‹ Études sur les infusoires et les rhizopodes;Chapitre 169 sur 210 · Loc. cit ,p · texte numérisé non relu

Loc. cit ,p

ET LES RHIZOPODES. 99 base fort peu solide. Nous laisserons de côté les dernières données relatives à la grosseur, données qui, comme on le comprend fort bien, ne prouvent rien, et pourraient même donner lieu à des objections sérieuses, puisque dans leur partie large les fourreaux d’Acineta sont relativement et constamment plus larges que ceux des Cothurnies. D'ailleurs M. Stein raconte lui-même ailleurs * avoir trouvé des Acineta mystacinu infiniment plus grosses que les premières ; mais nous considèrerons le point capital, l’'apparition d’une foule d'Acinètes dans un liquide censé n’en pas contenir précédemment, apparition coïncidant avec une diminution du nombre des Cothurnies qui peuplaient originairement le liquide. Or, est-il permis de conclure de là à une affinité quelconque entre les deux formes”? M. Stein, comme tout ceux qui s’occupent d’infusoires, a fait très-certainement l'expérience journalière qu’au bout de peu de jours un liquide donné se trouve peuplé d’infusoires tout différents de ceux qu'il contenait d’abord. Les causes de ces modifications dans la population infusorienne des eaux renfermées dans de petits réservoirs, modifications dans lesquelles on peut être tenté au premier abord, mais seulement au premier abord, de voir une espèce de périodicité, ces causes, disons-nous, sont toutes physiques ou chimiques; elles dépendent de la température, très-souvent du degré de concentration de l’eau, modifié constamment par l’évaporation, de la présence ou de l’absence de matières en décomposition, etc., ete. L’oubli de ce fait ne s'explique que par l'attachement exagéré de M. Stein à son idée favorite, la découverte de métamorphoses chez les infusoires. Si l’on se laissait aller à ce mode de raisonnement, on en viendrait bientôt à ne voir chez les infusoires que des passages perpétuels d’une forme à l’autre, sans loi, sans règle aucune que le bon plaisir de l'observateur. Comme il finit presque toujours par s'établir au bout d’un certain temps dans un vase de petite dimension un certain degré de putréfaction, circonstance qui paraît tout particulièrement favorable au développement de l’Euplotes Gharon et du Paramecium Aurelia, il est fort habituel de trouver qu’au bout d’un laps de temps, plus ou moins long, la plus grande partie de la population d’un petit réservoir consiste en Euplotes, en Paramecium et autres animaux vivant dans de semblables circonstances. Un esprit un peu trop porté aux spécula-

tions aventureuses pourrait par suite chercher dans ces formes-là les prototypes des

1, Loc. cit., p. 64::

100 ÉTUDES SUR LES INFUSOIRES infusoires, les formes dans lesquelles viendrait se résoudre le monde microscopique. L’analogie entre la Cothurnia (Vaginicola Ehr.) crystallina et l'Acineta mystacinà est-elle bien réellement aussi grande que M. Stein le prétend ? Non certes, bien loin de là ; l'A. mystacina (N. PL I, fig. 14 et 49) offre, suivant lui, une grande ressemblance avec une Cothurnie contractée. Mais on n’a qu'à considérer la figure que nous donnons d'une Cothurnie à l’état libre, contractée et nageant dans les eaux à l’aide d’une couronne ciliaire postérieure, pour estimer ce rapprochement à sa juste valeur (V. PL. I, fig. 14). Chacun reconnaîtra que sous cette forme, qui se rapproche de celle d’une boule, la Cothurnie peut se comparer à tout animal plus ou moins globuleux, mais pas plus à l’Acineta mystacina, qu'à maint et maint autre infusoire. Il suflit de comparer les figures que nous donnons de cette Acinète (PI. I, fig. 4 et 2) avec une Cofhurnia crystallina, sous sa forme habituelle (PL. I, fig. 4), pour s'assurer que le seul rapport consiste en ce que toutes deux sont munies d’une coque ou fourreau, fourreau dont la forme s’écarte toutefois singulièrement chez l’une de ce qu’elle est chez l’autre. Il est bon nombre d'autres Acinétiniens qui vivert dans une coque : toutes les espèces du genre Acineta, par exemple, et cette coque est fort loin, dans ces espèces, d'offrir la moindre analogie avec des coques de Cothurnies, de Vaginicoles, ni d'aucune Vorticelline ou autre infusoire connu. Chez la Cothurnia crystallina le fourreau est largement béant vers le haut; chez l’Acineta mystacina, À est fermé par un espèce de toit pyramidal, dont les différentes pièces laissent entre elles des fentes permettant aux suçoirs (puisque telle est la nature des prétendus poils ou soies des Acinétiniens) de faire saillie au dehors. La Cothurnie a un nucléus très-allongé en forme de bande contournée (fig. 4); l'Acinète a un nucléus à peu près rond (fig. 2). En somme, il nous semble à peu près totalement impossible pour un observateur impartial de ramener la gaine ou fourreau d’une Cothurnia crystallina à la coque de l’Acineta mystacina. Comme on le voit par la planche I, fig. #4, la première est une espèce de cylindre à peu près partout d’égale largeur, tandis que la seconde (fig. 4 et 2), qui varie du reste à l'infini, est toujours très-rétrécie à sa base. Ce rétrécissement va même d'ordinaire jusqu’à transformer la partie inférieure de la coque en un véritable pédicule creux. Comment expliquer ce rétrécissement ? Comment admettre que la Cothurnie puisse modifier de cette

manière une coque déjà formée ?

M. Stein a bien reconnu lui-même cette difficulté, et 1l avoue que c'est là une objection qui pourrait bien s'opposer réellement à ses déductions. Il cherche en conséquence à la renverser en supposant qu'au moment où la Cothurnie va se métamorphoser en Acinète elle se détache de la partie postérieure de sa gaîne, se porte vers la partie antérieure et presse violemment, à l’aide de son corps contracté, contre cette partie, tout en tendant à se porter en avant. Cette pression devrait être si énergique, que les parois de la gaîne, cédant à l’action dans la partie postérieure, se rapprocheraïent de l’axe en produisant ainsi une forme pédicellée. — On le voit, M. Stein une fois sur la voie des hypothèses ne s’arrête plus; il est entrainé sur la pente. Les hypothèses sont bien permises, jusqu’à un certain point, lorsqu'on a une base fixe comme point de départ, mais lorsque ce point de départ est déjà lui-même une hypothèse, et qu’on cherche à le justifier par de nouvelles hypothèses qu'on en déduit, il n°y a pas chance de rester dans le vrai.

En somme, l’Acineta mystecina reste pour nous un Acinétinien, c’est-à-dire un animal muni d’un grand nombre de suçoirs, à l’aide desquels il prend sa nourriture, suçoirs qui conduisent directement dans la cavité générale du corps”, tandis que la Cothurnia crystallina est un animal tout différent, une Vorticelline munie d’un vestibule et d’une seule bouche, d'où part un æsophage qui conduit la nourriture dans la cavité du corps. M. Stein, qui refuse aux Acinètes la faculté de prendre directement des aliments”, admet, lui, qu'une Cothurnie ou tout autre Vorticelline qui se transforme en Acinétinien perd ses organes digestifs. À l'entendre, le vestibule et l’'œsophage seraient résorbés et il n’en resterait plus trace. x

Après avoir lu ce qui précède, on est réellement stupéfait lorsqu'on arrive à la page * où M. Stein parle de l'Acineta linquifera (Acinete mit dem zungenformigen Fortsatz), qu'il cherche à relier à l’Opercularia berberina St., et qu'on l'entend s'exprimer comme suit :

€ I n’est pas nécessaire, dit-it, d’avoir recours à des métamorphoses plus considé-

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