche, et les deux lèvres buccales .si bien confondues qu'on n'en voyait qu'une seule, longue et arquée. Le couple resta pendant une demi-heure immobile, les cils parfaitement inertes; puis tout d'un coup ces cils se mirent à battre, et le couple se déplaça; on voyait les deux individus se tordre l'un sur l'autre, comme cherchant h se dégager; les vésicules contractiles fonctionnaient avec une grande activité. Après un instant, je colorai le tout au carmin, et je trouvai les noyaux normaux chacun avec un gros micronueléus. Probablement n'était-ce là qu'une conjugaison peu avancée, et que la forte lumière, ou la chaleur, étaient venues subitement arrêter.
Pseudomicrothorax dubius (Maupas) Chilodon dubius Maupas 1883
Corps ovale, largement arrondi en avant, vaguement acuminé en arrière, très fortement compiimé, avec face ventrale concave et face dorsale convexe. La face ventrale porte des côtes longitudinales, ou rubans jaunâtres larges, striés en travers, séparés par des sillons étroits et incolores, et qui portent le long de leur bord droit des cils longs et très fins. Tous ces rubans sont arqués et se rejoignent par paires aux extrémités du corps, formant des arceaux concentriques. Les rubans larges sont au nombre de huit, quatre à droite, fortement arqués, quatre à gauche beaucoup plus étroits et dont les deux axternes, indistincts, sont plus ou moins perdus dans l'arête gauche du corps. Les deux plus internes des rubans de gauche et de droite encadrent une plage buccale allongée, large en haut, pointue dans le bas, rejetée sur le côté gauche, bordée à gauche d'une membrane ondulante peu distincte, et à droite, d'une ligne de longs cils.
Ouverture buccale à la partie antérieure de cette plage; petite, arrondie, entourée de trichites très fines, qui se prolongent en une corbeille pharyngienne délicate, filamenteuse. Face dorsale du corps parcourue de cinq côtes longitudinales, séparées par des sillons étroits. Une rangée de trichocystes, courts, fusiformes, borde d'un bout à l'autre les sillons étroits. C}i:oplasme plus ou moins teinté de jaune, de vert ou de bleu par des bols alimentaires; quelquefois des vacuoles à liquide bleu. Noyau allongé, en boudin court, avec micronoyau adjacent. Vésicule contractile s'ouvrant dans l'angle inférieur de la plage buccale; souvent une deuxième vésicule, accessoire, au-dessous de la première.
Longueur 100 \i, rarement moins et quelquefois plus.
C'est bien certainement le Chilodon dubius de Maupas que j'ai récolté chaque année et en toute saison à Pinchat, dans une région spéciale du marais et jamais dans une autre; un lufusoire d'apparence anormale, concave-convexe, presque en forme de pétale de fleur, et qui rappellerait, lorsqu'il court en se balançant au milieu des Conferves, un poisson plat jouant dans les branches des grandes algues marines.
Maupas en a fait un Chilodon, tout en reconnaissant que le classement n'était que provisoire; mais comment Schewiakoff a pu l'assimiler plus tard (sans l'avoir vu, il est vrai, et avec un point de doute) au Chilodon M egalotrochae de Stokes, c'est là ce qu'il est difficile de comprendre. Butschli le rapproche de Gastronaula membranaceiis, on ne sait trop pourquoi. En fait, le Chilodon dubius de Maupas constitue un genre spécial, pour lequel Mermod a créé le nom de Pseudomicrothorax.
Il faudrait, pour traiter du sujet comme il le mérite, revenir longuement sur les pages que Maupas a consacrées à cet organisme particulièrement intéressant, et considérer également avec quelque soin les observations que j'ai pu faire à mon tour; mais la dia-
gnose suffira pour les traits généraux et ce n'est guère que des trichocystes que je m'occuperai spécialement. On me permettra cependant de reproduire textuellement, et dans leur stj'le télégraphique original, une partie au moins des notes que j'ai rapidement relevées dans le mémoire que Maupas consacre au sujet :
« Tégument complètement rigide dans toutes ses parties, répond à une cuirasse... Nombreux granules de petite dimension variant du vert jaunâtre pâle au rouge brique foncé... Système d'arêtes : quatre sur la face dorsale (deux ceni raies et deux laléraks)... Arêtes de la face ventrale beaucoup plus com|)liquées... Trois grandes, décrivant chacune un tour complet en parcourant deux fois la longueur du corps et concentriques les unes aux autres; elles ont un point de départ commun situé sur le bord gauche, près de l'extrémité postérieure... Bouche plus rapprochée du bord gauche que du bord droit; elle est en fente ovale-oblongue, et conduit dans un long œsophage à paroi nuinie de baguettes ou épaississements longitudinaux » et plus loin : « Sur le côté gauche de la bouche existe un organe de forme
longitudinale, disposé parallèlement avec les arêtes. Cet organe est fort difficile à distinguer; je ciois cependant iiouvoir affirmer qu'il est constitué par une lèvre ou membrane vibralile »... «La face ventrale seule porte des cils vibraliles. Ils sont fins et courts et probablement implantés en rangées régulières coïncidant avec les stries qui sillonnent cette surface »... « Quand on examine ces arêtes avec un fort grossissement, on voit, tout le long de leurs parois, de petits bâtonnets à réfringence brillante, qui rappellent complètement les trichocystes de Paramaccium aurelia. En traitant par le picro-carmin j'ai vu le pourtour du corps entouré de petits organes en forme d'ancres à une, deux ou tiois branches, mesurant environ 4 [i. »
Rien dans ces remarques de Maupas n'est en désaccord avec mes propres observations; mon attention, cependant, n'a pas été attirée sur la présence ou labsence des cils à la face dorsale, et tout ce que je puis dire, c'est que mes croquis n'en montrent pas. Quant â la lèvre ou membrane vibratile bordant la plage buccale à gauche, je puis confirmer i)leinement les vues du savant d'Alger; la lèvre existe, très longue, étroite, rudiment aire peut-être, et le plus souvent immobile; mais je l'ai vue battre, très distinctement. C'est également comme Maupas que j'ai vu les « arêtes », ou plutôt faudrait-il parler, selon l'expression de Mermod, de côtes, jaunâtres, séparées par des rubans clairs et beaucoup plus étroits; mais Maupas les a considérées en tant qu'arêtes doubles, en fer à cheval dont l'une des branches serait à droite de la bouche, l'autre à gauche; en même
Fig. 106. — Pseudomicrothorax dubius
temps il n'a pas pris en considération le premier ruban de droite, qui est en effet plus étroit, et mérite moins ce nom. Pour mon compte, j'ai préféré suivre le système adopté parMERMOD pour son Pseiidomicrolhorax agilis, chaque branche du fer à cheval étant considérée comme arête entière. En effet, si l'on considère attentivement les côtes larges et foncées, on verra que chacune, en arrivant au bas de sa course, se relève et remonte de l'autre côté sous la forme d'un ruban clair, intercostal, qui, en fait, n'est pas la continuation du premier.
La fïg. 2 représente, fortement grossie, une petite portion de la « cuirasse », un ruban large bordé de deux bandes intercostales étroites; le premier est nettement strié en travers, mais les stries y sont plus marquées au bord droit, et de là se dirigent vers la gauche en ondulant, quelquefois même en se bifurquant, et en s'amincissaivt toujours plus. Dans la bande étroite, les stries sont à peu près invisibles, bien qu'existant encore, et l'on y voit marqués, dans un ordre plus ou moins régulier, des petits points qui indiquent les pointes des tricho«ystes; à droite, se remarquent une série de petits trous, par où passent les cils, et qu'il ne faut pas confondre avec les « perles » que nous trouverons dans le Pseudomicroihorax agilis.
La fig. 1 montre l'animal tel qu'on le verrait à plat, posé comme une assiette sur une table, face convexe en bas (la fïg. 6 le représente de côté). En fait, si l'on voulait avoir une idée approximative de la forme de cet Infusoirc, on pourrait y arriver en prenant entre la paume des deux mains un petit morceau de pâte, sur lequel on aurait dessiné des cercles concentriques, et en appuyant fortement tout en glissant l'une des paumes sur l'autre; le résultat serait une sorte d'écuelle, concave-convexe, mais à cause du glissement de la pâte, les cercles se seraient déplacés; la bouche, si on l'avait marquée sur la ligne médiane, se serait transportée sur l'un des côtés (ftg. 1).
Telle est la forme un peu bizarre de cet Infusoire, où l'on voit l'aire buccale rejetée à gauche; la corbeille pharyngienne, avec ses filaments très fins, semble également avoir éprouvé une torsion.
Mais nous arrivons aux trichocystes, dont Maupas a de\iné l'existence, et auxquels il rapporte ces « petits organes en forme d'ancre » dont il est question plus haut. Dans notre Pseudomicrotborax, ils sont extrêmement curieux; non pas uniques dans leur genre, car nous rencontrerons encore quelque chose d'analogue (Lcplophanjnx), et Stokes, dans un Infusoire tout difîér2nt, le Ctedodema acanihocnjpta, en a vu qui sont presque les mêmes; mais certainement, ils méritent d'être considérés plus au long.
Lorsqu'on fait arriver sur un individu, examiné par sa face ventrale, un léger courant de glycérine carminée, on voit, très souvent, tous les rubans clairs, ou sillons intercostaux, se colorer brusquement en rouge; examinés à un fort grossissement, on peut constater que la coloration est due à des grains, soit disséminés sans ordre, sont rangés les uns à la suite des autres en petits groupes, et parfois quatre à quatre; en tournant alors la préparation de manière à considérer l'animal par la tranche, on peut — mais pas toujours — voir se profiler en relief, tout le long du sillon en cause, une suite de petits tubes, incolores, couronnés à leur sommet par une sorte de tampon rougi (fig. 4). C'est là l'effet qu'a eu le carmin sur les trichocystes; ils ont fait explosion, mais à moitié seulement; le projectile n'est pas parti.
Considérons maintenant les trichocystes normaux, non explodés, et probablement non mûrs, tel qu'on les trouve souvent autour de l'animal écrasé; ils sont fusiformes, homogènes en apparence (fïg. 8 a); mais quelques-uns montrent à leur intérieur une sorte de baguette axiale (fig. 8 b) allant de l'une à l'autre des extrémités; tout près, peut-être, se verra un autre trichocyste (fig. 8 c), dont la membrane s'est en partie rétractée vers le haut, et en même temps épaissie, et si le liquide est carminé, baguette axiale et membrane rétractée auront rougi; enfin nous trouverons (fig. 8 d) quelquefois la membrane ouverte, fendue en long et en deux, trois, quatre lanières et plus, relevées comme les baleines d'un parapluie, la baguette axiale étant encore là.
Dans ces cas particuliers, il y a eu commencement d'explosion, mais un commencement seulement. Tout près de là, cependant, nous trouverons quelques-uns de ces « organes en forme d'ancre » dont parle Maupas (fig. 5 a, b, c) et qui ne sont autre chose que les restes des membranes déchirées, rejetés au loin sous des formes variables; ici l'explosion a réussi, et en bien cherchant, nous découvrirons les projectiles épars. Ils sont extrêmement curieux (fig. 9) : une petite rosette de quatre grains rouges (parfois deux ou trois), et alors, de la rosette partent quatre filaments d'une finesse extraordinaire, en
croix les uns sur les autres, et terminés chacun par une minuscule boule rouge (pour la voir, il faut le carmin).
C'est là le projectile, isolé; mais souvent on le trouve attenant au canon. Le trichocyste, dans l'explosion à peu près normale, s'e.st brusquement allongé en une longue tige ou plutôt en un long tube, incolore partout sauf à son extrémité antérieure, où l'on peut supposer que la matière toxique (la baguette de la fig. 8, probablement) a été violemment projetée; mais ici encore (fig. 7 a), l'explosion n'a pas été parfaite, le projectile est encore là; dans la fîg. 7 b, la réussite est presque entière, les quatre filaments se sont développés; et le succès sera complet lorsque de tout l'appareil il ne restera que des lanières éparses et des rosaces isolées.
Telle est, autant que j'ai pu m'en assurer, la marche des événements; et je rappellerai à ce propos les observations de Stokes, qui a vu dans son Ctedoctcma des trichocystes analogues, et compare très justement les quatre filaments aux « finger-boards of the sign-posts at country cross-roads ». Quiconque a parcouru les routes de l'Ouest américain pourra contrôler la comparaison.
Depuis la description de Maupas, il ne semble pas que cette espèce ait été retrouvée nulle part; Schewiakoff, il est vrai, la donne comme propre aux « eaux douces de l'Afrique et de l'Amérique », mais l'Afrique, c'est le faubourg de Bab-el-Oued près d'Alger, où Maupas l'a découverte, et quant à l'Améiique, c'est au Chilodon megalotrochae que doivent se rapporter les réflexions de Schewiakoff.
Pseudomicrothorax agilis Mermod 1914
Corps ellipsoïdal, court, faiblement comprimé, à face ventrale à peine aplatie et face dorsale convexe. Sur la face ventrale, huit côtes larges, quatre à gauche et quatre à droite, arquées et se rejoignant plus ou moins distinctement par leurs extrémités réciproques; elles sont séparées les unes des autres par des sillons étroits, lesquels sont relevés à leur bord droit d'une série de fines crénelures d'où partent des cils fins et plutôt longs. Les rubans larges sont garnis sur leur bord droit d'une ligne de petites perles en saillie, de chacune desquelles part une fine strie transversale. Les quatre rubans de droite sont plus larges, ceux de gauche plus étroits, les deux externes à peine indiquées ou disparaissant à la vue sur le rebord de l'animal. Trichocystes fusiformes, courts et très fins, garnis.sant les sillons étroits. Face dorsale parcourue de cinq côtes longitudinales séparées par des sillons dépourvus de cils. Les rubans ventraux encadrent une plage buccale triangulaire allongée, rejetée sur la gauche, bordée à gauche d'une membrane ondulante très indistincte, et à droite d'une ligne de cils longs et serrés. Ouverture buccale ronde, très petite, logée au sommet de la plage buccale, entourée de baguettes ou trichites extrêmenicnt fines qui vont s'enfoncer dans le cytoplasme sous forme d'une corbeille phaiyngiennc peu distincte, invisible en général.
Cytoplasme coloré en vert par des particules végétales, et souvent mêlé de grains jaunes ou bleus, ou de vacuoles d'un beau bleu d'azur. Noyau ellipsoïdal ou en boudin court, accompagné d'un micronoyau très petit. Vésicule contractile près de l'angle inférieur de la plage buccale, dans laquelle elle s'ouvre lors de la systole
Longueur 48 à 58 |i. — Mousses.
Si l'on compare les figures — ou en tout cas la première dans chacun des clichés — relatives aux deux Pseudomicrothorax qui sont ici décrits, on se demandera peut-être s'il ne s'agit pas là d'une seule et même espèce, tant la ressemblance est frappante; tout au plus yerra-t-on dans le Pseudomicrolhorax agilis une variété naine, spéciale aux mousses. En réalité, ces deux organismes, tout en montrant par presque tous leurs caractères une parenté très rapprochée, et qui pourrait être précieuse à constater dans les discussions relatives à l'influence de « l'environnement » sur l'espèce, sont tout-à-fait différents. Le Pseudomicrothorax dubius est grand, large, très fortement comprimé, concave-convexe, et ressemble à un pétale de fleur; le Pseudomicrothorax agilis est très i)ctit, relativement plus étroit, |)eu comprimé, et reppelle un grain de blé; le premier est jaunâtre, ou d'un jaune mêlé de vert gai, et reste presque toujours paresseux dans ses évolutions; le second est d'un vert-bleu caractéristique, et court partout avec une extrême agilité.
Mais considérons d'un peu plus près notre petit Infusoire. C'est la teinte générale qui frappe au premier abord; elle est normalement d'un vert bleuâtre, mais les proportions de chacune de ces nuances ne sont pas toujours les mêmes; elles varient suivant la station, l'âge, l'abondance de la nourriture. Le petit animal est très vorace, il se remplit de petits grains verts arrachés aux mousses, comme aussi d'algues infiniment petites, probablement des Nostoccacées, que l'on y trouve habituellement, et, très clair à l'origine, lorsque, par exemple, il sort de son kyste, il lui suffit de 24 heures pour acquérir la nuance verte caractéristique. Ces petits éléments verts, ou bien il les digère en les réduisant à l'état de grains d'excrétion jaunâtres, ou bien il les garde en réser\'e, avec toute l'apparence de vie; ou bien aussi il les modifie, il en extrait un produit bleuâtre, qui se condense en petits grains d'un bleu azuré; on croit }" voir des globules d'huile, mais d'une huile colorée en bleu.
La structure de l'enveloppe est, dans ses traits généraux, la même que dans l'espèce précédente, mais elle en diffère par quelques particuliarités très nettes : à la droite de chacun des rubans larges — ces rubans, pour le dire en passant, sont striés en travers, mais à stries si fines qu'on ne les voit guère que dans des conditions favorables, par exemple sur des animaux écrasés, et dans lesquels le plasma sort de l'enveloppe en la laissant dans son intégrité — ; à la droite de chaque ruban, disons-nous, l'on voit une rangée de papilles (fig.' 4), ou petites perles bien nettes, qui manquent au Pseudomicrotlwrax ditbius; Mermod, qui a vu ces papilles, en fait le point d'origine des cils; mais je puis être assez catégorique à cet égard; ce sont de petites perles, qui garnissent la crête ou corniche latérale ici beaucoup plus fortement relevée que dans le Pseudomicrolhorax dubius; les cils sont de l'autre côté de la bande étroite, et disposés le long d'un bourrelet très délicat, crénelé, qui longe le bord gauche du ruban large adjacent (fig. 4). Il est à remarquer que les perles existent également sur la face dorsale, laquelle, autant que j'ai pu m'en assurer, ne porte pas de cils.
La nasse pharyngienne, très fine, est presque toujours invisible; mais l'orifice buccal est un peu plus distinct ; la fig. 7 représente cet orifice vu de face, avec sa couronne de trichites. On remarque également (fig. 4) une sorte d'arête ou de saillie qui partant de la bouche descend le long de la plage ovale, et qui est caractéristique dans cette espèce.
Le noyau est plus ou moins allongé et ponctué de petits nucléoles; ce sont ces derniers que j'avais considérés tout d'abord comme des micronoyaux (v. Mermod p. 69); le véritable micronucléus est arrondi, presque brillant, entouré d'une membrane relativement forte, et se trouve au voisinage immédiat du noyau.
La vésicule contractile est logée sous la pointe de la plage buccale. On remarque souvent au même point un pore dont la trace se conserve après la systole (fig. 1) et qui pourrait dépendre de la vésicule elle-même, mais assez souvent, tout près de la vésicule j'ai trouvé une grosse vacuole remplie d'une huile bleuâtre, et qui finit par se vider au dehors, également par le même point; peut-être est-ce là la place du pore excréteur anal. Il nous faut parler maintenant des kystes, que j'ai rencontrés en grand nombre et qui sont ici tout particulièrement intéressants :
Le Pseudomicrothorax agilis est caractéristique des mousses; il ne s'y trouve pas toujours du reste, mais quand il y est, c'est en grande quantité; je l'ai trouvé à Frontenex, au Port-Noir, à Florissant, et toujours dans les mousses des vieux murs; tantôt à sec, tantôt humectés par la pluie, les Infusoires caractéristiques de ces habitats spéciaux s'enkystent et se désenkystent à chaque instant, et passent, pour ainsi dire, à chaque ondée
h'ig. 107. — Pseudomicrothorax agilis
d'un état à l'autre. La plupart du temps, ils s'entourent d'un kyste mince, hyalin, qui se forme en quelques heures, et dans lequel l'animal réduit à l'état de boule informe après avoir résorbé tous ses organes, restera jusqu'à la prochaine pluie, pour se réorganiser en une heure à peine et percer sa prison. AÏais le Microihorax a résolu la question de l'enkystement — en même temps que celle du moindre effort — d'une manière assez originale : de sa cuirasse, il se fait un kyste (1).
Les kystes, en effet, reproduisent presque intégralement les dessins de l'animal, surtout ceux de la face dorsale (fig. 5 et 6); sur la face ventrale, cependant, les lignes disparaissent, la plage orale se comble; la cuirasse est renflée, boursouflée, dénaturée mais bien reconnaissable encore. Ce kyste spécial se voit quelquefois renfermé lui-même dans une mince enveloppe, incolore, un peu gluante (fig. 5); c'est là la vraie membrane du kyste, si l'on veut, mais mal venue, faible, plastique, et d'existence éphémère, car sur les vieux kystes on ne la trouve plus.
Peu à peu, dans ce kyste d'un nouveau genre, le plasma se condense, se rétracte, s'épaissit même à sa surface en une couche résistante, qui se détache de la paroi; la vésicule contractile disparaît; et l'on n'a plus qu'une masse verdâtre, mais où se dessinera bientôt une tache, un « œil », rougeâtre et bordé de jaune; un dépôt, qui se fait petit à petit par accumulation des déchets de la nutrition.
Tels qu'on les voit ainsi, les animaux enkystés attendent, solitaires ou très souvent par groupes de deux individus soudés (Pourquoi? le fait est trop fréquent pour qu'on puisse invoquer le hasard); puis, à peine humectés, ils songent à reprendre leur vie active. La vésicule contractile est la première à se montrer, et peu à peu, elle devient énorme, distendant toujours plus l'animal qui force contre la paroi; la tache jaune devient plus claire, s'étend, d'abord nettement délimitée, et à son intérieur on voit des débris très fins, que l'animal, sans doute, laissera derrière lui; une fente, enfin, se dessine sur la face ventrale du kyste, dans la région de moindre résistance; cette fente s'élargit, les parois, semble-t-il, se résorbent, et le jeune animal fait son apparition du dehors. On peut l'appeler jeune, car chez lui, tout organe avait disparu, et il apparaît informe au dehors; mais à peine est-il aux trois-quarts sorti de sa prison, qu'on voit déjà les sillons se dessiner, comme par enchantement; libéré, il reste immobile un instant, puis les cils se montrent, d'abord très courts, inertes; ils commencent à battre, et, deux ou trois minutes après le percement du kyste, l'animal est parfait, et s'en va gaîment. Il est petit, très clair, mais renferme poui'tant des particules vertes ou jaunes, en nombre restreint et extrêniement petites; isolé dans une goutte d'eau pure, sa coloration devient un peu plus intense; après trois jours, j'y ai vu les granulations vertes plus foncées, mais pourtant l'animal était resté relativement très clair. Dans leur élément naturel, par contre, au milieu des débris, les animaux verdissent en quelques heures, remplis déjà de nourriture.
Deux mois pour l'explication des figures : En 1, l'animal est vu par la face ventrale, en 2, par la face dorsale, en 3, par la pointe apicale; la fig. 4 représente le champ buccal, avec, à droite, la petite membrane ondulante ; puis trois rubans larges et deux rubans étroits. La fig. 5 montre un commencement d'enkystement, la fig. 6 un kyste vu d'avant en arrière, suivant l'axe longitudinal; en 8, kyste vide et ouvert.
Leptopharynx costatus Mermod 1914
Corps ellipsoïdal, fortement comprimé, montrant à droite un contour régulièrement convexe, à gauche une arête plutôt droite, découi)ée. Les deux fiancs gauche et droit portent chacun quatre côtes falciformes, concentriques, dont les extrémités vont rejoindre en haut et en bas, le bord gauche du corps. Ces côtes sont pourvues, sur leur arête externe, de fines crénelures et de papilles d'où sortent des cils plutôt rares, longs, plus développés à la partie postérieure du corps. Trichocystes nombreux, dessinant sur les fiancs des stries rayonnantes. Bouche au tiers antérieur du corps, recouverte par une saillie ou rebord en casque, lequel porte quelques soies fortes, longues, dirigées tout droit vers le bas. Corbeille
(1) Il ne sera p;is sans intérêt de reproduire quelques lignes parmi celles que HiItschli consacre (p. 1659) aux ornements dessinés sur certains kvstes : « Auf der convexen Cystenflâchc von Etiploles Charon bemerkt man 6-7 eigenthilmliche, méridionale Rippen, die fein quer «ekctbt sind (.\. Schneider 1854. Stein 1859, Carter 1859). Die genannten Korscher be/.iclien dicsc Zeichnunij; auf die l^iickcnkielc des Euplotes, da sic die Cvstenhûlle durch Abhebung des .sogcn. Panzers entstehen lasscn. Dass Ictztcres unriclitig isl, drilfte sehr wahrsclicinlich sein
I.i's faits concernant notre Pseiidomicrolhorax conllrmcraient cependant les vues de ces auteurs.
pharyngienne indistincte, à Irichites fines et dirigées vers le côté du corps opposé à la bouche. Noyau central, sphérique, renfermant de gi'osses granulations; niicronoyau adjacent. Vésicule contractile sur la gauche et dans le voisinage du noyau; plus bas, une grande vacuole accessoire.
Longueur 25 à 40 (jl. — Mousses.
Cet organisme a été décrit en 1914 par Mermod, qui l'a trouvé dans des infusions de mousses; c'est également dans ces conditions que je l'ai rencontré à Chêne et à Malagnou sur les vieux murs, à Valavran dans un bois.
Mermod a donné une description suffisante de cet organisme; mais il est quelques points sur lesquels je voudrais revenir :
La nasse pharyngienne est très peu visible, c'est une tache allongée, un niban pâle vaguement strié; sur des animaux malades, par contre, elle se dessine nettement; elle s'ouvre, ou paraît s'ouvrir, non pas sous cette sorte d'avant-toit qui se projette sur l'arête latérale, mais plus en arrière et au-dessus; la nourriture, pour y parvenir, devrait arriver d'en bas et être poussée vers le haut, et l'on se demande si ces quelques soies très fortes c[iie porte le rebord de cet avant-toit ne joueraient pas un certain rôle à cet effet.
D'après Mermod, la vacuole contractile est unique, mais en arrière de cette vacuole il s'en trouve une seconde, plus grosse et ne puisant pas. J'ai constaté, cependant, que cette seconde vacuole se vide également, mais à des intervalles assez espacés pour que la vésicule normale ait pu exécuter pendant le même temps un nombre assez considérable de battements, de dix à douze peut-être.
Les Trichocystes, que l'on voit en assez grand nombre dessiner à la surface des côtes des stries radiaires, sont d'une structure toute particulière, ou plutôt revêtent après l'explosion des caractères très particuliers : on les voit lancer, jusqu'à une distance qui peut égaler les 2/3 de la longueur de l'animal, deux, trois ou beaucoup plus souvent quatre grains (et alors, en général, d'autant plus petits qu'ils sont plus nombreux) qui s'arrêtent tous ensemble, à la même distance du corps (fig. 4), et à l'arrivée d'un courant de glycérine carminée revêtent immédiatement une belle teinte rouge. Mais en y regardant de plus près, on constate que chacun des grains est porté par un filament très fin, qui s'en va rejoindre plus bas les trois autres, le tout se fondant en un lil unique attenant encore à l'individu (fig. 3); tout près se trouvent quelquefois de petits débris en forme d'ancre ou de cupule, analogues à ceux que nous avons vus dans le Pseudomicrothorax dubiiis (fig. 2). Les trichocystes sont donc à peu près du même type, mais le long tube manque, et nous avons ici des projectiles qui rappellent les « bolas » des anciens Mexicains.
Fig. 108. — Leplopharynx coslatus
Trichospira dextrorsa Roux 1899
Corps cylindrique, arrondi aux deux extrémités, légèrement tronqué en diagonale à sa partie antérieure. Cils longs, soyeux, plutôt rares, disposés en lignes longitudinales ou légèrement spiralées. Bouche subterminale, au fond d'une fossette garnie de cils disposés sur une spirale serrée à plusieurs tours; au dehors cette ligne ciliaire se continue en une arête faiblement accusée, garnie de cils plus forts et plus serrés; l'arête descend alors, tout droit d'abord, puis en diagonale, jusque près de l'extrémité postérieure du corps, et brusquement resserre la diagonale pour décrire encore trois-quarts de tour, ou quelquefois plus, sur une ligne en apparence transversale par rapport à l'axe longitudinal de l'animal. Trichocystes nombreux, fusiformes, petits. Noyau sphérique, ou réniforme, ou même en fer à cheval; micronoyau relativement volumineux. Une vésicule contractile, dans la partie postérieure du corps.
Longueur 70 à 90 (x; largeur 24 à 30 [i.
Le caractère le plus distinctif de cette espèce se montre dans cette longue arête, garnie de cils spéciaux, qui passe d'une extrémité à l'autre du corps; elle prend naissance au fond du puits buccal, lui-même un peu excentrique, puis décrit dans le puits même cinq ou six tours d'une spirale serrée (fig. 3), émerge à la surface et descend d'abord presque tout droit, puis en une diagonale fortement accusée, et tout d'un coup, arrivée
près de l'extrémité postérieure, resserre la diagonale, et fait un demi-tour encore, sur un plan presque perpendiculaire à l'axe longitudinal de l'animal (fig. 1); mais bien souvent, la spirale surbaissée se prolonge encore, et ce n'est plus un demi-tour, mais un tour complet, ou même presque deux tours, que peut compléter la ligne ciliée (fig. 2). Quant aux lignes ciliaires normales, leur course senxble \*\\ peu capricieuse, car tantôt on les voit parallèles à la ligne diagonale, tantôt elles sont purement longitudinales, et s'arrêtent, senible-t-il, nettement à l'arête caractéristique quand elles viennent à la rencontrer; d'autres fois, sur l'un des côtés elles se montrent parallèles à l'arête, et sur l'autre elles ne le sont pas; enfin, le corps est sujet à des torsions plus ou moins accusées, qui modifient encore la striation générale. La couche corticale renferme un grand nombre de trichocystes, très petits, qui lors de l'explosion s'élancent jusqu'à une distance assez forte, sous la forme de filaments extrêmement fins.
J'ai trouvé cette espèce dans différentes stations, et particulièrement à Rouelbeau et à l'Ariana, toujours à fleur du limon noir qui tapisse le fond; l'animal marche droit devant lui, sans grande vivacité, en tournant perpétuellement autour de son axe longitudinal. Stokes (1888) a décrit une Perispira strephosoma, q\ù me paraît être le même organisme; mais Roux y voit une espèce différente.
Fig. 109. — Tricho.ipira dextrorsa
Trichospira cincinnata sp. n.
Corps cylindrique, renflé, tronqué en diagonale à ses extrémités. Cils longs, flexueux, disposés en lignes peu serrées, longitudinales ou spiralées suivant le degré de torsion de l'animal. Une forte saillie ou arête part de l'angle le plus élevé de la troncature antérieure, passe à l'angle alterne, et continue sa course en descendant en un tour complet de diagonale jusqu'à l'extréuiilé postérieure du corps. Cette saillie, vue de face,
a l'apparence d'un double bourrelet, montrant deux lèvres distinctes séparées par une fissure médiane très étroite. Chaque lèvre est bordée sur toute sa longueur de cils sétiformes, vigoureux et acérés, faisant chacun une demi-boucle dont le sommet domine la tissure. Dans l'épaisseur des lèvres se projettent de longs trichocystes en baguettes droites. Noyau en boudin court, accompagné de plusieurs micronoyaux extraordinairement petits. Une vésicule contractile, très grande, à l'extrémité postérieure.
Longueur 50 à 100 a; largeur 20 à 40 u.
Fig. llu. Trichospira rincinr^ala
En dépit des apparences preiftières, il n'y a guère de traits communs entre cette espèce et la précédente; ici la ligne spiraléc est un véritable bourrelet, à deux lèvres que sépare une fissure, et ce bourrelet, partant de l'extrémité antérieure du corps et sur le côté le plus élevé de cette troncature diagonale qui la termine, passe au côté opposé, puis descend en une spirale qui fait le tour complet de l'animal, arrive à l'un des angles de la troncature postérieure, et passe à l'autre angle où il s'arrête enfin; en fait, la spirale a
ÉTUDES SVH LES JXFUSOIHES D'EAU DOUCE
décrit deux tours, mais dont un seul concerne le corps dans sa longueur. On ne voit pas trace, ici, de fossette ciliée antérieure, et la bouche, on ne sait où la trouver; il semblerait presque que ces deux lèvres serrées Tune contre l'autre et qui portent sur toute leur longueur des trichocystes noyés dans leur paroi, bordent d'un bout à l'autre une fente buccale, qui pourrait s'entr'ouvrir n'importe où. Le cytoplasme, en tout cas, bourré généralement de particules vertes et de grains d'amidon, renferme à l'occasion de grosses proies, pour lesquelles un large orifice d'entrée a été nécessaire.
Les trichocystes, en baguettes fines, ne se trouvent pas ailleurs que dans les lèvres; à l'explosion, ils s'allongent en fdaments très fins. Les cils, ou peut-être plutôt les cirrhes, qui bordent l'arête sur toute sa longueur, et se relèvent chacun en une sorte de crochet, formant dans leur ensemble une longue série de cornes (fig. 4), se voient la plupart du temps immobiles; à l'aide peut-être de ces crochets l'animal résiste à des courants d'eau violents, qui n'arrivent pas à l'emporter; mais ces mêmes cirrhes sont susceptibles de vibrations et de battements répétés, que l'on voit de temps à autre se produire.
J'ai rencontré cet organisme à Rouelbcau, puis à Florissant, à différentes époques, et toujours assez rare. Dans la première de ces localités, les individus mesuraient de 50 à 80 (x; dans la seconde, ils arrivaient à 100 (x, et la largeur était relativement moindre; l'arête formait également un relief plus accusé.
Au fond, c'est à peine là une Trichospira.
Uronema gemmuliferum sp. n.
Corps ellipsoïdal, rétréci en avant, un peu comprimé sur le côté ventral, terminé en un renflement antérieur clair et dépourvu de cils. Lignes ciliaires longitudinales, bien marquées, portant des cils longs, peu abondants. En arrière une soie caudale très longue, puis plus haut, au tiers postérieur du corps, une ceinture de six à huit (?) de ces mêmes soies, très fines, rigides, dirigées un peu en arrière. A la base du renfiement antérieur une couronne serrées de cils particulièrement vigoureux, dont quelques-uns se rabattent en arrière sur la face comprimée, et recouvrent la région buccale. Bouche en fente, bordée à gauche d'une vaste membrane ondulante (généralement repliée et invisible). Cytoplasme bourré de sphérules pâles, comme aussi de corpuscules amylacés de structure spéciale. Noyau sphérique, dans la moitié antérieure du corps. Vésicule contractile non loin de l'extrémité postérieure, sur le côté ventral. — Longueur 20 |i.
Ce petit Infusoire a été longtemps inscrit dans mes notes comme Urotricha, mais plus tard, j'ai pu voir d'abord sur un individu, puis sur un autre, et enfin sur un exemplaire en cours de division, une membrane ondulante battre un instant très court, puis retomber sur la face ventrale pour y rester définitivement repliée, cachée par un groupe de cUs raides (fig. 3, 4) qui se rabattent sur la droite de l'aire buccale; et c'est alors un Uronema, le genre Urotricha appartenant aune autre catégorie d'Infusoire.s, et ne possédant pas de membrane ondulante.
A part cette distinction, les deux génies se ressemblent d'une manière étonnante.
Les stries ciliaires sont bien marquées, et dessinent à la surface du corps des crêtes en relief, mais les cils qui les recouvrent sont très fins, et ne se distinguent qu'avec difficulté.
Au niveau du tiers inférieur du corps se remarquent deux longues soies raides, très fines également, largement écartées; en réalité, il y en a plus de deux, et peut-être huit à dix, formant ensemble une véritable ceinture. C'est probablement à ces soies que sont dus les sauts brusques auxquels se livre à chaque instant l'animal; très souvent, la ligne du saut figure un vaste cercle, et l'animal retombe tout près du point dont il était parti, pour y rester un instant immobile, et sauter de nouveau; le cercle est dû, sans doute, à la longue soie caudale, mobile, qui se recourbe et fonctionne comme gouvernail.
Fig. m. — Uronema gemmuli/erum
La vésicule contractile est très active, et fonctionne avec un synchronisme presque parfait; sur un individu suivi montre en mains pendant une série de douze battements consécutifs, il s'est écoulé tout juste huit secondes entre chacune des systoles; sur un autre, c'était neuf secondes au lieu de huit.
Le cytoplasme est toujours bourré de gros grains amylacés (fig. 2) qui semblent couvrir l'animal de petites perles.
'L'Uronema gemmuliferum se rencontrait en quantité innombrables dans l'étang de Florissant, au mois de décembre 1917.
Uronema sociale sp. n.
Corps elliptique, grisâtre, un peu élargi en avant, arrondi à son extrémité antérieure, et montrant une face ventrale plane ou légèrement concave, et une face dorsale légèrement convexe. La face ventrale est nue dans sa partie médiane, et cette dernière est entourée de chaque côté de quatre à cinq rubans longitudinaux, séparés par des arêtes finement crénelées, et qui portent des cils extrêmement fins; ces rubans débordent sur les
côtés du corps, mais vont se perdre sur la face dorsale, qu'ils laissent nue. D'autres rubans disposés comme des arcs concentriques, se montrent au-dessus de la bouche, mais se perdent bien vite au-dessous de cette dernière. A l'extrémité postérieure du corps, une longue soie très fine. Bouche au quart antérieur de l'animal, elliptique et bordée de longs cils raides en haut, en bas et sur l'un des côtés; de l'autre côté se trouve une petite membrane ondulante. Noyau sphérique, dans la région postérieure du corps, avec micronoyau adjacent. Vésicule contractile dans cette même région postérieure, sur la face ventrale. Longueur 33 à 41 ji..
La dénomination spécifique attribuée à ce petit orga- Fig. 112. — Uronema sociale nisme est duc, uou pas à des instincts particulièrement
sociables, mais à la quantité innombrable des individus qui couraient en cercles autour des débris organiques, dûs par exemple à l'écrasement de quelque Rotifère, et qui semblaient opérer sur eux une sorte d'attraction.
La forme du corps est très caractéristique, mais difficile à décrire; la fig. 1 montre l'animal par sa face large, que l'on pourrait appeler latéro-vcntrale, le corps ayant pour ainsi dire subi une torsion qui reporte sur le côté la ligne qui devait être médiane; dans la fig. 2, l'animal est vu dans son sens le plus étroit; en 3, le regard plonge suivant l'axe longitudinal et l'on voit le dos crénelé et le ventre lisse (1).
Les cils, bien que très nombreux, sont si fins qu'on ne les aperçoit que dans des circonstances favorables; sauf, pourtant, ceux qui garnissent les arcs concentriques audessus de la bouche {fig. 1). Les stries ciliaires, examinées avec un fort grossissement se montrent perlées sur toute leur longueur.
Uronema mirum sp. n.
Corps ellipsoïdal, comprimé, convexe sur ses deux faces, arrondi en avant, inégal et creusé d'une large dépression ù gauche et en arrière. Face dorsale striée de rubans longitudinaux, droits ou faiblement recourbés; face ventrale pourvue de sillons concentriques dans la moitié antérieure du corps, longitudinaux dans la moitié postérieure, les lignes longitudinales n'étant que la continuation des arcs antérieurs recourbés en fer à cheval; tous ces sillons couverts de cils fins, peu serrés, très longs en arrière du corps ; en outre une longue soie très fine part de la dépression postérieure et traîne jusqu'à une distance presque égale à la longueur de l'animal. Ouverture buccale presque au centre de la face ventrale, sous la boucle la plus interne des sillons en fer à cheval; elle est relativement
(1) Ces ngurcs sont très incomplètes; tout est indistinct dans cet animal, et il ne m'a pas été possible de l'étudier à fond.
petite, large, et bordée d'une membrane ondulante qui, sur une vue latérale, se projette comme un cil très fort partant de l'angle buccal supérieur. Un grand nombre de trichocystes fusiformes dessinent sur le corps des stries radiaires. Cytoplasme renfermant presque toujours une grosse masse grisâtre, ovoïde. Noyau sphérique, à gauche et dans la moitié postérieure du corps. Vésicule contractile petite, sous le noyau. Longueur 28 à 32 (x; rarement jusqu'à 35 [i.
Plus encore que dans l'espèce précédente, le corps est ici bizarre dans sa forme générale, et, comme chez elle également, cette forme n'est pas toujours absolument la même; peut-être bien la variété des contours est-elle moindre qu'il ne le semble, et n'est-elle qu'une apparence due à la mobilité de l'animal, qui s'agite continuellement sur lui-même et se présente à la vue sous les angles les plus divers; mais il doit y avoir, dans ces apparences différentes, plus qu'une affaire d'orientation; on peut bien concevoir, par exemple, que la fig. 1 et la fig. 2 représentent le même individu, vu d'abord par sa face ventrale, ensuite par sa face dorsale (examinée par transparence en abaissant simplement l'objectif); mais la fig. -5 qui le montre à peu près par la face apicale, n'est plus d'accord avec les autres, et la fig. 3, où l'animal est pris par le côté, semble même indiquer une espèce différente; et si à ces quatre figures j'en ajoutais une douzaine d'autres qui se trouvent dans mes cahiers, l'embarras deviendrait plus grand encore.
On y verrait la bouche, par exemple, portée plus ou moins haut, les stries soit très nettes, soit à peine indiquées, la surface rayée de trichocystes ou bien presque lisse, etc.
La grosse massé*sphéroïdale ou ovoïde que représente la fig. 2 se rencontre dans presque tous les individus; elle peut manquer, cependant, mais le cas est rare, et parfois, au contraire, il y en a deux; dans une occasion particulière, j'en ai trouvé trois, relativement petites. Ces gros corps ovoïdes ont une véritable enveloppe, très mince, et au centre une tache grise, un noyau (fig. 6), qui rougit rapidement parle carmin; autour du noyau, une zone claire, puis un plasma rempli de granulations pâles, extrêmement petites. Y a-t-il là un cryptogame parasite ?
Le cytoplasme, à part ces gros corps ovoïdes, ne renferme pas d'éléments figurés autres que des grains et des sphérulcs pâles.
Les cils sont très fins, mais ils s'allongent en se rapprochant de la partie postérieure de l'animal, et quelques-uns, en particulier, y deviennent très forts; c'est de là également et plus particulièrement d'une dépression spéciale creusée sur l'un des côtés, que part la soie terminale, très longue et presque invisible.
Dans la fig. 4 nous avons un cas de division, déjà très avancée; l'individu postérieur a gardé les longs cils et la soie, mais l'appareil buccal est de nouvelle formation; dans l'individu antérieur, du reste, cet appareil est également nouveau, s'est reconstruit après résorption de l'appai'eil primitif.
J'ai trouvé cette espèce dans l'étang de Florissant, en automne et en hiver; les animaux abondaient, mais n'apparaissaient guère que quand la compression sur la lamelle devenait très forte et les forçait à s'écarter des débris sous lesquels ils étaient restés cachés jusque-là.
Fig. 123. — Uronenia mirum
Uronema microcrepis sp. n.
Corps pâle, opalescent, à contour rappelant celui d'une semelle de bottine, déjeté sur la droite à la partie antérieure, arrondi ou acuminé en arrière. Face dorsale irrégu-
lièrement convexe, parcourue de lignes ciliaires concentriques parallèles aux bords de l'animal; face ventrale creusée d'ane large concavité vers le tiers antérieur du corps, puis renflée en arrière, arrondie et déjetée sur la droite en avant, couverte de lignes ciliaires arquées et concentriques en haut, longitudinales en bas. Cils longs et fins, flexueux, quelques-uns très allongés en arrière, et à l'extrémité postérieure une longue soie terminale. Ouverture buccale elliptique, allongée vers le bas, bordée d'une membrane ondulante en capuchon, qui sur une vue latérale se présente comme un cil très fort dominant la
bouche; souvent on voit un autre cil au bas de l'ouverture.
Noyau allongé, dans la partie antérieure, recourbée, du corps.
Vésicule contractile subterminale.
Longueur 34 à 38 |x.
Fig. 114. — Uronema microcrepis
Dans ce joli petit Infusoire, la forme, toujours caractéristique, pourrait se comparer à l'empreinte que laisserait un pied humain sur un sable mou ; elle est cependant quelque peu variable, et la courbure antérieure peut se montrer nettement dessinée, comme dans la fig. 2 (où la face ventrale est tournée vers" l'observateur), ou beaucoup moins distincte, comme dans la fig. 3 (où l'orientation est la même, mais où les stries dorsales sont vues par transparence); vu de côté, il est pointu en arrière (fig. 1).
Le corps est toujours très clair, la surface, opalescente, montre assez distinctement les stries ciliaires, mais en même temps on constate tout un système de st nations serrées entrecroisant les premières.
L'appareil buccal est pourvu d'une membrane ondulante, mais dont la structure reste encore un peu incertaine ; de face (fig. 2) on y voit vaguement deux lèvres, qui se rejoignent en haut et en bas; de côté (fig. 1), presque toujours c'est un gros cil qui se présente à la vue, tantôt en haut et tantôt en bas, ou bien en haut et en bas à la fois; et très souvent, le cil supérieur semble être décomposé en trois ou quatre cils séparés; mais en fait il y a là une membrane ondulante, plissée ou non, repliée ou déployée suivant le cas. Quand on suit pendant un instant un individu occupé à la pêche, immobile mais dont sans doute la membrane ondulante vibre et par là reste invisible, on y voit les petites particules avoisinantes décrire un cercle, puis se précipiter d'en haut, en rasant le « cil » supérieur, tout droit dans la poche pharyngienne (fig. 4); ils y sont reçus, alors, dans une sorte de vacuole, ou peut-être de pochette spéciale, où deux tout petits organes, deux clapets semble-t-il, sont toujours en mouvement, battant à l'unisson, à raison de deux battements par seconde.
U Uronema microcrepis était abondante à l'Ariana, en juillet et en août 1918.
Uronema biceps sp. n.
Corps fusiforme ou presque cylindrique, étiré en avant en un appendice ou prolongement court, tronqué à angle droit; en arrière il se termine par un prolongement de même forme, mais plus étroit et tubulaire. A droite du prolongement antérieur, et à gauche du prolongement postérieur, le corps est entaillé d'une concavité ou fossette profonde. Lignes ciliaires bien marquées, longitudinales, relevées de petites crénelures. Les cils, très longs et raides, ne couvrent que la partie antérieure et la partie postérieure du corps, et laissent nue la partie médiane. Us garnissent en plus grand nombre la fossette antérieure. A l'extrémité postérieure, une soie fine part obliquement d'une saillie aiguë voisine du tube terminal, et une autre, beaucoup plus longue et plus forte, prend naissance dans l'intérieur même du tube, et, se recourbant, va traîner bien loin en arrière. Bouche petite, au quart antérieur du corps, avec une petite membrane ondulante qui se
ÉTUDES S un LUS INFUSOIHJiS VEAU DOUCE
projette à l'extérieur, sur une vue latérale, comme une soie courte. Une ligne spiralée de cils courts et très fins relie la bouche à l'appendice antérieur. Cytoplasme rempli de granulations amylacées de structure particulière. Noyau sphérique, de faible volume, subcentral. Vésicule contractile un peu en arrière du noyau. Longueur 42 à 50 y..
Cette espèce n'a pas encore été décrite; je ne l'ai trouvée, en tout cas, nulle part indiquée, ni elle ni rien qui s'en rapproche de près. Et pourtant, elle n'est pas rare, on a dû la voir, mais on l'aura négligée, à cause de sa taille très faible et de ses caractères trop peu accusés. Mais peut-être aussi cette négligence pourrait-elle être due à une cause spéciale : on croit la voir sous deux formes différentes, trois formes, même, dans certaines stations; des transitions, on n'en trouve pas; décrire ces formes comme relatives à une seule espèce serait aller contre les notions que nous avons de l'entité spécifique; en faire trois serait dangereux; et alors on cherche ailleurs un Infusoire moins embarrassant.
Après des observations multipliées, j'en suis arrivé à conclure qu'il y a trois espèces réelles (Uronema biceps, dubium, simplex,) formant un groupe très homogène, mais dont chaque membre doit être considéré à part.
h' Uronema biceps, que nous envisagerons comme le type du groupe, revêt une forme très caractéristique ; le corps, fusiforme, est étiré à ses extrémités en deux prolongements à peu près cylindriques; l'antérieur, plus large, très légèrement évasé, se termine en une simple troncature (fig. 1); le postérieur, plus étroit, est tubulaire, creusé dans sa partie terminale, et du fond de la tubulure part une soie très forte et très longue, presque toujours recourbée sur le côté; tout près et un peu plus haut, se voit également une saillie, une dent, de laquelle part une soie plus courte (fig. 1, 2). A la droite du prolongement antérieur on remarque une profonde dépression, d'où partent des cils raides particulièrement longs et serrés; une même dépression existe en arrière, moins fournie de cils, cette fois sur la gauche du prolongement et à la face opposée du corps (cette dépression postérieure, dans la fig. 1, est vue par transparence).
La fossette buccale, petite et très peu visible, munie d'une courte membrane ondulante en capuchon, est reliée avec le prolongement antérieur par une ligne de cils très courts, très fins, serrés, mais si peu distincts qu'on ne la trouve qu'avec difficulté; ces cils battent vigoureusement, et semblent conduire la nourriture à la bouche, mais peut-être est-ce à leur action que l'on doit rapporter la progression de l'animal dans certains cas, d'ailleurs assez rares, où les cils locomoteurs normaux restent parfaitement immobiles.
Les longs cils qui revêtent le tiers antérieur et le tiers postérieur du corps, mais en laissant à nu la partie médiane, semblent du reste jouer la plupart du temps le rôle de soies longues, raides, et d'une extrême sensibilité; le moindre petit organisme arrivant à en toucher l'une des pointes provoque un saut brusque et violent, dû alors, sans doute, à la soie postérieure très longue et très forte ; mais ces longs cils peuvent à l'occasion devenir flexueux et battre normalement, entraînant l' Infusoire dans une marche rapide.
L'animal est d'une teinte très légèrement verdâtre, opalescente, due en partie à la cuticule, et peut-être aussi aux granulations spéciales qui remplissent le plasma; ce sont ici encore ces petits corps globuleux ou en fer à cheval que nous avons remarqués dans certains Infusoires, Opisthodon, par exemple, et qui représentent des réserves nutritives.
Fig. US. — Uronema biceps
Existe-t-il des trichocystes? On n'en voit pas, mais à l'arrivée du carmin, la surface du corps, à sa partie antérieure, rougit fortement, et élimine une matière rouge, traversée de fils; dans quelques individus, également, j'ai vu le plasma se remplir, au passage du réactif, de faisceaux de bâtonnets très courts et très fins, que l'on aurait pu considérer comme des trichocystes non mûrs, dont l'explosion ne se serait faite qu'à moitié.
La fig. 3 montre un cas de division; la séparation s'effectua une demi-heure après le stade représenté; les organes des deux nouveaux individus étaient au complet, mais la forme ovoïde persista longtemps; ce même jour, tro's autres cas de division se présentèrent, avec résultats identiques, et comme en outre il apparut dans la récolte un certain nombre de petits individus ovoïdes, c'était sans doute à une division préalable qu'ils devaient leur forme anormale. La conjugaison, identique à celle de VUronema dubium, dont il sera question tout-à-l'heure, n'a été vue qu'une seule fois.
L'Uronoma biceps a été étudié à Pinchat, à Rouelbeau, à Florissant; partout il se montrait abondant.
Uronema dubium sp. n.
Corps de structure presque identique à celle de l'espèce précédente, mais terminé à ses extrémités par des prolongements tous deux très larges et très courts, et dépourvu des
deux fosses latérales caractéristiques de VUronema biceps. Les longs cils recouvrent ici le corps entier, sans laisser de vide dans la région moyenne, où ils sont cependant moins serrés.
Longueur 38 à 48 (x.
Fig. 116. — Uronema dubium
entière de organisme variété de faudrait-il a subsisté;
Pendant la durée presque mes études, j'ai considéré cet comme une simple forme ou VUronema biceps; ou plutôt, dire, pendant cinq ans le doute mais aujourd'hui, je crois être dans le vrai en attribuant à cette forme particulière des caractères nettement spécifiques; les transitions, les termes de passage que je cherchais, ne se sont pas montrés, et de l'ancêtre commun dont on ne peut douter, les descendants se sont si bien détachés qu'il y a définitivement deux espèces au lieu d'une. La fig. 2 concerne un cas de conjugaison, qui s'est montré le 17 juin à Rouelbeau; dans la fig. 3, on voit, représentée à un plus fort grossissement, la partie antérieure du couple. Les animaux étaient réunis, à la hauteur de la bouche, par un pont très large, bien net, et très solide.
Cette espèce a été récoltée à Rouelbeau et à Pinchat, à différentes reprises et dans toutes les saisons.
Uronema simplex sp. n.
Corps allongé, cylindroïde, arrondi on arrière, terminé à sa partie antérieure par un disque plat ou h peine convexe, dessinant une légère saillie latérale, et à la base duquel se voit creusée, à gauche, une entaille profonde et étroite. Lignes ciliaires bien distinctes, serrées, formant autant d'aiêles crénelées sur toute leur longueur, les crénelures des différentes lignes correspondant exactement les unes aux autres, et dessinant alors à la surface une suite de lignes transversales perpendiculaires aux stries longitudinales normales. Cils forts et très longs, raides, sétiformes, recouvrant le corps entier sauf la surface du disque, qui reste nue. Au bord de ce disque, un cercle de cils particulièrement vigoureux, dirigés en avant. A l'extrémité postérieure, une longue soie flexible. Bouche voisine du disque terminal, petite, allongée, bordée d'un côté d'une petite membrane ondulante et de l'autre d'une ligne de cils courts, fins et serrés. Noyau sphérique, central, avec micronoyau adjacent. Une vésicule contractile, au voisinage immédiat du noyau.
Longueur 45 à 76 (x.
Fig. in. — Uronema simplex
La dénomination spécifique attribuée à cette espèce est due au fait qu'ici la partie postérieure du corps est simplement arrondie, sans montrer trace de ce prolongement spécial que possèdent les deux espèces précédentes; quant au prolongement antérieur, on le trouve encore, mais il est beaucoup plus large et plus court, un simple disque; à la base du disque et sur l'un des côtés, est creusée une fossette, très étroite, qui n'a que des rapports très éloignés avec celles de V Uronema biceps. Le noyau, sphérique, d'un bleu verdâtre analogue à la teinte générale de l'animal, est finement ponctué, ou quelquefois paraît strié de baguettes très courtes; après carmin, on y voit apparaître, à la surface, de petits nucléoles lenticulaires. La vésicule contractile est tout près et un peu au-dessous du noyau.
Les stries ciliaires longitudinales sont fortement crénelées, et les crénelures des sillons adjacents étant disposées suivant une même ligne transversale, il se dessine à la surface un système de lignes à angle droit sur les premières, et qui donnent à la cuticule une apparence réticulée spéciale.
La taille, extrêmement variable d'ailleurs, est normalement beaucoup plus forte que dans les deux espèces précédentes; le corps est plus vigoureux, plus trapu.
Cyrtolophosis mucicola Stokes 1885 e (1888, p. 193)
Corps ellipsoïdal-allongé, presque cylindrique, comprimé dans sa partie antérieure, arrondi en arrière, tronqué obliquement en avant, la troncature étant elle-même creusée d'une profonde entaille ou concavité antéro-ventrale. Lignes ciliaires au nombre de sept ou huit seulement, longitudinales ou plus souvent spiralées par suite d'une torsion de l'animal, et portant, de distance en distance, des cils très longs, raides, quelques-uns, en arrière, beaucoup plus développés que les autres.
Sur le bord terminal de l'entaille caractéristique, un demi-cercle de cils sétiformes vigoureux, susceptibles de se rabattre sur la cavité buccale comme une sorte de casque. Bouche elliptique, au bas de l'entaille, entourée sur ses bords et en arrière, d'une membrane ondulante sacciforme. Noyau sphérique, central. Une petite vésicule contractile dans la partie postérieure du corps.
L'animal est normalement logé dans un étui mucilagineux, cylindrique.
Longueur 18 à 24 (i.
Cet organisme très petit a été décrit par Stokes en 1885. Schewiakoff n'avait pas connaissance des travaux de l'auteur américain lorsqu'il créa, en 1889, le genre Balantiophorus pour un Infusoire qu'il avait découvert dans quelques-unes des îles du Pacifique. Plus tard, en 1896, il en fait cependant lui-même un synonyme du Cyrtolophosis mucicola, mais sans lui rendre son nom générique, et sans faire mention de l'étui mucilagineux; l'animal, il est vrai, quitte au moindre propos cette enveloppe, d'ailleurs très peu visible, et ne la reforme que lorsqu'il s'immobilise pour se livrer à la pêche.
BiiTscHLi, à la p. 1715 de son grand ouvrage (1889), mentionne dans une simple note le Cyrtolophosis de Stokes : « welche sich durch einen Bûschel gekriimmter lebhaft bewegtcr Cilien am vordercn Pol auszeichnen soll und rcgelmàssigc, klumpig aufgewachsene Schleimgehaùse bewohnt, die haûfig zu Gesellschaften vereinigt sind. Die Organisation ist jedenfalls ungcnugcnd erforscht... »
Une fois de plus Stokes, cet excellent observateur, a été considéré comme quantité négligeable; et pourtant, sa description est claire, accompagnée de développements d'un réel intérêt ; la figure seule est quelque peu défectueuse.
Edmondson, en 1906, a retrouvé le Cyrtolophosis, sur lequel il donne quelques détails intéressants.
Cet Infusoire se voyait en grand nombre dans l'étang de l'Ariana, en août 1918; un peu plus tard, il s'est montré de nouveau au Parc La Grange. Lorsqu'on le trouve au
ÉTUDES SUH LES INFUSOIHES D'EAU DOUCE
repos, il faut se hâter de l'examiner, car il va bientôt partir, brusquement, laissant là son étui. En attendant, il reste immobile, ou bien de temps à autre il se rétracte d'un seul coup au fond de sa demeure; on pourrait croire que les cils de la région postérieure, beaucoup plus longs que les autres, seraient les agents du retrait subit, l'un d'eux au
moins, glutineux, étant fixé sur le fond; mais tel ne doit pas être le cas; en effet, l'animal s'occupe incessamment à allonger son étui, et ce dernier peut arriver à une longueur telle (fig. 2) que les cils postérieurs sont loin d'en atteindre le fond. Plutôt faut-il croire que le mouvement de recul est dû aux cils ordinaires, lesquels, repliés en ressorts tendus, prennent un appui sur la paroi de l'étui; en tout cas, quand il s'allonge et regagne l'ouverture, c'est avec ces cils que l'animal grimpe le long de sa logette. Il s'arrête alors au moment où les premiers cils arrivent à dépasser le bord, et se détendent tout droit au dehors; quelquefois il m'a semblé que le premier cil dorsal était plus fort que les autres, et servait de cran d'arrêt (fig. 1).
Les cils sétif ormes qui garnissent la troncature
antérieure sont mobiles, et fonctionnent tous à la fois,
comme un organe unique; ils figurent une sorte de
capuchon qui tantôt se referme au-dessus de la dépression buccale (fig. 1), et tantôt
se relève en arrière (fig. 2).
L'ouverture buccale ne m'est apparue que très imparfaitement, et quant à la membrane ondulante, elle se voit comme une large poche fixée au corps par le bas et par les côtés; mais elle ne m'a pas non plus fourni de détails précis.
Fi!], lis. — Cijitolophoxis miicicola
Monochilum tessellatum sp. n.
Corps allongé, clair, opalescent, rétréci en arrière, légèrement étalé en avant et quelque jieu rejeté sur le côté droit. Lignes ciliaires bien marquées, entrecroisées de stries Iransversalcs, lougiludinales sur le dos et à la partie postérieure de la face ventrale, arquées dans la moitié antérieure et se rejoignant au-dessus de la bouche en faisant deux à deux un angle plus ou moins prononcé; tous ces angles de jonction les uns au-dessus des autres dessinant une ligne ponctuée bien nette, qui va rejoindre l'extrémité antérieure du corps. Cils fins, serrés, recouvrant l'animal entier. I.a couche alvéolaire est traversée de trichocystes courts, fusiformes, nombreux. Ouverture buccale quelque peu
en avant du milieu de la face ventrale, eu forme d'ellipse rétrécie vers le bas, et se prolongeant par-dessous en une poche profonde. Elle est bordée, à droite, d'une longue membrane ondulante, et h gauche, de cils fins et .serrés. Noyau ellipsoïdal, volumineux, subcentral, avec gros micronoyau sphérique. Deux vésicules contractiles, non loin du l)or<l gauclu', l'uneau tiers antérieur, l'autre au tiers postérieur du corps.
Longueur 70 (i.
Fig. 110.
Mnnochiltnn Icssellaliini
C'est là unv espèce 1res caractéristique, qui se reconnaît facilement à la forme un peu spéciale de son corps allongé, légèrement déjeté sur le côté droit à sa partie antérieure, ainsi qu'à la ligne arquée, pointillée, que l'on voit partir du sommet de la fosse orale pour aller rejoiudre l'extrémité de l'animal (fig. 1 ); cette arête se dessine aux points de jonelion di's lignes ciliaires venant de gauche et de droite, et qui font entre elles un angle plus ou moins nettement indiqué; ou plutôt, si j'ai bien observé, il n'y aurait pas d'angle véritable, mais un rebord, une corniche, sur la droite de lac|uelle la surface se creuserait (pu lf(ue peu, et plus ou moins suivant le moment.
Examinée à un très fort grossissement, la surface se montre divisée en petits compartiments, dans chacun desquels est un cil (fig. 4).
Vu de côté, l'animal revêt la forme indiquée par la fig. 3; la face ventrale s'y montre assez fortement comprimée dans sa partie antérieure, et la fosse buccale s'y prolonge en une longue poche interne.
Les trichocystes, formant sous la surface une couche serrée, sont d'une forme un peu spéciale, très courts, fusiformes mais fortement renflés en arrière (fig. 2); sur un individu écrasé, je les ai vus tous faire explosion à la fois, mais sans pouvoir trouver ensuite le moindre filament qui pût leur être attribué; sans doute ces fils étaient-ils extrêmement ténus.
Le Monochilum tessellatum se trouvait, toujours assez rare, dans un fossé du marais de Pinchat, en mars et en avril 1917.
Glaucoma rubescens sp. n.
Corps ovoïde, rétréci à sa partie antérieure, et quelque peu déjeté vers le côté gauche. Bord droit du corps convexe, bord gauche creu.sé d'un arc rentrant dans sa partie antérieure, cette concavité coïncidant avec une dépression ventrale que surmonte à son tour un renflement antérieur. Lignes ciliaires parallèles dans leur ensemble aux contours du corps, mais presque toujours plus ou moins déviées de leur direction primitive par une torsion de l'animal; celles de droite sur la face ventrale se recourbent en haut vers la gauche puis reviennent en arrière en plongeant dans la dépression caractéristique, qui dessine une ligne diagonale partant du sommet de la bouche pour aller rejoindre le bord gauche du corps. Cils partout, fins et serrés. Bouche ovale allongée, étirée en avant vers le côté gauche; bordée des deux côtés d'une membrane ondulante à filaments disjoints (?). Cytoplasme coloré en rouge-brique par des myriades de petits grains. Couche alvéolaire pénétrée de trichocystes très petits. Noyau volumineux, sphérique, avec un micronoyau accolé. Vésicule contractile grande, terminale. *>///yvV*SFl
Mousses des murs.
Dans cette espèce il est difficile de se rendre un compte exact de la forme de l'animal,
en suite des torsions plus ou Fiy. 120. — aiaucoma rubescens
moins accentuées qui lui sont
habituelles, et dont le résultat est surtout d'exagérer la dépression ventrale caractéristique; d'autres fois, c'est tout l'ensemble des stries ciliaires qui paraît se déplacer. La fig. 1 donne une idée de la forme normale, telle qu'elle apparaît par exemple quand l'animal est libre et en pleine course; mais le plus souvent elle paraîtra tout autre, et ce sera tout d'abord la teinte rouge brique caractéristique qui servira de guide pour identifier l'espèce. Cette teinte est due à des myriades de grains excessivement petits, qui remplissent le cytoplasme entier, et proviennent eux-mêmes des globules verts que l'animal a avalés; la nourriture, en effet, y passe du vert au bleu, puis au jaune, puis la sphérule jaune se désagrège en granulations qui prennent à leur tour une teinte rougebrique.
L'ouverture buccale (fig. 2) vue à un faible grossissement, paraît entourée d'un bourrelet, ouvert à son extrémité antérieure; mais un examen plus minutieux y révèle une série de cils ou de flammes, qui battent par ondes successives, produisant l'effet d'une roue qui tourne, ou d'un moulinet; et ces flammes elles-mêmes ne sont qu'une apparence, due aux ondulations de deux membranes ondulantes opposées l'une à l'autre, et formées de cils dont la soudure est imparfaite.
Dans l'épaisseur de la couche alvéolaire sont noyés des corpuscules clairs, fusiformes, peu serrés (fig. 3); à l'arrivée d'un courant de glycérine carminée, on voit se produire par
toute la surface du corps une décharge violente d'une sorte de mucilage rose, rempli de petits points rouges, de filaments et de poussières; les petits corps sont donc des « trichocystes à mucilage ».
La vésicule contractile devient très volumineuse, et après la systole elle se reconstitue d'une manière assez curieuse : on voit s'étendre peu à peu une lacune, entre la couche alvéolaire et le plasma (fig. 3), puis les bords de la lacune se rapprochent, le centre se renfle toujours plus, et s'arrondit enfin en une sphère parfaite, qui va bientôt éclater.
J'ai trouvé cette espèce à plusieurs reprises, dans les mousses d'un vieux mur, à Chêne; presque toujours les individus se montraient d'abord à l'état de kystes, sphériques, de 68 (x de diamètre, d'un rouge clair, à enveloppe mince, hyaline, très fragile (fig. 4). Outre les granulations rougeâtres et jaunâtres, le plasma y renfermait des petits globules d'une huile dorée, puis une grosse boule brunâtre, plus foncée au centre, et qui représentait les débris de la digestion, rassemblés en une masse unique.
Glaucoma fîexile
sp. n.
Corps largement ovale, un peu comprimé, très déformable, légèrement déjeté vers la gauche dans sa partie antérieure. La couche alvéolaire, jaunâtre, très plastique et extensible, est ponctuée d'une infinité de granulations claires. Cils courts et seirés; lignes ciliaires longitudinales, sauf à la partie antérieure où elles font le tour de la bouche, et finement crénelées sur toute leur longueur. Bouche au tiers antérieur du corps, ellipsoïdale, à paroi supérieure striée de lignes concentriques très fines; bordée en bas et sur les côtés d'un large bourrelet strié en travers, et couvert de cils. Noyau sphérique ou ellipsoïdal, renfermant une masse nucléaire lisse et bleuâtre, ramifiée ou divisée en diverticulcs renflés à leur extrémité; micronoyau étalé sur la membrane nucléaire. Vésicule contractile grande, terminale.
Longueur 65 à 70 \i. — Mousses des murs.
Cette espèce a certainement de grands rapports avec la précédente, et c'est comme pouvant encore s'y rapporter qu'elle a été étudiée tout d'abord; la diflércnce de taille, quoique nettement accusée, suffirait tout au plus à lui donner le rang de variété; la fosse buccale paraîtrait, il est vrai, nettement difl'érente, avec ce large bourrelet en fer à
cheval, et ces stries concentriques, très fines, qui en revêtent la paroi dans le haut (fig. 3); mais dans le Glaucoma ruhescens, la structure de l'appareil buccal m'est restée assez peu claire, et peut-être bien ce dernier ne difTère-t-il que peu de ce que nous venons de voir; les stries, très fines, auraient i)u échapper à l'observation, et le bourrelet, dans le Glaucoma flexile, pourrait bien n'être qu'une membrane ondulante au repos.
Cependant, il doit y avoir là plus qu'une dilTérence de variété; la membrane (couciie alvéolaire) est ici jaunâtre, et le plasma n'est pas coloré en rouge ; les lignes ciliaires sont à peine distinctes; la surface est ponctuée d'une infinité de granulations ovales ou vermiformes, semblables à des microbes (fig. 2), disséminées en réalité sous la pellicule, et cpii pourraient bien être des trichocystes, mais ne se présentent ni sous l'apparence ni avec la disposition de ceux de Glaucoma rubescens. Le noyau, dans tous les exemplaires examinés, revêtait une structure très curieuse (fig. 4) : sphérique ou plus souvent ellipsoïdal, il renfermait une masse centrale d'où rayonnaient des prolongements fusiformes, lesquels s'épanouissaient plus loin en larges lobes ou en têtes arrondies; le tout très nettement dessiné. La vésicule contractile était identique à celle de l'espèce précédente.
Fig. 121. — (itaucoma flexile
Le corps est doué d'une plasticité remarquable, et peut se déformer à un degré extraordinaire ; dans une certaine occasion, un filament d'algue, dont la longueur dépassait du triple celle de l'animal, avait été avalé tout entier, et s'était enroulé dans le cytoplasme comme un ressort, repoussant devant lui la membrane; tout le corps, alors, s'était si bien distendu qu'il en avait pris la forme d'un tableau dans son cadre.
Le Glaucoma flexile se rencontrait, à l'automne de 1916, dans les mousses d'un vieux mur, à Chêne, et en compagnie de l'espèce précédente.
Glaucoma duplicatum sp. n.
Corps à contour vaguement ellipsoïdal, mais extrêmement variable d'apparence suivant le degré de torsion de l'animal. Face dorsale convexe, parcourue de lignes ciliaires soit diagonales, soit contournées et plus ou moins régulières; face ventrale creusée d'une large dépression au fond de laquelle est la bouche, un peu en avant du milieu du corps. Les lignes ciliaires les plus internes font le tour de l'ouverture buccale; celles de droite se prolongent vers la partie postérieure du corps; mais à gauche la striation est profondément modifiée par le fait que toute la masse gauche du corps s'est relevée, repliée ou même quelque peu enroulée au-dessus de la dépression ventrale. L'ouverture buccale, elliptique avec allongement antérieur, est bordée à gauche d'une rangée de cils forts, à droite d'une membrane pectinée, striée en travers. Cytoplasme grisâtre ou quelquefois légèrement teinté de rouge. Noyau sphérique, volumineux. Vésicule contractile grande, terminale, parfois en saillie pendant la diastole.
Longueur 70 à 100 ii. — Mousses des murs.
C'est encore dans les mousses, à Chêne, et en compagnie des deux espèces précédentes, que vivait le Glaucoma diiplicatimi. A prenriére vue, c'est par sa conformation générale, plutôt que par des détails de structure, que l'animal se distingue de ceux dont il vient d'être question. En effet, la face ventrale s'y voit profondément creusée, et en même temps, toute sa partie gauche se relève en une sorte de repli, suffisamment accentué pour venir dominer le bord gauche de la fosse orale (fîg. 4, coupe transversale); ainsi formée, la concavité ventrale fonctionne comme une sorte de ventouse (fîg. 3), et c'est là, sans doute, la raison pour laquelle l'animal peut tenir si fortement au sol lorsqu'on veut l'isoler.
Le corps est très flexible, et paraît presque nu; c'est à peine si l'on peut y délimiter une couche alvéolaire, et la cuticule semble manquer, bien qu'elle doive certainement exister.
L'ouverture buccale (fig. 2) est bordée à gauche de cils toujours en mouvement; à droite on y voit Fig. 122. — Glaucoma dupUcatum
une membrane ondulante, formée de cils soudés,
nettement visibles un à un, et qui semblent entraînés tous ensemble dans un mouvement commun, une ondulation très faible se propageant d'une extrémité à l'autre de la membrane. Le cytoplasme est grisâtre, ou parsemé de grains jaunes et rouges. Les trichocystes semblent manquer.
Le noyau est volumineux, sphérique; on voit presque toujours s'y dessiner une couronne de nucléoles, qui représentent en réalité une sorte de sphère creuse. Le micronucléus ne s'est montré qu'après carmin : une sphérule rouge, très petite, à quelque distance du noyau.
La vésicule contractile est normale et ne se reconstitue pas, comme dans les deux espèces précédentes, sous la forme première d'une vaste lacune; elle a dès l'origine sa forme arrondie et reçoit le produit de petites vacuoles. A l'état d'expansion maximum, elle dessine une saillie à la surface, comme dans les Rhizopodes, et ce fait serait de nature à confirmer le peu de développement de la cuticule dans cette espèce.
Glaucoma parasiticum sp. n.
Corps ovoïde ou pyriforme, acuminé en avant, arrondi en arrière, extrêmement déformai)le, presque amiboïde, et dépourvu de cuticule vraie. Lignes ciliaires rapprochées, longitudinales, couvertes de cils fins et serrés; au-dessus de l'ouverture buccale elles se rejoignent deux à deux en faisant entre elles un angle aigu, et tous ces points de jonction dessinent une ligne spéciale couverte de cils particulièrement développés, qui va rejoindre l'extrémité antérieure du corps. Bouche dans le quart antérieur de la face ventrale, arrondie-pyriforme, avec une forte membrane ondulante en forme de poche; une autre, très petite, à l'entrée du pharynx. Pas de trichocystes. Noyau sphérique, volumineux, avec un micronoyau ovoïde adjacent. Vésicule contractile unique, subterminale.
Longueur 35 à 70 (i..
Ce petit Infusoire rappelle d'assez près le Glaucoma sciniillans, ou mieux encore le Glaucoma pyriforme (Leiicophrys pyriformis Ehrenberg^; mais il revêt une forme différente (fig. 1, qui représente la forme de course, normale), acuminée en avant, arrondie en arrière, et ne montre pas trace de compression latérale. De plus on y remarque une ligne de cils spéciaux, qui partant de l'angle supérieur de la fosse buccale, vont rejoindre
l'extrémité antérieure du corps, où ils forment une sorte de pinceau.
L'appareil buccal est conforme, d'une manière générale, à ce que l'on connaît dans les Glaucoma, mais il ne m'a pas été possible d'en bien reconnaître les détails. Le noyau est sphérique, subcenlral, et se montre rempli tout entier de grains extraordinairemcnt petits. Il n'y a pas de trichocystes. Les lignes ciliaires sonl à peine marquées, et lorsque l'animal est distendu par la nourriture, elles ont absolument disparu.
En même temps, la cuticule est pour ainsi dire absente; on a grand'peine à la mettre en évidence; et le fait est sans doute en rapport avec les conditions spéciales dans lesquelles se trouve l'animal.
C'est en effet un parasite, peut-être temporaire seulement, mais que je n'ai jamais trouvé que dans les branchies du Gammarus pulex; non pas seulement à la surface, mais dans leur intérieur même, courant dans le labyrinthe des canaux et des vallonnements; el alors, pour passer à travers les nombreux obstacles, il se déforme continuellement, d'une manière invraisemblable, comme une amibe. Les fig. 2, 3, 4, 5 indiquent les formes par lesquelles peut passer l'animal, dans l'espace de trois ou quatre secondes seulement.
Tout en courant, les petits êtres consomment les parties molles du parenchyme de la branchie, les sphérules pâles (globules sanguins) qu'on y voit toujours; ils s'en remplissent, puis se divisent, et finissent par sortir, h l'état méconnaissable, fortement renflés.
On me permettra à ce sujet de citer dans leur laconisme original l'une des expériences auquelles je me suis livré :
15 sept. 11 h. 14. Détaché et isolé une branchie dans laquelle on voyait courir une demi-
douzaine d'individus.
5 h. On en voit une quinzaine.
16 sept. 7 h. matin. Environ quarante individus, tous encore dans la branchie. Ils sont
devenus gros et gras, pleins de globules. La branchie est tout à fait vide dans sa partie antérieure.
10 h. matin. Ils ont tout vidé, et la branchie est réduite à ses deux feuillets. Les animaux sont gros et gras (fig. (i) ; beaucoup sont déjà dehors, et j'en vois
Fig. 123. — Glaucoma parasiliciim
sortir d'autres, par le point d'attache de la branchie au corps du Gammarus. Les
grains qui bourrent le cytoplasme sont incolores, sauf quelques-uns, très petits, qui
sont jaunes ou rouges. Impossible de voir le noyau, qui apparaît après compression ;
il est normal. La vésicule contractile est visible et fonctionne. Appareil pharyngien
normal.
1 h. soir. Ils ont tout mangé; quelques-uns courent entre les deux feuillets vides.
Je transfère le tout dans un verre de montre dans lequel je mets quatre Gammarus. 5 h. La branchie transférée est introuvable, elle doit avoir été avalée par l'un
des Gammarus.
II fallut donc en rester là; mais dans une seconde expérience, une branchie isolée à 11 h. avec cinq Infusoires, en renfermait une quinzaine à 5 heures. Le lendemain à 7 h. on en voyait une douzaine à l'intérieur de la branchie, et cinq ou six couraient libres aux alentours; plusieurs autres avaient dû se perdre; mais à 10 h. tous étaient malades, et l'expérience ne put aller plus loin.
Le Glaucoma parasiticum ne s'est rencontré qu'à Thonex, dans les branchies d'un Gammarus; quelques-unes des branchies en étaient indemnes, les autres renfermaient chacune une demi-douzaine de ces parasites.
Glaucoma spumosum sp. n.
Corps non coloré, laiteux en apparence, cylindrique, extensible, trois, quatre et jusqu'à cinq fois aussi long que large, rayé dans sa longueur de stries couvertes de cils fins et serrés; ces stries, très rapprochées, sont toutes franchement longitudinales, sauf celles qui entourent la bouche. Cette dernière, au centre d'une légère dépression très rapprochée de l'extrémité antérieure de l'animal, est allongée, étroite, étirée sur la gauche dans sa partie inférieure. Elle est bordée de deux lèvres mobiles, celle de gauche lisse en apparence, celle de droite striée en travers et portant une membrane ondulante qui se résout en flammes ou filaments vibraliles. Cytoplasme fortement vacuolisé, avec vacuoles comprimées les unes dans les autres, et nombreux petits grains brillants dans leurs parois. Pas de trichocystes. Noyau en ruban très étroit, plus long que le corps entier, replié ou quelquefois rameux. Nombreuses vésicules contractiles très petites, dispersées dans l'ectoplasme.
Longueur 150 à 310 [i, suivant le degré d'extension.
Fig. 124. — Glaucoma spumosum
La forme normale dans cette espèce, quand l'animal est en course, est cylindrique, et parfois beaucoup plus allongée encore que le représente la fig. 1; mais elle peut devenir ovoïde, même presque sphérique, dans certains cas et sur certains individus.
La fosse buccale est portée très en avant, jusque très près de l'txtrémilé anlériiure; elle est longue et étroite, bordée de deux lèvres dont l'une, à gauche, semble lisse, celle de droite, striée en travers, paraissant se déchiqueter en cils ou en flammes; quelquefois, la membrane est en saillie, sortant, suivant toute apparence, de la pochette qui recouvre l'appareil buccal dans sa partie inférieure (fîg. 2); et l'aspect en devient tout différent (1).
Le cytoplasme est pâle, à petits grains brillants ou jaunâtres, sans mélange de grosses proies; il est très fortement vacuolisé, presque une écume, sur laquelle on ne distingue que difficilement les vésicules contractiles, reconnaissables à leur contour parfaitement arrondi, comme aussi aux phénomènes de pulsation. On en compte en général une centaine, très petites.
Le noyau, qu'on a grand'peine à distinguer, est en ruban très étroit, enroulé ou replié sur lui-même, ou parfois même on le voit envoyer à gauche ou à droite des bras très longs.
(1) Ici encore, et d'ailleurs comme dans tous les Glaucoma, soit décrits dans l'ouvrage actuel, soit étudiés par les différents auteurs, la structure réelle de la fosse buccale n'a Jamais été bien comprise. C'est là un appareil compliqué, qui nécessiterait à lui seul des études minutieuses.
L'animal court droit devant lui, très vite, et généralement par à coups; il s'arrête net un instant très court, puis repart tout aussi brusquement.
Un exemplaire de forte taille et de forme ovoïde, mis le 22 avril sur lamelle évidée dans une goutte d'eau claire, se trouva le lendemain matin remplacé par deux individus en forme de cylindre très allongé, et de 310 jji de longueur. Tous deux vécurent bien portants, quoique sans nourriture, jusqu'au 28 avril, tantôt cylindriques et en course, tantôt ovoïdes et au repos.
Le Glaucoma spumosum était assez abondant, à Florissant, dans toutes les saisons..
Glaucoma cylindricum sp. n.
Corps grisâtre, très allongé, cylindrique, rétréci et arrondi à ses deux extrémités. Cils courts, vigoureux, serrés, disposés sur des lignes très rapprochées, longitudinales sauf à la partie antérieure où elles se recourbent au-dessus de la bouche. Cette dernière, très rapprochée de l'extrémité de l'animal, est longue et étroite, étirée et recourbée vers le bas, et bordée de chaque côté d'un bourrelet, ou ruban clair qui paraît dépourvu de cils; elle est suivie d'un pharynx étroit qui se prolonge jusque bien loin dans le cytoplasme, en
décrivant une boucle ou spirale complète, sous la forme d'un canal étroit. Noyau très long, constituant un chapelet de nombreux grains sphériques ou ovoïdes. Une vésicule contractile, vers le milieu du corps, grande, le plus souvent entourée d'un cercle régulier de petites vacuoles de réserve. Longueur 190 (x; largeur 45 y..
Fig. 125. — Glaucoma cylindricum
Je n'ai malheureusement rencontré (dans l'étang du Parc La Grange, en octobre 1918) que trois ou quatre individus se rapportant à cette espèce, dont l'étude se heurte à d'assez grandes difTicultés; les animaux, en effet, courent avec une rapidité extraordinaire, droit devant eux, et une fois isolés sur une lamelle propre, à peine a-t-on laissé tomber sur la goutte le cou\Te-objet, qu'ils en ont déjà gagné les bords; mais cependant, même examinés à un grossissement relativement faible (1.50 diamètres) et pendant leur course, on y remarque la structure spéciale de leur appareil buccal. Sur le seul individu qu'il m'a été possible d'arrêter sous le cover, cet appareil se montrait tel que l'indique la fig. 2; on y voyait deux lèvres bien nettes, qui ne portaient, semblait-il, ni l'une ni l'autre de membrane ondulante ou de cils; puis, au bas des lèvres, une languette dont la signification n'a pu être déterminée; et le pharynx, plus loin, se continuait sous la forme d'un canal extrêmement fin, bien- visible, très long et recourbé eu une longue boucle spiralée.
Tous les individus étaient clairs, pâles, et ne renfermaient de produits alimentaires que sous forme de grains très petits; dans l'exemplaire figuré, on en voit quelques-uns, prêts à être éliminés, dans une vacuole à la partie postérieure du corps. Noyau et vésicule contractile étaient bien nets, et tels que la diagnose les a indiqués.
Glaucoma myriophylli sp. n.
Corps pâle, opalescent, à cuticule parcheminée et tenace; ellipsoïdal allongé, un peu comprimé, et à contour régulier. Cils fins et serrés, disposés sur des lignes longitudinales rapprochées; au-dessus de la bouche ces lignes se recourbent et se rencontrent deux à deux sous un angle plus ou moins aigu; les rubans qui séparent les lignes ciliaires sont striés eux-mênies de petites lignes, ou baguettes transversales. Ouverture buccale dans le tiers antérieur du corps, revêtant la forme d'un fer à cheval à branches très allongées et parallèles entre elles, et dont les extrémités sont recourbées en crochet. Cette ouverture de surface, arrondie en arrière, n'est que le bord d'une longue poche qui s'enfonce assez
loin en arrière, et cette poche est alors bordée à droite (1) par une forte lame striée en travers, à gauche par deux lames de même nature mais dont la plus petite, antérieure et recouvrant l'autre en partie, constitue une languette vibratile pouvant faire saillie au dehors. Noyau sphérique, très pâle et d'un volume énorme. Vésicule contractile grande et s'ouvrant en un pore très net, vers le tiers postérieur du corps. Longueur 105 à 140 (x.
Dans cette espèce, la forme du corps est ellipsoïdale, et l'animal ne semble jamais s'allonger pendant la marche en un cylindre nettement dessiné; mais l'ellipse est plus ou moins allongée, et quelquefois par contre c'est un ovale parfait.
C'est dans l'appareil buccal (fig. 3) que l'on trouvera tout d'abord le caractère le plus distinctif de l'espèce; la cuticule est percée, comme à l'emporte-pièce, d'une ouverture en fer à cheval, très longue et à côtés parallèles, et dont les deux branches sont recourbées à leur extrémité en une sorte de crochet qui plonge dans l'intérieur, mais cette ouverture n'est que l'entrée d'un sac, très allongé lui-même, qui va plonger as.sez loin sous la courbe du fer à cheval. Le long des parois de cette poche interne s'étendent trois membranes ou plutôt trois lames ondulantes; la plus forte, à droite, striée en travers, est le plus souvent immobile, ou simplement animée d'une sorte de frémissement; une autre plus étroite, à gauche, plus épaisse, opalescente, vibre, et de temps à autre se déploie brusquement en largeur; couchée sur cette membrane de gauche, et la dépassant dans le haut, se trouve enfin une sorte de languette, qui peut faire saillie en dehors, et se renverser brusquement en arrière.
Les lignes ciliaires sont très serrées, et l'on y voit quelquefois (surtout au
passage de la glycérine, qui met les détails en relief) dessiné un système de stries transversales (fig. 4); toute la surface se montre alors divisée en carrés minuscules, dont l'un des angles est occupé par une petite papille surmontée d'un cil.
Le cytoplasme est pâle; on n'y voit pas de proies figurées, mais à leur place, un nombre souvent très considérable de vacuoles, dont l'intérieur e.st occupé par de grosses masses arrondies, d'un noir violacé. Ces masses elles-mêmes, décomposées en leurs éléments, se montrent formées de corpuscules plutôt jaunâtres, réfringents. Il est curieux que ce soit toujours, et en toute saison, cette même forme de bols alimentaires que l'on rencontre dans cette espèce; quelquefois, il est \Tai, au lieu d'une « morula » de granulations, on ne trouve qu'un seul grain plus gros, mais le fait est rare. Il semble que l'animal se confine dans un genre de nourriture tout particulier, et de nature énigmatique. Ce Glaucoma ne s'est rencontré que dans les Myriophyllum (février, août, octobre, à Florissant) et l'on se demande s'il y aurait quelque organisme ou microbe, spécial lui-même à ce genre de végétaux, dont l'Infusoire serait particulièrement friand.
Le noyau est rond, d'un volume relativement énorme, grisâtre et finement cendré; tout près l'on trouve un micronucléus, très petit et à peine distinct.
La vésicule contractile est très grande, et s'ouvre par un gros pore à l'extérieur; après la systole, elle se reconstitue au moyen de vacuoles très petites, qui se groupent en grand nombre autour d'un centre commun, et ont déjà commencé à paraître alors que la vésicule n'a pas encore éclaté (fig. 1).
La division est transversale; un seul cas de conjugaison s'est montré; on y voyait les deux individus unis par leurs bouches, et, tout près, les deux noyaux se préparaient à se rencontrer (fig. 5).
Fig. 126. — Glaacomn myrinphylli
(1) La figure 1 représente la face ventrale, mais vue par transparence.
Les mouvements sont plutôt lents; mais quand il est inquiété, l'animal part d'une course rapide, inter ompue de temps de repos, pendant lesquels il tient si fort au substratum, pa: la face ventrale, que rien ne peut l'en détacher; puis tout d'un coup il repart, et bi ntôt se fixera plus loin.
Glaucoma sphagni sp. n.
Corps cylindrique, arrondi à ses deux extrémités, légèrement comprimé à sa partie antérieure, plastique et métabolique. Cils fins et courts, serrés, disposés sur des lignes longitudinales rapprochées, recourbées à la partie antérieure pour rejoindre une sorte d'arête terminale, qui elle-même se prolonge jusqu'à l'ouverture buccale; cette dernière, très petite, elliptique, et bordée d'une (double ?) membrane ondulante très petite également, s'ouvre tout près de l'extrémité du corps. Cytoplasme normalement coloré en vert par des Zoochlorelles, qui le remplissent tout entier sauf à la partie antérieure, plus claire. Noyau sphérique, central, avec micronoyau fusiforme adjacent. Vésicule contractile petite, latéro-terminale.
Longueur 60 à 65 (x. — Sphagnum.
Fig. 127. — Glaucoma sphagni
Cette espèce est peut-être particulière au Sphagnum, dans lequel elle a été exclusivement trouvée, à la tourbière de Valavran. Au premier jour les individus étaient nombreux, mais dès le lendemain la récolte n'en renfermait plus que quelques-uns.
Vu de face, on croit l'animal à peu près cylindrique; de côté, il change d'apparence, et l'on y remarque une sorte d'arête terminale vers laquelle viennent converger les stries ciliaires (fig. 2); il est du reste quelque peu métabolique, et prend souvent, par exemple, la forme que reproduit la fig. 3; ou bien il se comprime fortement dans sa partie antérieure, et vu en coupe sagittale se présentera tel que l'indique la fig. 5.
L'appareil buccal, presque terminal et déjeté sur le côté, est extraordinairement petit; le plus souvent, il échappe à la vue, et vu de face, ce n'est qu'une fosse elliptique minuscule, traversée dans sa longueur par une ligne médiane flexueuse (fig. 4); cette ligne, en réalité, n'est que l'intervalle entre deux membranes étroites, qui battent continuellement.
La partie antérieure du corps est claire, puis plus en arrière, les Zoochlorelles d'un vert gai, remplissent le cytoplasme presque complètement.
L'animal court prestement, en tournant sur son axe longitudinal; effrayé, il va bien vite se réfugier sous les débris, et montre une grande habileté à y rester inaperçu.
Balantiophorus chaetophorae sp. n.
Corps ovoïde, comprimé dorso-ventralement, mais très peu dans sa région moyenne et plus fort en approchant de l'extrémité antérieure, laquelle dessine une troncature diagonale allant de bas en haut et de droite à gauche. A l'angle droit de cette troncature, et faisant même saillie un peu au-delà, se trouve l'appareil buccal, très grand, formant un cadre presque rectangulaire allongé, et dont l'extrémité postérieure seule est arrondie, atteignant le milieu de la longueur du corps. Tout cet appareil constitue plutôt une sorte de poche, que la membrane propre de l'animal, transparente et peu distincte, recouvre dans toute sa moitié inférieure. Dans cette poche, deux longues lamelles ou lèvres ondulantes, dont l'une, à gauche, est lisse, et l'autre striée en travers; cette dernière bordée à sa droite d'une rangée de cils courts et constamment en mouvement. Lignes ciliaires longitudinales, serrées, couvertes de cils courts et nombreux. Noyau ovoïde, avec micronoyau adhérent. Une vésicule contractile, dans la moitié postérieure du corps.
Longueur 28 à 33 (x.
C'est là un joli petit Infusoire, clair et transparent, que l'on voyait courir partout dans les algues du genre Chaetophora, au marais de Pinchat, en mars 1917.
L'appareil buccal y est très caractéristique (fig. 1) : sur l'angle le plus bas de la troncature antérieure se voit en quelque sorte posé un cadre à contour très net, allongé, à bords gauche et droit parallèles, arrondi en bas, et dont toute la moitié inférieure est cachée dans une poche qui se prolonge sous la membrane propre de l'animal; on voit alors dans la poche deux lamelles ondulantes, l'une, plus grande, presque lisse, à gauche, l'autre à droite, striée distinctement en travers; de plus, une ligne de cils constamment en mouvement, court tout le long de cette seconde lèvre ; toutes deux, en même temps, se meuvent en s'écartant ou se rapprochant, et quelquefois viennent s'abattre l'une sur l'autre, simulant ainsi une seule lèvre médiane que l'on voit faiblement onduler.
La fig. 2 montre une division; on y remarquera le noyau allongé, et l'appareil buccal déjà formé dans le second individu.
Fig. 128. — Balantiophorus chaelophorae
Balantiophorus mucicola sp. n.
Corps ellipsoïdal allongé, non comprimé, tronqué en biais en avant, rétréci ou même acuminé en arrière, avec pointe terminale légèrement déviée vers la droite; côté gauche convexe, côté droit plane ou parfois légèrement concave. Toute la partie antérieure du corps est profondément excavée, et représente une sorte de poche, dont la paroi sur la face ventrale de l'animal est ouverte d'une longue entaille. A l'intérieur de la fosse, on remarque, à droite une membrane ou lame forte, striée en travers et couverte de cils, à gauche une lame épaisse, striée mais dépourvue de cils, et qui se prolonge jusque au-delà de la troncature antérieure sous forme d'une languette vibratile. Lignes ciliaires longitudinales, serrées, garnies de cils nombreux et fins, plus longs en arrière. Noyau ellipsoïdal, dans la partie antérieure du corps. Vésicule contractile très grande, à droite et non loin de la fente buccale.
Fig. 129. — Balantiophorus mucieola
Le Balantiophorus mucicola — si Balantiophorus il y a — était assez abondant à Florissant, en août et en septembre 1918, et cela exclusivement dans la gelée accompagnant les paquets d'œufs de petits insectes et mollusques aquatiques; on l'y voyait se promener en plein mucilage, tournant continuellement sur lui-même, et j'ai pu en conserver ainsi quelques exemplaires pendant toute une semaine, en bonne santé jusqu'à la fin. La nourriture consiste en particules de toute sorte, grains verts, diatomées, et très petits organismes qui fréquentent eux-mêmes ce milieu mucilagineux.
La diagnose qu'on vient de lire donne une idée suffisamment exacte de la configuration de la fosse buccale, dont toute la partie antérieure du corps constitue pour ainsi dire la paroi; et dans cette fosse ce qu'il y a de plus curieux, c'est cette forte membrane ou languette, qui peut soit se déployer au dehors (fig. 1), soil se rabattre sur la fosse et la fermer comme d'un opercule.
Le noyau est en principe ellipsoïdal, mais peut s'allonger, et même se replier en fer à cheval autour de la fosse caractéristique. Je n'ai pas vu le micronucléus.
La fig. 2 représente un Infusoire de taille beaucoup plus faible, qui se trouvait en nombre plus grand encore, dans la même gelée, et m'avait paru tout d'abord pouvoir se rapporter à cette espèce. Il doit y avoir là, cependant, quelque chose de différent; mais mes observations ne m'ont pas suffisamment renseigné à cet égard.
Colpidium colpoda (Ehrenb.) Stein Paramaecium colpoda Ehrenberg 1838
Corps ovoïde, légèrement comprimé, déjeté sur le côté gauche dans sa partie antérieure. Face dorsale convexe, couverte de lignes ciliaires serrées, longitudinales; face ventrale présentant une dépression ou concavité dans son tiers antérieur; au niveau de cette dépression, et sur une ligne diagonale dirigée de droite à gauche et de bas en haut, les stries ciliaires se redressent brusquement, ou doublent de nombre, puis se recourbent vers la gauche et vont rejoindre le bord de l'animal au-dessus de l'ouverture buccale. Les cils de cette partie antérieure sont pai'liculièrement longs et serrés. A l'extrémité postérieure, les cils normaux sont entremêlés de soies saltatrices spéciales. Ouverture buccale sur la gauche de la dépression ventrale; elle se prolonge en un vestibule conique recourbé, obliquement dirigé vers le bas, et muni de deux longues lames ondulantes longitudinales, qui se rejoignent dans le haut au niveau de l'ouverture; plus bas, une membrane ondulante plus petite, en forme de languette vibratile, recouvre la bouche proprement dite, à l'entrée de laquelle battent également quelques cils. Noyau ellipsoïdal ou en boudin court, avec micronoyau adjacent, placé dans la partie moyenne du corps. Vésicule contractile grande, s'ouvrant par un pore très net, un peu en ai'rière du milieu du corps.
Longueur 110 |j..
Cette espèce est bien connue, mais mes observations me permettent d'apporter sur elle quelques renseignements nouveaux. La partie antérieure du corps est généralement considérée comme tordue de droite à gauche et recourbée sur la face ventrale; et dans les figures (Schewiakoff, Roux, etc.) cette torsion est représentée de telle manière, qu'il semble que cette partie antérieure s'est positivement rabattue sur le corps; mais, s'il est certain qu'une dépression véritable existe, qui traverse en diagonale la face ventrale, je n'ai pas pu voir qu'il y ait de torsion réelle; ce n'est guère là, m'a-t-il semblé, qu'une apparence, due au fait que les stries cilaires viennent buter contre une ligne diagonale fictive, à partir de laquelle une brusque transition se fait à des lignes plus serrées, et garnies de cils plus nombreux et plus longs (fig. 1).
A l'extrémité postérieure du corps se trouvent, mêlées aux cils ordinaires, un certain nombre de soies, très fines et difficilement visibles, et sur lesquelles il ne semble pas que
l'attention ait été attirée jusqu'ici; tantôt on les voit immobiles, même quand les cils du corps sont en mouvement, tantôt elles se mettent à vibrer; et ce sont elles, alors, qui seraient cause de ces brusques pirouettes auxquelles l'animal se livTe par moments. L'appareil buccal est d'une structure toute particulière (fig. 2): on y voit tout d'abord un entonnoir profond, recourbé et rétréci vers le bas, et le long de .ses parois s'étendent deux membranes ondulantes qui se rejoignent par leurs sommets, et paraissent alors n'en faire qu'une; plus bas, sur le bord droit de la bouche proprement dite, se dresse une troisième membrane ou languette, qui tantôt vibre activement, et tantôt fonctionne comme une sorte d'opercule, et recouvre l'entrée du phaiynx. Ce dernier se prolonge au delà de l'entonnoir, en une sorte de canal, dont la paroi de gauche, au voisinage de la bouche, est tapissée d'une ligne de cils très courts. Les petits grains nutritifs, surtout peut-être des microbes, arrivent les uns après les autres, et le pharynx se distend, jusqu'à s'arrondir en une vacuole parfaite, dans laquelle on voit tournoyer les grains lorsque les petits cils sont en action; puis tout d'un coup la vessie se vide en arrière, et les parois se rapprochent, viennent s'appliquer l'une à l'autre mais pour recommencer bien vite à s'écarter. Dans la fig. 2 le pharynx est représenté à demi fermé en traits pleins; la ligne pointillée le montre à l'état renflé.
Fig. 130. — Colpidium colpoda
Dans la fig. 3, nous avons un commencement de division; la vésicule contractile s'est déjà dédoublée, mais on ne voit rien du nouvel appareil buccal; le noyau, dans cet individu, n'était pas apparent.
Tillina magna Gruber 1880
Corps réniforme, comprimé latéralement. Face dorsale convexe, face ventrale creusée dans sa partie antéro-médiane d'une dépression profonde, et relevée par contre, dans sa moitié postérieure gauche, d'une large proéminence ou bosse caractéristique. Lignes ciliaires épousant dans leur ensemble les contours du corps; cils forts, serrés, plutôt courts. La couche alvéolaire est striée dans son épaisseur, les stries représentant des trichocystes fusiformes très petits. Bouche au fond de la dépression ventrale ; allongée, plus étroite en avant, et se continuant en arrière en une poche peu profonde; elle est pourvue de deux lamelles ondulantes, l'une plus large, à gauche, découpée en flammes vibratiles, l'autre plus étroite, à droite, et dont la structure est plutôt celle d'un bourrelet garni de cils longs et vigoureux. Noyau sphérique, à pâte cendrée dans laquelle sont renfermées des masses plus compactes, lobées, ramifiées ou variables dans leur forme. Vésicule contractile au centre de la convexité ventrale.
Longueur 125 à 190 [i. — Mousses des murs.
Sur ce vieux mur du « Chemin de la Montagne », près de Chêne où se sont rencontrés tant d'organismes particuliers aux mousses, l'on trouvait au commencement de l'année 1916 (février, puis mars et avril), et régulièrement à l'état enkysté, un Infusoire qui une heure ou deux après le lavage courait déjà à la recherche de sa nourriture, et se montrait sous la forme d'un Colpode, mais d'un Colpode de taille bien supérieure à celle des espèces jusqu'ici décrites. Les Colpodes, il est vrai, présentent, d'un individu à l'autre, de très grandes différences de taille; mais les plus gros, dans toutes les espèces connues, arrivent tout juste à 100 (x, et ici, tandis que la taille moyenne peut être calculée à 150 [i environ, le maximum de 200 est quelquefois atteint.
Après avoir vainement cherché à déterminer cette espèce, j'en étais arrivé à la considérer comme nouvelle et à l'inscrire dans mes notes sous le nom de Colpoda praestans, lorsque le travail de Gruber concernant la Tillina magna (1880) me tomba sous les yeux. C'était alors, me parut-il, une Tillina que j'avais rencontrée, et qu'on pouvait encore, dans ses traits généraux ramener à la Tillina magna. Sur un point, cependant, et un point d'une importance extrême, les deux Infusoires diffèrent absolument : pour les assimiler l'un à l'autre, il faudrait admettre que Gruber se soit comf)lètement mépris sur la structure de l'appareil buccal. Eh bien ! cette méprise est possible; es observations deviennent ici très difficiles, autant et plus encore que pour les Colpodes, dans lesquels, à mon avis, l'appareil buccal n'a jamais été parfaitement compris. Cela étant, c'est comme Tillina que nous considérerons notre Infusoire; Tillina magna? c'est peut-être plus problématique encore, mais le problème a peu d'importance, et nous n'en chercherons pas la solution.
En décrivant sa Colpoda Henneguyi qui ressemble étrangement à une Tillina, Fabre-Domergue traite de l'appareil buccal dans les termes suivants : « Au fond de la dépression buccale s'ouvre, sous forme d'une large fente arrondie en haut et pointue vers le bas, la bouche à laquelle fait suite un œsophage beaucoup plus haut que large. Je n'ai pu me rendre compte de la nature des appendices qui garnissent ses parois. »
Dans la Tillina magna ou tout au moins dans l'Infusoire auquel je crois pouvoir donner ce nom, cette large fente dont parle Fabre est pointue dans le haut et arrondie vers le bas (fig. 2), et quant à la nature des appendices qui garnissent ses parois, je puis au moins essayer de la décrire : à première vue, on y voit battre des cils, sur ses deux bords et jusqu'à l'extrémité inférieure, mais un examen plus attentif montre qu'il y a là deux lames, l'une plus étroite, à gauche, l'autre plus large, à droite; toutes deux sont striées en travers, les stries correspondant à des cUs nettement reconnaissables un à un. Sur la lame de gauche, ces cils semblent être simplement juxtaposés, et susceptibles de battre indépendamment les uns des autres; sur celle de droite, ils paraissent être liés plus solidement entre eux, à peu près comme le sont ensemble les barbules dans les plumes des oiseaux, et la lame vibre tout entière ou en une succession de flammes, pendant qu'une
ÉTVDBS SVk LES JNFUSOJRES D'EAU DOUCE
rangée spéciale, cependant, vibre aussi le long du bord droit; mais sur ce même bord et seulement dans le quart antérieur de la poche buccale, on voit également des cils, très serrés, disposés comme pour former une sorte de peigne (fïg. 2).
Comme chez les Colpodes, le cytoplasme est toujours bourré de sphérules (fig. 6), renfermant des grains excessivement petits; ce sont là des grains nutritifs, que l'animal empâte par petits groupes dans des boulettes mucilagineuses. Quelquefois, cependant, on rencontre des proies figurées, de petites Nostoccacées, par exemple, que l'animal trouve en abondance dans les mousses.
La couche alvéolaire est striée de nombreux trichocystes, courts, fusiformes (fig. 6); en écrasant l'animal, on les voit brusquement se dégager de la surface en un véritable nuage de filaments courts, flexueux, renflés à leur extrémité en une tête très petite.
La vésicule contractile, toujours logée dans la gibbosité postérieure, se reforme, après la systole, comme une nappe liquide, s'étendant assez loin sur les côtés, et traversée de languettes protoplasmiques; puis la nappe se rassemble en une sphère bien ronde; le pore excréteur s'ouvre sous une petite dépression de la membrane alvéolaire (fig. 6).
Le noyau (fig. 5) est sphérique, volumineux; on y voit, dans une pâte finement cendrée, une ou plusieurs masses curieusement ramifiées, ou bien formant elles-mêmes une sphère creuse. Le micronoyau, très pâle, est appliqué à la membrane nucléaire.
Nous avons dit plus haut que les mousses sèches ne renferment guère que des kystes, très minces, hyalins, lisses; mais à peine ces kystes sont-ils humectés, qu'on voit leur contenu s'organiser. La grosse masse jaunâtre, entourée bien souvent de masses indigestes dont elle s'est débarrassée (fig. 4), commence à tourner dans son enveloppe, d'abord lentement puis avec une rapidité toujours plus grande, et la distend soit par le frottement, soit aussi en se lançant violemment contre la paroi, dans une région de moindre résistance où la rupture s'effectuera; j'ai constaté en même temps, sur quelques-uns des kystes, mais pas dans tous, une distension énorme de la vésicule contractile ; puis tout d'un coup elle crève, et son contenu se répand en une longue vague entre le corps et la paroi du kyste; ce dernier, déjà extrêmement mince, se distend alors à son tour, et finit par se déchirer. L'animal sort brusquement, encore informe, puis il se met à tourner, s'allonge, et s'enfuit.
Les kystes sont simples ou doubles; et dans ce dernier cas, c'est-à-dire lorsqu'ils renferment deux individus, chacun des animaux a son kyste propre, et les résidus de la
digestion se montrent entre les kystes internes et le kyste externe commun. Il y a eu là, sans doute, tout d'abord cnkystement simple, expulsion des résidus, puis division dans le kyste et formation d'une pellicule enveloppante autour de chacun des individus nouveaux.
Ces derniers sortent alors bientôt, soit tous deux presque en même temps, soit à quelque distance l'un de l'autre.
J'ai constaté à cette occasion un fait assez curieux : dans une première série de recherches, où douze kystes avaient été rencontrés, tous étaient simples; dans une seconde série, où trois kystes s'étaient seuls présentés, tous renfermaient deux individus. En me reportant aux conditions atmosphériques relatives aux deux récoltes, j'ai pu établir que la première avait eu lieu (7 mars) tout juste après une saute brusque de froid, survenant elle-même après une courte vague de chaleur humide; les animaux, très jeunes c'est-à-dire à peine sortis d'un kyste pendant la chaleur avaient été forcés de s'enkyster au retour subit du froid, avant de s'être gorgés de nourriture, et alors, dans leur kyste, ils n'avaient pas éprouvé le besoin de se diviser. En effet, ces kystes ne renfermaient que très peu de débris, ou
Fig. 131. — Tillina magna
même n'en avaient pas du tout. Dans la seconde récolte (17 mars) les kystes à deux individus renfermaient beaucoup de débris d'excrétion; l'enkystement avait surpris des animaux bien repus, c'est-à-dire dans des conditions favorables à la division. L'enkystement peut être dû à des causes diverses, et on l'obtient facilement, par exemple, en isolant des animaux sur lamelle évidée, où la nourriture leur fera complètement défaut; mais les phénomènes y deviennent assez capricieux. Après quelque temps, et généralement au second jour, le petit être s'enkyste; mais plus tard, il se désenkystera, pour se réenkyster encore quand décidément il n'aura rien trouvé à sa convenance. L'expérience suivante, celle dont la durée a été la plus longue, mérite d'être citée :
3 mars. — Mis sur lamelle évidée, sous le cover, un gros individu, qui s'était gorgé
de nourriture en 24 heures.
4 mars. — 8 h. matin. Enkysté.
5 mars. — 8 h. matin. Encore enkysté, mais il a rejeté, sous la paroi du kyste, une
masse jaunâtre de débris. Il tourne lentement sur lui-même (un peu moins de un tour à la minute).
6 mars. — 8 h. Il est sorti pendant la nuit, mais il est malade (?) et en boule.
— 1 ^ h. La boule tourne lentement, et l'animal semble se réenkyster.
7 mars. — 8 h. Il court, un peu déformé.
8 mars. — 8 h. Enkysté, et ne tourne plus.
— 5 h. Même état
9 mars. — 8 h. Même état.
— 5 h. Même état, mais probablement malade.
10 mars. — 8 h. Même état. Il n'est pas malade.
11 mars. — 8 h. Même état; paraît bien portant.
12 mars. — 8 h. Encore très bien portant; il tourne dans sa loge comme s'il voulait en
sortir.
13 mars. — 8 h. Il y tourne encore, lentement.
14 mars. — 9 h. Il est encore là (tourne ?).
Ainsi donc, après deux ou trois jours, l'animal n'a plus eu la force de sortir de son kyste, mais il a vécu longtemps. Les autres expériences ont donné des résultats semblables, mais en général, les animaux sont morts après trois ou quatre jours.
Frontonia leucas Ehrenb. 1838
Corps allongé, un peu comprimé sur la face ventrale, arrondi à ses deux extrémités, légèrement rétréci en arrière; côté droit plan ou à peine concave; côté gauche faiblement convexe. Cils fins et serrés, disposés en rangées longitudinales rapprochées, qui vont se rejoindre en avant de la bouche. Péristome ovale, étiré en une pointe aiguë, prolongé en bas, sur le côté droit, en un sillon longitudinal, qui s'étend jusque bien loin vers l'extrémité postérieure du corps; cette fosse orale est tapissée dans toute sa longueur de lanières qui plongent dans l'intérieur du corps, libres et flottantes à leur extrémité, élargies en papilles à leur point de rattachement sur un cadre qui les réunit en une série continue. Ce cadre péristomien, strié en travers, et garni lui-même de cils fins, entoure la fosse orale sur son contour entier, et cette fosse est encore bordée, à gauche, d'une lamelle striée, très large; à droite, d'une membrane ondulante longue et étroite. Le cytoplasme renferme un nombre considérable de trichocystes, fusiformes, courts, vigoureux. Noyau ellipsoïdal allongé, avec plusieurs micronoyaux accolés. Vésicule contractile dans la partie moyenne du corps, giande, munie d'un gros pore central, et entourée de longs canaux rayonnants.
Longueur très variable, 120 à 450 [x, suivant l'âge ou aussi la localité.
Il est peu d'Infusoires qui soient aussi communs que la Frontonia leucas, il en est
peu qui aient été autant étudiés et peu également, pourrait-on ajouter, sur lesquels
les renseignements soient restés aussi peu précis. Schewiakoff disait en 1889 : « Aile Beschreibungen, mit Ausnahme der von Maupas, sind recht mangelhaft... » C'était vrai, et pourtant nous avions déjà sur cette espèce un nombre considérable de travaux, parmi lesquels ont peut citer comme les plus importants ceux de Maupas (1883), de Fabre-
ÉTUDES SUH LES INFUSOIBES D'EAU DOUCE
Fig. 132. — Frontonia leucas
DoMERGUE (1888 b), de Balbiani (1888); plus tard est venu Schewiakoff (1889), et en dernier lieu Brodsky (1908); et pourtant, on peut dire encore aujourd'hui que nous sommes très loin de connaître dans sa structure intime cet organisme intéressant entre tous. Après avoir voué à cet Infusoire une attention toute particulière, je crois pouvoir ajouter à mon tour quelque chose à ce que nous en savons déjà.
Les points les plus importants sur lesquels il y ait à revenir, concernent l'appareil buccal, les trichocystes, et la vésicule contractile; mais il en est bien d'autres encore qui méritent d'être étudiés, la cuticule, le noyau, le cytoplasme, dont nous aurons à nous
occuper brièvement ; la division, la conjugaison, nécessitent également quelques lignes, et il nous faudra consacrer un instant à un curieux parasite, spécial à cette espèce, dont il ne semble pas que l'on ait jamais fait mention.
Commençons par l'appareil buccal, le péristome, qui se présente tout d'abord comme une ouverture cordiforme-allongée, dont la pointe est antérieure (fig. 1, 2). A la droite de cette ouverture, nous trouvons trois bandes striées, parallèles, séparées par trois lignes couvertes de ponctuations très petites et très serrées, dont chacune montre l'origine d'un cil très court; mais en réalité, il y a quatre lignes ciliaires, la plus éloignée du centre concernant le bord droit de la bande externe ; la bande interne est également ciliée à son bord gauche, mais en plus, on la trouve bordée d'une lèvre ou lame ondulante, étroite, qui la suit sur toute sa longueur et va se perdre en arrière dans la gouttière pharyngienne à son point d'origine. Sur ce côté droit de l'appareil buccal, en effet, les rubans striés se prolongent en un long canal, ou gouttière pharyngienne étroite, qui descend le long de la face ventrale, et ne s'arrête que peu avant d'avoir atteint l'extrémité postérieure du corps.
Si nous considérons maintenant le bord gauche de l'ouverture pèristomienne, nous n'y trouverons plus que deux rubans striés. Tout en haut, à la pointe apicale, il semble bien qu'il y en ait trois, se détachant des rubans de droite avec lesquels ils font un angle aigu, et en même temps on y voit une sorte de rebord interne, ou de lame fortement lecourbée, large, qui paraît plonger sous les rubans de droite, mais tout cela reste peu distinct, et en tout cas, à peine les rubans striés ont-ils quitté l'apex, que l'on n'en voit plus que deux; ces deux rubans, alors, de courbe différente, le plus interne étant plus fortement arqué que l'autre, s'étendent le long du bord gauche du péristome, se replient en bas vers la droite, et, très réduits de largeur, ils font un coude brusque, plongent dans le canal pharyngien, et vont se confondre avec sa paroi. Je n'ai pas pu m'assurer que ces rubans de gauche fussent ciHés, sauf le plus externe, qui l'est bien en tout cas.
Toute cette partie gauche du péristome est à son tour recouverte d'un» sorte d'opercule, une lame striée en travers, qui se rattache au corps par son bord gauche, et, libre à son bord droit, laisse à nu la partie droite de la fosse pèristomienne.
Mais si nous examinons de plus près cette fosse elle-même, nous y verrons, soit à droite, soit beaucoup plus distinctement à gauche, un certain nombre de papilles ou perles, qui semblent accolées au rebord interne de la bande striée, et, en abaissant l'objectif, nous voyons ces papilles plonger dans la profondeur en s'amincissant toujours plus. On croirait se trouver en présence d'une suite de clous à grosse tête, recourbés de telle sorte que toutes les pointes viennent à se rencontrer dans la profondeur. En réalité, ce sont là de fortes lanières, et la tête de clou résulte d'une accumulation d'une petite masse de plasma très clair au sommet de chacune des lanières; si l'on comprime avec précaution tout cet appareil, il arrive un moment où la papille disparaît brusquement, fondue dans le plasma qui l'entoure, et les têtes des lanières se présentent alors comme une
suite de parallélogrammes-rectangles très allongés, dont chacun n'est autre chose que la représentation en coupe transversale des lanières elles-mêmes. Ces dernières sont disposées d'une manière très régulière le long du ruban strié, à égale distance les unes des autres, et ne s'enchevêtrent jamais; et c'est là même un fait qui ne laisserait pas que de surprendre un peu, si l'on ne constatait, par un examen plus minutieux, qu'entre les lanières il y a des fils, des stries f^j^. 3), et que ces stries sont tracées elles-mêmes sur une membrane très mince, un voile infiniment clair, qui s'étend entre les lanières et les empêche de divaguer.
Les lanières de gauche, avons-nous dit, sont les plus fortes, et cela d'autant plus qu'elles sont plus rapprochées du coude que le péristome vient faire brusquement avec le canal pharyngien, puis, devenues très faibles, elles se continuent dans le canal même, à peine visible alors.
Les lanières de droite, plus faibles, bordent la bande striée sur toute sa longueur et se continuent également avec elle dans la gouttière et jusqu'à son extrémité.
En résumé, tout cet appareil peut être comparé à une sorte de corbeille, une corbeille très ornée, dont le cadre serait complet, alors que plus bas le travail ne serait pas fini ; les « côtes » resteraient flottantes, et la corbeille serait en fait une nasse (fig. 3).
Maintenant, quelle est l'utilité de ces lanières ? car elles en ont une, certainement. Balbiani, qui semble avoir été le premier à discerner la stinicture de ces éléments spéciaux (1) se prononce dans les termes suivants : « Si l'aliment est de très petit volume, il glisse le long de l'espèce de gouttière formée par
le pharynx et l'œsophage, et pénètre dans le plasma à l'extrémité postérieure de ce dernier conduit. Si, au contraire, il est volumineux, formé par exemple par un gros Infusoire ou un Rotateur, il écarte les baguettes flexibles du pharynx et de l'œsophage et tombe dans la cavité du corps. Ces baguettes, en raison de leur élasticité, se referment en s'entrecroisant derrière la proie et l'empêchent de ressortir par l'ouverture buccale restée libre. «
Telle est bien l'impression qui se dégage immédiatement de l'étude de cette structure si particulière ; il y aurait là une nasse, qui laisserait passer la proie sans lui permettre de revenir en arrière; mais, si le fait est vrai pour la fosse buccale elle-même, en est-il de même pour la gouttière étroite ? c'est ce dont certaines observations m'obligeraient à douter. Tout d'abord, la gouttière n'est pas libre, elle n'est pas, pourrait-on dire, à ciel ouvert; la cuticule de ITnfusoire la recouvre, ce dont on peut s'assurer en regardant très attentivement la surface du canal; et à cet égard, la fig. 5 ne sera pas sans un enseignement précis; en pressant brusquement sur une Frontonia isolée sous le couvre-objet, je réussis un jour à en expulser le contenu tout d'un bloc, la pellicule, très forte dans cette espèce, restant là comme un sac vide, et parfaitement intacte dans la région buccale; on y voyait alors se dessiner très nettement l'ouverture correspondant au péristome, ainsi que les stries de la cuticule, dont la disposition, comme le montre la figure, est assez curieuse.
Le fait que la gouttière n'est pas à découvert serait alors de nature à rendre moins
Fig. 133. — Frontonia leucas
(I) Balbiani compare la cavité pérlstomienne à . une sorte de cage à clairevoie, formée de grosses baguettes courbes et Hexibles... et plus loin à . une sorte de nasse concave, allongée, formée de baguettes courbes parallèles, s'entrecroisant d'un côté à l'autre; f mais il ne parle pas du voile qui s'étend d'une baguette à l'autre.
nécessaires les fonctions des lanières en tant que nasse, sans pourtant nous obliger à renoncer à l'opinion de Balbiani; mais un nouveau fait s'est présenté, qui semblerait indiquer des attributions différentes : sur deux individus l'un après l'autre, j'ai vu distinctement certain jour quelques débris glisser le long de la gouttière, mais d'arrière en avant, c'est-à-dire vers la bouche, et là, ces fragments furent rejetés au dehors. L'observation n'a peut-être pas une valeur bien grande, car l'individu se trouvait comprimé, c'est-àdire anormal; mais enfin, les lanières semblent pouvoir laisser passer au moins les petits objets, peut-être surtout ceux qui doivent être expulsés.
A ce propos, je voudrais encore citer un fait : La Fronlonia peut avaler de grosses proies, animales ou végétales, diatomées, même Rotifères; mais elle montre une préférence marquée pour de petites algues filamenteuses, excessivement étroites mais dont la longueur arrive au double, au triple de l'Infusoire lui-même, ou beaucoup plus encore; une fois dans le cytoplasme, ces filaments s'enroulent, grâce à la circulation du plasma, et les tours en deviennent toujours plus serrés, jusqu'au moment où la proie figurera un ressort de montre (ce dernier, plus tard s'émiettera en une quantité de fragments); et je me suis demandé, alors, si le canal ne pouvait pas faire l'office d'une filière, au sortir de laquelle le filament, venant buter contre la paroi postérieure du corps, se relèverait forcément en une courbe, laquelle préparerait, pour ainsi dire, la spirale future ?
Les fig. 3 et 4 ne seront pas inutiles ici : Dans la première, nous avons une corbeille péristomienne, élargie, un peu déformée, vue par dessous après l'écrasement brusque d'un individu. La .seconde montre une partie de l'appareil, tel qu'il se présentait dans les mêmes circonstances sur un autre individu; ce n'était plus qu'un lambeau déchiré, mais bien instructif encore; à gauche, se voit la bande striée de gauche, avec les lanières rejetées sur le côté; le voile qui les relie les unes aux autres n'est pas représenté, et en fait, il reste toujours presque invisible. A droite, nous avons la bande striée de droite, dont une bonne partie s'étendait le long de la gouttière longitudinale.
Nous aurons plus tard à revenir sur l'appareil pharyngien, lorsque nous traiterons de la division.
La vésicule contractile revêt dans la Fronlonia leucas des caractères tout spéciaux : elle est accompagnée de canaux rayonnants, plus larges et plus nettement marqués dans cette espèce que dans n'importe quel autre Infusoirc, et .si développés qu'ils semblent couvrir, comme de longs bras, la face dorsale du corps presque tout entière (fig. 1). Ce ne sont pas des bras, du reste, mais des canaux réservoirs, «elont chacun a son individualité propre, et qui ne peuvent en aucune façon être assimilés à des diverticules de la vacuole centrale; de plus, ils ne sont pas anastomosés, comme on l'a dit souvent ; parfois,
cependant, bifurques, et les branches des bifurcations peuvent arriver dans le voisniage immédiat les unes des autres, mais elles ne se confondent pas (1).
Brodsky donne le nombre des canaux comme étant de dix; tel est, assurément, très souvent le cas; mais le chiffre de douze m'a paru être fréquent. Ils rayonnent autour de la vésicule, en laissant entre eux des intervalles quelque peu inégaux; et j'ai constaté à cet égard un fait assez curieux : les canaux arrivent à la vésicule plutôt par couples que chacun suivant le rayon exact du cercle; si l'on .se rapporte à la fig. 14, on y verra, plutôt que douze canaux, six paires de tubes, avec leurs rennemcnts antérieurs légèrement déviés et se regardant pour chaque paire; et les intervalles entre les deux canaux d'une même paire étant triangulaires, il s'ensuit que les canaux repré.sentés dans la figure comme parallèles deux à deux appartiennent en réalité chacun à un couple différent. Il faut ajouter, cependant, que cette disposition reste fort vague, et qu'on ne doit pas s'attendre à la trouver toujours nette.
Fig. 134.
Fronlonia leucas
(1) Dans r.mtomiie de 1918, Von trouvait dans l'itan;^ de TAriana une très grosse forme de Fronlonia. les canaux rayonnants, souvent plus nombreux que dans le type (jusqu'à 16), se voyaient fréquemment bifurques, et entre eux. J'ai cru distinguer quelques anastomoses vt^ritaidcs; mais ce n'i'talt encore là, J'en reste persuadé, qu'une apparence, sans rapport avec la réalité.
Fig. 134 (bis). — Frontonia teucas
Examinons maintenant la vésicule dans son fonctionnement : Dans la fig. 10, elle est à son maximum d'expansion, et va tout juste se vider, par un gros pore bien net, que l'on voit traverser la couche alvéolaire sous la forme d'un cône à base reposant sur la vésicule. L'on voit à gauche et à droite, et dans l'ectoplasme, les extrémités, fermées en cul-de-sac, de deux canaux. Dans la fig. 11, la systole est à peu près terminée, et déjà, les canaux se sont élargis, les culs-de-sacs se renflent légèrement ; en 12, les canaux se vident, les apports de liquide se mêlent; la fig. 14 montre cette même phase vue d'en haut; sept des canaux sont tout juste en train d'évacuer leur contenu (tout cela deux ou trois secondes après la systole), en petits nuages clairs que l'on voit faire irruption dans le cytoplasme grisâtre et finement cendré. On remarquera dans la fig. 12, que le pore excréteur est maintenant conique avec pointe en bas. Dans la fig. 13 nous avons la vésicule telle qu'elle résulte de la fusion des produits des canaux ; elle augmentera encore quelque peu de volume, mais par elle-même et sans que les canaux lui apportent rien; ces derniers sont maintenant plus étroits, mais on les voit bien vite s'élargir, et ils resteront là chacun comme un long réservoir, pour ne se vider qu'après la prochaine systole.
Comment s'alimentent les canaux ? par simple osmose, semble-t-il, mais peut-être y a-t-il là de toutes petites vacuoles, qui échappent à l'examen, et qui viennent s'y vider. En tout cas, sur l'animal fortement comprimé, et où les canaux sont devenus incapables de fonctionner normalement, on voit de nombreuses vacuoles se former le long de leurs bords, et grandir comme ne trouvant plus elles-mêmes où se vider.
La vésicule bat à des intervalles assez variables, suivant la taille, l'activité même de l'animal, la qualité de l'eau, etc; dans les conditions normales, c'est à 25 ou 30 secondes qu'il faut calculer les systoles. J'ai fait à cet égard quelques expériences, intéressantes par leur rapport avec les nouvelles théories relatives à la signification de la vésicule contractile, et qui toutes ont donné des résultats concordants : Traitée par l'eau salée, et dont la salure correspondait à peu près à celle d'un bouillon ordinaire, on voit la vésicule, qui battait à 25 secondes, passer en quelques minutes au chilTre de 30, 35, 50, 80 secondes entre chaque systole; puis la fatigue s'accentue très rapidement, et les intervalles passent à 3, 4, et même 5 minutes. Si l'on tarde alors trop longtemps à apporter de l'eau pure, c'est la maladie ou ce sera la mort; mais si l'on n'attend pas plus qu'une demiheure, et que l'on transporte à la pipette l'animal en eau pure, on le verra peu à peu se ranimer, les pulsations redeviendront normales, à 25 secondes par exemple, et l'animal, parfaitement sain, courra gaîment; en même temps, d'une manière générale, on peut dire que la vésicule contractile mettra d'autant plus de temps à reprendre ses pulsations normales, que l'animal aura été lui-même plus longtemps soumis à l'action du milieu salé.
Nous arrivons aux Trichocystes, qui sont extrêmement nombreux, disposés avec une certaine régularité dans la couche alvéolaire, et en outre, répandus par milliers et sans ordre dans l'ectoplasme; ils bordent aussi l'appareil buccal et son prolongement en gouttière. Ils sont courts, vigoureux, fusiformes, un peu plus étroits en avant, et creusés d'un léger étranglement vers leur tiers antérieur; la fig. 16 donne un dessin à peu près exact du trichocyste normal, tel qu'il se présente avant toute explosion, mais déjà isolé de l'animal; j'ai remarqué qu'à ce. moment, il revêtait une apparence un peu différente de celle qu'on lui voit à l'intérieur du corps; un peu plus pointu, plus recourbé dans sa partie antérieure. Ajoutons que quand, dans cet état, on réussit, sans qu'il éclate, à le soumettre à l'action de la glycérine carminée, on constate après un instant que dans une enveloppe non colorée et dont la forme n'a pas changé, la masse interne s'est rétractée, et se montre colorée en un rose clair sur lequel quelques petites masses se détachent en un rouge foncé.
On s'est beaucoup occupé des trichocystes de la Frontonia leucas; Brodsky, en 1908, a récapitulé les faits acquis, rapporté les opinions des auteurs, et étudié lui-même le sujet plus à fond qu'aucun de .ses devanciers. C'est à lui que je renverrai pour la discussion des faits.
Si nous voulons résumer en quelques mots la théorie de Brodsky relative à l'explo-
sion, nous pourrons l'indiquer en ces termes : Le trichocyste se ramasse tout d'abord sur lui-même, en une petite sphère; puis dans l'intérieur de cette sphérule on voit se produire un tourbillonnement giratoire, et tout d'un coup sort un fil, qui se déroule au dehors. Cette petite boule, Brodsky nous le dit lui-même, avait déjà été entrevue, par Allman, qui avait cru remarquer un tourbillon, suivi de la projection d'un fil; l'auteur russe, en 1908, arrivait donc à confirmer les observations de Allman, en leur donnant par ses propres recherches quelque chose de plus positif. Mais pour moi, il y a là encore une erreur; Allman et Brodsky ont tous deux expérimenté sur des cas anormaux, et de plus, ont vu plus qu'il n'y avait.
On peut considérer en effet le phénomène ou bien comme se poursuivant dans sa forme parfaite, ou bien comme anormal, entravé dans son accomplissement.
L'explosion parfaite est facile à décrire : le trichocyste s'allonge brusquement en une baguette droite, relativement large, légèrement fusiforme (fig. 15), quatre ou cinq fois aussi longue que l'était le trichocyste primitif, et dont la masse totale est également bien supérieure à ce qu'elle était auparavant. L'une des extrémités de la baguette est en pointe fine, l'autre est plus obtuse, et probablement, dans l'explosion complète, sera-t-elle ouverte, percée à son sommet; j'ai dit « probablement », parce que c'est sur Fronionia acuminaia que j'ai vu ces sommets déchirés, mais dans ces deux espèces les trichocystes sont à peu près identiques, et l'on ne peut guère douter que dans l'une comme dans l'autre, il y ait ou puisse y avoir après l'explosion, un tube vide, dont le contenu s'est échappé.
Quoi qu'il en soit, tout se passe si rapidement que la transformation seule a pu se constater, sans que l'œil en ait suivi les détails; dans des cas très rares, cependant, et concernant peut-être des trichocystes peu mûrs, j"ai pu suivre le cours de l'allongement, qui se fait des deux extrémités à la fois, sans qu'il y ait passage par un état de boule ffîg. 28). Ajoutons que si les baguettes sont normalement très droites, parfois on les voit
flexueuses; beaucoup plus rarement, ce sera la forme indiquée par la fig. 2S, où la partie médiane du trichocyste s'est allongée dans la direction normale, les deux bouts faisant angle avec elle ; très fréquemment, par contre, et surtout lorsque l'explosion a été amenée par un coup violent sur le couvre-objet, écrasant subitement l'animal, les baguettes sont brisées en et probablement se sont-
Fia- 135.
Fronionia leucas
ils donnent des résultats bien diffé-
zigzags; elles sont sorties toutes ensemble, en masse, elles déformées en s'ont rcchoquant.
Quant aux ])hénomènos d'explosion anormale rents; non moins intéressants du reste, et faciles à obtenir, soit sur des animaux affaiblis par une longue inanition ou une eau mal aérée, soit plongés dans un milieu légèrement salé; ou bien aussi sur des trichocystes non mûrs. La transformation, qu'on peut suivTe de l'œil, peut alors se décrire comme se poursuivant sous trois aspects différents :
1" Le trichocyste se déploie, s'allonge tout entier, en un large fil, droit ou recourbé, ou en S, ou même spirale (fig. 20, 21).
2° Seule la moitié antérieure du trichocyste subit une transformation réelle, et s'allonge, ou s'enroule plus ou moins; dans la fig. 17, on voit la moitié inférieure restée sous sa forme première parfaitement int acte (le cas est très rare) ; dans les fîg. 18 et 19, elle s'est déformée quelque peu, tandis que la moitié antérieure se repliait en corbin ou s'enroulait en crosse.
3" Après un temps généralement très court, mais exceptionnellement assez long
(10 minutes), pendant lequel le trichocyste isolé est resté passif, on le voit brusquement s'abattre, pour ainsi dire, sur lui-même, se ramasser en une petite boule; et alors — fait sans doute important et que Brodsky ne semble pas avoir constaté — cette boule possède un noyau, une petite perle bleuâtre (fig. 22), excentrique, perdue dans la masse pâle de la sphérule ; et ce noyau ne manque jamais; très rarement il y en a deux. Mais à peine cette boule s'est-elle formée, qu'on voit se produire à son intérieur une sorte de frémissement, une rupture moléculaire de la masse, et que tout éclate brusquement en poussière, ou bien aussi se résorbe simplement et disparaît sans laisser de traces. De fil, il n'y en a pas; quelquefois, cependant, après un instant de repos, la boule, au lieu de se désagréger en poussières, émet un prolongement (fig. 23, 24, 25), qui part dans une direction tangente, soit droit, soit recourbé, mais ne va jamais bien loin; ce prolongement, du reste, fait partie constituante de la boule, ce n'est pas un fil qui a été lancé, c'est un déroulement avorté.
Nous avons parlé tout à l'heure d'un noyau, ou quelquefois de deux, et l'on pourrait se demander si dans le second cas il n'y aurait pas là un signe préliminaire de la division. Mes observations ne m'ont rien appris sous ce rapport, mais cependant, les deux fig. 26 et 27, qui représentent des trichocystes isolés, et tels que j'en ai pu voir quelquefois, seraient assez suggestives sous ce rapport.
Quel est l'agent de l'explosion, la cause de la transformation subite? Pour ma part, je serais porté à y voir un phénomène de turgescence, une absorption pour ainsi dire instantanée de l'eau ambiante; c'est là du moins ce que certains faits me conduiraient à penser. En effet, isolez une Frontonia dans l'eau claire, et comprimez-la brusquement sous le couvre-objet; les trichocystes sortiront de toutes parts, et éclateront presque tous aussitôt; isolez-la dans une eau légèrement salée (salure d'un bouillon ordinaire), comprimez-la, et rien n'éclatera (à salure plus faible, l'explosion pourra se faire); mais faites maintenant arriver un courant d'eau claire, éliminant peu à peu le sel, et vous verrez les trichocystes éclater. Tant que les trichocystes sont éloignés de l'eau pure, ils n'éclatent pas; et je citerai à ce propos le cas d'une Frontonia capturée par un Tentaculifère {Discophnja cotlnirnala), où l'on voyait les trichocystes passer nombreux les uns après les autres dans le canal du tentacule, pour arriver au plasma de la Discophrija et s'y répandre sans changer nullement de forme, quittes à être digérés peu à peu. Autrement dit, dans un milieu salé, le trichocyste, salé lui-même, n'absorbe pas par osmose, et ne fait pas explosion; mais en contact avec l'eau pure, non salée, il absorbe vivement, et explode.
Le noyau, dans la Frontonia leiicas, est allongé, ellipsoïdal ou en boudin court (fig. 7). On le voit tout entier composé d'une pâte fine, dans laquelle sont disséminés des petits nucléoles sphériques, nettement dessinés. Tout contre la membrane sont couchés plusieurs micronoyaux, allongés, à membrane forte (fig. 7, et S, plus grossi^. La membrane nucléaire est relativement très forte elle-même; lorsque le noyau est isolé au dehors, et, comme dans tous les lufusoires, change immédiatement d'aspect, la masse interne se rétracte, mais alors on la voit attachée encore aux deux pôles de la membrane par un véritable filament (fig. 9j.
Le cytoplasme se montre le plus souvent bourré de proies de toute nature, même des Rotifères et de grandes Diatomées; mais, comme nous l'avons dit, il semble y avoir une préférence pour les longues algues vertes filamenteuses cloisonnées, qui finissent toujours par s'enrouler dans le plasma; plus tard, la masse spiralée se tasse en une boule gélatineuse, qui devient jaune, puis brune, et dans laquelle le fil se désagrège peu à peu en ses éléments cloisonnés.
Dans les couches superficielles de l'ectoplasme sont répandues en grande profusion des sphérules (ou i)eut-ètre des disques?) très pâles, extrêmement petites (1 jx tout au plus). Le meilleur moyen pour les bien étudier est de mettre l'objectif au point sur la vésicule contractile; on voit alors ces sphérules, entre les trichocystes dispersés ça et là, comme des petits grains très pâles n>ais bien nets. Ce seraient là, peut-être des sphaeroplastes, qu'il ne faut pas confondre avec des granulations répandues en grand nombre à la surface même de la cuticule, et dont la signification reste problématique. Ces granulations superficielles, ajoutons-le, se colorent avidement par le carmin, en un rouge intense qui tourne plus tard au violet.
Au mois de novembre 1916, de nombreux cas de division sont subitement apparus à Florissant, avec les premiers froids; mes observations ont alors presque exclusivement
LES INFUSOIRES d'EAU DOUCE 9
porté sur l'appareil phaiyngien, qui se résorbe, disparaît complètement, pour se reformer de toutes pièces sur chacun des nouveaux individus; parfois, le pharynx a déjà complètement disparu alors que la Fronlonia primitive (généralement très grosse) revêt encore sa forme habituelle, et ne montre pas trace d'étranglement traiisversal ; d'autres fois la disparition est un peu plus tardive, mais en tout cas l'ébauche des deux nouveaux appareils est toujours commencée longtemps avant la séparation des individus; et lorsque cette dernière a lieu la transformation est terminée déjà.
Cette transformation pourrait faire en elle-même l'objet d'une étude particulièrement intéressante, par les phases successives que l'on aurait à constater et qui rappellei'ai:nt peut-être des états antérieurs dans l'évolution de l'espèce. Tout d'abord, on voit battre deux petites membranes ondulantes, striées, qui font saillie au dehors; un peu plus tard, et quand l'appareil s'est déjà mieux dessiné (fig. 6) il n'y a plus que des bourrelets, trois à dioite, larges, qui vibrent par eux-mêmes, et souvent sont parcourus d'ondulations longitudinales; en outre, ces bourrelets sont bordés de cils courts. A gauche, ce ne sont plus des bourrelets, mais trois lignes étroites séparant deux rubans concentriques, qui .seront plus tard striés en travers. Quant à la gouttière caractéristique, elle commence tout juste à se creuser.
De temps à autre, j'ai rencontré des cas de conjugaison; les deux individus, de taille généralement inégale, s'appliquent l'un à l'autre par leur appareil pharyngien, et sur la ligne de jonction on voit se former une sorte de dépôt gélatineux, qui descend toujours plus bas; les animaux se vident peu à peu de leurs bols alimentaires; les noyaux se coupent en fiagments qui s'arrondissent, et sont bientôt disséminés dans le cytoplasma. Ainsi soudé, le couple peut être conservé longtemps sans changement appréciable; j'en ai gardé deux dans un verre de montre, du 31 décembre au 5 janvier, sans qu'on y vît de changement, et le dernier jour, les couples couraient encore, bien portants.
Le 17 mai 1918, et pendant les deux ou trois jours suivant.^;, ces cas de conjugaison se sont montrés très nombreux, à Florissant; les animaux, liés solidement par la bouche, ne possédaient cependant plus trace d'appareil péristomicn; mais une fois détachés l'un de l'autre, ils commençaient à s'en reformer un et se mettaient immédiatement à capturer de petites algues vertes. En même temps, on remarquait courant de côté et d'autres des petits individus (180 \i), pâles, en apparence souffreteux, et dont les traits caractéristiques étaient :
1° Manque partiel ou absolu d'appareil péristomien;
2° Absence de bols alimentaires, ou tout au plus quelques restes digérés;
3° Vésicule contractile indistincte, et canaux à peine vi.sibles;
4° Noyau souvent dénaturé, converti en un long filament enroulé sur lui-même;
5° Trichocystes rares et petits.
C'étaient ces individus, autant que j'ai pu m'en a.ssurer, qui recherchaient surtout la conjugaison.
Dans mes notes relatives au sujet, je trouve encore ces observations :
6° « Ces petits individus sont sujets à la maladie du parasite à baguettes >'; et c'est alors de
cette maladie que je voudrais parler un instant :
A Florissant et à l'Ariana, l'on voyait de temps à autre, parmi les Fronlonia d'aspcel lïoi mal, des individus ])lus petits, faibles et jaunâtres, privés presque toujours d'une bonne partie de leu.rs trichocystes, mais jiar contre plus ou moins remplis de vacuoles spéciales, allongées, et dans l'intérieur des(|uelles on voyait un faisceau de baguettes. Sur quarante Fronlonia, on en trouvait une avec cette ajjparence spéciale, le corjjs rempli, semblait-il, non plus (le Iriciiocystes, mais de nématocystes tels qu'on les voit dans les animaux plus élevés en organisation.
Cepenelant, en écrasant les individus, on voyait se dégager de toutes parts non pas des vacuoles, mais des capsules, transparentes, incolores, à forte paroi, et dont la forme était la |)lui)art du temps celle d'uu obus, mais dépourvu de sa calotte teruuuale (fig. 30). A l'intérieur, un faisceau de bagucllcs, lrans|)arentes, un peu rcnllées et bleuâtres à leur base et souvent prolongées à leur sommet en une lame étroite et |)oiutue (fig. 32). Le faisceau, conique, reposait sur un tapis de matière bleuâtre, mêlée de sphérules; et toutes les pointes des baguettes étaient dirigées vers le sommet de la capsule, que fermait un mince diajjhragme. C'est en perçant ce diai)hragme que les baguettes sont projetées au dehors lorsqu'on écrase la capsula; dans une occasion particulières j'ai cru voir toutes les
ÉTUDES SUR LES mFUSOIRES D'EAU DOUCE
FIg. 13Ci. — Frontonia leucas
baguettes, dont la forme était celle de la flg. 32 a, s'allonger à vue d'œil, et prendre la forme de la fîg. 32 b; mais peut-être y avait-il illusion, car en général, si la croissance de cette partie antérieure en lame effilée est réelle, elle se produit plus lentement.
Il ne m'a pas été possible de suivre l'évolution de ces curieux organismes; mais d'après les différentes formes que je les ai vues revêtir, on peut, je crois, se faire une idée assez nette de ce que cette évolution doit être; nous aurions tout d'abord une baguette unique (fig. 33), puis un couple (fig. 34), puis un faisceau dont les éléments vont se séparer, et la fig. 37, où l'on voit plusieurs baguettes probablement en formation dans une gaine commune, montrerait peut-être l'origine du faisceau ; d'autres ■ fois chaque baguette isolée s'entoure d'une enveloppe renflée en arrière (fig. 35), d'abord très peu, puis toujours plus (fig. 36); quant à la fig. 29, elle représente une Frontonia
sur laquelle s'était piquée comme une aiguille une baguette à ce premier stade d'évolution. Devait-elle y pénétrer, et y continuer son développement? En tout cas, l'enveloppe revêt de plus en plus la forme normale (fig. 30), en même temps que les baguettes deviennent plus nombreuses à l'intérieur; et enfin, la capsule, sans plus croître en longueur, se développe en largeur (fig. 31) et peut renfermer alors une quarantaine de baguettes.
A quelle famille végétale devons-nous rattacher ce parasite? Car c'est un végétal, sans doute, un cryptogame, et les baguettes seraient des spores, mais mes recherches sont restées sans résultat.
La Frontonia leucas est assez commune, et l'on peut toujours s'attendre à la trouver à la surface de la vase noirâtre qui couvre les fonds tranquilles; mais elle n'y présente pas toujours le même aspect, et je ne serais pas étonné si l'on y découvrait plusieurs formes ou variétés, qui sous certains rapports ne seraient pas sans intérêt. A l'Ariana, par exemple, en juillet 1918, les individus y revêtaient une taille particulièrement forte; les exemplaires de 550 y. y étaient assez nombreux, alors qu'en général on ne les voit que rarement dépasi;cr 350 (x; le corps était large, renflé, arrondi en arrière, et la gouttière pharyngienne en atteignait presque l'extrémité postérieure; les trichocystes se montraient si abondants qu'ils semblaient remplir le corps entier; la vésicule n'avait qu'un seul pore, comme toujours, mais très large et cependant très peu visible.
Au marais de Bernex, en mai de la même année, toutes les Frontonia étaient vertes, colorées par la Chlorella vulgaris.
Frontonia acuminata (Ehrenb.) Bûtschli 1889 Ophryoglena acuminata Ehrenb. 1833
Corps ovoïde ou revêtant vaguement la forme d'un écusson, large, quelque peu comprimé, obtus et arrondi en avant, acuminé en arrière. Cils fins, serrés, disposés le long de lignes longitudinales rapprochées, qui vont se rejoindre au-dessus de la bouche. Péristonie ovale, acuminé en avant, prolongé en airière, sur son bord droit, en un sillon relativement court, peu distinct; appareil buccal de même structure que celui de Frontonia leucas. Trichocystes de même structure également. Noyau ellipsoïdal, avec un seul micronoyau, sphérique, volumineux, le plus souvent encastré dans une dépression de la membrane nucléaire. Vésicule contractile subcentrale, dépourvue de canaux rayonnants mais bordée d'une couronne de vacuoles accessoires, et s'ouvrant à l'extérieur par deux pores bien marqués.
Longueur 100 à 120 [i; souvent jusqu'à 150 [i.
La Fronlonia acuminata se trouve presque toujours en compagnie de la précédente, et les observations faites sur ces deux organismes ne font guère que se contrôler les unes les autres. i\Iais les différences spécifiques n'en sont pas moins très nettes.
Comparée à la Fronlonia leucas, la Fronlonia aciiminala peut être caractérisée comme suit :
1° Elle est beaucoup plus petite, plus fortement comprimée, plus large, et terminée
plus franchement en pointe en arrière ; 2° Les trichocystes y montrent une disposition beaucoup plus régulière ; 3° La gouttière péristomienne est plus courte; 4° Le noyau est plus large, renferme de gros nucléoles, et n'a qu'un seul micronucléus,
encastré dans une dépression à l'une des extrémités; 5° La vésicule contractile n'est pas accompagnée de canaux; de plus, elle s'ouvre au
dehors par deux pores (rarement trois) au lieu d'un; ce caractère est très constant.
Mais il est un élément sur lequel il nous faut revenir : Les trichocystes sont un peu plus courts, et la « tête » y est un peu plus claire, et un peu plus nettement détachée de la
masse; de plus la masse ^ ^ jf interne se voit plus fréquem-
" " ment dédoublée ; mais à part ces
!• infimes différences, ce sont les
mêmes encore. L'étude des phénomènes d'explosion y donne, dans son ensemble, les mêmes résultats ; transformation subite en une longue aiguille ffig. 7), ou bien contraction brusque en une petite boule; mais ici quelque chose est déjà différent : le petit gi'ain bleu, ou noyau, que renferme la boule, est plus gros, on le voit plus nellemeni (fig. 6); après explosion, l'aiguille se voit ici, bien plus souvent que dans Fron/onia leucas, déchirée à son extrémité, et quelquefois, eu même temps que la déchirure se produisait, les bords s'en sont évasés, même rabattus sur le côté (fig. 8).
Mais il est un fait encore plus caractéristique, que l'on ne constate guère que sur la Fronlonia acuminata : quand après écrasement d'un individu les trichocystes se répandent nombreux au dehors, il on est toujours quelques-uns et, parfois même un très grand noml)re, dans lesquels l'explosion ne concerne (|ue l'uiu^ des moitiés du fuseau; et alors, on voit ce demi-fuseau tronqué, à son bord, et garni d'un miiu-e bourrelet (fig. 5 a); ou bien aussi, très souvent, la petite boule caractéristique s'est formée, et s'est rabattue sur le demi-fuseau où elle ne restera qu'un temps très court, pour s'émietter brusquement ; la fig. 5 c, montre cette petite bonle, et je puis ajouter qne la fig. 5 b concerne le même Irichocyste, tel qu'il avait élé trouvé une seconde auparavant; la moitié antérieure s'était déformée, avait commencé à s'allonger avant de se rabattre en boule sous mes yeux. J'ai noté, d'aill'. iirs, plusieurs cas semblables.
Sur un individu brusquement écrasé, le 5 janvier, je trouvai, mais seulement dans ime région particulière du cytoplasme, un grand nombre de trichocystes tels que les montrent les lettres a, h, c, <l, de la fig. 4. Eu a, l'on voyait une fine nuunbrane, à l'intérieur de laquelle le contenu s'était lassé en deux jiortions laissant entre elles un vide médian: en /), il semblait y avoir un eommencenu-nl de division; en c, c'était une division ])resque achevée. En d, on pouvait penser à une division longitudinale, ce qui contredirait les premières suppositions; mais n'y aurait-il pas In iilutùl le résultat d'un glissement des individus l'un sur l'autre, après la division?
.l'ai trouvé dans deiix d( s stations visitées, des Fronlonia que je n'ai pas cru devoir séparer de Fronlonia acuminata, mais qui méritent en tous cas une mention spéciale : Dans la première variété (fig. 9), les individus, assez nombreux (à Valavran, dans le
pig. 137. — Fronlnnia aciiminala
Sphagnum), avaient la forme de la Frontonia leucas, allongée, à peine comprimée, arrondie en arrière, mais ils étaient beaucoup plus petits; l'appareU péristomien s'y montrait très nettement délimité, mais la gouttière s'y dessinait à peine; la vésicule contractile était celle de Frontonia acuminaUt, à deux pores, et dépourvue de canaux; le noyau, large, avec un seul micronucléus, était également celui de Frontonia acuminata. En résumé, c'était une Frontonia acuminata avec la forme leucas.
La seconde variété (fig. 11) plus typique, a été trouvée à Pinchat, et dans une région spéciale du marais ^ les individus, très petits (65 (xà 70 (i), ellipsoïdaux, peu comprimés, possédaient une vésicule contractile à deux ou tout aussi souvent à trois pores, et qui se reformait au moyen d'une
jolie étoile de vacuoles; en avant, l'on voyait à peu près toujours une tache noire, qu'un fort grossissement résolvait en un amas de petits grains olivâtres (1); mais l'appareil péristomien s'y montrait particulièrement curieux; très petit et peu distinct, on y voyait la cage ordinaire, un peu spéciale cependant (fig. 10); mais plus bas, la gouttière s'enfonçait brusquement, pour s'élargir ensuite en une fosse large et profonde. La fig. 12 donne au moins le contour de l'appareil tout entier, la partie supérieure étant supposée à la surface de l'animal, et l'inférieure ne se montrant qu'une fois l'objectif quelque peu abaissé.
Fig. 138. — Frontonia acuminata
Frontonia parvula sp. n.
Corps ovoïde, arrondi et légèrement déjeté vers la gauche à sa partie antérieure, acuminé en arrière, légèrement comprimé dorso-ventralemcnt. Cils fins et serrés; lignes ciliaires i approchées, longitudinales, celles de la partie antérieure de la face ventrale s'arrondissant au-dessus de la bouche, toutes ces lignes s'entrecroisant avec des lignes transversales dues à des stries, peu marquées, qui traversent les rubans longitudinaux; et toute la surface du corps se montrant guillochéc de petites partitions dont chacune porte en son centre une perle brillante, en relief. Péristome ovale, peu distinctement marqué, de structure identique à celui de Frontonia leucas, mais avec sillon postérieur très court. Trichocy.stes extrêmement petits. Noyau ellipsoïdal allongé, ou en boudin court, avec un micronoyau à l'un de ses pôles, encastré dans une dépression de la membrane nucléaire. Vésicule contractile très grande, s'ouvrant par un seul pore, et dépourvue de canaux rayonnants.
Longueur 60 à 70 ii; rarement jusqu'à 75 [x. — Mousses des murs.
Cette petite Frontonia est particulière aux mousses, et peut-être même aux mousses des vieux murs; c'est en effet sur ces murs antiques de Chêne et de Malagnou, qui m'ont fourni tant d'Infusoires, que je l'ai rencontrée encore, au printemps de 1917 et de 1918. C'est presque une Frontonia acuniinata, mais les caractères différentiels y sont trop bien accusés, trop constants aussi, pour qu'on puisse y voir une simple variété.
Le petit animal, très clair et pur, agile et très actif, se distingue tout d'abord à l'apparence spéciale de la cuticule; on la voit couverte de perles, en relief sur la surface; dans la Frontonia acuminata, et même aussi dans Frontonia leucas, ces mêmes perles existent, mais à peine marquées, et répandues sans ordre à la surface ; ici, plus fortes et plus nettes, elks sont disposées avec une grande régularité, chacune au centre d'un petit carré (fig. 2), dont les bords droit et gauche sont foi mes par les stries longitudinales du corps, et les bords supérieur et postérieur par de petites rides, transversales par rapport
(1) Une tache noire a éVé quelquefois mentionnée comme l'un des caractères de la Frontonia acuminata; mais on peut dire que cette accumulation de grains s'y trouve bien rarement; par contre, dans cette variété, elle est normale, et ne manque que très exceptionnellement.
à ces dernières; toutes ensemble, les lignes transverses décrivent à la surface, et cela surtout dans la partie antérieure du corps, un système de stries à angle droit sur les lignes ciliaires normales (fig. 1).
A ce propos, je voudrais rilater quelques expériences faites à l'aide du rouge neutre basique. Sous l'action du réactif, la Frontonia parvula — tout comme d'ailleurs Frontonia leucas et acuminata, sur lesquelles je me suis borné à constater le fait — se colore instantanément en un rouge carmin intense; et sans paraître aucunement en souffrir, elle court en parfaite santé, pendant un jour et plus encore. Un individu, par exemple, coloré le 25 avril au matin, puis transféré dans une eau pure, courait allègrement le 26 avril à 4 h. 14 du soir, lui-même teinté d'un beau rose, sur lequel les perles de la surface tranchaient en un rouge très foncé; mais ayant à ce moment opéré un nouveau transfert, je fus assez surpris de retrouver l'animal, de suite après l'opération, courant agile et actif, et bien rose encore, mais sans revêtement de perles; elles avaient disparu, au cours du transfert, pendant lequel, sans doute, l'animal avait été tourmenté; et l'on peut se
demander, s'il n'y aurait pas dans ces petites perles des éléments défensifs, des « trichocysles à mucilage », analogues à ceux que nous retrouverons dans des Infusoires assez nombreux (même des Péritriches, Vorticella nionilata).
Notre Fronlonia, du reste, a ses trichocystes normaux, fusiformes, relativement très larges, mais très petits, de 3 à 4 [X à peine (fig. 3), et qui, à l'explosion, se déploient en une aiguille fine et très longue (fig. 4).
L'appareil péristomien est de structure identique à celui de l'espèce précédente, mais plus petit, moins nettement marqué, et, même sur l'adulte, les deux rubans internes, gauche et droite, sont relativement très développée, et qui bat
.<>xV..>,^
Fig. 139. — Fronlonia parvula
bordés chacun vivement (fig.
d'une 2).
lèvre ondulante
Le noyau est quelque peu variable de forme, plus ou moins allongé (fjg. 5); on le voit changer peu à peu de place, sous la poussée des courants qui se produisent au sein du plasma.
La vésicule contractile n'est pas accompagnée de canaux; elle se reforme par un étoilement de vacuoles, et s'ouvre à l'extérieur par un gros pore unique, dorsal. La Frontonia leucas, on se le rappelle, n'a, elle aussi, jamais qu'un seul pore; la Frontonia acuminata en possède deux, ou parfois trois.
J'ai remarqué dans cet organisme, un trait de conduite assez curieux : quand, après l'avoir isolé sur une lamelle propre, on laisse tomber le couvre-objet sur l'animal, au lieu de fuir immédiatement et de se diriger vers les bords, il s'arrête inerte, et quoitiue en bon état de santé, il reste indéfiniment tel, montrant alors nettement dts cils raides, inmioblies, assez forts, qu'on avait à peine pu entrevoir dans leur état d'activité.
Frontonia nigricans sp. n.
Corps pyriforme, fortement rétréci et étiré en pointe à sa partie postérieure, arrondi eu avant; à peine comprimé, et d'une teinte violacée caractéristique. Lignes ciliaires rapprochées, longitudinales, celles de la face ventrale recourbées et arquées au-dessus (le la bouche, et couvertes de cils lins et serrés. Périsîonie au tiers antérieur du corps, acuminé en avant, prolongé en arrière, sur son côté choit, en un sillon relativement très court, et de même structure que dans Frontonia leuca.^. Cytoplasme bourré de granulations d'un vert noirâtre, qui dans leur en.semble donnent à l'animal sa teinte caractéristique. Trichocysles fusiformes, délicats, disséminés dans le cytoplasme. Noyau ovoïde, à gauche de la corbeille buccale, avec sphérules nucléolaires dispersées dans une
pâte grisâtre. Vésicule contractile au-dessous du noyau, et s' ouvrant au dehors par quatre ou cinq pores distincts.
Longueur 200 à 220 y..
A première vue, et sous un faible grossissement, cette espèce rappelle le Stentor niger; mais il y a là une Frontonia bien typique, et qu'on n'aura pas de peine à reconnaître à plus ample examen. On ne peut mieux comparer sou apparence qu'à celle d'une figue, sur le fond bleuâtre de laquelle se détacheraient trois taches claires; la plus nette représente alors le noyau, une autre, un peu plus bas, indique la vésicule contractile; une troisième, longitudinale, en point d'interrogation, marque la place de l'appariil péristomien; tout en avant, se montre également une zone claire étroite, et en arrière, la teinte est plus claire aussi.
Toutes ces taches sont dues à l'absence ou à la rareté relative des grains très petits, de Ifxà peine, qui fourmillent partout dans le cytoplasme; pris un à un, ils sont d'un vert noirâtre sale; tous ensemble, ils fournissent une teinte violacée. Api es écrasement de l'animal, on les voit partout répandus, entre les trichocystes expulsés (fig. 3). Ces derniers, fusiformes, sont relativement très longs, atteignent 18 (z, un chiffre supérieur à celui des trichocystes de Frontonia leucas. Probablement donnent-ils, à l'explosion, les mêmes résultats que ces derniers; mais ils n'ont pas été étudiés.
L'appareil péristomien est encore du type II leucas », tout en en différant sous certains rapports (fïg. 2); le ruban de droite (qui m'a paru simple, et non formé de trois rubans parallèles) est très fortement marqué et garde toute sa largeur jusque bien loin en arrière du péristonie, portant une longue série de lanières courtes
mais fortes. En outre, sur la droite de ce ruban, on remarque une sorte de baguette, arquée, et qui partant de la pointe de l'ouverture péristomicnne, va s'arrêter en arrière au niveau de la membrane ondulante de gauche; probablement cette baguette n'est-elle elle-même qu'une lèvre vibrante.
La vésicule contractile, dépourvue de canaux radiaires, montre toujours plusieurs pores, quatre ou cinq en géuraal.
La Frontonia nigricans se rencontrait, en exemplaires assez nombreux, au marais de Bernex, au mois de mars 1918; un peu plus tard, en juin, je l'ai retrouvée à Rouclbeau, parfaitement caractéristique.
L'animal est toujours en marche, d'une vitesse modérée, tournant de temps à autre sur son axe longitudinal, et montrant alors sa face ventrale légèrement concave. Il est très robuste; j'ai conservé dans un verre de montre une douzaine d'individus pendant plus de quinze jours, sans leur fournir aucune nourriture, mais en renouvelant l'eau de temps à autre; et ils couraient toujours, l'air bien portant et gardant encore leur forme parfaitement normale.
Fig. 140. — Frontonia nigricans
Clathrostoma viminale gen. nov. sp. n.
Corps allongé, légèrement comprimé, arrondi à ses deux extrémités, convexe du côté droit et légèrement concave du côté gauche. Face dorsale convexe; face ventrale creusée d'une dépression qui s'étend sur les deux tiers de la longueur du corps. Lignes ciliaires longitudinales; sur la face ventrale elles se recourbent au-dessus de la bouche, et au-dessous se ressen eut pour aller se rejoindre deux à deux et à angle aigu le long d'une ligne qui part de l'ouverture buccale pour aller tout droit jusque vers l'extrémité postérieure de l'animal. Toutes ces lignes normales sont entrecroisées avec des séries de lignes dues à une strialion transversale des rubans longitudinaux, de telle sorte que la surface d'enveloppe se montre guillochée de petits carrés, dont chacun porte une perle à
son centre. Ouverture buccale au tiers antérieur du corps; elle est en fente étroite, et encadrée de quatre bandes étroites concentriques, qui portent chacune à leur bord externe une rangée de ponctuations, lesquelles coïncident avec autant de cils spéciaux, très fins, courts et serrés. A la plus externe de ces bandes étroites se rattache une couronne de lanières très longues, formant ensemble une sorte de nasse qui va traîner bien loin dans le cytoplasme. Ce dernier, grisâtre, rempli de granulations pâles ou jaunâtres, renferme de très petits grains brillants, qui forment généralement une couche foncée dans la partie postérieure du corps. Trichocystes fusiformes très petits, peu distincts.
Noyau allongé, ellipsoïdal ou fusiforme, avec trois ou quatre micronoyaux, appliqués, les uns tout près des autres, à la membrane nucléaire. Vésicule contractile vers le milieu du corps, s'ouvrant par un gros pore central, et entourée de vacuoles accessoires qui se prolongent à l'intérieur du cytoplasme en un canal ou tube extrêmement
nn.
Longueur 115 à 125 |ji.
Fig. 141. — Clathrostoma viminale
C'est presque une Fronionia que nous avons encore ici; par toute son apparence générale, par tous les détails de sa structure sauf un seul, cette espèce rentre assez nettement dans le genre; mais c'est par la bouche, ou plutôt par la corbeille buccale que l'animal diffère des Fronionia, et même de tous les Infusoires connus. Examiné par la face ventrale, à un grossissement modéré (fig. 1) on y voit une ouverture elliptique, que semble suivre un sillon médian qui se prolonge jusque vers l'extrémiié postérieure di l'animal ; mais s'il y a un sillon, très faible et superficiel, ce n'est pas une gouttière interne; c'est une ligne longitudinale, qui ne fait que marquer les points où viennent se rejoindre les lignes ciliaires arrivant de plus haut. La corbeille (fig. 3) est un cadre parfait, ellipsoïdal, entourant une ouverture longue et étroite ; ce cadre lui-même est formé de quatre rubans concentriques, séparés par autant de sillons bordés de perles très fines dont chacune porte un cil court, et ces rubans sont traversés chacun de fines stries, en même temps que des stries plus fortes (ou croirait même à des fibrilles élastiques?) traversent le cadre dans toute sa hauteur. 11 n'y a nulle part de membrane ondulante; mais par contre, nous trouvons ici des lanières, analogues à celles des Fronionia, tout aussi fortes mais beaucoup plus longues. Rattachées par leur extrémité large au bord externe du cadre, elles plongent dans l'intérieur, puis se redressent en prenant une direction longitudinale, et s'en vont traîner bien loin dans la {)rofondeur (fig. 2, où l'animal e-st vu par le côté). L'appareil buccal du Claihrosionia pourrait donc se comparer à celui des Nassula, mais supposé garni de lanières et non plus de trichites.
La bouche est du reste fortement extensible, et peut s'épanouir comme une ventouse circulaire, comme le montrent les fig. 7 et 8, relatives à un cas tout ])ai ticulier et qui mérite d'être rapporté :
Un individu tout-à-fail nornuil, qui circulait lentement dans ks débris, s'arrêta tout-à-coup, et se fixa au couvre-objet par sa face ventrale (cette face, il faut l'ajouter, est normalement déprimée, creusée sur une bonne partie de sa longueur); puis après un instant très court, le périslome s'ouvrit largement en vintouse, et se projeta quilque peu en saillie sur le dehors (fig. 8) (1). En même temps, la fente buccale s'arromlissait, puis d'abord très large elle finit par se rétrécir en une toute petite ouverture ronde, par
(1) La fîg. S est schématique; ranim;il oxaminé par sa face ventrale ne laissait pas voir le relief; mais à mesure que la ventouse se dessinait, le corps disparaissait à la vue; pour le voir nettement, il fallait abaisser l'objectif.
laquelle on voyait pénétrer de l'eau; la ventouse, d'abord grande ouverte, plaquait alors toujours plus fort, en obligeant le liquide qu'elle circonscrivait à passer dans le cytoplasme; il y passait, en effet, sous la forme de vacuoles ou de bulles claires, qui disparaissaient bientôt à la vue, en même temps que des courants violents se produisaient dans le plasma. La même opération se répéta cinq ou six fois de suite, sans qu'il me fût possible d'en trouver la raison.
La cuticule est très forte, tenace, opalescente, et sur un examen attentif, on la voit découpée d'alvéoles kexagonaux (fig. 10), avec une petite perle au centre.
Les trichocystes (fig. 11) sont de même forme et de même structure que ceux de Frontonia leucas, mais beaucoup plus petits; à l'explosion, ils s'allongent comme eux en une aiguille, relativement plus fine encore (fig. 9). Ils peuvent donner lieu, dans certaines circonstances, au phénomène caractéristique de la rétraction subite en boule, et cette boule, j'ai pu m'en assurer, renferme également un petit grain bleu.
Le noyau (fig. 5) est fusiforme, d'un gris pur tacheté de petites sphérules nucléolaires; accolés à sa paroi, on voit plusieurs micronoyaux, presque toujours quatre, réunis tout près les uns des autres; chacun d'eux est rond, pâle, et renferme soit plusieurs vacuoles (fig. 6) soit une lacune unique.
La vésicule contractile se reforme au moyen d'un étoilement régulier de vacuoles très allongées rétrécies h leur extrémité distale en une pointe fine, même en un canalicule qui devient peu à peu invisible. Elle s'ouvre au dehors par un gros pore, dont l'orifice est rond, mais dont la lumière devient elliptique plus bas, et se termine en pointe ou plutôt en hanche de clarinette au contact de la vésicule (fig. 4); c'est là du reste ce que l'on voit quelquefois dans divers Infusoires, par exemple dans la Frontonia leucas; mais dans le Clalhrostoma j'ai vu, lors de la systole, les deux parois du tube s'écarter l'une de l'autre, et la pointe s'ouvrir. Il semblerait que la vésicule elle-même a dû forcer l'ouverture, en écartant les parois du canal appliquées l'une contre l'autre ; mais il n'en est rien ; la vésicule, en se renflant des deux côtés de la pointe, ne ferait que fermer phis fort le canal, et plutôt nous faut-il supposer que les parois du tube s'écartent comme sous l'action d'un muscle, laissant ainsi la voie libre au passage de l'eau.
La division est transversale ; la conjugaison identique à celle de Frontonia leucas.
L'animal est très agile, court rapidement, et montre une habileté toute particulière à se cacher dans les débris; il fuit avec une adresse véritable l'aiguille qui le pousse et, isolé sous le couvre-objet, il a vite fait d'en gagner le bord.
Fig. 142.
Clalhrosloma viminale
Ophryoglena flava (Ehrenb.) Clap. et L.\chm. 1858 Bursaria fîava Ehrenb. i833
Corps jaunâtre, ellipsoïdal ou cylindrique, non comprimé, arrondi aux deux extrémités. Lignes ciliaires très rapprochées, longitudinales, couvertes de cils courts et vigoureux. Péristome sous la forme d'une largo lèvre spiralée, striée en travers et couverte de petites granulations, et qui se continue en une fosse pharyngienne profonde, arquée, garnie elle-même de cils longs et flexueux; un appendice plasmatique, portant sur l'un de ses bords l'organe en verre de montre caractéristique, se détache du corps pour aller plonger dans la fosse pharyngienne; il est muni lui-même, dans sa partie terminale, d'une membrane ondulante striée en travers. Cytoplasme teinté de jaune par une infinité de petits grains. Des trichocystes très fins, fusiformcs, strient la couche alvéolaire. Noyau ellipsoïdal, ou cylindrique et parfois très allongé, avec micronoyau adjacent. Deux vésicules contractiles, s'ouvrant chacune par plusieurs pores (quatre en général), et bordées
d'un étoilemenl de vacuoles secondaires qui se piolongent chacune en un long canal
afférent, très éiroil.
Longueur ox! reniement vaiiable, 200 à 500 jx et plus encore.
Dans le genre Opiuyoglena, beaucoup de t'ornics ont été décrites, quelquefois sous d'autres dénominations génériques, Bursaria, Panophrys, Cyclotricha. Schouteden a réduit le nombre des espèces à cinq, et il aurait pu le réduire plus encore, car l'incertitude est si grande dans la détermination, qu'on en est à se demander si les Ophryoglena flava, vorax, flavicans, atra, ne pourraient pas se rajiporter à un même organisme. Et pouitant, ce genre comprend sans aucun doute des espèces bien autonomes et probablement très nombreuses; la diiricullé, c'est d'y trouver des caractères différentiels suffisants pour l'identification. Il faut le dire, toutes les descriptions sont incomplètes ou défectueuses, et la faute n'en est pas tant aux auteurs qu'à la structure compliquée de l'organisme et aux métamorphoses par lesquelles il peut passer.
Il t^sL un caractère, cependant, qui serait de toute première valeur pour la distinction des espèces, si nos connaissances nous permettaient de l'employer; il concerne l'appareil péristomien. On l'a décrit maintes fois, cet appareil, tantôt en quelques lignes et tantôt en quelques pages; mais toujours, à la lecture, on a l'impression que l'auteur n'a pas compris et cherche tant bien que mal à se tirer d'affaire. A mon tour, je n'arriverai qu'à une demi-vérité; il est bien des points qui me restent obscurs, des détails incompréhensibles encore (voir p. e. la fig. 8); mais peut-être les recherches minutieuses auxquelles je me suis livré pourront-elles appoitcr dans la question quelque élément de clarté.
Peut-être, pour mieux comprendre la structure tout à fait spéciale de l'appareil buccal, ne pourrons-nous mieux faire que de recourir à une comparaison : Figurons-nous
un gobelet, ou plu- 7 tôt une de ces
éprouvettes à fond plat, à rebord légèrement étalé, dont on se sert en chimie; dans cette éprouvette, mettons-en une autre (fig. G), de même foime mais beaucoup plus petite, et appliquons-la contre la paroi de la grande éprouvette, de telle sorte que les deux ouvertures soient à jieu près à la même hauteur, tandis qu'il reste un vide sous la petite éprouvette, coinnie aussi sur l'un (le ses côtés. La grande éprouvelle, ce sera la fosse périslomienne ; la petite (supposée pleine), ce sera cette sorte de saillie, ou de prolongement interne que l'on a si souvent décrit, attenant au bord de la fosse, sur l'un des côtés.
A son ouverture au niveau du corps, la fosse est bordée d'un cadre (fig. 5), interrompu dans la région de laccordement avec la saillie interne, et plongeant quelque peu dans l'intérieui- par l'une de .ses extrémités. Les ])arois de la fosse sont garnies jusqu'en bas de cils, qui battent vivement, en ondulations giratoires, et quant au prolongement interne, susjiendu pour ainsi dire dans la fosse, il se termine en une membrane ondulante, une lame courbe (jui l'entoure connue un ruban (fig. 2, 3). C'est bien en quoique sorte un ruban, en effet, rehé i)ar sa hanche à la partie lerniinale du prolongeiuenl ; dans la fig. 7, on le voit cpielque |)eu enroulé sur lui-même, et probablement défiguré jiar une forte compression de l'aiipareil; on y remarquera les stries transversales, et le bourrelet basai; dans la fig. 9, quelques-uns des éléments, des cils soudés, sans doute, qui composent le ruban, se voient plus fortement giossis. Quant aux fig. 2 et 3, elles montrent l'aspect habituel de l'appareil tout entier; dans la première, la ineinbrane ondulante se voit
Fig. 14.1. — Ophryoglena flava
simplement recourbée; dans la seconde, il semble qu'elle soit repliée à angle droit; une apparence fréquente et que je n'ai pas trop bien pu m'expliquer.
En même temps, dans les fig. 2 et 3, la membrane se voit striée en long, dans les deux autres (7 et 8) en travers; c'est en travers que la striation doit être réelle, puisque les stries représentent autant de cils soudés et fixés par leur base sur la ligne d'attache commune; mais en fait, c'est comme strié dans sa longueur que le ruban se présente le plus souvent; et comme il est opalescent et recouvert d'une sorte de vernis, je me suis demandé si ce vernis même ne devait pas être cause de l'illusion. La fig. 5, enfin, montre l'appareil tel qu'on le voit d'en haut, avec son cadre spirale, les cils internes, le prolongement plasmatique et la membrane ondulante autour de ce dernier. Mais on peut voir plus encore : En frappant d'un coup sec sur le couvre-objet qui comprime une Ophryoglena, il arrive quelquefois que l'on réussisse à expulser brusquement au dehors le prolongement interne tout entier, plus ou moins défiguié, mais instructif encore; dans la fig. 8, qui reproduit l'exemplaire le plus intact que j'aie pu me procurer, on voit la membrane ondulante, qui se termine brusquement d'un côté, et de l'autre, semble se différencier en longs cils; plus haut, le bourrelet qui soutient la membrane, se prolonge en deux lanières ou flammes vibratiles; à droite, enfin, on voit une série de stries parallèles, garnies de cils courts et serrés, qui battent vigoureusement. Dans l'intérieur même de la masse, on remarquait de nombreux petits grains pâles, puis deux vacuoles, et une tache centrale, qui plus tard se colora par le carmin plus vite et plus fortement que le reste; mais dans un autre individu, cette tache n'existait pas.
Il reste à considérer ce curieux « organe en verre de montre », que l'on trouve dans toutes les Ophryoglena, et dont la signification nous échappe absolument. Il est logé dans l'intérieur du prolongement caractéristique, non loin du point de soudure de ce dernier avec la paroi de la fosse; toujours concave-convexe, sa forme pourrait être comparée à un œil de verre, tel qu'on les emploie pour les oiseaux empaillés; rapproché de la surface du prolongement qui le renferme, il m'a paru, dans cette espèce au moins, regarder cette surface par son côté concave, sa convexité tournée vers l'ouverture buccale ; mais je n'oserais être afTirmatif sous ce rapport. Il est très clair, transparent, brillant, dur, et ne se dissout que lentement dans l'acide sulfurique concentré. Ses fonctions restent une énigme; chacun, en l'étudiant, a songé à un « œil », à un cristalHn, mais personne ne s'est enhardi à donner la chose comme probable; et cependant, j'y trouverais pour ma part quelque vraisemblance au moins, d'autant plus que, soit tout auprès, soit à la surface du cadre, on trouve dans les Ophryoglena des amas de granulations jaunâtres ou des rangées de perles réfringentes, qui rappelleraient quelque peu, par exemple, les grains au milieu descfuels est logé le cristallin des Rotifères. Une autre hypothèse m'a paru quelquefois plausible : ce serait là en quelque sorte un point d'appui fixe, une rotule, où viendraient converger des filaments — d'ailleurs hypothétiques aussi — qui donneraient plus de fermeté au prolongement mou.
Ajoutons que la fosse buccale se termine eu apparence en cul-de-sac; mais dans des circonstances exceptionnelles, et surtout après une forte compression, on la voit se prolonger en un canal capillaire, qui se continue en boucle jusque bien loin dans le cytoplasme, comme un filament très fin.
Quelques détails encore sur V Ophryoglena normale, jaunâtre, claire, allongée et pourvue de deux vésicules contractiles, telle qu'on la voit courir avant qu'elle se soit gorgée de nourriture et déformée complètement.
Les vésicules contractiles, juste avant la systole, se voient entourées d'une couronne de petites vacuoles rondes; puis ces vacuoles s'allongent, font l'étoile, et se vident toutes en un point central, après la systole, i)our reformer du coup une vésicule nouvelle. La vésicule a toujours plusieurs pores (ou plutôt, bien entendu, c'est la cuticule qui s'invagine sur plusieurs points pour aller rejoindre la vésicule), quatre en général mais quelquefois jusqu'à six; et l'on peut supposer, ici comme dans Frontonia acuminata et bien d'autres Infusoires, que ce n'est que par l'un des pores que le liquide est expulsé; la vésicule crève comme une bulle, et une bulle ne crève guère que sur un seul point; de plus, le diamètre des pores n'est nullement eu raison inverse de leur nombre; qu'il y en ait un ou quatre, le diamètre est « normal », c'est-à-dire en conformité avec une norme à peu près la même dans la série des Infusoire? en général.
h' Ophryoglena fiava passe pour manquer de Trichocystes; c'est bien sans doute cette espèce que j'ai étudiée, jaune, à deux vacuoles; mais c'étaient bien aussi des Trichocystes
que l'on voj'ait logés dans la couche alvéolaire (pg. 4), et après le passage du carniin, les filaments courts, relativement larges, que j'ai vus dégagés au dehors ne pouvaient guère repiésenter les cils; mais probablement y a-t-il là des trichocystes spéciaux, peut-être mucilagiueux comme nous les verrons dans VOphryoglena tigrina.
Passons maintenant à certains phénomènes qui rentrent dans le domaine de la métamorphose, et comme tels méritent notre considération.
Les Ophryoglena sont très voraces, et celle qui nous occupe ne fait pas exception. C'est presque toujours de proies beaucoup plus grosses que lui que l'animal fait sa nourriture; il s'introduit lui-même dans les Rotifères, Cydopes, petits vers et petits crustacés, et semble préférer les Daphnia, pénétrant sous la carapace, et vidant l'animal tout vivant. L' Ophroglena grossit alors énormément, devient méconnaissable, sphérique, et se montre bientôt complètement bourrée de sphéi-ules d'aspect cireux, jaunes ou violacées, dans lesquelles se sont converties les parties molles du crustacé. Tout en mangeant, l'animal se divise, ou bien, sans attendre à plus tard, il sort de l'hôte, s'arrondit et se recouvre d'un manteau mucilagineux. Dans cet état, il est mobile encore, et si par exemple on le transporte sur une lamelle évidéc, effrayé par la manutention, il évacue son mucilage et se remet à courir. Quelquefois, il se débarrasse en un seul bloc de son contenu jaune et violacé, accumulant la masse entière en une grosse boule et l'expulsant par son extrémité postérieure largement ouverte; puis il reprendra sa course, plus vive que jamais. Mais le cas est rare; plus souvent, il s'arrêtera bientôt, et, couvert ou non d'un manteau mucilagineux, il subira une véritable métamorphose; peu à peu, l'appareil buccal se résorbera, il n'eu restera plus rien, sauf parfois encore le « cristallin », qui disparaît le dernier; le noyau, d'abord fusiforme, s'allonge en S ou en fer à cheval, et se transforme enfin en un ruban très étroit, entortillé, dont la longueur est double de celle de l'animal; enfin, on ne le trouve plus, émietté sans doute en fragments innombrables; l'une des vésicules disparaît, il n'y en a plus qu'une seule, très grosse (1).
Ces phénomènes, nous l'avons dit, peuvent se dérouler pendant l'état mobile de l'animal; mais ce sont là, m'a-t-il semblé, des cas exceptionnels; plus souvent, l'Infusoire s'entoure de mucilage, et finalement ce mucilage lui-même durcit à la surface, en une pellicule, un kyste. A l'intérieur du kyste, alors, l'animal en boule continue à se mouvoir, tournant et retournant sur lui-même, ses cils produisant une longue suite de flammes courtes, qui semblent courir les unes après les autres. En même temps, sur la boule en rotation l'on voit passer des traits de lumière, de larges raies blanches transversales, et que l'on prendrait volontiers pour un jeu spécial de la vésicule contractile, si dans l'intérieur même de ces bandes claires on ne constatait une vive agitation de cils; puis ces lumières passent, et s'éteignent tout aussi vite qu'elles avaient apparu; il semble que le liquide qu'elles renfermaient ait été refoulé d'une extrémité à l'autre de cette sorte de canal, pour se répandre au dehors. En réalité, il n'y a là que des plissements du corps, des invaginations temporaires se détruisant d'elles-mêmes à peine se sont-elles dessinées.
Mais tout en tournant dans son kyste, l'animal se divise; et si par exemple vous avez i.solé dans la soirée, sur une lamelle évidée, un de ces gros individus bien repus, le lendemain matin vous retrouverez à sa place un gros paquet jaune et violet de matières éliminées, encore renfermées dans le kyste pelliculaire vide et déchiré, et tout près vous verrez courir deux Ophryoglena jaunâtres, claires, allongées, avec leurs deux vésicules contractiles, leur noyau fusiforme, leur appareil buccal encore délicat, avec une « lentille » mince et petite. Parfois, l'animal sort du kyste sans s'être divisé; plus souvent, il s'y divise en quatre ; ou bien les deux individus sortis se diviseront bientôt.
Ces jeunes individus, si voraces, résistent pourtant bien à l'inanition. Ayant isolé le 7 avril un gros individu noirâtre, c'est-à-dire bien repu, le 8 avril j'en trouvai quatre, dépourvus de bols alimentaires, et ces quatre jeunes individus coururent jusqu'au 11 avril; ou plutôt, pour plus d'exactitude, le 11 il n'en restait plus qu'un, les trois autres s'étant perdus la veille sur le bord du couvre-objet.
(1) Toute la transformation, naturellement, se fait sans que l'œil puisse la suivre; l'animal est trop gorgé de nourriture pour qu'on puisse y rien distinguer sans une compression très forte, qui l'écrase et souvent le tue; mais, (jrflce au nombre considérable des Individus que j'ul pu obtenir, toutes les phases ont pu être déterminées, sur des animaux diUérents. * ■- . ri-
Ophryoglena tigrina sp. n.
Corps très allongé, cylindrique, arrondi à ses extrémités. Lignes ciliaires longitudinales, très rapprochées, à cils courts et serrés. Péristome arrondi, dominant un organe en verre de montre relativement très large et mince, lequel est bordé sur son côté convexe d'une chaîne de trois à six gros grains brillants.
Fosse péristomienne large, conique, rétrécie en une pointe terminale effilée; dans son intérieur flotte une vaste membrane ondulante simulant un large ruban strié dans sa longueur, et enroulé sur lui-même. Cytoplasme rempli de petits grains noirs dans la moitié postérieure du corps. Dans l'ectoplasme et la couche alvéolaire, un nombre considérable de trichocystcs ou éléments fusiformes très petits. Noyau en boudin droit, coupant en diagonale la ligne longitudinale du corps. Vésicule contractile très grande, rapprochée de l'extrémité postérieure, et normalement entourée d'une couronne de petites vacuoles secondaires.
Longueur 200 fx; largeur 50 |x.
L' Ophryoglena tigrina se reconnaît tout d'abord à son corps relativement très allongé, jaunâtre, tacheté de noir dans sa partie postérieure, grâce à l'accumulation dans cette région spéciale de petits grains réfringents; puis à sa vésicule contractile très grande, et que l'on voit généralement entourée d'une couronne de petites vacuoles rondes. Le noyau (fig. 5) est cylindrique, et presque toujours occupe une position semi-transversale au sein du cytoplasme; il est accompagné d'un micronoyau elliptique, à membrane forte.
La couche alvéolaire est traversée de petits corps allongés auxquels on ne peut refuser le nom do trichocystcs (fig. 3), mais qui sont de nature protoplasniiqiie, mous et déformables; peut-être des Irichocystes à mucilage, sur lesquels je n'ai malheureusement pas expérimenté.
C'est peut-être à ces trichocystcs spéciaux qu'il faudrait aussi rapporter un phénomène assez curieux, et que j'ai vu se produire sur tous les individus retenus en place par une légère compression : on constate, dans toute la partie antérieure de l'animal, un courant interne, transversal, qui entraîne avec lui des paquets repassent sous les yeux (fig. 1 ).
Ce qu'il y a cependant de plus caractéristique dans cette espèce, c'est l'appareil buccal, porté très en avant, presque à l'extrémité du corps. La fosse y est très nette, acuminée,et presque tout entière occupée par la membrane ondulante, bien distincte et qui simule un large ruban, à demi enroulé, strié dans sa longueur (fig. 2). A l'angle supérieur du ruban, on voit une « lentille » mince et très large, brillante, bordée sur son côté convexe d'un nombre extrêmement restreint (trois à six) de gi-ains brillants relativement très gros. Si l'on compare ici les fig. 2 et 4, dans la première on verra lentille et ruban tout près de l'entrée de la fosse, et dans la seconde tout l'appareil est beaucoup plus avant dans la profondeur; probablement le fond de la fosse est-il plus ou moins mobile, su.sceptible de s'enfoncer ou de se relever. En même temps, dans la ftg. 4, ce fond est arrondi, et non plus acuminé.
Cette espèce, assez rare, s'est rencontrée dans l'étang de l'Ariana, en septembre 1918.
Ophryoglena maligna sp. n.
Corps ellipsoïdal, très allongé, parfois légèrement acuminé en arrière. Lignes ciliaires fines et très serrées, longitudinales; elles se rejoignent au dessus de la bouche, deux à deux sous un angle aigu. Cils longs et fins. Péristome peu distinct, spirale, bordé de longs
Fig. 144. — Ophryoglena tigrina
de petits corps allongés, qui passent et
cils, avec organe eu verre de montre accompagné de gianulations réfringentes formant une tache plus ou moins étalée. Cytoplasme généralement rempli de petits grains noirâtres. Pas de Irichocystes. Noyau allongé, droit ou réniformc; micronoyau adjacent. Une vésicule contractile, très grande, un peu en arriére du milieu du corps; elle s'ouvre par quatre ou cinq pores, et est bordée d'un étoilement de vacuoles secondaires qui se prolongent chacune eu un canal extrêmement étroit.
Longueur 65 à 150 [l. ■ — Parasite des Ophryoglena flava.
En étudiant, au mois de septembre 1917, Y Ophryoglena flava très abondante à Florissant, mon attention fut attirée sur certains individus, généralement de forte taille, en course ou au repos, nus ou entourés d'une couche uuicilaginouse au sein de laquelle ils tournaient, comme toujours, sans répit sur eux-mêmes; et dans l'intérieur de ces individus spéciaux, on voyait une grosse boule plus foncée, noirâtre, que l'on aurait pu prendre tout d'abord pour un amas de bols alimentaires, mais qui tournait elle aussi, par ses propres moyens, grâce à des cils courts et serrés, des cils iV Ophryoglena; ces boules renfermaient également un noyau, fusiforme, et une vésicule contractile. Il y avait là, en somme, dans une grosse Ophryoglena, une Ophryoglena plus petite; et non pas toujours une, mais très souvent deux (fig. 4), rarement quatre (fig. 3), et de temps à autre un nombre plus considérable encore. On aurait pu croire, avec un peu d'imagination, à une Ophryoglena flava vivipare, o\i bien, plus vraisemblablement, à des proies capturées et encore vivantes; mais ces proies, elles continuaient à vivre, de longues heures, des jours entiers, se divisaient, et dévoraient peu à peu leur hôte, jusqu'à le vider complètement (1); c'était donc là un parasite, que nous appellerons Ophryoglena maligna.
Examinons alors ce parasite dans son évolution, en choisissant, parmi les cas nombreux qui se sont présentés, celui qui m'a donné les résultats les plus intéressants.
Le 21 septembre dans l'après-midi, j'isolai une Ophryoglena flava qui renfermait deux Ophryoglena maligna; ces dernières tournaient dans leur hôte, lui-même en rotation dans sa gélatine (fig. 4).
Le 22 septembre à 8 heures du matin, on trouvait, dans VOphryoglena flava déjà morte et complètement vidée, quatre Ophryoglena maligna, dont l'une était entière, normale, tandis que les trois autres s'étaient chacune divisées en seize segments arrondis,
immobiles (fig. 5). A 10 heures, tous ces segments, ou embryons, tournaient et retournaient sur eux-mêmes, chaque groupe de seize au sein d'une enveloppe commune très fine. A 2 heures il en était encore de même; à 3 heures %, tous les embryons sortirent presque en même temps, d'abord de leurs propres kystes, puis de la vieille enveloppe de VOphryoglena flava, n^aintenant déchirée, et se répandirent au dehors; on les voyait courir de tous les côtés, des petits êtres de 65 |x de longueur, fusiformes, grisâtres (non pas jaunes) très purs, dépourvus de toute inclusion, et montrant une inimense vésicule contractile à quatre ou cinq pores et à bel étoilement, un noyau fusiforme, un appareil buccal délicat, avec « lentille »> mince et brillante entourée de grains très petits.
Fig. us. — Ophryoglena maligna
(1) Lu mort n'«rrivi' snns <loute qu'.iprds un temps a.ssci long et l.i force de résistance de VOphryoglena flava est très grande; ayant transporlé sur une lamelle neuve une Ophryoglena au repos, entourée d'une enveloppe mucilagineuse, et qui renfermait elle-même un parasite déjà gros, je vis cette enveloppe se déchirer sous la pression du couvrc-ohjct, le parasite, blesse à mort, se désagréger, et la grosse Ophryoglena se rassembler sur elle-même, s'allonger, se reconstituer et partir.
Quant à la quatrième Ophryoglena maligna, elle restait iiitacte, et n'avait pas montré la moindre velléité de division; je l'isolai — en abandonnant les petits individus — sur une lamelle propre, où elle se mit à tourner sur elle-même, sans s'allonger. A 6 heures 14, elle tournait encore; le 23 septembre à 8 heures, elle tournait de même, et tourna la journée entière; mais peu à peu on voyait s'agrandir dans son intérieur une vacuole, signe évident de maladie, et le 24 au matin, elle était morte en efïet.
Quel est le sort des petits individus? J'en ai trouvé quelques-uns, nageant dans les débris, et atteignant jusqu'à 150 jx; ils ont une vie libre, sans doute, et se nourrissent, mais probablement n'attendent-ils pas longtemps pour attaquer une Ophryoglena flava ou se faire avaler par elle, car j'en ai vu de très petits dans l'intérieur de l'hôle ; une Ophryoglena (lava, par exemple, rencontrée en pleine course, renfermait deux Ophryoglena maligna dont la masse devait être à peu près celle des tout jeunes individus. Ajoutons à ce propos que cette grosse Ophryoglena fut isolée, et qu'au second jour les parasites avaient tout mangé, avaient multiplié jusqu'au chiffre de huit; plus tard, il devait y avoir eu une division subséquente, car on trouvait, nageant aux alentours, des jeunes Ophryoglena maligna normales, et en outre, d'autres maligna gfosses, arrondies, paresseuses, avec appareil buccal à peine formé.
Il ne m'a pas été possible d'étudier à fond cette espèce; la diagnose que j'en ai donnée, comme aussi la fig. 1, concernerait peut-être exclusivenaent des jeunes; ou bien la taille reste-t-eile toujours petite, sans dé])asser 150 \x.
Ajoutons à ce propos que les Ophryoglena sont des êtres éminemment prédateurs; ils assurent la police des bas-fonds, en s'inlroduisant dans les animaux morts qu'ils nettoient complètement; dans le cas de V Ophryoglena maligna, la proie n'est qu'une autre Ophryoglena, plus grosse, et qui, après avoir peut-être tout juste vidé une Daphnia, va être dévorée à son tour par son plus proche parent (1).
Ophryoglena viridis sp. n.
Corps ovoïde, arrondi en avant, légèrement acuminé en arrière. Lignes ciliaires très rapprochées, longitudinales, couvertes de cils fins et serrés; les rubans étroits qui séparent les stries ciliaires sont eux-mêmes couverts de fines stries transversales. Périslome revêtant un contour presque exactement circulaire, figurant un cadre nettement dessiné, bordé intérieurement de longs cils, ouveit sur le côté gauche, et y montrant, en haut l'organe en verre de montre caractéristique, et sous ce dernier un appendice allongé, ou clapet mobile qui plonge dans l'axe de la fosse pharyngienne et y vibre tout entier. Cytoplasme bourré de Zoochlorelles qui donnent un teinte verte à l'animal. Noyau subcentral, ellipsoïdal, allongé, avec micronoyau adjacent. Vésicule contractile au tiers postérieur du corps; une autre beaucoup plus petite, à l'extrémité terminale (?).
Longueur 80 u,.
L'unique représentant de cette espèce qui se soit rencontré a été trouvé à Rouelbeau en juillet 1916. C'est trop peu pour une étude complète; mais pourtant, je n'hésite pas à le décrire.
Il a été, en effet, isolé, étudié dans ses détails, et cela d'une
manière suffisante pour que plus tard il puisse être identifié. C'est malheureusement par son caractère le plus distinctif que mon examen est resté le plus défectueux, par cet appareil buccal si curieux dans les Ophryoglena mais toujours difficile à comprendre. Dans le cas actuel, mes observations restent très insuffisantes, mais sont assez précises,
Fie/. 140. — Ophryoykna viridis
(1) André a décrit en 1909 une Ophryoglena parasitica, qui vit dans le corps du Dendrocoelum laeUum; mais ce n'est en tout cas pas la même.
cependant, pour caractériser l'animal. Vu de face (fiç. 2, 3), cet appareil se présente comme un cadre presque parfaitement circulaire, mterrompu cependant sur une partie de sa longueur. Il est pâle, finement cendré, très nettement délimité à son bord externe, et dépourvu des giains ou des perles que l'on trouve à son bord dans les différentes espèces du genre ; à l'intérieur du cadre se voient de longs cils toujours en mouvement, et dont les ondulations semblent courir le long de sa paroi; tout en haut, une grande «lentille » brillante ; dans l'intérieur, une masse grise, mais dont les contours m'ont échappé, et à laquelle je n'ai pas vu se rattacher de membrane ondulante. Par contre, on voyait très nettement, à un faible grossissement et sur 1 animal légèrement comprimé, une sorte de languette, rattachée au corps dans la zone d'ouverture du cadre, se mouvoir de temps à autre, par petits coups; à un grossissement plus fort, c'étaient, en apparence, deux baguettes parallèles (fig. 2); mais un examen plus minutieux encore y montrait trois baguettes accolées, languettes vibrantes, qui après un instant d'immobilité se mettaient à battre, pour ainsi dire comme sur un tambour, sur la protubérance interne (fig. 3).
L'animal était coloré tout entier en vert par des Zoochlorelles renfermées en masses considérables dans le cytoplasme. Le noyau était ellipsoïdal; tout près fonctionnait une vésicule contacile, et tout en bas, à l'extrémité même du corps, il s'en trouvait une autre,
toute petite ou du moins, mes notes en montrent une, avec la mention « vésicule
contractile »; mais je ne me souviens pas de l'avoir vue battre.
Cinetochilum impatiens sp. n.
Corps incolore, clair, de forme vaguement trapézoïdale arrondie, plus étroit en avant, plus large en arrière, irrégulier de contour et un peu tordu sur lui-même. La face ventrale porte une large ouverture buccale elliptique, encerclée de rubans ciliaircs concentriques ; ces rubans se continuent les uns derrière les autres sur les flancs gauche et droit du corps. Us sont séparés par des sillons d'où parlent des cils longs et relativement rares, revêtant le corps entier; à la partie postérieure du corps, ces cils deviennent sétiformes, en acquérant une longueur presque égale à celle de l'animal. L'appareil buccal est formé de deux fortes lèvres vibrantes, arquées et se regardant par leur concavité, celle de gauche plus courte et plus large, celle de droite plus longue et plus étroite. Noyau sphérique, central. Une petite vésicule contractile dans la partie postérieure du corps.
Longueur 17 à 19 (x; largeur presque égale à la longueur.
Cet Infusoire de taille minucule s'est rencontré à l'Ariana, en septembre de 1918; mais quoique dans ce nwis particulier il ait été exécuté une demi-douzaine de récoltes, dans une région spéciale de l'étang des Cygnes très petit lui-même, tantôt la récolte le rapportait nombreux, et tantôt on en trouvait deux ou trois exemplaires à peine; probablement y avait-il là un ou plusieurs « nids », dont les animaux ne s'écartaient que
très peu. Dans les cas les plus favorables, on voyait les petits êtres, incolores, très clairs, rassemblés autour de quelque Rotifère ou Cyclope comprimé par le couvre-objet, tournoyer continuellement sur eux-mêmes; lorsqu'ils s'arrêtaient par hasard, pour quelques instants, ils se montraient sous leur forme véiitable, qu'on pourrait peut-être comparer de loin à la tête du Sphinx d'Egj'pte, (fig. 1) avec ses bandeaux sur les côtés; sur la face, alors, se voyait une ouverture buccale elliptique, avec deux membranes ou lèvres ondulantes, fortes (fig. 2), celle de gauche plus courte et plus arquée que celle de droite. Les cils étaient fins, peu .serrés, mais, tout en arrière, quelques-uns d'entre eux, une demi-douzaine peut-être, s'allongeaient en longues soies fortes, qu'on voyait traîner penchées toutes sur le même côté, et auxquelles étaient dues, suivant toute apparence, les girations rapides de l'animal.
C'est à peine, à vrai dire, si nous avons dans cet organisme un Cinetochilum.
Ftg. HT. — CtnetoehUum Impatiens
Genre Microthorax
On a décrit deux Microthorax, siilcatus et pusillus; ou plutôt, on en connaîtrait trois, ScHouTEDEN ayant dédoublé le Microtliorax pusillus de Engelmann en deux espèces, pusillus et Blochmanni. Ces trois formes sont très voisines les unes des autres, telles qu'elles ont été décrites, ou plus souvent simplement « indiquées » par les différents auteurs; et l'on a quelque peine à les distinguer. Les figures qui sont jointes aux différentes diaguoses sont également très insuffisantes; elles paraissent très nettes, cependant, montrent une grande richesse de lignes ciliaires, mais en réalité ces lignes sont extrêmement complexes, et personne ne semble les avoir vues telles qu'elles sont.
Or il existe toute une série de petits Infusoires bien autonomes, nettement caractérisés, qui se groupent autour du Microthorax sulcalus de Engelmann, mais dont l'étude est fort diificile; leur forme est bizarre, les lignes ciliaires se distinguent à peine el paraissent différer suivant l'orientation de l'individu; en outre, l'animal est toujours en mouvement, et, isolé, il se déforme rapidement.
Les organismes se rattachant à ce groupe et que je me suis efforcé d'étudier, pour les joindre tant bien que mal au genre Microthorax, exigeraient tous un supplément d'étude; mais telles qu'elles sont, ces diagnoscs, et mieux encore ces figures, malgré le provisoire des détails, me semblent suffire à la détermination des espèces, et pourraient servir de point de départ pour des recherches sub.séquentes.
Microthorax sulcatus Engelmann 1862
Corps elliptique, fortement comprimé, arrondi sur le côté droit, sinueux à gauche et surmonté d'un bec peu proéminent. Face ventrale pourvue de trois arêtes concentriques perlées, la plus externe découpée à son sommet de créiulures bien indiquées. Face dorsale à trois arêtes également, moins bien marquées, indistinctes. Cils ffns, longs, peu serrés, garnissant les arêtes. Fenêtre péristomienne très rapprochée de l'extrémité postérieure gauche du corps, arrondie, spiralée, munie à droite d'une petite membrane ondulante. Trichocystes rares, ])cu visibles, sauf après explosion. Noyau sphérique ou ellipsoïdal, dans la partie antérieure du corps; micronoyau très petit. Vésicule contractile à droite et en haut du péristome, accompagnée d'une vésicule accessoire.
Longueur 30 à 35 (x. Vi \ \Mf ùl \J "■ ''/.-'/ 3
Fig. 14S. — Microthorax sulcalus
Les observations que j'ai pu faire sur cette espèce, trouvée en peu d'exemplaires dans l'étang de Florissant, ne m'ont guère permis autre chose que d'en déterminer, avec une valeur approximative, les caractères distinctifs (fig. 1 et 2); aussi me borneraije, comme développements particuliers, à citer la vésicule contractile, accompagnée d'une vésicule accessoire, analogue à celle du Microthorax haliotideiis sur laquelle nous nous étendrons un peu plus longuement; puis aussi, et surtout, j'attirerai l'attention sur les trichocystes; peu nombreux, à peine visibles sur le vivant, ils se développent, lors de l'explosion, en un tube relativement très fort, droit (fig. 3), et du sommet de ce tube on voit partir quatre filaments courts, qui portent chacun un petit bouquet de grams, rouges lorsque l'explosion a été déterminée par l'action du carmin. Nous retrouverons ce type de Irichocyste, plus curieux encore, dans le Microthorax haliotideus.
Microthorax viridis sp. n.
Corps elliptique, comprimé, régulièrement arrondi à droite, sinueux sur le côté gauche, où le bord se relève en haut en un bec crochu, et en bas montre un renflement
LES INFUSOII1C3 D EAU DOUCE
nettement dessiné. Sur la face dorsale, deux crêtes ciliées, peu distinctes, et tout en haut, entre les deux crêtes, une large rainure ou poche creusée sous la convexité antérieure de l'animal. Sur la face ventrale, une ligne ciliaire partant du bec antérieur déciit d'abord une large boucle en arrière, revient tout près du bec, et redescend brusquement, en une courbe sinueuse, jusqu'à l'extrémité postérieure du corps. En outre, deux lignes ciliaires concentriques peu marquées. Ces arêtes ou lignes ciliaires de la face ventrale sont garnies de cils flexueux, plus longs et plus serrés dans la partie antérieure, comme aussi en arrière, où quelques-uns prennent l'apparence de soies. Cytoplasme tout entier coloré en vert par des Zoochlorelles. Pas de Irichocystes. Fenêtre péristoniienne arrondie, spiralée, largement ouverte en arrière, bordée à droite d'une membrane ondulante. Noyau sphé-
rique, central. Vésicule contractile tout près et à gauche de la fenêtre péristomienne, normalement accompagnée d'une vésicule accessoire.
Longueur 35 à 45 |x.
Fig. liO. — M icrolhorax viridis
A première vue, cet organisme semble n'être qu'une variété de l'espèce précédente, plus forte et colorée en vert ; mais il sulTit d'un coup d'œil pour y reconnaître certaines différences de structure, qu'une étude minutieuse rendra toujours plus importantes. Les fig. 1 ('{ 2, dont la première représente la face dorsale, et la seconde la l'ace ventrale, montrent les arêtes et proéminences caractéristiques; la fig. S, donne une coupe transversale à la hauteur de la fossette buccale, et la fig. 4, indique en quelques traits l'animal vu de côté. Tout cela est à peu près juste; mais il faut l'avouer, ici comme dans les autres représentants du genre, tout est à revoir, et quoique ayant mis beaucoup de paliencc à déterminer les détails de chacune des faces, je trouve encore dans nres notes l)ien des contradictions.
Cette espèce s'est rencontrée, en as.sez grand nombre, exclusivement dans l'un des fossés du marais de Rouelbcau; en janvier comme en juillet, on pouvait l'y trouver, et quelle que fût la saison, l'animal était d'un vert gai, plein de Zoochlorelles bien rondes, grandes et d'un type qui m'a paru différent de la Chlorella vulgaris habituelle. Ces petites algues, il faut l'ajouter, quoique toujours nombreuses et serrées les unes contre les autres, ne formaient guère qu'un revêtement, laissant entre elles un espace central dans lequel était le noyau.
Microthorax ungulatus s p. n.
Coqis très clair, fortement comprimé, vaguement ovalaire. Face dorsale dépourvue rie cils, arrondie du côté droit, sinueuse à gauche et débordant sur la face ventrale, et à convexité relevée de deux fortes épines creuses, dirigées eu arrière, celle de gauche beaucoup plus forte que celle de droite. Face ventrale montrant deux arêtes concentriques, l'une externe portant \\\\i^ rangée de longs cils dirigés vers l'extérieur, l'autre interne, plus forte, crénelée, portant de longs cils dirigés vcis l'intérieur, sauf en arrière, où ils sont excentriques et débordent au dehors. Le bord gauche de celte face ventrale est déeou])é de deux larges tlenls ou saillies anguleuses, garnies de cils particuJièrenu^nt allongés, et plus bas se voit une entaille profonde, ou fenêtre péristomienne, ciliée également. Le bord droit de celle entaille se dirige en droite ligne vers rextrémité postérieure du corps, et s'y termine en une denticidation ciliée. Noyau s])hérique, central. Vésicule contractile en haut cl ù droite de la fenêtre péristomienne; au dessous, une vésicule accessoire.
Longueur 20 à 25 jx (?).
La forme de ce petit Infusoire est très typique, et la diagnose, comme aussi les figures, permettra sans doute de l'idcatifier lorsqu'on le retrouvera. La fig. 1 montre la face ventrale, que l'on ferait mieux, peut-être, d'appeler, dans tous les Microthorax, le flanc droit ; dans la fig. 2, nous avons la face dorsale, avec ses deux épines larges et creuses; dans la fig. 3, où l'animal est vu de côté, ces mêmes épines se présentent dans toute leur ampleur, la plus peliic à demicachée par la grande. Ou remarquera dans la fig. 1 la rangée interne de longs cils, qui viennent converger vers un point plus ou moins central, et la ligne de papilles sur lesquels ils prennent naissance; à la partie postérieure du corps, ils se retournent de 180 degrés, et forment une série d'éléments qui
Fig. hiO. — Microlhorax ungulalus
traînent en arrière et qu'on peut appeller llagelliformes; nous en reverrons de semblables, mieux développés encore, dans le genre Epalxis.
Cette espèce a été trouvée dans l'étang de Florissant, en exemplaires peu nombreux.
Microthorax tridentatus sp. n.
Corps très clair, fortement comprimé, arrondi à droite, sinueux à gauche et pourvu de deux dents crochues à son bord antérieur. Face dorsale dépourvue de cils, relevée en arrière d'une arête ou proéminence anguleuse. Face ventrale munie de trois arêtes ou lignes concentriques, lesquelles portent des cils fins et rares, plus longs sur les dents latérales antérieures, et plus longs encore à l'extrémité postérieure de l'aninial. Cette extrémité est trident ée, montrant deux pointes latérales et une pointe médiane plus forte, munies chacune d'un cil sétiforme particulièrement développé. Fenêtre péristomienne ellipsoïdale sinueuse, pourvue à droite d'une petite membrane ondulante. Pas de trichocystes. Noyau sphériquc, central. Vésicule contractile à droite et en haut de la fenêtre péristomienne; au dessous, une vésicule secondaire. ^ ->'?P^ 1 \f\U '
Longueur 22 à 25 [x.
Fig. 151. — M icrolhorax tridentatus
C'est là encore une espèce de taille extrêmement faible, et sur laquelle mes renseignements sont très peu précis; la ciliation, par exemple, sur le côté ventral, doit être plus forte et plus serrée que je n'ai pu le constater. L'animal, dans ses évolutions, semble plutôt courir que nager, assez lentement en général, mais plus vite quand on vient à le tourmenter, rampant pour ainsi dire sur l'une de ses faces, sans se retourner.
La fig. 1 montre la face ventrale ou flanc droit; la fig. 2 concerne le flanc gauche; dans la fig. 3, nous remarquons une saillie ou arête dorsale, dont l'existence ne peut se constater que sur une vue de côté. Ici encore nousvoyons les deuxvésicules contractiles caractéristiques des Microthora.r, et dont l'une, supérieure, peut être considérée comme la vésicule normale, la seconde, inférieure, ne fonctionnant que beaucoup plus rarement. ^
Cet organisme abondait à Pinchat, au mois de juillet 1916; bien que très difficile a étudier, et toujours en mouvement, on le reconnaissait du coup à la troncature de son extrémité postérieure.
Microthorax scutiformis sp. n.
Cori)s très clair, en forme d'écusson, fortement comprimé, arrondi en arrière, terminé en avant en une troncature dentée en scie; bord droit convexe et bord gauche concave. Face dorsale convexe, lisse; face ventrale concave, pourvue de deux lignes cihaires longitudinales, parallèles au bord droit, l'une très près de ce bord, crénelée et munie de longs cils, l'autre plus interne et moins nette, ciliée également; en arrière, les cils sont i)articulièrement allongés. La troncature antérieure montre quatre larges dents, deux latérales et qui ne sont que le prolongement des bords latéraux du corps, et deux iTiédianes; toutes ces dents concordant avec des lignes de cils très forts; la dent latérale de gauche plus acérée que les autres et portant un long cil qui se recourbe en arrière et
traîne sur le côté. Tout près de l'extrémité postérieure et à droite, quelques soies raides dans une petite dépression. Fenêtre buccale petite, à gauche, et presque terminale. Noyau rond, central. Deux vésicules contractiles, non loin du bord gauche, l'une au tiers antérieur, l'autre au tiers postérieur du corps; toutes deux accompagnées d'une vésicule accessoire. Longueur 18 à 21 [i. — Sphagnum.
Encore plus petit, plus faible, plus comprimé que le précédent, cet Infusoire m'est resté peu connu, Fig. 152. ~ Microihoraxscutiiormis et daus mcs croquis rapidement jetés- sur le papier
pendant que l'animal courait sans trêve ni repos, on trouve certaines contradictions. Il .sera pourtant toujours facile de le reconnaître, à sa forme spéciale, à sa concavité ventrale, à ses i)ointes antérieures pourvues de touffes flagelliformes, etc. On remarquera le long cil recourbé qui termine la dent latérale de gauche. On y voit également deux vésicules contractiles, petites, toutes deux fonctionnant régulièrement, celle d'en haut, cependant, avec beaucoup plus d'activité que l'autre.
C'est là peut-être une espèce spéciale aux tourbières; elle a été, en tout cas, trouvée uniquement dans le Sphagnum, à Valavran, où elle se montrait d'ailleurs assez rare.
Microthorax spiniger sp. n.
Corps très clair, fortement comprimé, vaguement ovalairc, arrondi en avant, à contour inégal en arrière; bord droit convexe, bord gauche sinueux, avec bec terminal surplombant une dépression ou fossette antérieure. Face dorsale surmontée d'une épine
acérée, très large à sa base, à pointe dirigée en arrière, l'ace ventrale traversée d'une ligne arquée diagonale partant du bec antérieur pour rejoindre un peu en arrière l'extrémité postérieure de l'animal; et sur cette même face une arête externe, mieux marquée, parallèle au bord droit du corps; toutes deu.x, ligne diagonale et arête, garnies de cils llexueux. Sous le bec antérieur, une dépression ou encoche profonde d'où sort une touffe de cils; un autre cil, unique, ffagelliforme, traîne en arrière du corps. Fenêtre buccale étroite et profonde, à gauche et tout près de l'extrémité postérieure; elle est bordée de cils très forts. Noyau sphérique, central, avec micronoyau adjacent. Une petite vésicule contractile au-dessus de la fenêtre buccale, et tout près, une vésicule secondaire. Longueur 13 à 18 (ji. — Spliagmim.
Fig. 133. — M Icrolhorax spiniger
Encore plus petite que les deux précédentes, cette espèce reste pour ainsi dire tout entière à étudier; les seize croquis que j'en ai pris rapidement, tout en cadrant les uns avec les autres dans leurs traits généraux, diffèrent tous plus ou moins par les détails; mais ce petit Infusoirc sera toujours facilement reconnaissable, à son bec antérieur que domine une petite touffe de cils; au long cil flagcUiforme qu'il traîne derrière lui, comme à la forte épine unique qu'il porte sur le dos (fig. 3). La fig. 1 montre la face ventrale, mais où la fenêtre buccale est vue par transparence; dans la fig. 2, l'arête que l'on voit courir le long fie la face dorsale, cl qui se trouve reproduite avec des traits à peu près identiques sur trois de mes dessins, représente, en partie au moins, l'épine caractéristique; mais comment? Il y a là des illusions de la vue, qui rendent la structure réelle très difficile à déterminer.
Cette espèce se trouvait avec la précédente dans le Sphagnum, à Valavran.
Microthorax haliotideus (Roux) Microthorax sulcatus Roux, non Engelmann
Corps ovale, fortement comprimé. Face dorsale non ciliée, à bord régulier débordant sur la face ventrale dont il est séparé par une gouttière; la convexité de cette face dorsale est relevée de deux proéminences ou arêles molles, longitudinales, qui partent du bord antérieur à quelque dislance l'une de l'autre et se rapprochent peu à peu pour se rejoindre au pôle postérieur. Face ventrale déchiquetée sur son bord gauche, et bordée en bas, à droite et en haut, d'une arête à contour régulier, mais crénelée sur toute sa longueur et garnie de cils longs et flexueux. Plus à l'intéiieur se voient deux lignes arquées, perlées en apparence, et représentant en réalité chacune une série de pores ronds creusés dans la membrane d'enveloppe; la plus externe de ces lignes perlées étant parallèle au bord droit du corps, la plus interne parallèle au contour de la fenêtre péristomicnne. Celte dernière, largement ouverte dans la moitié postérieure du corps, et arquée en arrière comme un signe d'interrogation, porte à sa partie sui)érieure un appareil déchiqueté, solide, denticulé, garni de cils dirigés vers le bas. Noyau quelque peu au-dessus du milieu du corps, sphérique, renfermant de gros nucléoles arrondis; un micronoyau, très pi'de, lui est accolé. Vésicule contractile près de la courbure supérieure de la fenêtre buccale; souvenl une vésicule accessoire.
Longueur 60 y..
La première indication que nous ayons de cette espèce est due à Roux (1901), qui l'a bien décrite et encore mieux figurée, mais en l'assimilant par erreur au Microthorax sulcatus de Engelmann. C'est là un Infusoire tout particu- liLS-f-U
lièrement intéressant, par certains caractères qui n'appartiennent qu'à lui, et sur lesquels je voudrais revenir.
Considérons d'abord les deux lignes courbes perlées qui se dessinent à la face ventrale de l'animal : Ce ne sont pas des perles, du reste, que l'on voit, serrées les unes contre les autres (fig. 1, 5), border la ligne ciliée, pas même, à proprement parler, des papilles, mais [des pores, dont la lumière se rétrécit peu à peu (fig. 5, b h c) lorsque l'on abaisse l'objectif; autrement dit, il y a là des tubes, très courts (fig. 6) légèrement coniques, ouverts à leur extrémité libre, et qui résultent d'une invagination de la cuticule; et comme d'autre part ces perforations correspondent tout juste aux lignes de cils, on en conclut assez naturellement à une adaptation spéciale; la
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Fig. 1S4. — Microthorax haliotideus
158 ÉTUDES suit LES INFUSOIRES D'EAU DOUCE
cuticule, très éjiaisse, s'ouvrant en certains points pour mettre à nu le coips proprement dit, et les cils se faisant jour au dehors parles perforations (1).
Un second point intéressant concerne le péristome : Dans un cadre en forme de signe d'interrogation, et à bordure forte, on voit, rattachée à la voûte supérieure de l'excavation, une sorte de lame dentelée, chitineuse en apparence, qui semble tenir lieu à elle seule de l'appareil vibratile que l'on s'attendait à y voir; mais en réalité, il y a là deux ou trois cils, qui prolongent les dents de la lame, et quelques autres, plus en arrière, que cette lame recouvre, généralement immobiles, ou qui battent faiblement par instant (l'apparence est celle de cils; mais j'ai hésité parfois entre des cils et une membrane ondulante à éléments faiblement soudés). Tout cet appareil, il faut l'ajouter, rougit fortement par le carmin, et de plus, après l'action du réactif, on voit se dessiner tout près et en arrière, un gros point rouge, dont je n'ai pu déterminer la signification.
Ceci nous amène à parler des trichocystes. Roux se borne à les indiquer : « Trichocystes présents, longs et rares » ; mais mes observations me permettent de traiter beaucoup plus au long du sujet.
Les trichocystes, relativement peu nombreux, sont pour la plupart à la face ventrale; sur cette face même, c'est entre la seconde ligne des papilles ciliaires el la ligne crénelée externe qu'on les voit presque tous, de longues baguettes droites, à disposition radiaire; quelques-uns, cependant, se rencontrent plus loin des bords, et cela surtout dans la partie antérieure gauche de l'animal; un très petit nombre, enfin, trois ou quatre seulement, se voient à la face dorsale, le long de ces deux arêtes longitudinales, faiblement marquées, qu'on a quelque peine à y trouver (fig. 2).
Pour étudier ces trichocystes, il faut faire agir un réactif, par exemple le carmin glycérine, qui détermine brusquement l'explosion, en même temps qu'on voit se produire de petites secousses dans l'intérieur de l'animal. Quand cette explosion se fait mal, ou ne se fait qu'à moitié, il n'en résulte que l'apparition d'une série de points rouges, que l'on trouve alignés un peu en dedans de la ligne des crénelures qui bordent l'animal à droite; c'est par là, en effet, par de petites déchirures, que les trichocj'stes font irruption, et non par les papilles auxquelles on aurait pu songer tout d'abord. Mais quand la réaction est couronnée de succès, nous nous trouvons en i)ré.sence de trichocystes soit disséminés dans le voisinage, soit, en bien plus grand nombre, rattachés encore à l'animal, et dont la structure est toute particulière. La fig. 7 va nous éclairer sur ce point.
En a, nous avons un trichocyste qui n'a pas fait explosion, mais s'est pourtant allongé. En b, l'explosion a été incomplète, mais on voit le sonmicl du trichocyste, un peu élargi, teinté de rouge vif, et tout auprès, une pellicule s'est soulevée, ([ui sans doute avait recouvert le trichocyste jusqu'à ce moment. F2n c, cette même pellicule s'est déchirée dans le bas, mais reste encore rattachée au trichocyste dans le haut. En f/, l'explosion a été presque parfaite, mais la matière, virulente ou stupéfiante, qui le rempli-ssait a été projetée jusqu'au sommet du tube, qui s'est ouvert et élargi; elle y reste adhérente, ])ourtant. sous la forme d'une petite boule rouge, ou de quelques petits grains.
En e, nous avons probablemcnl une explosion parfaite; le lu))e, élargi eu trompette à son ouverture, est vide, il n'y reste plus rien; mais tout près, on trouve un de ces mêmes petits amas rouges, qui a été projeté au loin.
Ce sont cependant les figures f et g qui rcpiésentent le résultat le plus caractéristique de l'explosion; est-ce là également une explosion parfaite? 11 ne semble jias; mais en tout cas elle l'est à peu près, el c'est la forme la plus fré(iuente sons laquelle nous la voyons s'efCcctuei'. En /, la masse stu])éfiante a quitté le tube, sous la forme de quatre petites boules, serrées les unes contre les autres en formant la croix, comme une toute petite fleur rouge à quatre pétales, et chaque pétale se voit relié au tube par un filament (fig. I ); le pétale renferme lui-même une petite masse centrale d'un rouge foncé, ut ttement distincte d'une bordure rosée (fig. g.). La fig. h, enfin, est tout à fait semblable à la précédente, mais la fleur y est moins régulière, et ses différentes parties sont reliées avec le tube par des fils beaucoup plus longs. Y a-t-il là des fils, du reste ? Il le semble, mais
(1) X.afirj. 5 représente quelques-unes de ces perforations, et à <lroile on voit une liKne à double contour, qui n'est que rinilic;ilion <le ht crête CH'^neiée U\ plus externe fpy. 1). où chiique cil semble prendre niiissance sur une cr(Jnelure; en réiillté, il y a Ift, dans la (gouttière (|uc les oréneUires caclieiU aux rejiards, une li^ne de pores. On remarquera également, dans la ftg. .5 a, que chacun des petits cercles porte en son centre un poiiU noir; sur le croquis oriRiuid, une IlOclie aboutissant tout juste ù l'un de ces points centraux porte l'indication : • lif^ne de cils ■ ; maU la nitniolre me fait défaut A ce sujet, et je ne me souviens pas d'avoir vu réellement le cil sortir par le tube.
je croirais plutôt à des traînées, reliées les unes aux autres comme par un réticule, et formant ensemble une sorte de tube à claire-voie. Ce qui me le ferait croire, c'est que les poussières minuscules, qui viennent se déposer sur les fils, se voient également, quoique en moindre proportion, dans les intervalles que ces fils laissent entre eux.
Mais sur toutes ces ligures, on aura remarqué autre chose encore, un filament postérieur, très fin. En, effet, dans la plus grande généralité des cas, le trichocyste n'est lancé qu'à une distance très faible, et reste retenu à l'animal par ce fil postérieur. Ce dernier, du reste, peut se casser; mais c'est là semble-t-il, plutôt un cas exceptionnel.
Dans la fig. 1, on aura
remarqué, un peu en-dessous *- ~ — ■ —- — — ^- ^
du noyau, deux petites vacuoles allongées, et dans chacune un trait noir; c'étaient là de petits bâtonnets très courts, incolores, |, enfermés dans des vacuoles, et que j'ai parfois trouves v
dans le plasma. Peut-être Fig. ma. — Microthorax halioUdeus
bien pounions-nous y voir
des trichocystes à l'état embryonnaire; et cette .supposition me semble acquérir quelque
valeur si nous la mettons en regard d'un fait analogue, où dans le Spalhidium labeo des
baguettes identiques se convertissent réellement eu trichocystes vrais.
Tels sont les points principaux sur lesquels ont porté mes recherches; mais il en est d'autres encore, dont je voudrais traiter brièvement.
L'animal est fortement aplati, et, examiné par exemple de côté et suivant sa longueur, son apparence est assez bizarre; dans la fig. 3, on voit la face ventrale légèrement excavée, coupée d'aspérités dont l'une, antérieure, plus forte, indique le rebord péi istomicn; à la face dorsale, convexe, se montre une saillie, laciuelle appartient à l'une des arêtes longitudinales; la fig. 4 montre l'animal vu d'avant en airière, comme en coupe transver.' file ; les deux bosses dorsales sont eu vue, ainsi que l'appareil périslonrieu; dans les deux ligures, la double ligne longitudinale indique la gouttière profonde qui borde l'animal sur les trois quarts de son pourtour.
La vésicule contractile, ici comme dans les autres Microthorax que j'ai pu examiner, est double, mais il n'y eu a qu'une qui doive être considérée comme la vésicule normale; la seconde, toujours un peu plus bas, est accessoire, bien qu'elle fonctionne également, à intervalles beaucoup plus longs; elle m'a paru se vider non pas directement à l'extérieur, mais dans la grande vésicule.
Le ( ytoplasme se voit normalement rempli de petits grains incolores, probablement amylacés, et l'on y trouve également presque toujours des grains verts très petits, qui présentent l'apparence de la santé, comme s'il y avait là une manière de sjnnbiose.
Le Microthorax haliolidcus a été récolté dans les mois de mars et d'avril à Florissant, où il n'était pas très rare; on le voyait progresser d'une marche lente et lourde à travers les débris, à la manière du Pseudomicrothorax dubius dont il revêt d'ailleurs quelque peu l'apparence première.
Genre Epalxis
En 1894, Levander a décrit sous le nom de Disconwrpha pectinata un Infusoire qu'il avait récolté dans les environs de Helsingfors, et qu'il avait tout d'abord regardé, à cause de sa forme bizarre, comme une monstruosité, mais pour s'apercevoir bien vite qu'il s'agissait là d'un type très naturel. Plus tard, en 1908, Lauterborn, tout en donnant des renseignements nouveaux sur ce même organisme, le regarda comme le type par excellence d'une nouvelle famille, celle des Ctenostomidae, dont il donne la diagnose dans les termes suivants : « Kôrper seitlich stark kompriinirt, asymmetrisch, vôllig starr, meist mi! stacheligen Fortsâtzen. Mund auf der Ventralseile, mit einer
160 ÉTUDES suit LES INFUSOIRES D'EAU DOUCE
Anzahl dicht wie die Zàhnc eincs Kàmmes zusammenschliesseiider kiâftiger Cirren. Bewimperung reduzierl, in Gestalt isolierter Reihen von langcn dùnnen Cilien. Macronucleus in Ein odcr Zwcizahl (selten mehr), kiigclig bis ellipsoïdal, mit feinmaschigeni Geiùstvverk und einer Anzahl « Binnenkôrpcr ». Micronucleiis zienilich gross, kugelig — Lebensweise sapropelisch.
Dans cette famille, Lauterborn faisait rentrer la Discomorpha pectinala de Levan- DER, puis VEpalxis mirabilis que Roux venait de décrire en 1899, et deux nouvelles espèces, le Saprodiniiim dentatum et le Pelodiniuni reniforme.
En créant pour ce groupe une famille spéciale, Lauterborn a été certainement bien inspiré, et le nom de Ctenostomidae répond mieux que tout autre à la structure des êtres qui la composent; et c'est également avec raison qu'il regarde cette famille comme caractéristique de la « Faune sapropélique » particulière aux bas-fonds noirs des eaux tranquilles. Mais ces quatre espèces sont loin de constituer la famille entière; si j'en crois mes propres expériences, il y en a bien d'autres encore, pour la plupart très petites et toutes très curieuses; plusieurs n'ont fait que me passer sous les yeux, d'autres ont pu être étudiées et vont être décrites ici (1).
Pour quelques-unes d'entre elles, il faudrait peut-être de nouveaux noms de genre; mais toutes ces formes sont à revoir; à moins d'une élude spéciale, on n'arrivera guère à les connaître dans leurs détails. J'ai fait mon possible pour en donner une représentation qui en permettra une identification subséquente; mais pour certains détails, concernant particulièrement les cils et les dents, il faudra bien des corrections. C'est en raison de ce caractère provisoire que je considérerai tous ces organismes comme rentrant dans un seul genre, le genre Epalxis de Roux, avec lequel ces formes semblent le mieux cadrer; bien plus, je me contenterai de la diagnose presque seule. Mais avant d'en ariiver aux diagnoses, je voudrais encore appuyer sur les deux caractères qui font de cette famille quelque chose de tout particulier :
1° La fosse péristomienne est garnie d'un appareil unique en son genre, des cils ou plutôt des cirrhcs, mobiles, souples, serrés les uns contre les autres et qui dans leur ensemble rappelleraient des fanons de baleine plutôt qu'un peigne; et même, si l'on tient compte du fait que le cyto])lasme ne renferme jamais que des particules nutritives d'un volume excessivement réduit, on peut se demander s'il n'y aurait jjas là plus qu'une comparaison pure et simple, et si le fanon n'opérerait pas réellement un triage, pour ne laisser passer que les éléments très fins.
2° Les cils, qui garnissent en groupes lâches les diverses aspérités de la carapace, sont d'une nature particulière; très longs, souples, à mouvements ondulcux, ils rappellent les flagelles, dont on a peine à les distinguer. Dans les jMicrolhorax, nous avons déjà vu quelque chose de ce genre, quelques cils différents des autres, et qu'on peut appeler fiagelliformes; dans les Ctenostomidae, ces mêmes cils deviennent plus nombreux, et leur caractère de flagelles s'accentue toujours plus; et plus tard nous verrons, dans le Dactylochlamys pisciformis, tous les éléments vibraliles sous la fnrnu^ de flagelles onduleux (2).
Epalxis antiquorum sp. n.
Carapace sub-ovalaire, ou vaguement rectangulaire avec angles arrondis; à peine une fois et demi aussi longue que large. Arête dorsale à courbe régulière, terminée en avant en un bec crochu, et garnie sur toute sa longueur de cils très longs; arête ventrale flexucusc, à découpures peu prononcées. Fenêtre péristomienne à peine au-dessous du milieu du corps. Un ruban transversal jierlé, strié de cinq ou six rangs de cils, court
(1) J'ai eu l'occasion <l'cxainiiicr, niuis «l'une riianiOïc trop superflciolle, un l'ehtlinnim qui m'avnit paru être celui de Lautehiioun, mais dont les «iriunienls en ilifTéraient d'asscr loin, et je jiois en dire absolument de même de VEpalxis mirabilis de Roux; le Sapruiliniam, par contre, a fait l'objet d'une asser bonne i^lude, et nous allons le retrouver; quant ù la Discomorpha pectinala, (|ue j'ai fréqueinmeiU examiner, soit A l-'lorissanl et ailleurs, soit dans les trous noirs des Tourbières à Spha^num, j'ai renonciï i\ lui donner ici une place, mon élude restant Inférieure A celle de I.autf.bbohn. .le puis apporter cependant à cet éj^ard un rensei^;nement nouveau : en mai 1918, je lis la rcncoiUre de deux in<lividus en conjugaison. Ils étaient pris par la bouelie, et en nu-me temps aiipliqués l'un à l'autre comme deux roues de char qu'on déposerait ensemble contre un mur, c'est à-dire h peu [irès del)out, mais l'une débordant (|uelque peu par en liant et l'antre par en bas; et en même temiis, on constatait une certaine torsion nécessitée par la forme spéciale de l'aulmal. (Vesl là, si je ne fais erreur, le seul cas de conjugaison constaté dans la famille des Clcnosiomidae; et quant à la division on n'en connaît pas un seul.
(2) On lira non sans intérêt les lianes que consacre à ce propos Scmewiakoff à sa Maupasia paradoxa (Schew. 1893 a, p. 29).
ÉTUDIAS SUR LES Ih'FUSOIIiKS D'EAU DOUCE
parallèlement au rebord supérieur de la carapace jusqu'à mi-chemin de l'arête dorsale, puis, après avoir perdu ses stries et ses cils, se recourbe brusquement et poursuit sa route sous la forme de trois lignes longitudinales flexueuses, qui vont rejoindre, à l'extrémité postérieure, d'autres sillons avec lesquels elles figurent des dents ter-
minales, munies de pinceaux de cils — -^~-^$X^§\\
flagelliformes. Trois noyaux en gêné- ' ~- --^rt^''^'--*!
rai, parfois deux (ou peut-être un seul). Une vésicule contractile dans la partie postérieure du corps.
Longueur 70 à 80 (a.
Eig. 156. — Epalxis anliqnonini
C'est là peut-être le plus curieux des Epalxis, et celui dont la taille est la plus forte; il mériterait une étude pailiculièrement sérieuse, qu'il m'a été impossible d'entreprendre; à grand'peine, en eiîet, ai-je pu m'en procurer quatre ou cinq exemplaires, dans la vase de ce même fossé de Rouelbcau qui m'a livré presque
toutes les espèces du genre. .J'attirerai l'attention sur ces dépressions ou gouttières à contour fusiformc, qu'on voit surtout sur le liane gauche; puis sur ces bâtonnets internes, longs et larges, qu'on trouve normalement dans le cytoplasme (fig. 1 et 2), et dont la signification m'a échappé. Des essais de réaction au carmin glycérine n'ont pas donné de résultat.
Epalxis mimetica sp. n.
Carapace sub-ovalaire, une fois et demi aussi longue que large. Arête dorsale^ à courbe régulière, terminée en avant en iin long bec acéré, et bordée elle-même d'une arête interne, crénelée, portant sur toute sa longueur des cils longs et flexueux. Arête ventrale déchiquetée en avant, flexueuse en arrière; fenêtre péristomienne un peu an-dessous du milieu du corps. Un large ruban perlé, strié dans sa longueur de huit à dix lignes couvertes de longs cils, court parallèlement au rebord antérieur du corps, puis, après avoir perdu ses stries et ses cils, se recourbe brusquement à angle droit, et continue sa course jusqu'au bord inférieur, .sous forme i\<^ deux lignes longitudinales; deux autres lignes longitudinales, l'une à gauche, l'autre à droite des deux premières, vont former, en se réunissant à des arcs rentrants creusés dans le bord postérieur du corps, des dents ou crochets terminaux nmnis de cils flagelliformes très allongés. Noyau volumineux, ovoïde, près de l'arête dorsale; micronoyau adjacent; vésicule contractile très grande, dans la partie postérieure du corps.
Longueur 40 à 45 (i.
Fig. 157. — Epalxis mimetica
Serait-ce là peut-être le Pelodiniiim reniforme de Lauterborn? la chose est à peine vraisemblable, même en tenant compte des difficultés presque insurmontables
qui se présentent à l'observation des détails. L'extrémité postérieure du corps, avec ses dents qui semblent différer de forme et de nombre d'un individu à l'autre, est en tout cas décrite et figurée par Lauterborn comme revêtant une tout autre structure; mais il n'en est pas moins vrai que les deux formes se ressemblent étrangement, si bien que la dénomination de mimetica vient tout naturellement s'appliquer ici.
Cette espèce a été trouvée à Rouelbeau, puis à Florissant, dans la vase noire du fond.
Fig. ISS. — Epalxiselliptlca
« espèces » différentes,
Epalxis elliptica sp. n.
Carapace ovalaire, à peine une fois et demi aussi longue que large. Arête dorsale à contour régulier, terminée en avant par un bec crochu, et en arrière se confondant avec la courbure générale du corps. Arête ventrale déchiquetée, avec une large saillie striée et créntlée, portant de longs cils, au-dessous du bec dorsal; plus bas la fenêtre péristomienne, profonde. Sur la valve gauche, quelques stries longitudinales, à peine marquées; cette valve gauche est airoiidie en arrière, la valve droite y étant entaillée d'une profonde concavité. Entre les doux valves, plusieurs aspérités oii dents portant de longs cils.
Noyau sphérique, rapproché de l'arête dorsale. Vésicule contractile très grande, au voisinage de la fenêtre péristomienne. Longueui' 35 à 38 |ji.
Au marais de Rouelbeau, cette forme s'est montrée à diverses reprises, à la lin de janvier 1916; mais en raison des difiicultés spéciales que présentait l'étude de cet organisme très petit et toujours en mouvement, deux croquis seulement ont pu en être pris, et qui représentent, il faut le dire, deux animaux assez différents l'un de l'autre, tout au moins par les ornements de la partie postérieure du corps; un troisième croquis, d'après l'un des individus que l'on rencontrait à Florissant en février 1918, diffère lui-même assez fortement des deux premiers, toujours par cette même extrémité postérieure; et pour le dire en deux mots, il y a là pour moi trois autonomes; le terme de « elliplica « concerne un groupe
d'espèces, tout comme le terme « Epalxis » concerne un groupe de genres. Il faudrait
pour ce groupe une monographie, une étude poussée à fond (1).
Epalxis exigua sp. n.
Corps vaguement ovalaire, renflé en ariière, plus étroit en avant. Bord dorsal lisse, régulier; pas d'arête proprement dite, ni de dent antérieure. Bord ventral sinueux sur la
valve gauche, déchiqueté sur la valve droite et entaillé d'une épine puissante recouvrant la fenêtre péristomienne. Tout ])!ès de l'extrémité antérieure, une ligne de crénclures pourvues de longs cils tient lieu du ruban perlé caractéristique. De la plus externe de ces crénclures ])art une ligue ou arête bordée de longs cils également, qui, parallèle au rebord dorsal, court jusque près de l'extrémité postérieure, puis revient brusquement sur elle-même en formant un arc rentrant; ce dernier va par son extrémité opposée rejoindre le bas de l'arête ventrale et former avec elle un large bec postérieur.
A cette extrémité posiérieuie la valve gauche est décou])ée d'une forte encoche près du bord doisiil, puis de trois autres plus près du bord ventral, chaque dent portant quelques longs cils.
Un cil flagelliforme beaucoup plus long cpie les autres
l)rend naissance également près de la pointe ventrale. Noyau
tonné de deux masses accolées, avec micronoyau au point
de contact. Vésicule contractile petite, près et en-dessous de la fenêtre péristomienne.
Longueur 28 (ji.
Cette espèce n'est piobablemenl |)as rare, et en tout cas l'on en voyait de nombreux représentants à Florissant, au mois dv mars 1918; mais tout au plus quelques-uns d'entre
Fig. 169.
Epalxis exigua
(1) C'est en raison dos doutes relatifs ;'( celte [<iriiie spéciale, plus encore que pour ceux qu'a soulevés rcxnmen des autres espt^ccs, que je m'étais pronns d'iHJiorer dans l'oiivrane actuel le fjnnipe des l^palxis tout entier; mais arrivé au terme de mes études sans qu'il me soit possible il'en entrevoir plus tard la continuation, je crois bien faire de revenir sur ma décision première.
eux ont-ils pu être sérieusement examinés. L'animal court très vite, en se dandinant, et à peine a-t-on pu fixer l'un des détails de sa structure, que l'orientation a changé; c'est pourc[uoi la figure donnée actuellement n'est qu'une reconstitution tirée de nornbreux dessins partiels. On remarquera les petits grains réfiingents amassés à la partie antérieure de l'individu, et qui se sont toujours montrés; puis aussi le cil particulièrement fort qui domine la crête antérieure; et enfin le fiagelle, beaucoup plus long et plus fort que les autres, qui traîne en arrière de l'animal.
Epalxis discoidea sp. n.
Corps légèrement jaunâtre, discoïde, à valve gauche beaucoup plus grande que la droite, convexe, bosselée. Valve droite épaisse, convexe, arrondie du côté dorsal, inégale et pourvue de trois larges dents sur le côté ventral, portant partout de longs cils. Fenêtre péristomicnne très rapprochée de l'extrémité inférieure; à son bord inférieur, deux cils flagellif ormes très longs; un peu au-dessous, une dent pointue; une autre dent, plus rapprochée du rebord dorsal, est formée par la réunion de l'arête circulaire de cette valve droite avec une autre arête plus faible venant du haut de la fuiêtre péristomicnne. La valve gauche montre un contour à peu près parfaitemem circulaire, pourtant légèrement flexueux sur le bord ventral, et n'a nulle part de dents. Noyau ellipsoïdal, dans la partie postérieure du corps ; un micronoyau, très gros, voisin de son pôle inférieur. Vésicule contractile très grande, voisin et au-dessus de l'appareil buccal.
Longueur el largeur 35 à 38 {i.
Fig. 190. — Epalxis discoidea
Cette espèce sera toujours facile à reconnaître à sa forme parfaitement circulaire, ou plutôt qui le sérail tout ;\ fait s'il n'y avait un défaut de régularité dans la courbe de la face buccale. C'est également la seule espèce du genre qui soit colorée;
on y trouve une légère teinte d'un brun chamois caractéristique, très faible mais toujours existante. L'épaisseur du corps est aussi très forte, et, vu de côté (fig. 2), l'animal revêt une apparence toute particulière, rappelant quelque peu un double bouton de manchettes.
Le cytoplasme, examiné sur plusieurs individus après écrasement, s'est toujours trouvé remi)li de bactéries presque identiques à celles que l'on connaît dans la Pdormjxa paluslris. Les deux cils postérieurs, sétifoimes plutôt que flagelliformcs, généralement immobiles mais susceptibles par instants de battements vigoureux, peuvent atteindre une longueur égale à celle de l'animal lui-même; ils semblent fonctionner d'ordinaire comme gouvernail.
L' Epalxis discoidea n'était pas rare à Rouelbeau, en janvier et février 1916; je l'ai retrouvée plus tard dans deux stations différentes. Florissant et Pinchat.
Epalxis uncinata sp. n.
Corps discoïde, aussi large que long. Arête dorsale décrivant un demi-cercle parfait, aiTondie en arrière et se terminant en avant en une pointe acérée; arête ventrale renflée, et se prolongeant en arrière au delà du contour général du corps. Un sillon parallèle à l'arête dorsale court jusque près de l'extrémité postérieure, puis se relève brusquement en un arc rentrant qui par son extrémité opposée va rejoindre l'arête ventrale, faisant avec elle une pointe acérée qui porte elle-même un long cil llagelliforme. Une autre pointe, plus rapprochée du bord dorsal, poite un cil de même nature. Noyau ellipsoïdal, appuyé au sillon dorsal. Vésicule contractile prés de l'extrémité postérieure; au-dessus. une vésicule accessoire.
Longueur et largeur 38 pi.
Tout en rappelant à première apparence VEpalxis discoidea, en raison de sa forme presque circulaire, cette espèce en dilîère certainement, et revêt une
structure très caractéristique, que la fig. 1 reproduit assez fidèlement ; cette figure, en effet, a été calquée sur un animal déjà malade et immobile, mais dont les cils battaient encore, et que rien n'était venu ni comprimer ni déformer.
D'autres individus, qui couraient dans les environs, se montraient identiques, mais restaient très incertains dans les détails.
Le trait de structure le plus caractéristique réside dans l'énoinie développement que prend en arrière l'arête latéro-buccale, pour opérer sa jonction avec un arc venant de l'intérieur, et s'y terminer en un large crochet.
La fig. 2 montre l'apparence générale d'un individu vu de côté.
Cette espèce n'était pas très rare à Rouelbeau, en mai 1918.
Fig. 161. — Epalxis uncfnola
Epalxis fîagellata sp. n.
Carapace discoïde, aussi large ou plus large que longue; arête dorsale dessinant un demi-cercle régulier, arrondie en arrière, terminée en avant en une petite dent; bord ventral fortement renflé, sans saillie ni denticulalions. Sur la valve droite, une arête parallèle au rebord dorsal, et portant elle-même de longs cils, se continue jusque près de l'extrémité postérieure, puis revient brusquement sur elle-même, en dessinant une dent que prolonge un long cil; cette arête décrit alors un arc rentrant cpii, par son extrémité opposée, va rejoindre une ligne venant de la fenêtre péiistomienne, et forme avec
elle un angle aigu, ou large dent qui porte un cil flagelliforme extrêmement long; une autre dent, formée par la réunion du rebord ventral avec un autre arc venant de l'intérieur, porte un long cil également. Noyau sphérique, rapproché du rebord dorsal; une petite vésicule contractile au voisinage de la fenêtre l)érislomiennc.
Longueur 25 (x; largeur 26 y..
Fig. 162. — Fpaixis flugellala
kl encore, nous a\'ons une forme à peu près discoïde, et généralement plus large que longue, grâce au renflement latéral; mais il y a sous ce rapport une grande variabililé, et j'ai rencontré des individus, tie même taille et appartenant sans aucun doute à la même espèce, où le reunemenl était à peine indiqué. L'animal est ici tout particulièrement mobile, tremble, vacille et saute sans arrêt, et se présente alors sous les aspects les plus divers; la fig. 2, par exemple, qui montre l'animal de côté, et tel que j'ai pu le voir nettement à deux reprises dilTérenles, semble à peine ])ouvoir se rai)porter au inênie organisme, mais tel est ])ourtant le cas. On reinar(|uera le dévelo])])einenl tout à fait caractéristique des trois flagelles postérieurs, dont l'un, plus fort et mieux marqué, dépasse la longueur du corps entier. A la face dorsale, on trouve également un long III, sur un prolongement spécial (fig. 2).
Cette espèce a été observée à Florissant; je n'ai guère pu en entrevoir qu'une demidouzaine d'individus.
Epalxis anatina sp. n.
Corps vaguement ovalaire ou en forme de casque renflé en arrière, plus étroit en avant. Arête dorsale arrondie, se terminant en avant par un bec saillant, en arrière par un renflement obtus que prolonge un long cil. Arête ventrale creusée à sa partie antérieure d'une dépression d'où sortent de longs cils, puis renflée et terminée, à l'extrémité postérieure du corps, par deux dents munies chacune d'un cil flagelliforme très allongé. Fenêtre péristomienne très rapprochée de l'extrémité postérieure. Noyau volumineux, sphérique. Vésicule contractile voisine de la fenêtre péristomienne.
Longueur 24 [i.
Fiy. 163. — Epalxis anatina
Ce très petit organisme vivait avec les canards, dans l'étang de l'Ariana; de là son nom, qui n'a aucun rapport avec sa structure particulière. Les deux figures que j'en donne sembleraient se rapporter h deux organismes difîéreuls; mais il n'en est rien; la fig. 2 est indiquée dans mes notes comme « plus juste » que l'autre; ce qui ne veut pas dire qu'elle soit d'une exactitude absolue. Ajoutons pourtant que, si dans ces très petites espèces tout est à contrôler, il reste plus encore à trouver; ces quelques organismes que j'ai cru devoir provisoirement rattacher au genre Epalxis sont très loin de constituer une liste complète du groupe; probablement faudra-t-il en doubler et tripler le nombre lorsqu'une bonne monographie sera venue apporter la lumière sur le sujet.
Saprodinium dentatum (Lauterborn) 1908 Discomorpha dentata (Lauterborn) 1901
Carapace vaguement discoïde, aussi large que longue. Arête dorsale décrivant une courbe régulière, terminée en ariièrc en une lame renflée, prolongée en avant par une pointe acérée. Arête ventrale renflée en arrière, coupée eu avant de plusieurs saillies très fortes, crochues, d'où partent des cils longs et forts. Un large ruban concave, creusé dans la valve droite, et divisé par des ligues transversales en petites partitions que strient à leur tour des rainures longitudinales, court parallèle à la courbure dorsale antérieure, contourne l'arête ventrale et va se terminer brusquement sur la face opposée; ce ruban est tout entier couvert de cils très longs et fins, flexueux. Extrémité postérieure de la carapace coupée de dents disposées en trois séries, concernant l'une la valve gauche, une autre la valve droite et la troisième un renflement intermédiaire prolongé eu arête. Toutes ces dents portent un ou plusieurs cils fiagelliformes. Fenêtre péristomienne anguleuse et fortement relevée en arrière. Normalement deux noyaux, sphériques, avec un gros micronucléus auprès de l'un d'eux. Vésicule contractile grande, voisine de la fenêtre buccale.
Longueur et largeur, 58 à 62 [i.
Après la Discomorpha peclinata, plus belle, et plus bizarre en même temps dans sa structure que tous les autres représentants de la famille des Clcnostomidae, c'est le Saprodinium dentatum qui vient prendre la seconde place; sous certains rapports, même, il aurait droit à la première, car il réunit en lui, d'une manière beaucoup plus typique, les caractères propres à ce groupe intéressant.
Bien que mes observations sur cette espèce aient exigé quelque persévérance, elles ne m'ont pas fourni de résultats très importants, et je ne puis mieux faire que de renvoyer à Lauterborn pour la connaissance de cet organisme, me contentant de quelques réflexions.
C'est dans le Saprodinium que se dessine avec le plus d'évidence cette curieuse
gouttière ciliée que montrent, mais à l"état plus ou moins parfait, la plupart des Epalxis. Lauterborn (1908) ne la figure que d'une manière incomplète, et n'ejTi dit que peu de mots : « Im vorderen Kôrpcrdrittel links vcntralwârts cinr ziemlich breile holilkehlenartig veiiiefte Rinne, welche sich iiber den Ventralband nach der reclilcn Kôrperseite hiniiberzieht und hier bogenfôrmig nach hinten verlàuft. Der Boden der Rinne ist mit mehrcrcn Reihen aûsserst klciner giUerfôrmig angeordnetcr polygonaler Fclder bcdeckt, in denen zahlreiche lange, diinne Cilien entspringen. » D'après mes observations, la gouttière, ou plutôt disons le ruban., commence à se dessiner non loin de l'extrémité postérieure de l'animal sur le flanc droit (fig. 1), sons la forme de deux lignes ])arallèles où les cils ne se voient pas encore, et remonte vers la partie antérieure en restant constamment parallèle à l'arête dorsale, puis finit i)ar rejoindre le bord droit du corps et le contourne, pour se prolonger encore quelque peu sur le flanc gauche, en s'élargissant, et tout d'un coup disparaître à la vue (fig. 2).
Les cils, très fins et très longs, commencent à y apparaître, sur le flanc droit, vers le tiers antérieur de l'animal, et ne quitteront plus le ruban jusqu'à la fin; ils sont alors disposés, non suivant des « champs polygonaux extrêmement petits et arrangés en treillis », mais sur des séries superposées de petites perforations allongées et fente dans le sens du ruban, à cinq fentes par série, toutes ces séries se trouvant séparées les unes des autres par des stries transversales par rapport au ruban lui-même (fig. 3).
Concernant l'extrémité postérieure du corps, Lauterborn, dans sa première description de l'espèce (1901), s'exprime dans les termes suivants : « Die Ausbildung der Hinterdornen ist mannigfachen Schwankungen unterworfen. » Plus tard, en 1908, il décrit cette extrémité comme suit : « Das etwas verdickte Hinterende ist auf
beiden Korperhâlften in meist je vier dreieckige Fortsàtze ausgezogen, die in etwas g c s c h w e i f t e s e h r spitze Dornen auslaufen und grossent heils auf etwas krenu lierler Basis lange Cilienbiindel tragen. » D'après mes observations, la forme de ces appendices postérieurs est en effet assez capricieuse, tout aussi bien que leurs dimensions, mais il semble y avoir en tout cas un type normal d ' arrange nuuit; on peut distinguer non pas deux, mais trois séries d'arêtes, l'une sur le flanc gauche (fig. 4 a), avec trois pointes, une autre sur le flanc droit (4 c) avec trois pointes également, et une troisième intermédiaire, avec deux |H)intes seulement (4 h). Tout cela, il faut le dire, est assez difllcile à déterminer, et si l'on jette un COU]) d'd'il sur la /i,7. r5, (|ui montre l'animal à peu près tel qu'on le voit par le côté, on n'y trouvera guère la disposition indiquée; mais telle est en tout cas l'apparence générale, que Lauterborn a figurée h peu prés par les mêmes traits.
Le cytoplasme, dans cet Infnsoire, est grisâtre, et renferme un grand nombre de sphérules pâles, ])uis, très souvent et peut-être même normalement, des bactéries en baguettes analogues à celles des Pf/om//.ro, et des grains 1res petits, ([uelquefois dans des vacuoles; mais je ne me lajjpeJle pas y avoir vu de proies figurées; dans la partie antérieure, on y trouve toujours, en plus ou moins grand nombre, ces grains réfringents, noirâtres dans leur ensemble, que Lauterborn y a déjà indiqués (fig. 1).
Cette espèce était commune à Florissant, où je l'ai vue en toute saison; elle s'est retrouvée à Rouelbeau, plus rare. Lauterborn donne une longueur de 80 (i; mes croquis en indiquent de 58 à 62; mais j'ai le souvenir très net d'individus plus grands.
Fig. 104. — Snprodiniiini dentalum
Drepanomonas dentata Fresenius 1858
Corps scmi-Iunairc, comprimé latéralement, convexe dorsalement, concave sur le côté ventral, terminé à ses extrémités en une pointe acérée. La face ventrale proprement dite, comprise entre les flancs gauche et droit de l'animal, est déprimée en avant et en arrière, puis relevée dans sa partie médiane en une convexité dans laquelle est creusée la bouche, ou fossette profonde où bat une membrane ondulante très petite. Sui' chacun des flancs, deux sillons longitudinaux, allant rejoindre en arrière la pointe même du corps, et en avant se perdant en replis et denticulations caractéristiques, différents sur chacun des côtés. Les sillons, comme l'arête dorsale et aussi le bord ventral, sont pourvus de cils longs et fins. Noyau sphérique, très pâle, un peu en arriére et audessus de la bouche; une petite vésicule contractile, avec vacuole accessoire, se montre sous l'angle terminal de la fossette buccale.
Longueur 40 à 65 |x. — Sphagniim.
Lauterborn, en indiquant les affinités des différentes formes qui rentreraient dans sa nouvelle famille des Ctenostoinidae, consacre, dans une note au bas de la page, les lignes suivantes au genre qui va nous occuper : « Ich halle es nicht fiir unmôglich, dass die bisher nur ungeniigend untersuchte Gattung Dre/janomonos Fresem us vcrwandschaftliche Bcziehuugcn zu den hier aufgezahlten Formen haben diirfte. » Le Drepanomonas est en efl'et un organisme assez peu connu, et malgré la description déjà très précise qu'en a donné Fresenius en 1856, les opinions à son égard varient étrangement. Kent le tient, on ne sait pourquoi, pour un état jeune de Lionolus fasciola; Bûtsciili le rapproche de Scaphidion et de Trochilia, ou bien de VAspidisca bipartila de GouRRET et Rôser; et tout le monde, en même temps y voit des afiinités avec le genre Micwlhorax. C'est à cette dernière opinion que je me rattacherais le plus volontiers; il y a là une parenté qui me paraît certaine, et plus rapprochée qu'elle ne l'est des Clenoslomidae.
La structure des Drepanomonas a toujours passé pour difficile à comprendre ; il me semble cependant que la complication n'est pas bien grande,
et qu'au moyen d'une comparaison, très simple bien qu'un peu triviale, on arriverait à éclaircir la question :
Figurons-nous que nous ayons, dans la fig. A un morceau de pâte, une plaque de gélatine, de forme elliptique, et que nous placions cette plaque devant nous sur une table; avec un canif, j'y découpe au centre une ouverture elliptique, l'axe de l'ellipse étant transversal par rapport à celui de la plaque: puis je trace au-dessus de cette ouverture deux sillons, concentriques, parallèles au bord de la plaque. Cela fait, je prends des deux mains mon morceau de pâte, je le retourne de manière que la face où j'ai tracé les dessins (face ventrale) soit tournée contre la table, et je replie la plaque en deux, en en ramenant vers moi les bords l'un contre l'autre, de telle sorte qu'une soudure s'opère entre les parties gauche et droite de la face dorsale; comme résultat nous avons alors une sorte de demilune ou mieux encore quelque chose qui rappellerait une côte d'orange {fig. 5).
Telle est la forme que revêt noire Drepanomonas; sans doute, la comparaison ne répond pas à la réalité, la face dorsale n'a pas disparu englobée dans le cytoplasme, et les dessins, ou dentelures, spéciaux à l'extrémité antérieure du corps ne sont pas comme ils devraient l'être, identiques sur les deux flancs de l'animal; mais il n'en reste pas moins vrai que jusqu'à un certain point la similitude est évidente, et par exemple j'apprendrais sans étonnement que les flancs gauche et droit de l'Infusoire représentent en réalité tous deux la face ventrale vraie.
Fig. 1S5. — Drepanomonas denlala
Quoi qu'il en soit, la courbe postérieure du Drepanomonas figure une arête dorsale crénelée, munie de cils extrêmement fins; les deux sillons internes en sont également bordés, et d'autres cils, plus longs et plus vigoureux, garnissent les rebords anguleux de l'arête ventrale à la partie antérieure de l'animal. Vers le milieu de l'arête se montre un renflement, percé d'une fossette assez variable d'aspect suivant le point de vue (fig. 1 et 2), et dans l'intérieur de lacpicUe on voil battre soil quelques cils, soit plutôt une sorte de lame ondulante, striée, (fig. 3), donl on n'arrive pas à se représenter les contours.
Le noyau est très pâle, très peu di.stincl ; la vésicule contractile se montre très souvent accompagnée d'une vésicule accessoire, comme dans les Microlhora.r.
J'ai trouvé cette espèce à Valavran en 1916, dans le Sphagnum, puis plus tard au marais de Rouelbeau. Partout elle était rare, et ses mouvements, en changeant conslanrment le point de vue, la rendaient difficile à étudier.
Drepanomonas obtusa sp. n.
Corps vaguement semi-lunaire, ou réniforme allongé, convexe dorsalemcnt, concave sur le côté ventral; ce dernier relevé dans sa partie médiane en une convexité creusée elle-même d'une fossette buccale profonde. Structure d'ailleurs à peu près identique à celle de Drepanomonas drntaUi, mais le corps est arrondi en arrière et ne montre pas de dents en avant, les seules saillies de la face concave antérieure étant celles que produisent les deux sillons longitudinaux en contournant cette face pour se continuer sur
l'autre; ces deux .sillons — ou plutôt arêtes en relief — en outre, n'atteignent pas l'exticmité postérieure, qui reste uniformément arrondie. Cils longs et flexueux, le long des arêtes et du bord ventral. Quelques trichocystes ça et là dans le cytoplasme. Noyau s])liérique, très pâle, central. Une vésicule contractile sous la fossette buccale, avec vacuole accessoire.
Longueur 30 à 35 (x. — Sphagnum.
Fig. /««. — Drepanomomis obtusa Cette cspècc, récoltéc, cu assez giaiulc
quantité, au marais de Pinchal, en 1915, c'est-à-dire bien avant la précédente, avait été tout d'abord étudiée comme Drepanomonas denlata, donl elle était supposée représenter une variété particulière; mais plus tard, une com]iaraison attentive m'a d'autant plus convaincu des caractères nettement spécifiques de cet organisme, qu'il ne s'est jamais montre le moindre terme de passage entre les deux formes. Le corps est beaucoup plus petit, ])lus uni, l'extrémité postérieure est toujours obtuse et arrondie, les dents manquent à la ))arlie antérieure, et par contre les deux sillons concentriques sont bordés d'une arête laminaire très prononcée, mais qui diminue de force cu ariière et s'en va disparaître avant d'atteindre rexirémité postérieure (lu corps. En outre, on trouve quelques Irichocystes, à la face ventrale (fig. 3, où l'animal est vu de côté); dans le corps, ils restent presque absolument invisibles; mais après l'explosion ce sont de longues baguettes droites f/(j/. ^^, à l'extrémité desquelles on trouve une sphérulc qui rougit par le cariuiu.
Drepanomonas exigua sp.
Corps de structure identiqiu' à celle c\u Drepanomonas nhluso, mais de taille beaucoup plus faible, et relativement beaucoup plus large, réniforme iilutôt <pie semi-lunaire. En outre, on remarque la pré.sence d'un aiguillon ou éperon caractérislicpie, prenant naissaïue à la base de l'ouvc rlure buccale, long, acéré, très fort et provenant de la soudure intime des éléments d'un ijiuccau de cils.
Longueur 20 à 23 §. — Sphagnum.
Ce très prlil TnfiisoiiT, qui mesurait presque toujours 20 (x et que je n'ai pas vu dépasser 23 (x dans les gros individus, vivait dans les Sphagnuni à Valavran, en compagnie de Drepanomonns denlata, mais en beaucoup plus grand nombre, et sans qu'on pût trouver dans la même localité un seul représentant de Drepanomonas ohlusa. Il ressemble, cependant, de très près à cette dernière, niais, apiès l'avoir traité pendant longtemps comme une simple variété, je dois aujourd'hui le considérer comme une espèce parfaitement autonome. Il se distingue alors fie cette Drepanomonas obtnsa par sa taille toujours beaucoup plus faible, par une largeur relative plus grande, |)ar ses deux arêtes latérales linissaiit en arrière en une courbe brusquement relevée eu crochet, par une rangée très inaïquéc de longs cils à l'extrémité postérieure du corps, et, caractère ])lus important, par la possession d'une sorte de griffe, jirobablement formée de la réunion de plusieurs cils soudés, très forte et épaisse, implantée tout droit à la base de l'ouverture péristomienne. Dans cette ouverture on voit battre quelque chose, probablement une membrane ondulante; et la fossette elle-même se prolonge, quelquefois d'une manière assez nette, bien loin en arrière, en se redressant quelque peu vers le haut. (fig. 1 ).
La vésicule coiilractile, ici comme dans les Microlhorax, est double, ou plutôt il y en a deux, l'une, la plus rapprochée de la commissure buccale, fonctionnant à intervalles rapprochés, l'autre, tout près et plus en arrière, beaucoup plus paresseuse mais pouvant fonctionner par elle-même également. Dans cette espèce, cette seconde vésicule est fréquemment double; l'on en voit deux, mais qui bientôt n'en feront qu'une, très grande.
La fiy. 3 a élc reproduite d'après un animal entrevu par la tranche, pendant l'une de ses évolutions; les contours n'en sont vraisemblablement pas très exacts.
Fig. ItiT. — Drepanomonas exigiia
Drepanomonas revoluta sp. n.
Corps allongé, quelque peu réniforme, comprimé, concave sur l'une des faces (dorsale en réalité) convexe sur l'autre (ventrale en réalité). Sur le bord ventral et dans une région médiane est creusée la fossette buccale, i)rofonde, anguleuse, avec une petite niembrane ondulante dans son intérieur et une longue soie tactile à son bord postérieur; au-dessus, trois replis que séparent des sillons garnis de cils. Au bord antérieur de l'animal, une série de crénelures ]ior{ant des cils très fins; sur le rebord postérieur, une papille garnie d'un faisceau de soies du côté ventral, et du côté dorsal trois, ou quatre, papilles plus petites, et d'où s'échappent des cils plus fins. Un petit nombre de triehocystes, à disposition radiaire, se rencontrent dans le cytoplasme. Noyau sphérique, central. Vésicule contractile sous la fosse buccale, avec vacuole accessoire.
Longueur 30 à 40 (jl. — Marais et tourbières.
- Drepanomonas rrvolufa
Il me paraît assez probable que c'est cette forme que Mermod a rencontrée, et décrite comme se rapportant à la Drepanomonas dentala; les figures que donne l'auteur, la taille beaucoup plus faible qu'il indique, et enfin certains détails de structure qu'il .semble avoir ([uclque peine à raccorder avec les données de Fresenius, mais qui cou-
les INFUSOIRES D EAU DOUCE
viendraient assez bien à la Drepanomonas revolida ou lout au moins à cette variété de Valavran que nous retrouverons bientôt, me porteraient à conclure qu'il n'a pas vu la Drepanomonas dentaia vraie.
Pour moi, cet Infusoirc, que j'ai rencontré à Pinchat, à Rouelbeau, et plus tard à Valavran, est bien une Drepanomonas, mais c'en est une forme spécifique distincte, et, dont la structure est assez compliquée également.
Pour comprendre cette structure, nous pouvons avoir recours encore ici à notre première comparaison : supposons que nous ayons une plaque de gélatine (fig. 6); j'y creuse, cette fois non plus au milieu de la plaque, mais à droite, une cavité allongée suivant l'axe tran.sversal, et au-dessus de la cavité je trace deux sillons concentriques, parallèles au bord de la plaque, mais qui ne se voient bien marqués que dans cette partie de leur course qui se trouve au-dessus de la cavité. Je retourne maintenant la plaque, la face sculptée (ventrale) en bas, et je replie le tout vers moi, mais en deux replis, gauche et droite, suivant les deux lignes longitudinales tracées dans la figure; le résultat sera quelque chose qui rappellera les ailes d'un chapeau vu d'en haut, d'un cliapcau de prêtre espagnol, par exemple (fig. 7); et alors, dans notre Drepanomonas revohiia, le retroussis, soit à gauche soit à droite, appartiendra eu réalité à la face ventrale, tandis que le dos sera en creux, représenté par l'espace libre entre les deux bords retroussés, et que la fossette buccale se trouvera creusée sur la ligne du repli de gauche.
Il est bien évident que toutes ces considérations n'ont d'autre valeur que celle d'une comparaison sans rapport avec la réalité des faits; mais pourtant là encore je me demanderai s'il n'y aurait pas quelque chose de vrai, une structure acquise et qui n'existait pas à l'origine; si nous considérons la fig. 6, par exemple, et que nous supposions la plaque de gélatine incolore, les deux sillons supra-buccaux se présenteraient, après le reploiement, comme dirigés de haut en bas et de droite à gauche, mais par transparence nous verrions leur prolongement se dessiner de bas en haut et de gauche à droite (fig. 7); or c'est tout juste là ce qui se passe dans \a Drepanomonas revoluta! (fig. 1).
Cette espèce est comnuinc au marais de Pinchat, où j'ai pu l'étudier, en 1915, un peu plus longuement que les autres Drepanomonas; et je voudrais alors revenir sur les plus importantes de mes observations.
Considérons tout d'abord les trichocystcs : Ils sont presque identiques à ceux de Drepanomonas obtnsa dont il a été question plus haut, mais plus nombreux, et plus visibles également; ce sont des baguettes courtes, et qui ne se rencontrent qu'à la face ventrale (fig. 1 ) — la face creuse, faudrait-il dire phitôt; comme nous venons de le voir, ce serait là peut-être la face dorsale viaie — ; à l'explosion, ils se développeni en une baguette droite, forte, aussi longue que l'animal, et, après carmin, |)ourvue ou non d'une petite sphérule rouge à son sommet, Miivanl la réus.site plus ou moins parfaite de la réaction. Assez souvent, du reste, cette réaction reste nulle, ou ne se traduit que par
l'apparition de points rouges; mais quelques-uns de ces points ne représentent pas des trichocystes non éclatés; dans la fig. 1, on voit au-dessus ûv l'ouverture péristomicnne liois ])etiles taches; ce .sont
l'iij. lii'J. — Drrimnnmoiiii'i rnmliila
là des grauulalions, ou amas de granulations qui se colorent instantanément et (l'une manière intense, sans qu'on puisse en deviner la raison; on pourrait croire, même, qu'il y a là en cpielque sorte une réserve de matière virulente.
Mais ces grains rouges de dilTércnte nature, et dont la coloration est due'au carmin, m'amenèrent à relater un fait assez curieux : Sur beaucoup d'individus, on constate la présence de grains extrêmement petits, colorés en un rose clair très pur, disséminés dans le cyloplasnu' en nomlire jjarfois assez grand, et cela en l'absence de toute trace de cannin et sur l'animal en pleine sauté; ce sont des granulations carminées, propres au cytoplasme lui-même; mais, je dois l'ajouter, on ne les trouve nettement indiquées que sur certains individus.
La nourriture consiste en particules très pelites; à Pinchat, au mois d'août, c'étaient surtout de gros microbes, brillants, sphériques, que l'on voyait tourbillonner au voisinage de la bouche, sous l'action d'une petite membrane ou lèvre ondulante, et peut-être aussi de quelques cils; et alors, le cheniin suivi par le microbe : était très caractéristique; on le voyait s'engouffrer dans le pharynx, s'y débattre deux ou trois secondes, puis se précipiter tout-à-coup vers le haut, et décrire une courbe en arrière jusque bien loin dans le cytoplasme, où une vacuole l'entourait rapidement.
Dans la fig. 2, qui montre le trajet suivi par le microbe capturé, on voit également, au-dessous de ce dernier, un petit point noir dans un cadre Qafig. 1 le montre également); c'est là un grain d'excrétion, un déchet de nourriture, que j'ai vu brusquement jeté dans l'ouverture péristomienue, puis lancé bien loin au dehors; c'est alors là que se trouverait le pore excréteur.
Comme dans les Drepanomonas en général, nous avons ici deux vésicules contractile, l'une plus petite antérieure, l'autre plus grande, postérieure; sur quelques individus, j'ai pu suivre assez nettement le jeu de ces deux vésicules (fig. 10) (1) : la première fonctionne à intervalles tiès rapprochés, et à chaque systole on voit une sorte de lame plasmatique s'avancer brusquement de bas en haut, expulsant le liquide dans la cavité péristomienue, en même temps que tout se comble par le bas (fig. 11 a, b, c, d); la seconde vésicule est très paresseuse, mais devient très grande, mettant peut-être une heure entière à se former, puis tout d'un coup elle éclate, et se vide, si j'ai bien observé, non pas dans la fosse buccale, mais directement à l'extérieur, au niveau d'une dépression caractéristique de la cuticule (fig. 10).
Comme il a été dit plus haut, c'est à Pinchat que cette espèce s'est montrée en plus grande abondance; à Valavran, cependant, dans le Sphagnum, je l'ai retrouvée assez commune encore, mais sous une forme spéciale : elle était plus grande, et relativement plus étroite (fig. 8 et 9), plus distincte dans ses détails; et surtout, cette sorte de dépression ventrale vaguement en forme de 8, que l'on voit marquée dans la fig. 1, paraissait manquer; les plissements s'y étaient presque complètement oblitérés.
Dactylochlamys pisciformis Lauterborn 1901
Corps clair, opalescent, pisciforme, rigide, effîlé en arrière, tronqué en avant, non comprimé sauf à la partie antérieure, où sur une vue de côté on distingue une fissure buccale bordée de deux proéminences ou lèvres. Toute la surface est parcourue d'arêtes ou quilles dirigées en spirale vers l'extrémité postérieure, au nombre de cinq à huit, parallèles, laminaires, relevées de distance en distance de dents ou épines parfois très allongées, plates, étroites et s'élargissant à leur extrémité en une tête spatulée et souvent tronquée à angle droit. Des cils relativement peu nombreux, très longs, plus serrés et plus allongés encoi-e autour de la bouche, où ils figurent une couronne de filaments flexueux, puis également vers la pointe terminale où ils deviennent de véritables tlagelles, se détachent de la surface du corps et ondulent de tous les côtés. Cytoplasme bourré de sphérules pâles, de globules de graisse, et de grains brillants qui souvent s'accumulent en arrière. Noyau ovoïde, grand, finement granulé, vers le milieu du corps. Une grande vésicule contractile, au tiers postérieur de l'animal.
Longueur 80 à 100 (x.
Lauterborn se livre au sujet de cette espèce aux réflexions suivantes : « Dactylochl(imij.<: gchôrt mit der Gattung Discomorphn zu den bizarrsten and auffallendsten Infusorien, die ich kenne. Ihre systematische Stellung festzustellen, ist nicht ganz leicht. Dass sic zu den Ilolotrichen gehôrt, unterliegt keinem Zweifel. Unter diesen dûrfte es die Famille der Colepina sein, in die sich Dactylochlamys am wenisgten gezwungen einrcihen liesse. »
Peut-être pourrait-on aller un peu plus loin encore, et considérer cet organisme comme représentant à lui seul une famille très spéciale, laquelle, plutôt que de se rapprocher des Colepina, aurait des afiinités avec les Cienoslomidae; non pas certes qu'on y trouve la moindre analogie de forme ou de structure, mais en raison de la nature toute
(1) On rein:irquera dans cette figure la petite membrane ondulante, assez distincte dans cette espèce,
ÉTUDI-S SUR Li:S I.SFUSOIRI-S D'EAU DOUCE
particulière des cils. Comme dans les Clénostomes, el d'une manière bien plus marquée encore, ce sont là des flagelles plutôt que des cils; tous sont très longs, très fins, et ondulent plutôt qu'ils ne battent, ceux de la partie postérieure du corps, surtout, qui sont plus longs encore que les autres.
Le corps est fusiforme, étiré eu pointe en arrière, grisâtre, plein de sphérules pâles puis de globules de graisse, enfin de petits grains très réfringents qui s'accumulent souvent à l'extrémité postérieure. On ne voit ni nasse, ni trichocystes, ni même de bouche; cette dernière, cependant, doit exister : examiné par l'une de ses faces qu'on pourrait appeler ventrale, on trouve le corps terminé par une troncature relaUvemcnt large,
unie; mais si l'on fait tourner l'animal de 90 degrés, la troncature ne se retrouve pas, ou plutôt elle est beaucoup plus étroite, et creusée dans son ndlieu; il doit y avoir là deux lèvres (fig. 2).
Les arêtes longitudinales caractéristiques, dont le nombre semble être assez variable, le plus souvent de cinq à sept, décrivent à peu près un tour de spirale; chacune représente une sorte de quille, mince, relevée de distance en distance et sxu- toute sa longueur de dents plates, étroites, souvent très allongées en forme de bâtonnets, et légèrement élargies à leur sommet, comme une sorte de tête qui rappellerait celle des tentacules des Acinétiens. Ces dents sont pour la pln]iarl dirigées un peu en arrière, et cela d'autant plus qu'elles sont elles-mêmes plus rappi'ochées de l'extrémité postérieure. .Je n'ai pas pu constater à leur intéiieur cette apparence de fil axial que L.\UTERRonN y a indiquée; dans la fig. 3, où l'on voit l'animal d'en haut, .suivant son axe longitudinal, on constate que les arêtes, et leurs dents avec elles, sont déjetées sur le côté. Quant à la fig. 5, elle montre quelque chose d'un peu différent ; elle indique la coupe transversale d'un individu appartenant à une forme particulière, exlrêmiincnl courte et trapue (fig. 4), qui s'est rencontrée au marais de Rouelbeau où par contre la forme type n'existait jias, et dont les dents ne se présentaieut pas comme de simples prolongements ou arêtes étroites, mais comme des appendices spéciaux fixés .sur des arêtes mousses; en outre, on y trouvait dans la moitié postérieure du corps des flagelles tout particulièrement allongés. Il n'est pas tout à fait certain qu'il y ait là le même organisme ; mais la Daclulnclilaini/s est assez variable dans sa forme générale, )ilus ou moins trapue ou plus ou n\oins allongée, variable aussi dans la longueur de ses flagelles, et il serait prématuré de vouloir séjjarer ces deux variétés.
L'animal est philùt lent dans ses évolutions, allant d'une marche unifornu\en tournant lentement sur lui-même. C'est dans l'étang de Florissant i\\\v je l'ai vu en plus grand nombre, en janvier cl lévrier 1918; plutôt rare, cependant, et, je l'ajouterai, beaucoup plus qu'il ne paraissait l'être, car à chaque instant il y avait confusion avec un organisme tout différent, la Pnriophnja snlifurmis à l'état mol)iie, de même taille, de même fornu', pourvue d'une couronne orale de cils, parcourue de crêtes relevées de courts tentacules capités. On aurait cru, vraiment, à du mimétisme, et cela avec d'autant plus de vraisemblance que les ])elits Infusoires qui couraient dans le voisinage reculaient vivement (juand ils arrivaient au contact des dents capitées de la Darlijlochlanujs, connue ils le font pour les tentacules des Acinétiens.
Fig. 270. — Daclylochlamys piscilornns
ÉTUDES SUJl LES INPVSOIRES D'EAU DOUCE
Larvulina variabilis gen. nov. sp. n.
Corps ellipsoïdal, à contour régulier, quelque peu comprimé dans une direction dorso-ventrale, traversé dans sa largeur de sillons ventraux et latéraux qui représentent en fait des ellipses partant du pôle antérieur pour aller rejoindre leur point de départ après avoir fait le tour du corps. Le premier de ces sillons ne s'étend que peu en avant sur la face ventrale, le second descend jusque tout prés du pôle postérieur, et les suivants, au nombre de quatre ou de cinq, forment une sorte de ceinture méridienne sur les côtés du corps. Sur la face dorsale, les sillons, au nombre de quatre ou {le cinq, sont simplement longitudinaux, et vont d'un pôle à l'autre sans passer à la face opposée. La bouche, bordée de deux membranes ou lèvres ondulantes très petites, est au fond d'une fossette péristomienne, arrondie, entourée elle-même de fortes soies qui forment ensemble une sorte de corbeille ou nasse externe, lecourbée vers le pôle postérieur. La position de cette fossette sur la face ventrale est variable, mais sa base concorde toujours avec celle de la plage elliptique ou champ buccal, que circonscrit le premier des sillons; et ce champ buccal lui-même est bordé, à gauche par une ligne de cils longs, raides et serrés, à droite par une vaste membrane ondulante. Du pôle antérieur se dégage un long cil qui se dirige tout droit en avant, puis un faisceau de soies très fortes, qui se rabat tout entier sur la face ventrale, jusqu'au delà du champ buccal lui-même, et recouvre la bouche
comme un capuchon. Noyau sphérique, • .
central, avec micronoyau adjacent. j /
Vésicule contractile dans la partie f^
postérieure du corps.
Longueur 23 à 30 (x. — Commensal .'■ur Gammaïus.
Fig. 171. — Larvulina variabilis
11 est peu d'Infusoires qui soient plus répandus que celui-ci, pourvu du moins qu'on le cherche sur les (htmmarus et les Asellus; mais il en est peu en même temps qui soient plus déconcertants pour l'observateur, et, je l'ajouterai en passant, dans le cas actuel
il n'en est pas un seul dont l'étude ail donné des résultats si peu en rapport avec le temps consacré au sujet.
Les détails de la structure, déjà complexe en elle-même, sont extrêmement difficiles à distinguer; à chaque nouvel individu il semble que l'on trouve une différence d'avec le dernier examiné; on n'est sûr ni de la disposition et du nonrbre des lignes ciliaires, ni de la présence ou de l'absence d'une membrane ondulante, ni de la signification de tel ou tel groupe de cils; on se demande même s'il y aurait là tout un groupe de types autonomes, plutôt qu'une espèce éminemment variable.
Après bien des peines, je suis arrivé à la conclusion qu'on pourrait en tout cas distinguer deux formes, chacune un peu variable d'ailleurs. Dans la première (fig. 1), on voit une large plage ventrale elliptique, qui s'étend du pôle supérieur jusqu'à une distance assez variable et toujours au delà de la moitié de la longueur de l'animal; et cette plage est bordée, à gauche par de longs cils laides, à droite par une vaste membrane ondulante saceiforme; mais cette membrane, il faut pour la voir, compter sur un hasard favorable; elle est prescpie toujours repliée, et l'on examinera bien des individus sans en trouver la moindre trace; puis tout d'un coup, on verra une vaste poche, très mince, renforcée sur son bord d'un épaississemenl (comme la « drisse » qui renforce la voile d'un bateau), se lever brusquement, se secouer, et s'affaisser sur elle-même pour ne plus revenir; ou bien cette membrane sera plissée, on y verra des nervures, qui s'agiteront, se déploieront ou se refermeront comme celles des ailes d'une chauve-souris.
Du pôle antérieur partent quelques longs cils raides, très forts, qui se rabattent sur le corps et semblent protéger le champ frontal. Au bas de ce dernier, enfin, s'ouvre la fosse buccale, bordée de soies larges et très fortes, formant ensemble une sorte de nasse, et dont il m'a semblé quelquefois que les éléments constituants étaient réunis les uns aux
ÉTUDES SUR LES INFUSOJIiES D'EAU DUCCI-
autres par un voile très fin, une sorte de pellicule enveloppante. Dans la fig. 1, cette première forme est représentée telle qu'on la trouve le plus communément ; dans la fig. 2, c'est une variété très aplatie; dans la fig. 3, l'animal est orienté suivant l'axe longitudinal; c'est ainsi que je l'ai vu dans deux ou trois cas spéciaux, mais toujours pendant une pirouette, et sans doute les détails ne sont-ils pas très exacts.
Dans la seconde forme que revêt la LarvuUna, le corps est plus fortement aplati
(fig. 4, 7), le champ frontal est beaucoup plus court, et, par contre les soies qui partent du pôle antérieur et se rabattent sur la face ventrale sont plus fortes et plus longues, figurant une longue barbe qui s'étend au delà du milieu du corps.
La fig. 5 montre l'ouverture péristomienne itroprement dite, aux deux lèvres vibrantes, cjue l'on ne distingue en général que très difficilement.
Dans la fig. 6, nous avons un cas de conjugaison, tel qu'il s'en présente fréquemment; les animaux sont l'un derrière l'autre, sans doute en raison des difficultés que les ornements du champ frontal opposeraient à une conjugaison suivant le type habituel.
Dans la fig. 8, c'est un cas de division ; il semblerait ici que le péristome ne se résorbe pas, mais s'allonge et se divise, chacune des moitiés devant émigrei' vers l'un des pôles respectifs déjà pourvus des longs cils de recouvrement; il y aurait là (|uelquc chose de différent de ce qu'on voit dans la plupart des autres Infusoires, où la tête de l'individu postérieur est en regard de la queue de l'individu antérieur; ici, les deux queues seraient médianes et se toucheraient.
Chose curieuse, tandis que les conjugaisons sont très fréquentes dans cette espèce, ce cas de division est le seul que j'aie pu constater.
Ce petit Infusoire rappelle d'assez près, avec sa longue barbe, certains masques japonais, d'où son nom de genre; mais ce genre, où le placer? non loin des C.iirlidinm, peut-être, que nous allons bientôt trouver.
Fig. 172. — Larvitlina vnrinbilis
Larvulina zonata sp. n.
Corps vaguement ovoïde ou en forme de toupie, large et anondi en avant, plus étroit et attéimé en pointe en ariière; à face dorsale convexe et face ventrale creusée d'une faible dépression. On peut y distinguer deux régions utllmunt séparées, l'une antérieure et de masse plus consiilérable, que traversent en diagonale quatre ou cinq sillons parallèles entre eux, l'autre postérieure, à sillons plus serrés et où les lignes diagonales deviennent à peu près transversales. Tous ces sillons sont perlés sur le bord, et à chaque perle se rattache un cil fin, long, Hexueux. La bouche s'ouvre sur la face ventrale au niveau de la dépression qui sépare les deux régions du corjjs; elle est arrondie, et bordée de longs cils sétiformes constituant une sorte de coibeille ou nasse à pointe recourbée vers le bas. Sur la face dorsale, et au niveau du tiers jiostéiieur du corps, se trouve une papille cui)ulifoiine d'où sort un pinceau de soies courtes et serrées. Noyau en forme de boudin plus ou moins recourbé, avec micronoyau adjacent. Vésicule contractile très grande, s'ouvrant près de la bouche, du côté ventral.
Longueur 33 à 35 (x. — Commensal de Gammaïus.
Le 3 octobre de l'année 1915, en examinant les débris d'un Gammarus provenant de Thônex, je trouvai sur le plat d'une hanche de ce petit erustacé tout un essaim de petits kystes ovoïdes, à cocjue minet tt membraneuse, serrés les uns contre les autres au nombre de plusieurs centaines; mais ces kystes étaient déjà mûrs, prêts à s'ouvrir, car à peine
ÉTUDES SU H LES INPUSOJRES D'EAV DOUCE
les avais-je sous les yeux que j'en vis sortir eu masses considérables des petits organismes qui se mirent à pirouetter sur eux-mêmes, et à courir rapidement, pour se disperser dans tous les sens. J'y reconnus bientôt des Infusoires, d'apparence assez curieuse, à stries diagonales perlées, largement espacées en avant, puis tout d'un coup rétrécies et rapprochées en arriére; une vésicule contractile très grande battait à la hauteur du péristome, et ce dernier, de structure à peu près semblable à celle de la Larvulina variabilis, semblait porter ime large membrane ondulante, qui faisait de rares apparitions pour disparaître tout aussitôt; ou bien, peutêtre y fallait-il voir de longs cils.?
Malheureusement, mon étude ne pût être de longue durée; moins d'une heure après leur apparition, tous les individus avaient péri, et s'étaient presque complètement désagrégés. Pendant longtemps, j'examinai des Gammarus, sans y retrouver cette espèce, et je n'espérais plus la revoir, lorsque tout d'un coup, au mois d'octobre également et dans la même station, mais deux années plus tard, le même fait .se reproduisit, un essaim courant autour d'une hanche du petit crustacé; j'ai dit courant, parce que cette fois il n'y avait que quelques kystes, et que les animaux se trouvaient presque tous libres déjà. Comme la première fois, les animaux ne purent être conservés en bonne santé qu'un temps fort court, une petite heure tout au plus; mais ce temps suffît pour me renseigner sur certains points qui m'étaient restés obscuis; et ce fut là que je pus voir distinctement, sur plusieurs individus, cette sorte de cupule dorsale ciliée qui constitue le caractère peut-être le plus original de l'animal. Quelle en est la fonction? Serait-ce peut-être un organe de fixation temporaire, nécessaire lors des déplacements du Gammarus?
Fig. 173.
Larvulina zonala
Mycterothrix tuamotuensis (Balbiani) Lauterborn 1898 Trichorhynchus tuamotuensis Balbiani 1887
Corps cylindroïde ou à contour vaguement ovalaire, arrondi ou acuminé en arrière, tronqué en avant, mais relevé sur l'un des côtés de la face apicale en un mamelon ou prolongement spécial qui portç à son sommet un demi-cercle de crénelures pourvues chacune d'un long cil sétiforme dirigé en avant. Stries du corps longitudinales, à peine marquées, portant des cils raides, longs, jieu serrés, plus développés à la partie postérieure du corps. Sous le bord du mamelon termino-latéral est creu.sée une fossette buccale, garnie sous sa paroi externe de cils courts, fins, très mobiles, qui remontent le long de la fo.ssette puis poursuivent leur route au dehors en décrivant un demi-cercle sur le bord tronqué de la face apicale.
Noyau sphérique, central, avec micronoyau adjacent. Vésicule contractile au sommet du corps, logée dans l'intérieur du mamelon. L'animal habite un étui mucilagineux, cylindrique, de longueur fort variable, avec le fond duquel il est relié par un filament partant de l'extrémité postérieure du corps.
Longueur 25 à 40 ji; rarement jusqu'à 48 fi. — Mousses.
Fig. 17 J.
Myeterothrlx tuamotuensis
176 ÉTUDES SUR LES INFUSOIHES D'EAV DOUCE
Balbiani a trouvé cet Infusoire dans des mousses provenant des îles Tuamotou; c'est là une espèce de plus à ajouter à celles qu'ont fournies les mousses provenant des régions les plus éloignées du globe, landis que la moindre récolte eût pu les montrer tout près de nous. Le Mijctevothrix n'est pas rare; je l'ai rencontré à Malagiiou, au Port-Noir, à Chêne, dans les mousses des vieux murs, à Valavran au pied des troncs d'arbres.
Le corps revêt à peu prés la forme d'un dé à coudre, et sa partie la plus large est tournée en avant; on y voit une forte proémijience ou mamelon latéral, dont le bord le plus interne plonge dans une fosse profonde, où se trouve l'appareil péristomien. Dans la fosse est une ligne ciliaire spiralée, qui, partant du fond, gagne l'ouverture et se continue sur le bord antérieur, pour aller disparaître, après trois quarts de tour, au pied du mamelon; mais de plus, il doit y avoir au fond de la fosse buccale soit une petite membrane ondulante, soit une lèvre susceptible de vibrations (fig. 2, où l'animal est vu d'en haut, et montre la fosse péristomienne traversée d'une ligne onduleuse).
Le sommet du mamelon porte une crête semi-circulaire crénelée, de laquelle se détachent une douzaine de cils, très longs, raides, droits, dirigés vers le haut en rayonnant autour d'un centre liclif ■ — ou, en fait, autour de la vésicule contractile, qui occupe presque tout l'intérieur du mamelon. Sur les côtés du corps, el le long de stries à peine marquées, sont d'autres cils assez longs, et qui deviennent plus forts encore à la partie postérieure où quelques-uns d'entre eux se soucient en un fdament qui va fixer l'animal au fond de son étui.
Tous ces cils se partagent la besogne de manières bien différentes : ceux du mamelon sont avant tout tactiles, et d'une extrême sensibilité; au moindre attouchement et souvent même sans cause apparente, on les voit se rabattre, en même temps que l'animal se retire brusquement au fond de son étui; ce n'est pas à eux, du reste, qu'est due la rétraction du corps, mais bien aux cils latéraux, qui, généralement immobiles et appuyés à la paroi de l'étui, retiennent l'animal en place, mais sont toujours ])réts à le porter brusquement en arrière ou lentement en avant. Quant aux cils courts qui garnissent le rebord antérieur, ils restent la plupart du temps indistincts, probablement par le fait même qu'ils battent vivement, car ce n est gnère qu'à leur action que l'on peut attribuer l'arrivée des petits grains qui viennent s'engouffrer dans l'entonnoir, pour y être soit acceptés et envoyés dans le cytoplasme, soit refusés et lancés violemment au dehors. Mais lorsqu'un retrait brusque de l'animal vient à se produire, ces mêmes cils jusque là à peine apparents deviennent très visibles, s'afïaissent quelque peu sur eux-mêmes, et se mettent à battre tous ensemble d'un petit mouvement flexueux.
La nourriture consiste presque exclusivement en petits grains très pâles, microbes ou autres, qui, dans l'intérieur du corps, se réunissent en i)etites agglomérations, dans une sorte de mucilage commun, et que l'on retrouveia plus tard sous forme de boulettes grises; en outre, le plasma renferme des myriades de grains (d'excrétion?) jaimâtrcs, extrêmement petits, qui donnent à l'animal sa teinte générale un peu jaunâtre également. Dans cet organisme, il faut l'ajouter, le cytoplame se voit normalement soumis à une cydose continue, qui rappelle, mais avec moins d'intensité, celle que l'on constate, par exemple, dans les Rhizopodes du genre Gromid.
Le noyau est sphérique et renferme par ci par là des petits nucléoles; on y voit, accolé, un gros micronudéus (fig. S).
L'animal, comme nous l'avons vu, habite un étui nuicilagineux, qui resterait complètement invisible sans les petites particules de toute nature qui viennent se coller à sa surface ; beaucoup de ces particules, (hi reste, y sont lancées pai' la vibration de la couronne ciliaire, et parfois même, l'une ou l'autre ne rt])rési-nle qu'un grain d'excrétion provenant du cytoplasme; j'ai vu quehiuefois, en elTet, un grain très petit passer du cytoplasme à la fossette péristomienne, puis être violemment rejeté; peut-être est-ce vers le fond de la fosse que se trouve le pore anal.
Pour construire sa logelte, l'animal se fixe au sol par sa pointe postérieure, puis fait vibrer sa couronne antérieure, d'un mouvement doux et flexueux; et en même temps, il sécrète tout autour de lui un nuuilage absolument incolore, qui devient cendré par adjonction des poussières et particules arrivant de toutes parts. L'étui grandit, s'allongi' ])ar le haut, l'animal avançant toujours ])lus dans son ouvrage, pour s'arrêter quand l'enveloppe a atteint une fois cl liiMui, ou bien diux fois la longueur du corps. Mais cet étui, il le (piitte au moindre propos; il tourne el retourne dans sa cage, et tout d'un coup fait une pirouette, sa «tête » gagne le fond, puis il part la i)oinle postérieure en
ÉTUDES SUR I.liS INFUSOIRES D'EAU DOUCE
avant, ft ks soies du mamelon traînant tn arrière, en un pinceau qui fait fonction de gouvernail.
Dans l'une de mes récoltes, les animaux étaient tous enkystés. Les kystes soûl spliériques, durs, ligides, rugueux: mais quand on les examine avec attention, on voit que la rugosité apparente est causée par de petites sphérules, disposées dans le plus grand ordre les unes à côtés des autres, et couchées sur un épais vernis (fig. 5). A l'intérieur de ce kyste, l'animal se divise en quatre, et chacun des jeunes individus, d'abord arrondi, commence bien vite à revêtir un contour ii peu près normal; à un certain moment, le kyste se coupe nettement en deux parties égales, qui s'écartent peu à peu l'une de l'autre; mais alors, on est étonné de voir les petits Infusoires se trémousser vivement sans pourtant se répandre au dehors. C'est qu'il y a un second kyste, interne, incolore, très mince, et qui n'a pas encore éclaté; c'est d'ailleurs ce kyste mince qui provoque la déchirure si nette dans le kyste extérieur; il se renfle, en. efïel, s'allonge, et pressant sous les deux pôles de l'enveloppe rigide, il la force à se casser; puis un instant après, on voit le kyste mince se rentier entre les deux calottes séparées (fig. 5), et * nfin se déchirer, pour livrer passage aux quatre petits individus, qui soitenl tous en même temps. Ils sont encore de taille très faible, et leur forme n'est pas tout-à-fait caractéristique; mais il leur suffira de quelqiies heures pour s'être déj^ si bien repus qu'on ne les distinguera plus des adultes voisins (1).
Mycterothrix erlangeri Lacterborn 1808
Corps de structure identique à celle de l'espèce précédente, mais plus volumineux, trapu, presque sphérique, à peine plus long que large, arrondi en arrière et prolongé en avant d'un large mamelon latéral à sommet tronqué. Fossette buccale très profonde, droite, boidée le long de sa paroi d'une lamelle ondulante étroite, verticale. Cytoplasme coloré en vert ])ar les Zoochorelles. Noyau sphérique, dans la moitié postérieure du corps. Vésicule contractile logée dans le prolongement antérieur, et accompagnée d'une ou de plusieurs petites vacuoles secondaires.
I^tui mucilagiueux presque invisible, très fugace, et souvent absent.
Longueur 50 à 55 ^i ; largeur 40 à 50 (x.
L'espèce que nous venons d'étudier était caractéristique des mousses; ici, nous avons un organisme d'eau claire; je l'ai trouvé à Pinchat, au printemps de 1917. Levander en donne une très bonne description, à laquelle je ne puis que renvoyer, me contentant de signaler les caractères qui distinguent cet Infusoire du Mijcleiullirix tuainolucnsis : L'animal est plus fort de taille, beaucoup plus trapu, et le mamelon antérieur y est plus large, plat, surmonté d'une série de cils sétiformes presque parallèles entre eux. La fosse buccale y est par contre plus étroite mais beaucoup pins profonde, et le long de sa paroi la plus interne on trouve une lougue lame droite, qui vibre de temps à autre, et ne rappelle en rieu'ce que nous avons vu précédemment. Les cils de l'arrière sont moins distinctement soudés; l'étui, très court, est moins visible encore; le cytoplasme, enfin, est bourré de relies, qui colorent l'animal tout entier.
.Je n'ai pas trouvé les kyste.s, que Lauterboun, par contre, a étudiés et cpi'il décrit de la manière suivante :« Die Cysten sind kugelig : Auf das vollkommen kugelig contra-
Fig. l^J.
Mijclernlhrix rrliinijfri
Zoocho-
(i) Occupé à la révision de mon manuscrit, je m'aperçois qu'il n'y est pas fait mention d'un important travail de Fauré-Frémiet (igio) sur le Mycterothrix luamotiiaisif, qui m'avait échappé. Plutôt que de remanier aujourd'hui mon article, je me contenterai de constater que les deux travaux se contrôlent assez exactement; attirons cependant l'attention sur deux points spéciaux : Fauré fait une distinction entre deux sortes de kystes, ceux de division sensu stricto, et Us kystes durables. Oans les premiers, l'animal sécrète un étui nuiqueux. plus dense que d'habitude, et c'est là qu'il effectue sa dis'ision; les secojids sont les kystes à paroi solide, tels qu'on les a vus décrits plus haut; Fauré y a vu le revêtement des petites sphé. rules, qui ne seraient d'après lui pas autre chose que des vacuoles de digestion expulsées du corps: mais il n'a pas vu, non plus du reste que Bai.biavi dont les observations sur les kystes ont été cependant poussées très loin, l'enveloppe interne, très fine, qui détermine en s'allongeant l'éclatement du kyste externe.
hieile Infuser befindet sich eine Lage zarter rundlicher Plâttchen, die sich schuppenfôrmig deckcn. Aiif dieseu sitzt nach ausseiv hin ein dichtes Gcflccht von gebogenen Stâbchen, unler welchcn sich zahlreiche dreislrahlige Elcmente findtn ».
Ces kystes rappellent donc, au moins en quelque mesure, ceux que nous avons vus. Lal'terborn mentionne aussi des mouvements internes très vifs dans le plasma.
C'est là une espèce délicate; dans mes bocaux, elle a disparu dans les trois premiers jours.
Cristigera pleuronemoides Roux 1901
Corps allongé, elliptique, fusiforme, arrondi en arrière, rétréci en avant puis terminé en une troncature légèrement convexe. Face dorsale convexe, face ventrale plane ou légèrement déprimée sur une ligne longitudinale médiane. Le corps est rayé dans toute sa longueur de lignes ou cannelures bien marquées; mais au niveau de son quart postérieur il se creuse d'une dépression qui fait le tour de l'animal sous forme d'un ruban transversal, que les cannelures longitudinales traversent en s'y élargissant chacune quelque peu. Cils très longs, raides, serrés, formant tout d'abord une couronne autour du disque terminal antérieur, puis ensuite, une large ceinture qui se prolonge jusque vers le tiers de la longueur de l'animal; le reste du corps est dépourvu de cils, sauf sur le ruban transversal où chacune des cannelures est pourvue d'une série d'éléments sétiformes superposés. Le long de la face ventrale court une fente médiane, très étroite, presque invisible
d'abord, puis qui s'ouvre largement dans le bas et laisse à nu un large champ clair. A droite et au bas de ce champ basai, la cuticule est quelque peu recourbée en un crochet terminal, sur le bord duquel prend naissance une longue soie caudale; parfois quelques cils sétiformes allongés, au voisinage de la soie. Le péristome, qui s'étend de l'extrémité antérieure jusqu'au tiers de la longueur du cor])s, est bordé à gauche d'une large membrane ondulante sacciforme, et à droite montre une rangée de cils courts et très fins, dirigés vers l'intérieur; en outre de grands cils bordent l'appareil périslomien. Cytoplasme jaunâtre. Noyau ovoïde ou ellipsoïdal, à peu près central. Vésicule conlractile à la hauteur du tiers postérieur du corps.
Longueur 58 à 70 (x.
Fil/. I7H. — Cristigera plitirnnfmoides
Bien que la figure qui accompagne cette diagnose présente quelques différences d'avec celles (|ue Houx, en 1899, a consacrée à sa (jislifjcni plfiinnieiiuiidt's. il n'y a pas du doute que nous ayons alTaire au même organisme. Horx n'a pas remarqué cette déjjression spéciale, qui fait le tour du corps dans sa partie postérieure, dessinant une sorte de ruban en travers duquel les stries ciliaires se détachent d'une manière ])articulièremcnl prononcée; mais à part ce trait caractéristique, mes observations concordent bien avec celles de l'auteur genevois. Dans la fig. 1, on remarque, i\ gauche ûu péiistonu', une sorte de diverlicule spécial, dont la présence est assez coiislaule et {|ue la /(';/. 2 reproduit sous un plus fort grossissement; c'est une vacuole, dans la(|uelle les granulations nutritives arrivant du dehors dans le pharynx sont tout d'abord jetées; puis la vacuole, allongée, descend d'elle-même dans le cytoplasme, et s'arrête enfin, en s'arrondissant, pour se mêler aux diverses vacuoles digeslives qui y sont répandues (fig. 2).
La Crisligerd plviiioiientoides pullulail en toute saison dans l'étang de Florissant; je l'ai retrouvée à Houelbcau, en grandes (pianlités également, mais d'une nuance moins franchement jaunâtre et avec une taille légèrement inférieure.
L'animal court très vite, fait un saut brusque sur le côté, puis s'arrête et reste longtemps inmiobile, pour repartir tout aussi brusquement.
Cristigera phoenix sp. n.
Corps elliptique, comprimé sur sa face ventrale et surtout dans sa partie antérieure. Lignes ciliaires à peine marquées, s'étendant d'un pôle à l'autre, et ciliées sur toute leur longueur; les cils, très longs et raides sur tout le tiers antéiieur du corps, deviennent brusquement courts et rares, pour s'allonger de nouveau en approchant de l'extrémité postérieure. La face ventrale est creusée sur sa longueur d'une large fente médiane, dont la partie antérieure est occupée par le péristome, lequel est bordé à gauche d'une vaste membrane ondulante sacciforme. A l'extrémité postérieure du corps, une soie très longue se détache d'une dent terminale formée par la cuticule sur le bord droit de la fente longitudinale; tout près se voient quelques cils sétiformes plus courts. Noyau sphérique, subcentral. Vésicule contractile vers le tiers postérieur du corps; une autre vacuole, plus petite, à la base du pharynx.
Longueur 37 à 45 \i.
Criai igera phoenix
Cette espèce est plus commune que la précédente; je l'ai trouvée à Rouelbeau et à Pinchat, puis dans d'autres stations encore, et toujours en grandes quantités. La taille est beaucoup plus faible, la forme plus nettement ellipsoïdale; vu de face (ftg. 1 ) l'animal rappelle f"'!/- ^'
d'assez près une datte (Phoenix daclylifera);
de côté, il est plus comprimé, surtout à la partie antérieure (fig. 2). Les cils, tout en se montiant plus forts en avant et en arrière, garnissent le corps sur toute sa longueur; à la face dorsale, on en trouve à peine quelques-uns. Une vacuole spéciale se remarque également ici à gau( he ihi pharynx, et devient d'un volume relativement très fort avant de s'éclipser à la vue.
Les mouvements sont identiques à ceux que nous avons précédemment décrits, course rapide, sauts brusques, et repos prolongés.
Cristigera miner sp. n.
Corps large, ovalaire, arrondi en arrière, rétréci et légèrement acu convexe à la face dorsale, plan ou légèrement déprimé sur la face ventrale à peine marquées ou tout à fait invisibles; cils extrêmement longs, séliformes, serrés dans la moitié antérieure du corps, rares partout ailleurs; quelquesuns, particulièrement allongés et ayant l'apimrence de véritables soies, garnissent la ])artic postérieure de l'animal; une soie vraie, très longue, part de la dent terminale de droite. La face ventrale est creusée d'une dépression médiane dont toute la moitié antérieure droite est occupée par le péristome; ce dernier bordé d'une vaste membrane ondulante sacciforme qui l'enveloppe presque complètement. Noyau petit, sphérique, h gauche et dans la partie postérieure du corps. Vésicule contractile à droite, i)ostérieure également.
Longueur 25 à 27 (x.
mme en . Lignes
avant ; ciliaires
La Cristigera minor s'est rencontrée en tout Fig. ir s. — Cristigera minor
temps très nombreuse à Pinchat; en 1918, je l'ai
retrouvée à l'Ariana. D'abord considérée comme une variété naine de la précédente, je n'ai pas lardé à lui reconnaître des caractères spécifiques réels. Les cils — ou l'on
ÉTUDES SUR LES ISFUSOIKF.S D'il AU DOUCE
pourrait presque dire, ici plus cucore que dans les deux espèces précédentes, les « soies », car ils sont presque toujours rigides — sont d'une grande finesse, mais d'une longueur extraordinaire; en arrière, trois ou quatre d'enti'e eux sont plus longs encore, et par instants on les confond avec la soie normale et très foi te qu'on y voit toujours et dont la longueur ])eut dépasser celle du corps (jig. I ). L'ouverture péristomienne est très large et semble découi)er sur la face ventrale un segment qui concerne la moitié entière de la partie dioile de l'animal; à un faible grossissement, l'apparence est alors assez curieuse, celle que représente la f'ig. 2. J'ai vu, dans ce péristome, assez distinctement deux membranes ondulantes, mais peut-être n'y en a-t-il qu'une, en forme de vaste poche.
Le noyau, petit, sphérique, se trouve toujours près de l'extrémiié postérieure et à gauche; la vésicule contractile, très petite, est à droite, et à la même hauteur sur le côté opposé.
L'animal, ici encoie, peut rester longtemps immobile, puis tout d'un coup un saut dû probablement à la longue soie postérieure, le lance violemment au loin; ou bien aussi, sans changer de place, il .se retourne brusquement de 90 degrés sur son axe, et on peut l'examiner par le côté après l'avoir vu par l'une de ses faces.
La division a été observée une seule fois; elle était déjà presque achevée, les deux individus attenant l'un h l'autre par un pont étroit (fig. 2).
Cristigera fusiformis sp. n.
Corps fusiforme, comprimé dorso-ventralement, étiré à ses deux extrémités, puis coupé en avant comme en arrière d'une troncature brusque encadrée d'un léger rebord. La troncatuie antérieure est nue; celle de l'extrémité po.stérieure porte une soie caudale très forte; une autre soie, moins longue, .se voit un peu plus haut et sur le côté. Stries ciliaires bien distinctes, longitudinales, portant des cils sélifornus très longs, plus serrés à la partie antérieiire. Face ventrale montrant un sillon longitudinal sinueux, le long
duquel s'étend l'ouverture péristomienne, laquelle atteint juscpi'au delà du milieu du corps, et est ^^^^^ bordée d'une membrane ondulante sacciforme, comme
■^î^vN:^^^K^^<^C^/ !S\^ aussi de cils raides et serrés. Noyau siihérique ou
^^^î^^f^^Vai^^wMW^^^ ellipsoïdal, dans la partie antérieure du corps. Vési-
cule contractile latérale et tout près de l'extrémité postérieure.
Longueur 30 à 32 ^ji.
11 est intéressant de constater combien cet Infusoirc rappelle par son apparence générale VUronema biceps; mais c'est au genre Crisiigrra que je eiois cependant devoir le rattacher, tout en admettant volontiers que ce genre lui-même doive être rapproché des Vronema.
Cet organisme a été trouvé, assez abondant, en
octobre 1918, dans un ])elit lac d'eau claire au Parc
La Grange, parmi les algues vertes, Vaiicheiid cl
y flottaient en grandes quantités. C'est à peine, cepenilant, si, très occupé
tre Infusoire, j'ai pu lui consacrer plus de (pielques instants, me bornant à
caractères spécilicpies, (pie la diagnose a suffisamment indiqués.
Fit/. 179. — Crisliiiem liisilmniis
autres, (pii par un au relever ses
Cyclidium glaucoma O, V. .Millick ]7X(), var.
Corps ellipsoïdal ou o\'()ïde, généialemeul plus élargi en arrière, arrondi à sa ))artie postérieure, terminé en avant par une lioiicature convexe. Ligues ciliaires espacées, longitudinales, bordées de cils très longs, peu nonibreux eu général uuiis beaucoup plus sénés sur le tiers antérieur du corps, où ils constituent une zone spéciale indiquée à la surface par des rangées de petites perles. Au pôle postérieur, une longue soie, entourée de quelques cils partioiiièrenu iit développés. Péristome allongé, s'étendant jusqu'aux
ÊTVDi:S SUR LES ISFUSUlItliS D'EAU DOUCE
deux t iers de la longueur de l'animal, et ])arfois plus loin encore ; il est bordé à gauche et en arrière par une large membrane ondulante. Noyau sphérique, dans la partie antérieure de l'animal; un micronoyau lui est accolé, ou bien se voit plus haut logé dans la convexité terminale du corps. Vésicule contractile petite, latéro-lerminale. Longueur 16 à 20 (i.
Il est probable que sous ce nom de Cijclidium glaucoma on a considéré plusieurs organismes différents; ces Infusoires sont tous de très petite tailN-, et leurs caractères sont difficiles à déterminer. Quelques-uns d'entre eux ont été séparés du type, comme de simples variétés, et c'est aussi comme une variété que je meniionucrai cette très petite forme, rencontrée en grande abondance à l'Ariaua. en septembie 1918. Elle s'y trouvait en compagnie du C\jvU<Uiun glaucoma var. elongalum de Schwiakoff, dont elle se distinguait cependant sans difficulté; plusjietite, elle montrait des ligues ciliaiies moins nombreuses, garnies dans leur tiers antérieur de cils très longs et très serrés, dont chacun ])renait naissance sur une papille bien distincte. Le noyau, sphérique, et situé non loin de l'extrémité antérieure du corps, n'était que très rarement en contact avec le micronucléus (fig.3),v\ ce dernier, presque toujours, se voyait sous la forme d'une petite sphérule bleuâtre, logée sous la pointe même de l'animal (fig. 2).
Mais là encore, dans cette variété qnv l'on pourrait appeler « nainim », on trouvait deux formes, l'une phis allongée (fig. 1), de 19 [i. de longueur, et dans laquelle la fente péristomienne n'arrivait guère au delà de la moitié de la longueur de l'animal, l'autre plus courte et i)lus renflée, de 16 à 17 (x, où cette fente s'étendait sur les trois quarts de la face ventrale (fig. 2). .J'ai considéré, cependant, ces deux formes comme \\\m faisant qu'une, parce que les individus examinés dans leurs détails n'ont été ([u'en nombre très restreint, et que des observations plus prolongées auraioul peut-être montré des transitions.
Fil). ISO. — Cyclidium glaucoma
Cyclidium heptatrichum Schewiakoff
Corps ellipsoïdal, très peu élargi en arrière. Lignes ciliaires espacées, couvertes de cils fins et généralement flcxueux, mais beaucouj) plus longs et plus droits sur le tiers antérieur du corps, où ils forment une zone perlée spéciale. Un peu en avant du pôle postérieur, une couronne lâche de soies. Péristome allongé, atteignant jusqu'au milieu du corps, et bordé d'une vaste membrane ondulante. Noyau dans la partie antérieure de l'animal. Vésicule contractile latéro-lerminale.
Longueur 17 à 20 y..
Schewiakoff a décrit en 1893 son Ciiclidiiiiu licptulrichuni, trouvé à l'Ile d'Oahu dans l'Arciiipel des Sandwich, comme un petit Infusoire de 20 à 30 [x de longueur, « qui se distingue, dit-il, des autres espèces par la ciliation réduite du corps et la jirésence de soies tactiles toujours au nombre de sept ». Les cils, en effet, ne s'y trouvent que dans la partie antérieure du corps, bien que 1rs lignes ciliaires se poursuivent sur toute la longueur de l'animal. En 1901, Roux mentionne de nouveau cette espèce, qu'il a retrouvée à Bel-Air, aux environs de Genève, mais où <c les individus trouvés possédaient plus de sept soies tactiles à l'extrémité postérieure ». Comme Schewiakoff, il indique — — le noyau comme à peu près central. Henderson, en 1905,
Fig. ISl.
Cijciidium heptatrichum
ou plutôt il figure a retrouvé cet Infu-
soire près de Heidelberg, mais tout en constatant que les spécimens étaient typiques, il ajoute qu'il n'y avait pas de cils à l'extrémité postérieure, ce qui nous laisse un peu sceptiques sur la détermination de cet auteur.
C'est alois également au Cydidium hcplatrichum que je crois pouvoir rapporter un petit Infusoire récolté en assez grand nombre, en août 1918, dans l'étang de l'Ariana; mais l'identification ne va pas sans un point de doute; la taille était plus faible, de 17 (x en moj'enne; les soies postérieures, dont le nombre semblait être d'une douzaine environ, formaient une couronne complète; et dans l'intervalle entre les cils du tiers antérieur et cette couronne même, on voyait quelques cils courts et très fins, à peine distincts. Le noyau, de forme assez vague, se trouvait tout près de l'extrémité antérieure et non pas central.
Cyclidium lanuginosum sp. n.
Corps ellipsoïdal, élargi en arrière, plus ou moins nettement acuminé en avant. Lignes ciliaires serrées, bien flislinctes, perlées sur toute leur longueur, couvertes de cils longs, tantôt flexueux, taulôt lanugineux. Une longue soie au pôle postérieur, et deux autres, plus fines, au pôle antérieur. Péristome allongé, s'étendant jusqu'au delà du milieu, et parfois même jusque près de l'extrémité postérieure, du corps. Il est bordé à gauche et à sa partie inférieure d'une vaste mcmbianc ondulante. Noyau sphérique, dans la moitié antérieure de l'animal. Vésicule contractile sub-terminale.
Longueur 29 à 31 [x.
Malgré les incertitudes qui vont presque inévitablement de pair avec l'étude du genre Cyclidium, on peut, me semble-l-il, considérer sans hésitation l'organisme dont la diagnose vient d'être donnée comme ayant des caractères spécifiques bien nets; et même,
si l'on tient compte des deux cils sétifornu's, aussi longs que le corps, très fins mais bien typiques, qui se dressent à l'extréndlé antérieure, on peut se demander s'il n'y aurait pas lieu d'en faire un genre distinct.
Le Cyclidium lanuginosum se reconnaît de suite h .ses cils très longs, qui, jiarfois droits et raides, se montrent plus souvent bouclés ou flexueux, et recouvrent le corps entier d'une toison lanugineuse, plus forte dans la partie postérieure du corps (fig. 3).
Le j)éristome, bordé à gauche d'une vaste membrane ondulante sacriforme, est toujours fortement allongé, mais excessivement variable sous ce rapport ; la figure 1 le représente relativement court ; la fig. 3 le montre i)lus allongé, mais on rencontre des individus où il est encore plus long, et en même temps plus étroit, s'étendant presque d'un bout à l'autre du corps; et par contre, on se trouvera tout à coup en présence d'un si)écimen où le péristome ne concernera que le cpiarl delà face ventrale.
La fig. 2 montre une division, encore peu avancée; on y voit en avant les deux cils antérieurs, en arrière la longue soie normale; sur la ligne médiane, les cils apparaîtront plus tard; à gauche, se profilent les deux membranes ondulantes, rabattues en replis flexueux, comme une épaisse toison.
Le Cyclidium lanuginosum n'était pas rare à Florissant, en août 1916, et se reconnaissait facilenu^ut, même à un grossissement faible, des autres Cyclidium (glaucoma, elongatum) qui vivaient avec lui.
Ifi'J. — l'.yctidium lainiijinosum
Cyclidium versatile sp. n.
Corps ellipsoïdal allongé, plus large tantôt en avant et tantôt en arrière. Cils extrêmement longs, couvrant d'une manière uniforme le corps entier, et disposés le long de lignes longitudinales peu distinctes; en arrière, ils deviennent plus longs encore, sétiformes. Une soie vraie, très longue, part du pôle postérieur. Péristome allongé, s'étendant jusque bien au delà du milieu du corps, et bordé d'une vaste membrane ondulante, qui pendant la marche se renverse en arriére et traîne au delà du pôle postérieur. Noyau sphérique, dans la partie antérieure du corps, avec un micronoyau accolé. Vésicule contractile subterminale.
Longueur 26 à 28 (i.
Fig. 113. — Cyclidiitni versatile
Le caractère principal qui distingue celte espèce se trouve dans la membrane ondulante, qui fait le tour presque complet du péristome, et arrive à une amplitude extraordinaire; tantôt on la voit nettenient striée en travers (fig. J ), tantôt elle montre les plissements les plus divers. Le plus souvent, elle simule une longue
barbe, dont la pointe est dirigée soit en avant, soit en arrière, et de temps à autre on voit cette barbe se renverser tout d'un coup; les ftg. 2 et 3, par exemple, montrent le même individu examiné à moins de une seconde de distance; quand l'animal est en course, on voit cette longue poche traîner sur le côté, plissée, étroite, et s'étendant bien loin en arrière du corps (fig. 4).
Les cils sont très longs et très fins, et (j\ielques-uns. à la partie postérieure du corps, ne se reconnaissent qu'avec difficulté de la longue soie terminale; et cela d'autant plus qu'ils semblent avoir des fonctions particulières; glutineux et en même temps préhensiles, ils peuvent attacher l'animal au sol.
La fig. 5 a été rapidement jetée sur le papier au cours des évolutions d'un individu vu d'arrière en avant ; pendant une fraction de seconde, j'ai eu le temps d'y constater un.e surface dorsale crénelée, et une membrane ondulante d'une immense envergure, qui n'a fait que passer.
Le Cyclidium versatile se trouvait au Parc La Grange, en octobre 1918; il y était plutôt rare.
Calyptotricha inhaesa (Kei.i.icott) Stokes 1888 p. 182 Diplospyla inhaesa Kellicott 1885
face ver sur au
Corps ovoïde, arrondi en arrière, acuminé en avant, faiblement comprimé sur la ventrale. Lignes ciliaires longitudinales, peu distinctes, entre-croisées de sillons transrsaux, qui ne se traduisent à la vue que par des crénelures, plus ou moins bien marquées, r les bords latéraux du corps. Cils fins, serrés; l'un d'eux beaucoup plus fort que les très, au pôle antérieur; un autre, plus fort encore, traîne au pôle postérieur. Pcristone allongé, partant du pôle antérieur, et se prolongeant jusque vers le milieu du corps; il est bordé de deux membranes ondulantes, celle de droite plus forte que celle de gauche, et qui forment ensemble un large sac. Cytoplasme généralement coloré en vert par les Zoochlorelles. Deux noyaux, sphériques, petits, accolés l'un à l'autre. Vésicule contractile normale, au voisinage du pôle postérieur; une autre, accessoire, près du péristome. L'ani-
ÉTUDES SUR LES l.\FVSOIHi:S LVEAV liOVCE
mal est renfermé dans nn étui rigide, ininee, incolore ou jaunalre, fusifornie et ouvert à ses deux extrémités quelque peu étirées en tube.
Longueur 30 à 50 (x; longueur de l'étui, 63 à 80 (x.
En 1889, BiiTSCHLi s'exprime à propos de ce petit Infusoire de la manière suivante : « Eine bis jetzt noch ungenûgcnd bekannte Gattung, welche nach Phillips Beschreibung, die Kellicott spâter, ohne Kenntniss der Phillips' chen Entdeckung, gi ôssten Theils beslâtigle, in ihren Bauverhaltnissen Pleuronema sehr nahe steht. » Depuis cette époque, il ne semble pas que personne ait revu cette espèce, que je n'ai trouvée mentionnée nulle part; le silence s'est fait sur elle, et pourtant Phillips et Kellicott en avaient tous deux, et chacun de leur côté, donné une description parfaitement sulTisante. Elle n'est pas même rare, loin de là, et quand, dans un marécage, on trouvera attachée par le flanc à un brin d'algue une petite lioîte fusiforme, dans laquelle tourne et retourne un minuscule organisme, ce sera la Calyptotricha inhaesa.
Si nous considérons tout d'aboid le corps pro])romenl dit, nous lui trouverons la forme ovalaire, un peu rétrécie en avant, d'un Cyclidium; la structure, également, n'en diffère en aucune façon, un péristomc muni de deux membranes ondulantes, celle de droite plus forte que l'autre, toutes deux très indistinctes d'ailleurs, souvent repliées et
invisibles; ou bien, il arrive que l'une des deux soit seule en vibration, l'autre restant immobile.
Le corj)s est en général rempli de chloropliylle, des Zoochlorelles, que l'animal garde en bonne santé ou qu'il peut digérer à l'occasion, en les faisant passer du vert au brun; mais quelquefois on n'en trouve pas, et dans certaines stations (à Pinchat, par exemple) les Zoochlorelles sont rares, on leniplacées par des grains verts arradiés ;\ des algues.
Kellicott et Phillips meutionneiil tous deux un seul no3'au, central; cet organe est fort difTicile à distinguer, mais après des observations ré]iélées, et contrôlées sur des individus isolés, sur le vivant ou après carmin, j'ai pu m'assurer qu'il était toujours double, formé de deux masses spliériques accolées (pg. 2); le micronucléns. par contre, m'est toujours resté caché; ou peut-être quelques petits grains rouges (après carmin) que l'on voit à la surface <iu micronuciéus sans qu'on puisse s'assurer qu'ils soient internes ou externes, représentent-ils cet élément. Phillips indirpie « two rythmically contractile vesicles »; c'est bien en effet ce que j'ai trouvé; mais l'une de ces vésicules, près de l'extrémité postérieure du corps, me parait être .seule normale, l'autre, près de la base du péristomc, souvent absente et parfois au contraire très volumineuse, n'étant (|u'aecessoire, peut-être même une vacuole destinée à englober les grains mit lit ifs amenés du dehors.
.le n'ai |)as vu de trieliocystes; Phu.lips eu indique, dans la couche corticale. Les cils sont jilutôt forts, serré.s, et répartis sur des lignes qu'on peut ap])eler longitudinales on transversales indiiïéremment, le corps se trouvant crénelé de sillons annulaires en même temps que de stries méridiennes. .\ la partie antérieure de l'animal, ces eils sont plus longs, touffus; une seule fois, j'en ai vu nn, terminal, plus grand que les autres, et que l'on j)Ouvail i)rendre pour une soie (fig. l ): en arrière, ils sont ])lus longs également, mais là, en o\i1re, se trouve une soie \'èritable, relativemeul ;»ssez courte.
Les animaux se renconlrenl le plus ordinairement immobiles dans leur enveloppe, les cils au repo.s, et les membranes ondulantes battant tranquillement; mais après un instant d'exposition à la lumière ils se mettent à tourner sui- eux-mêmes, sur leur grand axe, et toujours ])lus rapidement, faisant trois tours en dvwx secondes, et parfois même plus; ils toiHiK ni. |)ar exemple, de gauche à droite, pendant un instant (trente secondes