‹ Études sur les infusoires et les rhizopodes;Chapitre 84 sur 210 · SC · texte numérisé non relu

SC

X° Famille, — HALTERINA.

La famille des Halterina est composée d’infusoires à corps glabres, dont la rangée de cirrhes buccaux est le seul titre qui leur assigne une place parmi les infusoires ciliés. Ce caractère suffit pour les distinguer de toutes les familles autres que celle des Vorticellines. Une confusion avec cette dernière est, de plus, complètement impossible, les Halterina ne possédant pas de disque vibratile.

Les Halterina sont des infusoires plus ou moins globuleux, dont la bouche est située au pôle antérieur et entourée d’une rangée de cirrhes vigoureux qui sont souvent les

seuls organes locomoteurs présents, mais dont l’action est cependant parfois renforcée

par celles de soies saltatrices. Tous les animaux de cette famille se meuvent avec une rapidité extrême et restent rarement immobiles. Aussi leur étude est-elle fort difficile, et nous ne sommes pas encore arrivés à déterminer avec une parfaite certitude si les cirrhes buccaux forment un cercle parfait ou un tour de spire. C’est la première alternative qui nous semble la plus probable. Les Halterina ont une bouche dilatable et

avalent parfois d’assez gros objets. Aussi n’ont-ils pas d’æsophage cilié à sa surface.

Réparüilion des Hallériens en genres.

Des soies fines servant au saut; animaux sauteurs................. .,.-. 1. HALTERIA. Pas de soïes servant un saut; animaux essentiellement nageurs........... 2. STROMBIDION.

HALTERINA. ù

1e Genre. — HALTERIA.

M. Dujardin a caractérisé ce genre comme étant formé par des animaux à corps presque globuleux ou turbiné, entouré de longs fils rétracteurs très-fins, qui, s’agglutinant au porte-objet et se contractant tout à coup, lui permettent de changer de lieu brusquement et comme en sautant. Cette manière de saisir le rôle des soies saltatrices des Haltériens, est évidemment erronnée. Ces soies forment une ceinture équatoriale, et si leurs extrémités venaient à s’agglutiner au porte-objet, une contraction des soies ne pourrait Jamais avoir pour effet une projection de l’animal en avant. Le seul résultat possible serait un élargissement de l’animal dans sa région équatoriale et une pression de son corps contre le porte-objet. D'ailleurs, il est facile de se convaincre, en observant les Halteria dans un verre concave plein d’eau, que ces animaux sautent lors même qu'ils sont beaucoup trop distants du fond du réservoir pour que leurs soies puissent contracter une adhérence avec lui. Le saut est produit par un mouvement brusque des soies, et celles-ci prennent leur point d'appui, non pas sur des corps solides voisins, mais dans l’eau elle-même.

Les Haltéries observées par tout le monde n'ont été bien vues par personne. M. Eh-

ET LES RMIZOPODES- 369

renberg les a réunies en un seul genre avec les Trichodines, qui ne leur ressemblent certes guère. M. Dujardin leur a assigné une place parmi ses Kéroniens. Cette étrange assimilation provient de ce que cet observateur a cru voir chez les Haltériens une rangée de cirrhes disposés obliquement en moustache comme les cirrhes buccaux des Oxytriques. Otto-Fr. Mueller représentait plus exactement le véritable état des choses

lorsqu'il décrivait les cils comme étant répartis sur tout le contour d’une ouverture.

4° Halteria grandinella. Duj. Inf., p. M5. PI. XVL, Fig. 1. J P > 19 Syx. Trichodina grandinella. Ehr. Inf., p. 267. PI. XXIV, fig. V.

(V. PL. XIII, Fig. 8-9.)

DIAGNOSE. Soies saltatrices longues et fines, non situées dans un étranglement circulaire. Pas de zone équatoriale formée par des filaments longs et arqués.

Cette espèce, fort commune dans la plupart des eaux douces, à été toujours fort mal figurée, au point d’être tout-à-fait méconnaissable. M. Dujardin est le seul qui ait aperçu ses soies saltatrices, mais il les a très-inexactement figurées et ne paraît pas s'être aperçu qu’elles sont implantées seulement sur l'équateur de l'animal. Dans l’état de repos, ces soies sont raides comme des aiguilles et légèrement inclinées les unes audessus, les autres au-dessous du plan équatorial. Quelquefois elles se portent toutes à

la fois et brusquement en avant.

Le cercle des cirrhes buccaux présente une interruption correspondant à une légère échancrure du bord buccal, échancrure qui se retrouve peut-être chez tous les Haltériens.

IL est très à recommander de placer quelques Acinétiniens sur le porte-objet du microscope, lorsqu'on veut étudier des Haltéries. En eflet, ces dernières ne tardent pas, au milieu de leurs bonds imprudents, à venir se jeter contre les suçoirs d'un Acinétinien, qui s'en empare aussitôt. L'Haltéria, ainsi fixée, peut être étudiée beaucoup plus facilement.

2° Halteria Volvox.

Sxx. Trichodina (Stephanidina) Volvox. Eichwald !,

(V. PI. XIV, Fig. 10.)

Dose. Soies saltatrices longues et fines, non situées dans un étranglement circulaire. Une zone équatoriale formée par des filaments longs et recourbés en arrière.

Nous n'avons observé qu’une seule fois cette espèce, aû mois d'Avril 4855, à Berlin. Elle est parfaitement semblable à la précédente, si ce n’est que sa taille est un peu plus grosse et qu’elle présente une ceinture de longs cils recourbés en arrière, qui lui donnent une apparence fort élégante. Ces cils ne paraissent aucunement servir à la locomotion, du moins nous les avons toujours vus parfaitement immobiles. Ils sont bien plus longs que les cirrhes de la couronne ciliaire qu’on voit se former souvent à la partie postérieure de l’Halteria grandinella, un peu obliquement à l’axe, couronne qui paraît être un prélude de division spontanée et qui doit former plus tard la rangée

buccale du nouvel individu.

Il faut un peu d’audace pour identifier cette espèce avec le T. Volvoæ de M. Eïichwald, et quiconque comparera les figures que donne cet auteur et la nôtre aura de la peine à se figurer qu’elles représentent le même animal. Toutefois, la description de M. Eichwald concorde assez bien avec l’animal observé par nous. Il n’est, en particulier, pas possible de méconnaître la ceinture ciliaire de notre Haltéria dans ce que M. Eichwald désigne sous le nom d’une couronne de cils rayonnants qui simule des plis

(die faltenartigen Cilien des Strahlenkranzes).

3° Halteria Pulex. (N. PI. XIIT, Fig. 10-11.)

DIAGNOSE. Soies saltatrices courtes et fortes, implantées dans ua étranglement circulaire.

Cette espèce est fort petite, sa taille ne dépassant pas Omm,015. Sa partie antérieure est fort étroite et ses cirrhes buccaux ne sont qu’en très-petit nombre. Elle saute par-

faitement comme l’Halteria grandinella, dont elle se distingue facilement par la pré-

1. Dritter Nachtrag zur Infusorienkunde Russlands, Moscau, 1852, p. 123, PI, VI, Fig. 10.

ET LES RHIZOPODES. 371 sence de l’étranglement circulaire. La petitesse de l’animal nous a empêchés de recon-

naître la vésicule contractile et le nucléus.

L'H. Pulex est une espèce marine fréquente dans le fjord de Bergen.

Il est possible que l'animal dont M. Ehrenberg a donné une diagnose sous le nom de Trichodina ? Acarus (Monatsb. d. k.p. Akad. d. Wiss. zu Berlin, 1840, p. 202) soitune Haltérie. Mais c’est ce que nul ne peut décider avec certitude en l’absence de toute figure. La Trichodina vorax du même auteur paraît appartenir également au genre

Halteria.

9e Genre. — STROMBIDION.

Les Strombidion sont des Haltériens nageurs, dépourvus de tout organe propre au

saut. k ESPÈCES.

4° Strombidion suleatum. (N. PI. XII, Fig. 6.) DIAGNOSE. Corps globuleux, un peu conique en arrière, orné dans sa partie postérieure de sillons dans la direction

dela génératrice du cône.

Cette espèce a tout-à-fait la forme et la taille de l'Halteria grandinella. Sa couleur est en général d’un jaune brunâtre. Sa partie postérieure, légèrement conique, présente des côtes longitudinales en forme de bâtonnets rigides, laissant de larges stllons entre elles. Elle n’est pas très-rare dans le fjord de Bergen, mais elle progresse à travers l’eau de mer en tournant sur son axe avec une rapidité telle, qu'elle est bien diflicile à poursuivre. Aussi n’avons-nous pu reconnaître ni son nucléus, ni sa vésicule contractile. Plusieurs fois, au milieu d’une course rapide, nous lPavons vue s'évanouir comme par enchantement en ne laissant que des globules épars. Chez aucun autre m-

fusoire nous n'avons vu d'exemple d’une diffluence aussi rapide.

2 Strombidium Turbo. (NV. PI. XIII, Fig. 7.)

Dacxose.”" Corps globuleux, à surface lisse non sillonnée.

C’est avec doute que nous rapportons cette espèce au genre Strombidium. En effet, la bouche n’est point située chez elle au centre de l’espace circonscrit par la rangée circulaire des cirrhes buccaux, mais tout-à-fait excentriquement, comme chez les Tintinnus. Aussi nous a-t-il semblé que la rangée de cirrhes ne forme point un cercle parfait, mais plutôt un élément de spirale. Le péristome est muni d’une échancrure comme chez l’Hulteria grandinella. Chez le Strombidium sulcatum, au contraire, l'ouverture buccale nous a semblé être exactement centrale.

. Gette espèce se rencontre çà et là aux environs de Berlin, où elle n’a pas échappé non plus aux recherches de notre ami M: Lieberkühn. Elle se reconnaît immédiatement à sa forme et à la vigueur de ses cirrhes buccaux, quine trouvent leurs rivaux que dans les cirrhes buccaux des Tintinnus. Sa longueur habituelle est d’environ 0,035.

On rencontre aussi, aux environs de Berlin, une espèce très-voisine de celle-ci, mais qui à la forme d’un cyhndre long de Omm,10 et large de 0®m,03. On peut se convaincre encore plus facilement chez elle de la position excentrique de la bouche. Le premier indice d’une division spontanée qui se prépare, est, chez cette espèce, la formation d’un faisceau de cirrhes implantés en spirale, qui apparait latéralement vers le milieu

de la longueur du corps.

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