Loc. cit.,p
comme phase possible de l’'Epistylis branchiophila Perty une Podophrya dont le pédicule est tout aussi court que celui de la Podophrya du Cyclope. On aurait done droit à s'attendre de la part de M. Stein à une grande défiance quand à la justesse de son rapprochement ; et cependant c’est en se basant sur cette prétendue aflinité de la Podophrya du Gyclope et du Zoothamnium Parasite, qu'il déduit sans plus ample préambule la parenté d’une autre Podophrya avec une seconde espèce de Zoothamnium *:
« Soit à Tharand, soit à Niemegk, dit-il, je rencontrai fréquemment, en société du Zoothamnium affine St., sur les pattes de la crevette des étangs (Gammarus Pulex) une Acinète qui se trouvait d'ordinaire cachée sous les articulations, particulièrement entre les articles les plus ténus des extrémités. Il n’est pas rare d’observer six à huit de ces Acinètes, situées les unes à côté des autres, sur une même articulation; elles possèdent un pédicule fort court, souvent à peine appréciable, mol et extensible et un corps qui, soit dans ses contours, soit dans la position de ses tentacules, est parfaitement semblable à l'Acinète du Cyclope que nous avons figurée. (Voy. Stein, PI. IT, fig. 38 et notre PI. IL fig. 5 et 6). Or, comme nous pouvions rapporter cette dernière (ici M. Stein renvoie le lecteur au passage que nous venons de citer à propos de la Podophrya du Gyclope et du Zoothamnium Parasita) au Zoothamnium qui vit sur les Cyclopes, nous devrons considérer également l'Acinète qu'on rencontre sur les pattes du Gammarus Pulex comme une phase du développement du Zoothamnium affine *. >
Les hypothèses se suivent rapidement. De ce qu'il a supposé que la Podophrya du Cyclope pouvait bien être un état du développement du Zoothamnium qui vit sur ce même Cyclope, M. Stein déduit que la Podophrya de la crevette doit appartenir au Zoothamnium qui vit sur cette même crevette. Mais ici encore nous devons nous demander si l’on ne rencontre pas sur les Gammarus d’autres infusoires auxquels on pourrait s'amuser aussi à rapporter cette même Podophrya. Très-certainement, quand ce ne serait que ces Lagenophrys (L. Ampulla SL.), ces élégants animalcules de la famille des Vorticelles, dont nous devons la connaissance à M. Stein lui-même, qui
nous a bien fait connaître chez eux un mode de gemmiparité des plus intéressants, mais
IMLOC-NCIL D 2100
2/1L0c: cit. p'e210:
ET LES RHIZOPODES. 105 qui n’a point su leur trouver d'état acinétiforme, ou bien la Spirochona, cette autre forme si élégante que M. Stein a été également le premier à signaler. Il est vrai qu'il a su lui trouver une phase acinétiforme aussi élégante que la Spirochona elle-même, à savoir le Dendrocometes.
Puisque nous nommons les Spirochona (S. gemmipara St.) et les Dendrocometes (D. Paradoxus St.), et que M. Stein fait grand bruit de la circonstance qu'il ne les a jamais trouvés l’un sans l’autre sur les Gammarus, nous remarquerons en passant que pendant deux ans, soit à Würzburg, soit à Gôttingen, l'un de nous a en vain cherché la Spirochona gemmipara, bien qu'il trouvât bon nombre de Dendrocometes. Depuis lors nous les avons trouvés tous deux ensemble à Berlin, localité où M. Stein les avait également observés. Pourrait-on en déduire que les Spirochona de Berlin ont pris l’'habitude de se transformer temporairement en Dendrocometes, tandis que celles de Würzburg et de Güttingen passent toute leur vie à l’état de Dendrocometes ?
Du reste nous n’avons pas de raison pour chercher tous les infusoires auxquels on pourrait rapporter la Podophrya du Gammarus Pulex à aussi bon droit qu'au Zoothamnium affine, puisque en nous demandant, la main sur la conscience, si nous voyons la moindre raison pour rapporter un Acinétinien à un autre infusoire qu'à lui-même, nous devons répondre par la négative. Nous ne connaissons aucune observation, ni de nous, ni de M. Stein, qui nous autorise à un rapprochement quelconque entre une Vorticelline et une Acinète.
Nous ne pensons pas devoir pousser plus loin nos citations, car nous croyons avoir suffisamment montré par celles qui précèdent que l’ingénieuse combinaison imaginée par M. Stein pour expliquer la propagation jusqu'ici inconnue des Vorticellines, nous croyons, disons-nous, avoir suflisamment montré que cette combinaison manque de tout fondement solide. Nous laissons aux faits le soin d’achever cette réfutation. Nous décrirons plus loin ce qu'il advient des embryons des Acmétiniens et nous exposerons le véritable mode de reproduction des Epistylis. Ce sera, pensons-nous, la meilleure réponse à faire à M. Stein.
Bien des personnes se sont déjà laissé séduire par la manière attrayante dont M. Stein a représenté ce développement, un peu trop théorique, et par l'exactitude qui caractérise les observations proprement dites de ce savant micrographe ; toutefois nous
406 ÉTUDES SUR LES INFUSOIRES sommes convaincus que tout observateur impartial qui se donnera la peine de répéter ces recherches, le microscope en main, arrivera au même résultat que nous‘.
Quand l’imagination prend les devants, la raison ne se hâte pas comme elle et la laisse souvent aller seule, a dit quelque part, Jean-Jacques Rousseau, le philosophe
de Genève *.
1. M. Cienkowsky, qui a cherché à répéter les observations de M. Stein sur une Podophrya (probablement la P. Cyclopum), a observé comme nous le retour des embryons à l’état de Podophrya et non leur transformation en Vorticellines. — V. Bulletins de la classe physico-mathématique de l'Académie de St-Pétersbourg, 1854.
2. Plus de quatre années se sont écoulées depuis la rédaction de ces lignes, et nos objections à la théorie de M. Stein n’ont fait que se corroborer ; mais pendant ces quatre années aussi, nous avons pu nous convaincre tous les jours davantage que notre critique n’attaque que la théorie et pas les observations de M. Stein. Celles-ci dénotent toujours le savant scrupuleux. Loin donc de notre pensée toute attaque contre le mérite du micrographe, car quel est l’homme qui ve s’éprendrait d'amour pour une théorie qui semble expliquer dans tous les détails des phénomènes jusqu'alors enveloppés d’un voile mystérieux ? Dans l'intervalle, du reste, M. Stein {V. Tagblatt der 52. Versammlung deutscher Naturforscher und Aerzte in Wien im Jahre 1856, n° 5, et der Organismus der Infusionsthiere .Leipzig 1859.) a reconnu toute l'importance des objections élevées par M. Cienkowski et par nous contre Ia théorie de la reproduction par phases Acinétiniennes. Il a reconnu, avec une franchise digne d’éloges, qu’il est devenu peu probable, à la suite de ces objections motivées, que les Vorticellines se transforment jamais elles-mêmes eu Acinétiniens. Toutefois il hésite encore à considérer les Acinétiniens comme des êtres indépendants du cycle d'évolution d’autres infusoires. Ses doutes sont surtout basés sur le fait que les embryons des Paramecium et des Oxytrichiens sont munis de petits suçoirs semblables à ceux des Acinètes, suçoirs à l’aide desquels ils peuvent se fixer à des corps étrangers pour les sucer.
Nous avouons ne pouvoir partager les doutes de M Stein, sans contester cependant l'exactitude des observations sur lesquelles ils reposent. Nous avons nous-même constaté, comme les observateurs qui nous ont précédés (MM. Focke, Cohn, Stein), l'existence des petits filaments, terminés par un bouton, qui s'élèvent sur la surface des embryons du Paramecium Bursaria, et bien que nous n’ayons pas vu ces embryons faire usage de ces filaments comme de suçoirs, nous sommes volontiers disposés à croire qu'ils fonctionnent comme tels. Les embryons de Stylonychia et d’Urostyla, que M. Stein à décrits en 1856 et 1859, ceux de la Nassula elegans, que M. Cohn à fait connaîtr e en 1837 (Zeitschrift f. wiss. Zool. IX, p. 145), oni tous les caractères de notre Sphærophrya pusilla (V. Études, Tome Ier, p. 585, et Tome II, PI. I, fig. 11 et 12), tellement que nous ne sommes pas éloignés de croire que cette Sphærophrya était l'embryon d’une Oxytrique (PI. I, fig. 11), abondante dans la même eau. Il est vrai que nous avons vu plusieurs fois ces Sphærophrya s’accrocher à des Oxytriques passant près d’elles et se laisser emporter par elles pour les sucer; mais il n’y a rien d’impossible à ce que les enfants sucent la mère. Toutefois tout cela ne. prouve point que les Acinétiniens ne soient point des êtres indépendants ; il en résulte seulement qu'ils sont un type inférieur de la classe des infusoires, et que certains types supérieurs présentent, durant la période embryonnaire, quelques caractères qui les en rapprochent. Du fait que divers arthropodes se rapprochent à certains égards, durant leur jeune âge, du type des vers, on n’oserait conclure que les vers ne sont pas des individus indépendants. D'une part, ni nous, ni M. Stein (il le reconnaît lui-même maintenant), ni M. d'Udekem, sur les observations duquel nous reviendrons ailleurs, ni personne d’autre, n’a vu de Vorticellines se transformer en Acinétiniens; d’autre part, nous voyons tous les jours se multiplier les exemples d’embryons d’Acinétiniens devenant des Acinétiniens, sans qu'on ait cité un seul exemple d’une Acinète qui se soit transformée en quelque autre infusoire. En face de ces faits, n’est-ce pas vouloir nager à pleine voile dans l’a priori et mème l’improbable que de refuser aux Acinétiniens une existence indépendante ?
Il est vrai que M. Stein admet maintenant que les embryons acinétiformes des Paramecium se développent en Podophryes après s'être fixés quelque part; si bien que les Podophryes, après avoir dû rentrer dans le eyele d'évolation des Vorticellines, s’en trouvent arrachées pour être transplantées dans celui des Paramecium. A cette nouvelle
ET LES RHIZOPODES. 107 nous reste maintenant à montrer quel est le véritable cycle de développement des Acinétiniens et des Vorticellines. C’est ce que nous prendrons à tâche de faire dans les
pages qui suivent.
théorie, nous objecterons les observations récentes de M. Balbiani (Journal de la Physiologie, 1858, p. 547), qui a pu suivre ces embryons assez longtemps, après qu'ils se furent détachés du corps maternel, et se convaincre qu'après avoir perdu leurs sucçoirs, s'être entourés de cils vibratiles et avoir obtenu une bouche qui commence à se montrer sous la forme d’un sillon longitudinal, ils revètent définitivement la forme de la mère, sans avoir subi de plus profondes métamorphoses.
M. Stein nous a montré l’abnégation scientifique du véritable savant, de l'observateur scrupuleux, en abandonnant sa première théorie de la reproduction par phases acinétiformes, dès qu'il a reconnu le peu de solidité des bases sur lesquelles il l'avait établie, Nous ne doutons pas qu’il n’abandonne de même un jour la seconde. (Note de 1860).
REPRODUCTION DES ACINÉTINIENS.
(PODOPHRYA, ACINETA, DENDROSOMA.)
: ms SES T—
/ A. PODOPHRYA CYCLOPUM.
Cette espèce, découverte d’abord par M. Stein, est extrêmement abondante, surtout au printemps, sur le Cyclope des étangs (Cyclops quadricornis). On peut la rencontrer sur toutes les parties du corps de ce crustacé; mais elle semble rechercher avant tout les places où elle est le plus à l’abri des injures extérieures. C’est ainsi qu’on la trouve de préférence entre les pattes du Cyclope ou à la base des antennes. Il n’est pas rare non plus de la trouver entre les appendices pennés qui ornent la partie postérieure de l’animal. Elle est ordinairemeni dans la société de l’Epistylis digitalis, cet autre parasite du Cyclope, dont Rôsel avait déjà constaté la présence sur ce crustacé. Cette Podophrya (PI. IT, fig. 5) présente un corps globuleux, ou plutôt oviforme, aminci vers le bas. Sa partie supérieure est parfois arrondie (fig. 2); parfois aussi elle est munie de deux, trois ou quatre bosses qui laissent entre elles une dépression (fig. 5). C’est de cette partie supérieure que partent les suçoirs. Ceux-ci sont d’ordinaire réunis en plusieurs faisceaux, dont chacun est implanté sur l’une des bosses en question. [l résulte de là une grande ressemblance de forme avec la Podophrya quadripartita dont
ET LES RHIZOPODES. 409 nous aurons à parler plus loin; mais elle s’en distingue cependant facilement par la brièveté de son pédicule. Celui-ci dépasse en effet rarement le tiers de la longueur totale de l'animal, tandis qu'il est fort long chez la Podophrya quadripartita, dont 1l atteint parfois jusqu’à trois ou quatre fois la longueur totale.
Nous avons toujours vu le corps de cette Podophrya rendu tout à fait opaque par l'accumulation dans son intérieur de particules ou gouttelettes qui faisaient songer à une émulsion oléagineuse. M. Stein paraît, lui aussi, avoir toujours trouvé cette même apparence.
Parfois, lorsque la partie supérieure est simplement arrondie et non bosselée, les suçoirs sont dispersés sur toute la surface sans former de faisceaux (fig. 6). Au travers de la substance à apparence oléagineuse, on voit percer, lorsqu'on observe avec attention, les contours mal définis d’un nucléus ovale, noyé dans le parenchyme de l’animal. Une vésicule contractile est toujours présente.
M. Stein prétend avoir toujours trouvé une immobiliié complète dans cette Podophrya et semble vouloir lui dénier toute espèce de mouvement actif. Mais nous avons vu son corps se contracter, au point de se rider assez profondément à sa surface, et les suçoirs s’agiter d’une manière fort marquée.
C’est dans cette espèce que M. Stein a vu pour la première fois l'embryon d'un Acinétinien. « Lorsque je voulus, dit-il’, déterminer la forme exacte du nucléus, j'aperçus avec étonnement à la place de celui-ci, dans la partie antérieure de l'animal, un Corps à peu près cylindrique, arrondi, soit en avant, soit en arrière, et assez profondément étranglé dans son milieu. Ge corps tournait avec assez de vitesse au milieu de la substance qui remplissait le corps de lAcinète. Au bout de fort peu de temps, il était parvenu à s’avancer jusqu’à la paroi antérieure du corps de l’Acinétinien, et il se mit à presser avec tant d'énergie contre celle-ci, qu’elle finit par rompre. À peine un tiers de l’animal était-il sorti par cette ouverture, que je le vis mettre tout à coup en jeu une ceinture de cils vibratiles que je n'avais pu distinguer jusqu'alors. Quelques coups de ces cils suffirent pour mettre l'embryon en liberté, tandis que la déchirure du corps de l’Acinète se referma sans laisser de blessure. »
Nos observations sur la Podophrya Cyclopum concordent avec celles de M. Stein. Seulement, tandis que ce savant n'a observé que des embryons excessivement petits, équivalant à peine peut-être à 1/10 de la masse de l’animal-parent, nous avons vu presque constamment de gros embryons, qui souvent n'étaient pas inférieurs en taille à la moitié du corps de l’organisme-parent. C’est du reste là, ainsi que nous le verrons chez d’autres espèces, un fait sans grande importance. — L’embryon possède déjà un nucléus et une vésicule contractile. — Une fois même nous avons trouvé ce dernier organe double (PI. IT, fig. 6), l’une des vésicules étant au-dessus de la ceinture de cils vibratiles, tandis que l’autre, beaucoup plus petite que la première, se trouvait audessous.
Une fois nous avons remarqué qu'après la sortie d'un embryon par une déchirure de l’organisme-parent, le nucléus, qui était d’abord simple et unique, se partagea en deux. Il est fort probable, comme le montrera la suite de nos observations, que cette division spontanée du nucléus n’était que le prélude de la formation d’un embryon nouveau. Nous ne pûmes toutefois poursuivre cette Podophrya jusqu’au moment où l’une
des parties du nucléus dût prendre les caractères d’un nouvel embryon.
Sur les racines de la Lemna minor, nous trouvâmes plusieurs fois, et en grande abondance, des Podophrya (PI. IE, fig. 7, 8 et 9), que nous crûmes d’abord appartenir à l'espèce que M. Stein a désignée sous le nom d’Acinète de la lentille d’eau (Acinete der Wasserlinse). Mais en les comparant attentivement avec la Podophrya Cyclopum, nous sommes convaincu qu'elles concordent parfaitement avec cette dernière, de sorte que nous les considérons comme identiques. Parmi ces Podophrya, les unes n'avaient qu'une seule vésicule contractile, tandis que d’autres en avaient deux. Les embryons de ces dernières avaient également deux vésicules contractiles, comme leurs parents. Par contre, les individus, beaucoup plus rares, qui n’en avaient qu’une, renfermaient des embryons munis comme eux d’une seule vésicule contractile.
Nous avons vu très-fréquemment l'acte de la parturition. Une fois même l'embryon avait contracté une adhérence intime avec la paroi interne de la cavité qui le renfermait
dans son parent, et lorsqu'il fut mis au monde, il en résulta une procidence de cette
ET LES RHIZOPODES. 411 membrane paroi (V. PI. IL, fig. 8), ensuite de laquelle le corps de la Podophrya s’affaissa considérablement.
Nous eûmes plusieurs fois l’occasion de poursuivre jusqu'au bout le développement des embryons de ces Podophrya. Afin de pouvoir faire nos observations avec pius de sûreté, nous choisissions une Podophrya renfermant un embryon qui se livrait déjà à un mouvement de rotation très-animé, et nous la placions dans une goutte d’eau, après nous être assuré que celle-ci ne renfermait ni Acinétinien, ni Vorticellien, ni embryon d’Acinétinien. Nous vimes ainsi plusieurs fois l'embryon quitter le corps de son parent, et à l’aide d’un faible grossissement, nous pûmes poursuivre, sans trop de difficulté, ses mouvements saccadés et rapides. Une fois, au bout d’une demi-heure, nous vimes ses mouvements devenir plus lents. Bientôt il devint parfaitement immobile; sa ceinture de cils disparut, et peu de temps après, il étendit assez rapidement plusieurs suçoirs au dehors. L’embryon était devenu une Podophrya semblable à son parent.
Quelques autres essais furent plus difliciles, quant à l’exécution, parce que les embryons nageaient avec énergie pendant près de deux heures avant de passer à l’état de repos. Notre figure 40 (PI. IT) représente un embryon muni de deux vésicules contractiles, que nous voyons (fig. 9) quitter le corps de son parent. La figure 11 représente le même embryon au moment où il fait saillir ses suçoirs. Enfin dans la figure 15, nous voyons une jeune Podophrya, munie d’une vésicule contractile, qui est issue de la métamorphose de l'embryon de la figure 42.
M. Cienkowsky ‘ a fait connaître quelques observations qui ont probablement rapport à la même Podophrya qui nous occupe maintenant. Lui aussi a vu quelquefois un embryon engendré par une Podophrya se transformer de nouveau en Podophrya ”.
1. Bulletins de la classe physico-mathématique de PAcadémie de St-Pétersbourg, 1855.
2. Chez la Podophryafixa, chez laquelle M. Ciekowsky a également observé la formation d’embryons, ce savant a vu se former un kyste des plus intéressants. Ce kyste, qui nous est du reste bien connu, présente des plis circulaires trèsréguliers, et a été décrit par M. Weisse (Bulletins de la classe physico-mathématique de l'Acad. de St-Pétersbourg, 1845, Tome V, p. 223) comme un infusoire particulier, sous le nom d'Orcula Trochus. M, Stein, qui a également rencontré ces kystes, à supposé qu'ils appartenaient à la Vorticella microstoma. Ce ne serait, suivant lui, qu'une modification pathologique des kystes de ce cette Vorticelline. EL a pris, comme M. Cienkowsky l'a montré, le moment où la Podophrya fixa commence à former son kyste pour celui où le kyste de Vorticelle devient une Podaphrya. Or, comme l'opinion de M. Cienkowsky, qui voit dans l'Orcula Trochus un kyste de Podophrya fixa, repose sur une observation directe el continue de tout le phénomène d’enkystement, Fhypothèse de M. Stein sur le passage des kystes de la Vorticella microstoma à l'état de Podophrya fixa se trouve privée de toute base solide.
Des mesures prises sur des individus appartenant à la Podophrya Cyclopum, et trouvés sur des racines de Lemna minor, nous ont donné les résultats suivants :
Longueur et largeur des adultes . ...... un Un Longueur de l'embryon à l’état de liberté. 0, 03
Largeur nel deplt sec dant 04-019 Largeur de la toute jeune Podophrya..... 0, 017 Longueur du pédicule................ 0,,,043
B. PODOPHRYA CARCHESII.
Le 2 décembre 1855, nous avions été puiser, un verre plein de Callitriches dans un étang du parc de Berlin, bien que ce bassin fût déjà à peu près complètement revêtu d’une couche de glace assez épaisse. Les feuilles et les tiges de la plante étaient recouvertes d’une masse énorme de Carchesium polypinum qui avaient fixé là leur résidence. La colonie se composait, en majeure partie, d'individus isolés, et ceux-ci atteignaient, pour des Carchesium polypinum, une taille vraiment surprenante. Outre cette gracieuse Vorticelline, nous trouvämes sur les feuilles de Callitriche plusieurs autres espèces appartenant à la même famille, douées de pédicules contractiles, en particulier la Vorticella Campanula , tandis qu’une foule d’autres infusoires s’agitaient à l’entour. Nous ne mentionnerons parmi ceux-ci que de magnifiques exemplaires du Trachelius Ovum et de la Lacrymaria Olor, quelques individus appartenant au Paramecium Bursaria, les uns colorés par de la chlorophylle, les autres non, puis des Pleuronema Chrysalis, des Paramecium Aurelia, des Glaucoma scintillans, des Euplotes Patella, des Stylonychia pustulata, des Stentor polymorphus, ete. Ceci soit dit en passant pour
prouver que la vie infusorielle ne s’éteint point avec l’arrière-saison et que quelques
espèces du moins montrent à cette époque de l’année un développement considérable et une grande fécondité.
Sur les familles de Carchesium, où nous n'avions jusqu'alors, à l’exception d’une fois", jamais trouvé de parasites, et qui semblent en effet, vu la grande contractilité de leur pédicelle, devoir rester à l'abri d'hôtes incommodes, sur ces familles, disons-nous, nous trouvàmes une espèce d’Acinétinien jusqu'alors inconnue. Ce serait done là, d’après M. Stein, l’état acinétiforme du Carchesium polypinum. Aussi, en mémoire de la célèbre théorie de ce savant, et en considération de ce que nous n’avons trouvé jusqu'ici ce parasite que sur des Carchesium, nous lui avons donné le nom de Podophrya Carchesii. Ces Podophrya atteignaient une taille à peu près égale à la moitié de la longueur des Carchesium sur les pédicules desquels elles avaient fixé leur demeure. Quelques-unes n’atteignaient pas même une taille égale à la moitié du diamètre de l’organe vibratile de ces Vorticellines. A l’aide d’un pédicule (V. PL. IV, fig. 6, 7 et 8) court et épais, qui paraissait être formé par une simple prolongation des téguments, elles étaient fixées sur les pédicules, bien plus gros, des Carchesium. Il n’est pas besoin d'ajouter que les pédicules des Podophrya ne possédaient pas la moindre trace de la contractilité qui caractérise ces derniers. Le corps avait la forme d'un ovoide allongé, dont la pointe était dirigée vers le bas, et 1l se distinguait immédiatement de la Podophrya des Cyclopes et des lentilles d’eau par le fait qu'un faisceau de suçoirs peu dense naissait toujours d'un seul côté de l'animal, côté que nous désignerons par suite comme étant le côté ventral. En raison de cette circonstance, ces Podophrya paraissent être munies d’une espèce de bosse qui atteint surtout un développement fort grand chez les individus renfermant un embryon. C’est à cette place qu'a lieu la déchirure par laquelle ce dernier quitte le corps de son parent. Le corps de ces Podophrya est d’un gris pâle. Leur aspect varie du reste beaucoup, comme cela se comprend, suivant la masse de nourriture qu'elles ont prises. Elles cherchent fréquemment leur päture dans ces Carchesium que, dans la théorie de M. Stein, on serait à coup sûr tenté de considérer comme des membres de leur propre famille. Dans l'intérieur de la
bosse, se trouve une assez grosse vésicule contractile, et à peu près vers le milieu du
1. Nous en toucherons quelques mots plus loin à propos des kystes de l'Epistylis plicatilis.
corps, le nucléus gros et granuleux. Chez un individu, nous vimes ce dernier organe comme partagé en deux par un étranglement. C'était là probablement, comme nos observations sur d’autres infusoires le rendront tout à fait vraisemblable, le premier indice de la formation d’un embryon.
Le corps (nous ne parlons pas du pédicule) de cette Podophrya est très-contractile : il se resserre souvent en produisant de profondes rides à sa surface, et change parfois subitement de forme par une contraction vive. Les sucoirs, dont la longueur atteint en général une fois et demie celle du corps, ne sont que très-faiblement renflés à leur extrémité et s’agitent vivement en sens divers.
Chez plus de la moitié de nos Podophrya, l’on voyait un embrvon contenu dans la bosse déjà mentionnée. Il dépassait en grosseur le nucléus placé à côté de lui (PI. IV, fig. 6). Tel était du moins le cas dans tous ceux de ces corps chez lesquels on reconnaissait avec évidence les caractères d’un embryon, c’est-à-dire dans tous ceux qui possédaient déjà une vésicule contractile et un nucléus, et qui étaient déjà susceptibles de se mouvoir. D’autres, qui étaient peut-être issus seulement depuis quelque temps d’une division du nucléus, et qui n'étaient pas encore bien caractérisés en tant que jeunes individus, ne dépassaient pas la grosseur de ce nucléus lui-même. Lorsque les embryons s'étaient retournés pendant longtemps dans la cavité qui les renfermait, le sommet de la bosse se déchirait, et les jeunes individus commençaient à se faire voir par l'ouverture. Dès que la couronne ciliaire dont est muni chaque embryon arrivait au dehors, celui-ci s’aidait de ses vibrations , et l’accouchement était bientôt terminé. Les Podophrvya conservaient leurs suçoirs étendus pendant toute la durée de l'opération.
L’embryon, une fois né, se distingue, au premier coup d'œil, de ceux des espèces voisines. Ces derniers (par exemple celui de la Podophrya Cyclopum) possèdent bien en effet une ceinture ciliaire, mais ils sont cylindriques, tandis que les embryons de la Podophrya Carchesii sont discoïdaux, ou, pour parler plus exactement, ont la forme d'une calotte (PL. IV, fig. 9 et 40). Le côté qui est situé en avant de la ceinture ciliaire est en effet plane ou même quelque peu concave, tandis que le côté opposé est légèrement voûté. L’embryon possède naturellement, comme son parent, une vésicule eon-
1. Nous avons déjà mentionné un fait analogue à propos de la Pedophrya Cyclopum.
tractile. Ses mouvements ne sont pas très-rapides, et semblent toujours comme chancelants, si bien qu'il nous fut facile d'en poursuivre un pendant longtemps, même à un grossissement de 300 diamètres. Cette poursuite dura une demi-heure, mais malheureusement au bout de ce temps, l'embryon devint plus lent dans ses mouvements, et ne tarda pas à périr, de sorte qu'il ne nous fut pas possible d'observer ses métamorphoses subséquentes.
Des mesures micrométriques nous on donné, pour la Podophrya Carchesi, les
résultats suivants :
ERA DEUTIADCOEDSIAE UNS AU NAT t ine Omm,096 à 0,07
Panpueurdu pédioulé ce tiut Let: ,n3 4 0,013 Embryon vu de face .......... NRC RE EVER 0,025 Embryon mesuré d'avant en arrière... ......... 0,018
Il peut paraître intéressant, comme contre-partie des déductions que M. Stein base sur la taille des Acinétiniens et des Vorticellines qu'il leur rapporte, de comparer (ef. fig. 14) les dimensions des énormes Carchesium sur lesquels se trouvaient ces
Podophryes avec celles de ces Podophryes elles-mêmes.
Longueur du corps des Garchesium . ................ (un 409 Largeur maximum . ....... SRE ARR 6 RE ue UE 0, 09
Épaisseur du pédoncule en dessous de la base du corps. 0, 017
ES ÈRF ER —