OPALINES
Nous ne pouvons quitter l’ordre des infusoires ciliés sans toucher quelques mots des organismes encore problématiques auxquels on est convenu, depuis Purkinje et Valentin, de donner le nom d’Opalines. Plusieurs auteurs récents, et en particulier un homme dont le nom fait autorité, M. Max Schultze', sont disposés à supposer dans ces êtres des larves ou des nourrices d’helminthes. Il n’est, en effet, point improbable que plusieurs des animaux décrits sous ce nom générique aient une telle signification. Nous nous permettrons cependant d'élever des doutes sur la nature larvaire de certaines Opalines qui, comme l’'Opalina polymorpha Schultze, l'Opalina uncinata Schultze et lOpalina recurva (décrite plus bas), possèdent des vésicules ou vaisseaux contractiles. Ces organes rappellent, en effet, entièrement les vésicules contractiles des infusoires, et semblent dénoter une parenté réelle entre ces espèces-là et les infusoires ciiés. Il est à remarquer, de plus, que ces mêmes espèces possèdent un nucléus parfaitement semblable au nucléus des infusoires. Ni le nucléus, ni l'organe contractile * n’ont échappé aux diligentes observations de M. Schultze. Ce savant parle des nucléus comme de vésicules ovoïdes, qui, d’abord claires et transparentes, se remplissent plus tard de granules obscurs, et prennent l’apparence d’un amas de corpuscules germinatifs propres à engendrer, par voie métagénétique, un animal morphologiquement différent du parent. Telle peut être, en effet, la signification de ces organes, mais rien
ne s'oppose à ce qu'ils ne soient parfaitement identiques aux nucléus des infusoires et
1. Beitrage zur Naturgeschichte des Turbellarien, Greifswald, 1891, p. 70.
2. M. de Siebold a été le premier à mentionner le vaisseau contractile de l'O. Planariarum (0. polymorpha Schultze), (V. Vergl. Anat., p. 13. Anmerkung.)
ne reproduisent des êtres semblables au parent. Quant aux organes contractiles, il est à remarquer qu'aucune nourrice d'helminthe n’en présente de semblables. M. Guido Wagener a bien reconnu déjà l’existence de rudiments de l’organe excréteur chez des embryons de Trématodes, mais chacun conviendra que les organes contractiles de certaines Opalines offrent bien plus d’analogie avec les vésicules contractiles des infusoires qu'avec le système excréteur des Cestodes et des Trématodes.
Nous pensons donc que la place provisoire des Opalines à réservoir contractile est plutôt auprès des infusoires qu'auprès des helminthes. Cette manière de voir ne préjuge cependant rien au sujet des espèces qui, comme l'Op. Ranarum Purk. et Val. (Bursaria Ranarum Ehr.), lOpaline cylindrique des grenouilles’ et tant d’autres, sont dépourvues de tout réservoir contractile.
L'Opalina uncinata Schultze n’habite pas seulement la Planaria Ulvue. Nous avons trouvé du moins en très-grande abondance, sur la côte de Norwége, dans une Plapaire du genre Proceros, une Opaline que nous ne pouvons en différencier d'aucune manière. L'un des crochets était constamment plus petit que l’autre, comme chez les individus observés par M. Schultze. Le nucléus occupait toujours la place que
M. Schultze lui assigne sous le nom de tache claire (heller Fleck).
Chez une autre Planaire marine, que nous avons trouvée en très-grande abondance à Vallée, sur les bords du fjord de Christiania, et que nous croyons devoir rapporter à la Planaria limacina Kabr., habite une autre Opaline, voisine de l'O. wncinata Schultze. Nous lui donnons le nom d’O. recurva. On en trouve parfois jusqu’à trente ou quarante individus chez une seule et même Planaire. Ce parasite (V. PI. XXI, Fig. 9) atteint, lorsqu'il est étendu, une longueur d'environ 0"",90. Il est rétréci en avant, et son extrémité antérieure est recourbée du côté droit. Là se trouve un crochet unique, très-semblable à l’un des deux crochets de l'O. uncinata. Un vaisseau contractile s'étend obliquement dans toute la longueur de l’animal, de l'avant et de la
gauche à l'arrière et la droite. Cet organe a ceci de particulier, que, parfois, au lieu
1. Nous croyons que cette Opaline est spécifiquement différente de la grande Opaline aplatie (Op. Ranarum) qui habite souvent avec elle, C'est cette forme que nous croyons retrouver dans la prétendue Bursaria intestinalis de
M. Ebrenberg.
de subir une contraction totale, il s’étrangle de distance en distance de manière à se transformer en une série de vésicules rondes, disposées, à la suite les unes des autres, comme les granules d’un rosaire. Le nucléus est un corps ovale situé à l’arrière.
Pendant notre séjour en Norwége, nous avons observé une très-belle Opaline, parasite d’un ver appartenant à la division des lombrics. Ce ver, très-abondant sur divers points de la côte, en particulier auprès de la ville de Bergen, n’a malheureusement pu être déterminé par nous, mais n'appartient pas au genre Naïs. L'Opaline qui l’habite paraît cependant être très-voisine de celle que M. Schultze a découverte chez la Naïs litoralis, et à laquelle il a donné le nom d’O. lineata'. Peut-être même estelle identique avec elle. Cette Opaline est caractérisée par sa forme très-allongée, les stries fines et élégantes de sa surface et l’existence d’une double rangée de vésicules claires et transparentes (V. PI. XXI, Fig. 7-8). Au premier abord, on pourrait être tenté de comparer ces organes à des vésicules contractiles ; mais jamais nous n’avons aperçu chez eux la moindre trace de contractilité, et M. Lachmann, qui a étudié tout particulièrement cet animal, a remarqué que ces organes sont ornés d’un contour tellement marqué, que leur contenu doit être doué d’un degré de réfringence plus grand que celui du liquide contenu d'ordinaire dans les vésicules contractiles. M. Schultze ne mentionne pas ces organes chez son ©. lineata, mais il les dessine exactement dans chacune de ses figures. Ce savant remarque que les fines stries de son 0. lineata ne proviennent point de la distribution linéaire des cils de la surface, mais qu’elles ont leur siége beaucoup plus profondément, savoir sous la peau, et qu’elles paraissent appartenir à une cavité médiane, ou à un corps caché à l’intérieur. Nous avons, au contraire, considéré les stries de notre Opaline comme existant à la surface même. Malheureusement, nous ne Connaissions pas, à l’époque de notre séjour en Norwége, la description de M. Schultze, de sorte que nous ne pouvons aflirmer ne pas nous être trompés à cet égard. —M. Schultze représente, dans la figure 41 de sa planche VIT, une 0. lineata dans la division spontanée transversale. Si son Opaline est bien réellement la même
que la nôtre, il y a plus dans ce phénomène qu’une simple division transversale ordi-