‹ Études sur les infusoires et les rhizopodes;Chapitre 66 sur 210 · Mueller’s Archiv, 1856, p · texte numérisé non relu

Mueller’s Archiv, 1856, p

mal, la forme du nucléus et la présence ou l'absence d’une crête ciliaire longitudinale sur la face ventrale. Il donne le nom de Sf. Muelleri aux individus qui ont l'ovaire blane (les granules disséminés dans le parenchyme sont, pour M. Ehrenberg, des œufs), la glande masculine (nucléus) en chapelet, la couronne de cils du front interrompue et la crête latérale distincte. Le St. Ræselii ne diffère du Sf. Muelleri que par la circonstance que sa glande séminale (nucléus) a, non la forme d’un chapelet, mais celle d’un ruban très-allongé et sans articulations. Le St. cœruleus doit avoir l'ovaire bleu, la glande en forme de chapelet, une crête latérale et la couronne ciliaire frontale continue. Enfin, le Sf. polymorphus doit avoir l'ovaire d’un beau vert, la glande en forme de chapelet, point de crête latérale et la couronne frontale interrompue.

Toutes ces différences sont parfaitement nulles. En effet, nous montrerons à satiété, dans la troisième partie de ce mémoire, que la forme en chapelet et la forme rubanaire du nucléus n’indiquent. chez les Stentors. aucune différence essentielle. Tout nucléus en chapelet a passé par une phase où 1l présentait une forme rubañaire, et son partage en un certain nombre d’articulations n’est qu'un travail préparatoire qui précède la formation des embryons. — Quant à la présence ou à l’absence de la crête, nous montrerons également dans la troisième partie de ce travail que ce ne sont point là des caractères spécifiques. La crête n’est que le premier indice d’une division spontanée en voie de s’opérer, comme Trembley l'avait déjà reconnu il y a plus d’un siècle. Aussi, bien que les figures de M. Ehrenberg, relatives aux Stentors, soient en général très-soigneusement exécutées, 1l en est une que nous devons peut-être taxer d’inexacte, parce qu'elle représente un Stentor dans le moment de la division spontanée, en accordant à chacun des nouveaux individus une crête latérale (ou plutôt ventrale). C’est la Fig. IE, 4, de la PL. XXIV. — La couleur du prétendu ovaire n’a pas plus de valeur que les deux caractères précédents, comme en général la couleur des infusoires. Le Stentor polymorphus Ehr. est, en particulier, fondé sur la simple présence d’un dépôt de chlorophylle dans le parenchyme.

De tous les caractères employés par M. Ehrenberg pour la distinction de ces quatre espèces, il n’en subsiste done qu'un seul, à savoir l'interruption ou la non-interruption de la couronne frontale. Malheureusement celui-là n'existe que sur le papier. Chez

tous les Stentors, la couronne frontale est interrompue, parce qu’elle n’est jamais un

cercle, mais une spirale. Le texte de M. Ehrenberg contient donc évidemment une erreur à ce sujet, erreur qui n’a pas passé dans ses planches, où le Stentor cœruleus est représenté comme ayant une couronne frontale parfaitement identique à celle des autres Stentors.

Nous avons conservé à la réunion des quatre espèces de M. Ehrenberg le nom de

St. polymorphus, comme étant le plus ancien (Vorticella polymorpha, O.-K. Mueller).

M. Ehrenberg décrit encore sous les noms de Séentor niger (nf, p. 264%, PI. XXII, Fig. HE) et Sé. igneus (Inf., p. 264) deux autres espèces de Stentors, dont la valeur spécifique nous paraît encore un peu douteuse, attendu que ces espèces ne doivent différer du Se. polymorphus que par leur taille, leur couleur et la forme de leur nucléus, qui est discoïdal. La couleur n’a certes pas grand’ehose à dire. d'autant plus que M. Lachmann observa, durant l’automne de 1855, parmi des Sf. polymorplus, deux individus noirs comme l'encre, qui étaient munis, lun d’un nucléus rubanaire, et l’autre d’un nucléus en forme de massue, mais point d’un nucléus discoïdal comme le Sc. niger Ehr. D'ailleurs, les jeunes Stentors de toutes les couleurs ont tous, sans exception, un nucléus discoïdal, qui, avec l’âge, s’allonge en forme de bande. Les St. niger Ehr. et Sc. igneus Ehr. pourraient done, vu leur petite taille, n'être que de jeunes individus du Sz. polymorphus.

Nous avons cependant conçu, à l'égard du Se. niger, quelques doutes qui nous empêchent de le réunir, d’une manière positive, au S£. polymorphus. On trouve constamment cette forme en très-grande abondance dans les tourbières de la bruyère aux Jeunes Filles (Jungfernhaide), près de Berlin, où elle présente exactement tous les caractères qui lui sont attribués par M. Ehrenberg. Elle est parfois si abondante, que l’eau en paraît noirâtre. Ce Stentor n’atteint jamais, dans ces eaux-là, la taille du St. polymorphus ordinaire, et son nucléus reste discoïdal chez tous les exemplaires. De plus, nous n'avons jamais réussi à apercevoir chez lui ni le vaisseau longitudinal, nt le vaisseau circulaire, ce qui s'explique peut-être par le peu de transparence de l’animal. Quelquefois nous avons observé des individus jouissant de deux vésicules contrac-

üles, et la présence de cet organe, en nombre double, ne paraissait point être le pré-

lude d’une division spontanée, car la vésicule surnuméraire était placée du côté droit et non du côté gauche, comme cela aurait dû être si elle était résultée d’un dédoublement de la vésicule normale. Toutes ces raisons-là nous décident à conserver le nom de S£. niger pour caractériser la forme en question. L’avenir nous apprendra s’il faut voir dans celle-ci une espèce réellement indépendante ou simplement une race du Se. polymorphus. Gette forme paraît être sensible aux impressions lumineuses, car lorsqu'on remplit un bassin avec de l’eau de tourbière, on ne tarde pas à voir tous les Stentors se porter du côté d’où vient la lumière. Le St. igneus ne semble se distinguer du S£. niger que par sa couleur.

On rencontre parfois dans de l’eau qui a séjourné dans de très-petites bouteilles un Stentor mcolore et de taille excessivement petite. Ii ne diffère en rien du Sc. polymorphus ordinaire, si ce n’est par la circonstance qu'il est cinq ou six fois plus court. On ne peut done le considérer comme une espèce particulière, pas plus que la forme à laquelle M. Ebrenberg a donné le nom de St. multiformis (Monatsbericht der Berl. Akad. d. Wiss. 1840, p. 201), et qui ne paraît être caractérisée que par sa petite

taille et son habitation marine.

fe Genre. — LEUCOPHRYS.

Les Leucophrys ne se distinguent anatomiquement des Stentors que par la circonstance que leur.anus est situé à extrémité postérieure, et non pas sur le dos, immédiatement au-dessous de la spire buccale.

Le genre Leucophrys de M. Ehrenberg renferme des animaux très-hétérogènes, et un seul d’entre eux, le L. patula, peut conserver cette dénomination générique après la diagnose que nous avons posée. Le genre Leucophrys de M. Dujardin n’a rien à faire avec le nôtre, puisqu'il est formé pour des infusoires sans bouche, qui ne peuvent appartenir à la famille des Bursariens, et qui doivent rentrer dans le groupe des Opalines.

Les Leucophrys se distinguent, du reste, encore des Stentors par la bien moindre

contractihté de leur corps, lequel n’est pas susceptible de s’allonger en forme de trom-

ET LES RHIZOPODES. 299 pette. Ils ne jouissent pas, comme les Stentors, de la propriété de pouvoir se fixer, à l'aide de leur partie postérieure, sur des objets étrangers; mais ils mènent constam-

ment une vie errante, et ne paraissent pas pouvoir Jamais se sécréter de coque.

ESPÈCE

Leucophrys patula. Ehr. Inf., p. 314. PL XXXIE, Fig. L

Ss. Spiroslomum virens. &br. lof, p. 332, PI. XXXVE, Fig. 1. Bursaria palula.d)uj. Inf, p. n10. Bursaria spirigera. Duj. Inf. p. 511.

Bursaria virens. Perty. Zur Kennt., p. 142.

(AP KI ie, 2.)

DrAGNoSE. Leucophre obliquement tronqué en avant, muni à sa partie postérieure d'une vésicule contractile qui se

continue de chaque côté en un vaisseau longitndinal.

Le Leucophrys patula rappelle tout-à-fait, par sa forme, un Sfentor polymorphus contracté, avec cette différence qu'il est un peu comprimé et plus arrondi en arrière. Le plan du front forme aussi une troncature plus oblique, par rapport à l’axe, et moins convexe que chez le S{. polymorphus. La spire buccale fait un tour complet autour du front et descend ensuite dans l’entonnoir buecal, qui se continue en un œsophage tubuleux. Celui-ci est d’abord dirigé d'avant en arrière, puis il se recourbe vers la partie postérieure. Il est relativement plus long que celui du St. polymorphus, mais cilié, comme lui, sur toute la surface.

L’habit ciliaire est formé par des cils disposés en rangées longitudinales, et parfois il nous a semblé apercevoir entre ces cils des soies très-fines semblables à celles des Stentors. Nous ne voudrions cependant pas garantir l'exactitude de cette observation.

La vésicule contractile est située à extrémité postérieure, tout auprès de l'anus. À droite et à gauche, elle donne naissance à un vaisseau variqueux qui s'étend Jusque sous le front.

Le nucléus est petit et discoidal.

Cette espèce n’est pas très-rare dans les étangs du pare (Thiergarten) de Berlin,

où elle atteint, en moyenne, une longueur de Omm 13.

Notre description concorde assez bien avec celle de M. Ehrenberg, qui ne mentionne seulement pas les vaisseaux ni la compression du corps, mais qui, en revanche, parle d’un long intestin avec estomacs appendiculés! — Quant au Spirostomum virens Ehr., nous ne pouvons le différencier de notre L. patula, que nous avons rencontré, soit vert, soit incolore. Cet animal présente, en effet, d’après M. Ehrenberg, la compression du corps que nous avons toujours vue chez notre L. patula; et quant à son nucléus en ruban, il repose évidemment sur une erreur. M. Ehrenberg dit avoir observé une fois une rangée de cils qui partait de la bouche et descendait sur le ventre, à peu près comme la crête ciliaire des Stentors, mais que plus tard il s’est convaincu que cette prétendue crête ciliaire est une glande séminale (nucléus) de forme rubanaire. Il suffit, lorsqu'on connaît notre L. patula, de jeter un coup d'œil sur les figures de M. Ehrenberg pour se convaincre que ni l’une ni l’autre de ces deux interprétations n’est exacte. Le prétendu nucléus est tout simplement lœsophage recourbé qui s’enfonce, à partir de la bouche, dans l'intérieur de la cavité du corps. — M. Ehrenberg trouve, il est vrai, une autre différence entre son Leucophrys patula et son Spirostomum virens, différence qui se réduit à ce que la bouche est, chez ce dernier, placée à l’extrémité de la spire, tandis que chez le premier, elle est formée par une grande fosse en entonnoir qui porte les cirrhes à son pourtour. Mais c'est là une pure logomachie. Ce que M. Ehrenberg nomme la bouche chez son Leucophrys est quelque chose de tout différent de ce qu’il nomme ainsi chez son Spirostome. Ce qu'il appelle la bouche chez le Leucophrys, c’est ce qu'il nomme le front chez les Stentors. Ne dit-il pas luimême que la bouche du Leucophrys patula est ornée d’une grande lèvre qui a une grande ressemblance avec le front des NVorticelles? Quelle différence y a-t-il alors entre la lèvre des Leucophrys et le front du Spirostomum virens? Assurément aucune. — Le nom de Bursaria spirigera n’est employé par M. Dujardin que comme synonyme de Spirostomum virens Ehr. Ce savant n’a pas observé lui-même l’animal auquel il donne

ce nom.

Le Leucophrys spathula Ehr. (Inf., p. 312, PI. XXXIT, Fig. Il), qui est peut-être le même que le Spathidium hyalinum Duj. (Inf., p. 48, PI. VIII, Fig. 40), ne nous

est pas connu, et ne peut, dans tous les cas, appartenir au genre Leucophrys. La des-

ET LES RHIZOPODES. 231 cription et les dessins de M. Ehrenberg ne permettent pas de comprendre où est placée la bouche de cet animal, et M. Dujardin considère ses Spathidium comme astomes.

Le Leucophrys sanquinea Ebr. ({nf., p. 312, PL XXXII, Fig. HD) n’est pas davantage un Leucophrys. Cet infusoire, que nous ne connaissons pas, devra peut-être former un genre à part, voisin des Kondylostomes.

Les L. pyriformis Ehr. (Inf., p. 312, PI. XXXII, Fig. IV) et L. carnium Kbr. (nf , p. 313, PI. XXXIE, Fig. V) appartiennent probablement, tout au moins le premier, à la famille des Colpodéens, et ne sont, en aucun cas, des Leucophrys.

Le Leucophrys Anodontae Ehr. (Iof., p. 313, PL XXXII, Fig. VD) est sans doute un Plagiotome.

Enfin, le L. striata Du. (Inf., PI. IX, Fig. 4-4, p. 459) et le L. nodulata Duj.(Inf., p. 460, PL IX, Fig. 5-9) sont des Opalines.

5° Genre. — SPIROSTOMUM.

Les Spirostomes sont des infusoires cylindriques ou aplatis, filiformes et ciliés sur toute leur surface. Une rangée de cirrhes assez forts conduit de l’extrémité antérieure jusqu’à la bouche. Cette rangée de cirrhes est logée dans un sillon qui ne marche point directement d'avant en arrière parallèlement à l’axe du corps, mais qui décrit un arc de spirale très-allongée, allant de Pavant et de la gauche à la droite et l'arrière. En un mot, la spirale des cirrhes buceaux suit ici la même direction que chez les Stentors et la plupart des autres infusoires, c’est-à-dire une direction inverse de la spirale des Vorticellines. Elle à tout-à-fait lamême apparence que celle des Plagiotomes, avec lesquels les Spirostomes sont très-proches parents. L’anus est situé à Pextrémité postérieure du corps.

ESPÈCES

1° Sprrostomum ambiquum. Ehr. Inf., p. 332. PL XXXVE, fig. 2

Diacwose. Spirostome à corps linéaire, filiforme. Bouche située très en arrière du milieu du corps. Nucléus

très-long et contourné.

Cette espèce a été bien suffisamment décrite et figurée par M. Ehrenberg, ce qui

nous dispense d'en donner une figure nouvelle. Sa forme, très-allongée, et sa grande taille, a permis à la plupart des observateurs de la retrouver, et cependant M. Perty en donne une figure tout-à-fait méconnaissable. La spire des cirrhes buccaux est très-allongée, si bien qu’au premier abord on serait tenté de la prendre non pour un élément de spirale, mais pour une ligne droite. L’extrémité, cependant, de cette rangée de cirrhes se contourne très-évidemment en spirale au moment où elle pénètre dans la bouche. L’æsophage est court et tubuleux. — La vésicule contractile occupe la partie postérieure du corps, faisant dans la cavité générale une saillie si forte qu’elle en remplit, pour ainsi dire, tout le calibre. Aussi, pour arriver à l’anus, les excréments doivent-ils se glisser péniblement, pour ainsi dire, entre la paroi de la cavité du corps et celle de la vésicule contractile. Ils refoulent alors devant eux cette dermière, en faisant saillie dans la vésicule même, mais sans jamais pénétrer dans l’intérieur de cette vésirule, ce qui ne pourrait naturellement avoir lieu sans déchirement de la paroi. — De cette vésicule contractile naît un vaisseau, découvert par M. Siebold*. Ce vaisseau s’étend à peu près en ligne droite dans la paroi dorsale du corps jusqu’à l'extrémité antérieure. Soit la vésicule contractile, soit le vaisseau, ont été déjà figurés par M. Ehcenberg, qui n’en a cependant pas saisi la nature. En effet, le célèbre micrographe bernois remarque expressément qu'il n’a pas encore réussi à voir la vésicule contractile. Il paraît avoir pris le vaisseau pour un intestin, et la vésicule contractile pour un élargissement du rectum, en forme de sac ou de cloaque.

Le nucléus est excessivement long et ordinairement en forme de chapelet, comme le remarque M. Ehrenberg. Les divisions du chapelet ne sont cependant pas toujours bien indiquées, ce qui se comprend facilement, puisqu'il est fort probable qu'elles ne se forment que secondairement, comme chez les Stentors, en vue de la formation des embryons. Le nucléus est souvent contourné sur lui-même, comme le représente M. Ehrenberg”.

Nous avons trouvé cette espèce en abondance dans les eaux stagnantes des envi-

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