‹ Études sur les infusoires et les rhizopodes;Chapitre 200 sur 210 · RE BEE · texte numérisé non relu

RE BEE

La reproduction fissipare est bien plus répandue dans la classe des infusoires que la multiplication par gemmes, dont nous venons de nous occuper. C’est le-seul mode reproducteur connu chez beaucoup d’infusoires, même chez le plus grand nombre. I paraît exister chez tous, ou, du moins,'il a été constaté dans toutes les familles des infusoires ciliés, chez les Acinétiniens, les infusoires cilio-flagellés et flagellés. Jusqu'à M. Stein, on ne connaissait, chez les Acinétiniens, aucun moyen de multiplication quelconque. Ge savant décrivit leurs embryons, et depuis lors, la fissiparité a été également constatée par M. Cienkowski ! (chez la Podophrya fixa), et par nous (chez l'Acinela myslacina).

Le grand développement de la fissiparité chez les infusoires, et le rôle important que ce phénomène joue dans leur reproduction, est un trait caractéristique spécial à cette classe d'animaux. M. Ehrenberg s’est laissé par suite entrainer à chercher dans la fissiparité un critère propre à distinguer les infusoires des plantes, bien que la fissipa-

rité soit fort répandue parmi certains végétaux inférieurs, et que les Oscillariées, dont

{. Bulletins de l'Académie impériale de St-Pétersbourg, 1855.

244 ÉTUDES SUR LES INFUSOIRES M. Ehrenberg lui-même fait des plantes, ne possèdent aucun mode de reproduction connu autre que la division du filament multicellulaire dans ses éléments , les cellules isolées. ;

La fissiparité des infusoires est connue depuis longtemps, et les meilleures observations que nous avons à ce sujet, remontent à Abr. Trembley. Nous avons déjà eu l'occasiou de mentionner les observations, réellement admirables pour l’époque, qu'il fit sur les Stentors. Il en fit d’analogues sur les Vorticelles. Ce sont réellement le seules qu'on ait eues jusqu'ici, car les auteurs qui sont venus après lui les ont tous plus où moins copiées ou répétées.

« Le tronc ou pédicule d’un polype, quiest encore simple et vient seulement de se fixer, dit l'observateur genevois, est d’abord court, mais 1l s’allonge dans un espace de temps assez bref. Puis le polype (c/ustering polypus, qui répond à l'Epistylis anastatica Ehr.) se multiplie, c'est-à-dire qu'il se divise longitudinalement en deux. On voit d'abord les lèvres (le disque vibratile) se retirer dans le corps, la partie antérieure (le péristome) se fermer et s’arrondir. On peut distinguer cependant encore dans l’intérieur, en regardant avec un peu d'attention, un léger mouvement, lequel dure aussi longtemps que le polype reste fermé (ce sont les cils qui s’agitent dans l’œsophage). La partie antérieure du polype s’aplatit alors par degrés et s’élargit en proportion, de sorte que l'animal devient plus large qu'il n’est long. Puis il se divise graduellement, suivant sa longueur, depuis le milieu de la tête jusqu’au point où la partie postérieure est fixée sur le pédicule. On voit à ce moment deux corps distincts, unis ensemble à l'extrémité du pédicule, qui n’en portait naguère qu'un seul.

« La partie antérieure de ces corps s'ouvre alors par degrés, et en même temps qu'elle s’entr'ouvre, on voit les lèvres du nouveau polype, de plus en plus distinctement. C’est là l'instant opportun pour observer ces lèvres avec attention, afin de se former une idée claire, soit de leur véritable forme, soit de leur motion, dont nous avons déjà parlé précédemment. Ce mouvement est d’abord très-lent, mais 1l s'active à me-

sure que le polype s'ouvre davantage, et une fois que celui-ci est entièrement épa-

1. Letter frôm M. Abraham Trembles with Observations upon several newly discovered species of Fresb-water

Polypi. — Philosophical Transactions of the Royal Society. Numb. 474. London, 1744, p. 179.

ET LES RHIZOPODES. g

noui, il devient aussi rapide que celui qu'on observait sur les lèvres du polype simple, avant qu'il eût commencé à se diviser. Le nouveau Polype peut alors être considéré comme étant complétement formé.

« Dans le commencement, les deux polypes sont moins gros que celui qu leur a donné naissance, mais ils atteignent en fort peu de temps une taille égale à la sienne.

« Un polype emploie environ une heure à se diviser. »

Avant et après Trembley, divers auteurs, tels que Leuwenhœck, Beccaria, etc., observèrent différents exemples de scissiparité, mais, moins clairvoyants que lui, ils crurent souvent avoir affaire à une copulation. Aussi, jusqu’à ces derniers temps, la question ne fit-elle pas de grands progrès. Quelques-uns disaient avoir vu que la fissiparité est toujours précédée par une division du nucléus, et les autres, surtout les disciples de l'école unicellulaire, le répétaient aveuglément. D’un autre côté, M. Ehrenberg avait remarqué que lorsqu'un infusoire était sur le point de se diviser, le nombre de ses vésicules contractiles se doublait. C'était même cette circonstance qui avait engagé Mevyen et d'autres à voir dans cet organe, non une vésicule spermatique, mais un cœur. C’est là tout le butin que notre siècle nous a livré sur ce phénomène. On voit qu'il n’est pas bien considérable.

Nous avons consacré une grande attention à l'étude du phénomène de la fissiparité dans divers groupes d’infusoires, et nous avons, en particulier, toujours essayé de tirer au clair comment la vésicule contractile et le nucléus se comportent pendant sa durée. On voudra donc bien nous permettre de nous étendre dans quelques détails à ce sujet, d'autant plus que nous avons eu à constater, dans plus d’un cas, des faits très-curieux et d’un degré de complication inattendu.

Tantôt la division des infusoires se fait suivant un plan longitudinal, tantôt suivant un plan transversal, tantôt suivant une direction oblique. [n'est pas rare d'observer la division longitudinale et la division transversale chez une seule et même espèce, comme c’est le cas chez beaucoup de Colpodéens. M. Cohn, qui observa ce fait chez le Parame-

cium Bursaria', attira l'attention sur la circonstance que les individus qui résultent de la

Page 1