‹ Études sur les infusoires et les rhizopodes;Chapitre 180 sur 210 · CA · texte numérisé non relu

CA

À. KYSTES DES EPISTYLIS.

Au printemps de l’année 1856, nous eûmes l’occasion de faire une série d’observations qui viennent jeter une lumière nouvelle sur le cycle de développement de l'Epistylis plicatilis.

Vers le milieu d'Avril, les parties du lit de la Sprée qui avoisinent le rivage s'étaient repeuplées çà et là des Paludines vivipares. Au lieu de continuer notre étude des épi-

1. Ce supplément à été envoyé à l’Académie au printemps %e l'année 1857 (Note de 1860).

zoaires de ce mollusque, nous primes un certain nombre de Paludines, dont les unes étaient déjà couvertes de colonies épistyliennes, tandis que les autres ne paraissaient porter encore aucun parasite sur leur têt. — Nous espérions obtenir quelques renseignements sur les petits embryons, à supposer que ceux-ci hivernassent sous leur forme embryonnaire. Dans tous les cas il était intéressant de scruter de quelle manière les Epistylis échappent au danger qui les menace vers la fin de l'automne lorsque les Paludines gagnent le fond des eaux et s'enfoncent dans la vase. En effet, les colonies d’Epistylis courent le risque d’être à ce moment là détachées par le frottement contre les particules boueuses et de périr abandonnées. Il semblait donc déjà a priori que ces intéressants animalcules dussent avoir recours à un moyen tutélaire quelconque qui leur permit de passer sans avaries la saison rigoureuse.

Nous ne réussimes point à acquérir de données nouvelles sur le sort des embryons, bien que plus d’un fait nouveau vint se présenter à nous et confirmer l'opimon, déjà émise naguères que les embryons se forment aux dépens d’une partie de l'organe connu sous le nom de nucléus. Nous reprendrons plus bas ce sujet. Par contre nous eûmes le plaisir de pouvoir nous assurer du mode d’hibernation des Epistylis et de faire quelques observations nouvelles sur les kystes observés par M. Stein’. Nous avons déjà vu ailleurs que ces kystes sont essentiellement différents de ceux que nous avons décrits comme formés par des Amphileptus sur les colonies d’Epistylis. Chacun d’eux est isolé pour son propre compte, muni d’un pédoncule large et court et renferme une Epistylis contractée bien reconnaissable. Nos Paludines portaient un nombre considérable de ces kystes (PL. VI, fig. 1). Gà et là se trouvaient sur le têt des mollusques d’anciennes colonies d'Epistylis, datant évidemment de l’année précédente, jaunâtres, sales et couvertes de petits filaments d’algues incolores. Pas un seul de ces arbres épistyliens, dont la grosseur était souvent fort considérable, ne portait de Vorticellines. C’étaient là évidemment des colonies abandonnées et mortes, aussi leurs branches étaient-elles le plus souvené brisées. En outre nous trouvàmes des familles plus petites, à fraiche apparence, qui portaient des Epistylis très allègres dans leurs mouvements. Nous reconnûmes bien-

tôt qu’une grande partie de ces familles étaient portées par un tronc dont la base était

notablement plus large et plus jaunie que celle du reste de l’arbre (Fig. 4). I n’était pas rare de trouver cette partie basilaire couverte d’algues parasites et montrant en un mot tous les caractères des anciennes colonies dépouillées de leurs habitants, que nous venons de mentionner. Ce fut alors qu’en raclant avec soin la surface de nos Paludines nous en détachämes un certain nombre de kystes décrits et figurés par M. Stein, que nous avons déjà cités dans notre mémoire (V. plus haut).

- M. Stein suppose que ces kystes servent à la reproduction d’embryons. Ceux que nous observämes (PI. VE, fig. 1) étaient sans exception munis d'un pédoncule court et large, strié en long. Leur membrane était épaisse ; leur forme ovoïde. Soit le kyste, soit le pédoncule présentaient la couleur jaunâtre des colonies épistyliennes qui avaient hiverné sur les Paludines. Chaque kyste renfermait un corps ovale, dans lequel on - pouvait parfois supposer ou plutôt deviner une Epistylis immobile, grâce aux vagues contours du nucléus contourné et à la tache claire qui indiquait la place de la vésicule contractile. Dans d’autres kystes parfaitement identiquement formés, la tache claire disparaissait et reparaissait à intervalles réguliers, trahissant par ses pulsations la vie de l’animal ; chez d’autres enfin il était facile de reconnaître le disque cilié retiré dans Pintérieur de lEpistylis et mouvant ses cils. — Nous ne tardâmes pas à rencontrer quelques kystes vides et dépourvus de leur calotte supérieure. Celle-ci avait été évidemment brisée, de sorte qu'il ne restait plus du kyste qu’une espèce de coupe portée par un large pied. Du fond de la coupe s’élevait un arbre épistylien (PI. VE, fig. 2), dont la base était plus mince, parfois considérablement plus mince que le pied de la coupe. L'arbre était encore jeune, incolore, transparent et non encore sali par des algues ou autres parasites. Le nombre de ses ramifications était plus ou moins considérable suivant les cas.

Il n’est pas douteux que ces coupes formant le piédestal d’une famille d’Epistylis ne fussent le reste des kystes précédemment mentionnés. C’est ce que démontrait jusqu'à l'évidence la présence d’un certain nombre de coupes munies d’un couvercle à demi soulevé pour laisser passer le tronc de l'Epistylis (PI. VI, fig. 3). Ce couvercle n’était rien autre que la calotte du kyste. Enfin on trouvait çà et là quelques kystes encore fermés, dans lesquels l'Epistylis avait déjà commencé à former son nouveau pédoncule, moins

large que celui du kyste lui-même.

L’enkystement avait donc eu pour but dans ce cas-ci de servir de protection à l’Eprstylis durant la saison rigoureuse. Au printemps, les dangers de l’hiver une fois passés, l’animal perce son kyste, tout en conservant sa forme primitive et se forme un nouveau pédoncule dans le kyste même. Ghez la plupart des exemplaires observés par nous, les restes des kystes étaient devenus méconnaissables, souvent déformés et couverts de petites algues parasites, souvent aussi brisés, de sorte qu'il n’en restait plus que de petits fragments adhérant à la place où le‘jeune tronc était fixé sur l’ancien pied du kyste (PL. VI, fig. 4). Dans d’autres cas enfin il ne restait plus absolument rien du kyste lui-même. Le tronc de la jeune colonie était implanté sur la base plus large qui avait été naguères le support du kyste et qui se distinguait facilement du tronc récemment formé, soit par sa plus grande largeur, soit par sa couleur jaunâtre.

Nous ne pouvons affirmer que tous les kystes de l’Epistylis plicatihs aient pour but de protéger l’animal durant les rigueurs de l’hiver. Nous ne le pensons même pas, car nous avons trouvé des kystes semblabies durant le cours de l'été et 1l n’est guère probable que l'Epistylis passe près d’une année entière à l’état de repos. Néanmoins ce n’est pas là une raison pour nous ranger à l'hypothèse de M. Stein. qui admet que ces kystes sont destinés à produire des embryons. D’une part la connaissance de la formation d’embryons chez les Epistylis sans enkystement préalable, et d’autre part nos observations sur les causes d’enkystement chez un grand nombre d’autres infusoires, nous for; cent à ne voir dans la formation de ces kystes qu'un moyen employé par l'Epistyhis pour se soustraire temporairement à des influences extérieures nuisibles.

Les individus qui ont fait le sujet de ces observations, appartenaient tous à la variété grêle de l'Epistylis plicatilis.

On voit par là que des deux espèces de kystes dans lesquels on pourrait être tenté de voir des stades de développement de l’Epistylis plicatilis, Vune se trouve sur les branches même des arbres épistyliens et appartient toujours à des Amphileptus, tandis que l’autre se trouve isolée et ne paraît jouer à l'égard de l'animal qu'elle renferme, que le rôle protecteur reconnu déjà à la fin du siècle dernier par Guanzati pour les kystes des Trachéliens. Ni les uns mi les autres de ces kystes ne se transforment en Acinétiniens, transformation qui devrait forcément avoir lieu, si la théorie de M. Stein était juste.

I ne paraît pas non plus que les kystes isolés servent jamais à la production d'embryons.

ET LES RINIZOPODES. 4S1

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