Infusoires, p
la théorie, donc il ne pouvait y avoir d’anus. Cependant, M. Dujardin et sa théorie devaient se heurter dès l’abord contre une difficulté capitale. Il suffit d'observer quelque peu attentivement un infusoire commun pour reconnaître bientôt que l’excrétion des matières fécales a toujours lieu à la même place ; que l'ouverture considérée par M. Dujardin comme purement temporaire se reproduit toujours dans le même lieu. M. Dujardin s’aperçut bien vite que l’orifice excréteur accidentel des Amphileptus se forme toujours à la place où M. Ehrenberg indique l’anus de ces animaleules ; que celui des Vorticelles se produit toujours près de l'ouverture buccale, ete. M. Dujardin chercha à esquiver la difiiculté en admettant que cet orifice accidentel doit être placé à l’endroit où les vésicules intérieures, les prétendus estomacs de la théorie polygastrique, s’arrêtent, après avoir parcouru un certain espace dans la substance glutineuse de l’intérieur ; et sa position alors, bien que ne coïncidant pas avec l'extrémité d’un intestin, pourrait, ajoute le savant de Rennes, fournir de bons caractères pour la elassification. Il faut avouer que c’est là une distinction bien subtile. Les infusoires n’ont pas d’anus, mais celui-ci est remplacé par une ouverture accidentelle, qui se forme toujours à la même place !!
La contradiction évidente que renferme l’exposition de M. Dujardin, relativement à l’existence de l'anus, n’a pas empêché ce savant de trouver quelques disciples. Tels sont, par exemple, MM. Perty et Stein. Tous deux accordent cependant que, dans certaines espèces, il existe un véritable anus (Stein', chez l'Opercularia berberina ; Perty”, chez l’Amphileptus Anser, etc.).
Cependant, la plupart des observateurs récents semblent concéder l'existence de l'ouverture anale chez la plupart des infusoires. M. de Siebold”® constate la présence d’un anus chez un grand nombre de ses infusoires stomcatodes. Il ajoute cependant que là où l’anus manque, l'ouverture buccale se charge fréquemment des fonctions excrétoires; un mode excréteur que M. Stein‘ signale également chez certaines Vorticellines /Opercularia articulata). Nous croyons cependant que cette observation
. Die Infusionsthiere auf ibre Entwicklung untersucht. Leipzig, 1854, p.{7. . Perty, p. 59.
. Vergl. Anat., p. 15.
. Stein, p. 114.
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ET LES RHIZOPOUES. 31
n’est pas parfaitement juste et que chez aucun infusoire la bouche et l’anus ne sont confondus en une seule ouverture. Pour ce qui concerne l'Opercularia articulata en particulier, il n’y a pas à douter que son ouverture anale ne soit placée, comme chez les autres Vorticellines, dans le vestibule, à côté de la bouche ; mais elle est certainement tout-à-fait distincte de cette dernière. — M. Frantzius a reconnu l'existence de l'anus chez le Paramecium Aurelia. —M. Leuckart' admet tout au moins qu'il existe un anus chez un grand nombre d'espèces. — M. James Samuelson* parle de l’orifice anal comme d’une chose incontestable. — MM. Lieberkühn et Carter, qu’on peut à bon droit considérer comme d’entre les meilleures autorités actuelles sur la conformation anatomique des infusoires, paraissent admettre l’existence de l'anus comme un caractère général des infusoires ciliés. Nous sommes, sur ce point, précisément de leur avis *. Il n’est, du reste, pas rare de voir une légère dépression, en forme de verre de montre, indiquer la place de l’anus. Il n’est pas rare non plus de voir un canal eylindrique, traversant toute l'épaisseur du parenchyme, s'ouvrir dans toute sa longueur au moment qui prècède l’expulsion des matières excrémentielles. Parfois on voit, immédiatement avant cette expulsion, l'anus s'ouvrir et se fermer plusieurs fois alternativement, si bien qu’on croirait avoir sous les yeux un sphincter se contractant et se
relâchant tour à tour.
Après cette esquisse générale de la distribution anatomique de l'appareil digestif chez les infusoires ciliés, il nous reste à mentionner quelques particularités de cet appareil qui sontspéciales à certains genres.
Chez un grand nombre de genres on trouve, à la surface du corps, une fosse ou un sillon destiné à amener les aliments à la bouche; ainsi, par exemple, chez les Paramecium, les Stylonychies, les Euplotes, les Bursaria, etc., etc., cette fosse est souvent
armée, sur l’un de ses bords, de cils plus forts, destinés à entretenir dans l’eau un vif