‹ Études sur les infusoires et les rhizopodes;Chapitre 19 sur 210 · Müller's Archiv, Juni · texte numérisé non relu

Müller's Archiv, Juni

l’œsophage, qui, chez certaines espèces, en particulier chez les Amphileptus, paraît n'avoir qu'une longueur égale à l'épaisseur du parenchyme, fait, chez beaucoup d’autres, une saillie très-considérable dans la cavité digestive, à l’intérieur de laquelle il forme comme un tube librement suspendu. C’est le cas, par exemple, chez les Paramecium, les Vorticellines, les Stentor, les Spirostomum, etc. Cette parte libre de l’œsophage atteint parfois une longueur excessivement considérable, par exemple, chez certains Prorodon. Chez le Chilodon Cucullulus elle s'étend jusque près de l'extrémité postérieure de la cavité digestive.

Ceux qui pourraient douter encore que l’æsophage soit un organe doué de parois propres, verront se dissiper toute espèce de doute lorsqu'ils examineront des infusoires chez lesquels un prolapsus de l’æsophage a eu lieu. Il arrive, en effet, assez fréquemment, chez certaines espèces, que lœæsophage se retourne comme un doigt de gant et fait saillie au dehors, en tournant à l’extérieur sa surface ciliée. On serait tenté alors de comparer l’œsophage avec la trompe rétractile des Planaires. Mais il y à cette différence, qu'une Planaire peut à volonté faire saillir sa trompe ou la retirer dans lintérieur de son corps, tandis que les infusoires ne paraissent pas pouvoir faire disparaître à volonté les procidences en question. Les circonstances qui produisent ces prolapsus de l’œsophage ne sont pas encore bien déterminées. Cet accident se manifeste de préférence chez des individus qui sont, pour ainsi dire, dans un état hydropique, c’està-dire dont la cavité digestive est excessivement distendue par un chyme très-liquide, tellement que les enfoncements ou les dépressions qui se trouvent à l’ordinaire à la surface du corps disparaissent tout-à-fait. C’est, du reste, un accident sans grande gravité pour lanimal qui en est affecté, car celui-ci n’en nage pour cela pas moins gaiment que d'ordinaire, et il arrive parfois, au bout de quelque temps, que l’œsophage reprend sa place normale. Les Stentor, les Paramecium et quelques autres genres sont tout

spécialement susceptibles de présenter ces prolapsus.

Il nous reste à jeter un coup-d'œil sur le mode suivant lequel la digestion s'opère

dans un appareil digestif constitué comme celui que nous venons de décrire.

Chez les infusoires ciliés à œæsophage tubuleux, l'introduction des matières alimentaires et la formation des bols a lieu précisément de la manière indiquée par Meyen. Ce dernier a donné le nom d'estomac à l'extrémité inférieure de l'œsophage, qui est dilatée en forme de eloche et sous laquelle se forment les bols. Cette dénomination n’est pas très-bien choisie, puisque la seule fonction de cet organe se réduit à la formation de bols sphériques. Nous pensons donc, avec M. Lachmann, devoir remplacer ce nom par celui de pharynx. — Les bols sont expulsés dans la cavité du corps par une contraction du pharynx, et ils se trouvent flotter dans un liquide épais : le chyme qui remplit cette cavité. Ce sont là les prétendus estomacs de la théorie polygastrique. M. Ehrenberg', qui a dernièrement rompu de nouveau une lance contre M. Max Schultze, en faveur de son ancienne théorie, cherche une preuve à l’appui de la polvgastricité dans la grosseur très-uniforme de ses prétendues cellules stomacales (Magenzellen) chez une seule et même espèce. Le Paramecium Aurelia, le Leucophrys patula, les Stentor, remplissent, suivant lui, toujours de grosses cellules, tandis que les cellules du Colpoda Cucullus, du Glaucoma scintillans et des Stylonychies sont de taille moyenne, et que celles du Paramecium (Pleuronema Duj.) Chrysalis, de plusieurs Trachelius (Amphileptus) et de différents Trichodes sont extraordinairement petites. Nous sommes parfaitement d'accord avee M. Ehrenberg (excepté cependant lorsqu'il veut trouver aussi des dimensions normales pour les cellules stomacales des Diatomacées'), en ce sens que, chez une seule etmême espèce, ces prétendues cellules affectent une grosseur à peu près toujours semblable, lorsqu'elles existent. Maïs 1] ne suit point de là qu'il faille en faire des estomacs. La raison toute simple de cette égalité de taille git dans ce que les bols alimentaires sont tous, pour ainsi dire, coulés dans le même moule, savoir le pharynx, qui à une grandeur déterminée dans chaque espèce. Du reste, la règle n’est pas absolue, et l’on rencontre çà et là des Paramecium, des Stentor, ete., chez lesquels la cavité digestive contient des bols d’un diamètre variable.

Il arrive fréquemment (à savoir lorsque le chyme est très-concentré) que les bols alimentaires, au moment où ils sont expulsés dans la cavité digestive, laissent derrière

eux un sillon plus clair, dans lequel on pourrait être tenté de voir l'indication d'un

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