‹ Études sur les inondationsChapitre 35 sur 81 · RÉGLEMENTATION DES CONSTRUCTIONS · texte numérisé non relu

RÉGLEMENTATION DES CONSTRUCTIONS

tions qui, faisant mieux que de remédier au mal, auront le précieux avantage de le prévenir.

Il ne s’agit pas d’ailleurs ici d’une restriction absolue, mais d’un empêchement limité à quelques zones de terrains exposées à des dangers exceptionnels. Quant à tout le reste, le droit de bâtir continuerait de subsister, mais avec-des garanties de solidité dont la sûreté publique, aussi bien que celle des intérêts individuels, réclame la consécration.

A ce sujet, on ne doit pas perdre de vue que, lorsque le moment du danger arrive, lorsqu’il serait si important que tous les bras, tous les efforts fussent concentrés sur certains points, la nécessité de porter secours, au milieu des eaux, aux personnes surprises ' par l’inondation dans des maisons isolées que leur * manque de solidité menace d’une soudaine destruction, peut devenir le plus souvent un obstacle sérieux à une efficace concentration de toutes les forces utiles. De grands intérêts généraux peuvent être ainsi sacrifiés û des exigences individuelles que l’imminence du péril et la voix de l’humanité rendent sans doute sacrées, mais qu’une sage prévoyance aurait pu éviter.

DEUXIÈME SECTION

Considération* snr les études i faire pour déterminer les bases essentielles des projets.

Observatiofis sur les pluies annuelles.

Une des premières recherches auxquelles doit se livrer un ingénieur chargé de défendre une vallée contre les inondations est celle qui concerne les quantités de pluie qui tombent dans la contrée. Bien que les observations pluviométriques n’aient pas reçu en France tout le développement qu elles comportent, nous en possédons aujourd'hui un assez grand nombre pour qu'il soit possible d’acquérir des connaissances, sinon parfaitement exactes, du moins suffisamment approchées, sur la valeur de la tranche d'eau pluviale annuelle pour le cours de chacun de nos fleuves.

Après avoir réuni autant de données d’expérience qu'il sera possible de s'en procurer, on pourra s’aider, pour compléter cette partie des recherches, de quelques lois générales que nous allons sommairement exposer.

La pluie, résultant de la précipitation des vapeurs contenues dans l'atmosphère, sera évidemment d’autant plus abondante que l’air contiendra une plus grande quantité de ces vapeurs, et que les causes de leur précipitation seront plus énergiques.

Or, les courants aériens les plus humides sont

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d’abord ceux qui viennent de la mer, et ils le seront en outre d’autant plus que leur température sera plus élevée. C’est là un principe de physique trop généralement connu pour qu’il soit nécessaire d’insister sur ce point.

Il résulte de ce premier fait qu’en France les pluies sont principalement alimentées, savoir: sur le versant océanique, par les vents d’ouest, et surtout du sud-ouest, qui correspondent à la direction à la fois la plus chaude et la plus étendue dans le sens de l’Océan; sur le versant de la Méditerranée, par ceux soufflant du sud au sud-est, qui, relativement à ces contrées, se trouvent dans les mômes conditions.

D’après le sens de leur progression, ces vents marchent incessamment vers des contrées de plus en plus froides, et c’est dans cette différence plus ou moins grande de température, on le sait, que réside la cause plus ou moins efficace de la chute de la pluie.

Il suit de là qu’à leur arrivée sur le continent, leur contact avec les couches atmosphériques, généralement plus froides, provoque une précipitation immédiate. Ces vents, poursuivant ensuite leur marche, continueront de verser de la pluie, mais en quantité d’autant moindre qu’ils en auront déjà laissé tomber davantage à leur arrivée; ce n’est que dans le cas où une nouvelle différence, plus prononcée encore que les précédentes, entre leur température et celle des couches aériennes avec lesquelles ils se mélangent, viendrait à se manifester, que la précipitation pourrait prendre une plus grande in-

tensité. Or, cette circonstance se présente lorsque, après avoir traversé les plaines et les parties basses des versants, ils sont forcés de s’élever sur les revers' plus ou moins abruptes des chaînes montagneuses qui limitent ces versants; l’air se trouvant plus froid que partout ailleurs dans ces contrées élevées, le phénomène de la pluie devient prépondérant, et c’est là que les mesures udométriques atteignent les plus grandes valeurs.

Que résulte-t-il de ces faits? Qu’au point de vue de la mesure de la pluie, on aura sur chaque versant trois zones distinctes :

1° La zone des montagnes, sur laquelle la précipitation des vapeurs sera la plus abondante ;

2° La zone du littoral, sur laquelle il pleuvra aussi beaucoup, mais moins toutefois que sur la précédente ;

3° Enfin, une zone intermédiaire, où la quantité de pluie sera un minimum.

Ces zones n auront d ailleurs aucune figure régulière ; leur forme sera surtout influencée par les divers accidents des massifs montagneux qui les traversent, et, de plus, le phénomène de la pluie ne s’y présentera pas avec une parfaite continuité d’une localité à une autre, soit dans ses décroissances, soit dans ses augmentations.

Ainsi, pour ce qui concerne notre pays et pour le versant océanique, la discussion des mesures udométriques nous paraît révéler dans la troisième zone, celle qui est la moins humide, deux lignes assez bien prononcées de moindre pluie : l’une partant de Cam-

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lirai et passant par Paris, Chartres, Tours et Poitiers ; l’autre prenant naissance dans la Champagne, se dirigeant surChâlons, la Koche-sur-Yonne et Bourges.

Ces principes généraux, si on les combine avec quelques données d’expérience, seront d’un grand secours pour fixer les idées sur les valeurs relatives de la pluie dans les différentes parties d’un môme bassin.

De ces considérations générales il faudra essayer de descendre, autant que possible, dans les détails, et tâcher surtout de savoir si, dans quelques parties du cours d’un fleuve, la pluie n’est pas signalée par des mesures exceptionnelles. Ces faits ont une grande importance au point de vue de l’emplacement des réservoirs. Établir, en effet, ces réservoirs à l’amont des points sur lesquels la pluie tombe avec une grande intensité pourrait être une faute grave ; on aurait ainsi créé à grands frais une vaste capacité dont le remplissage serait incertain, tandis qu’avec la môme dépense, effectuée quelques kilomètres plus bas, on aurait obtenu un succès complet.

Malheureusement, on n’a pas toujours à sa disposition des observations propres à faire apprécier ces détails; mais, encore ici, des considérations d’un ordre général peuvent être d’un grand secours, et nous croyons utile d’en donner un exemple.

Les vents de l’ouest et du sud-ouest, qui sont les grands producteurs de la pluie sur notre versant océanique, lorsqu'ils entrent dans la vallée de la Loire et plus tard dans celle du Cher, qui lui est sensiblement parallèle, n’éprouvent aucun obstacle, et

on se convaincra facilement, si l’on a sous les yeux une carte du pays, qu’ils doivent se porter directement et avec une grande facilité vers la partie du faîte montagneux comprise entre Château -Chinon et Avallon.

Les mêmes vents qui soufflent plus au sud, entre Bordeaux et la Rochelle, sont arrêtés par les revers du massif central qui forment le Limousin, et sont par conséquent forcés d’incliner davantage vers le nord. Ils suivent la direction de Guéret, Montluçon, Moulins, et viennent ainsi à leur tour rencontrer la ligne divisoire des deux mers entre Château-Chinon et Avallon.

Il y a donc dans cet espace une concentration exceptionnelle de vents humides ; mais ce n’est pas tout, et nous allons voir que les courants méditerranéens eux -mêmes convergent à leur tour vers le même point. En effet, ces vents, qui viennent de la région sud, parcourent avec une grande facilité la vallée du Rhône, ne pouvant se déverser ni à droite ni à gauche à cause des chaînes élevées qui longent les deux rives de cette vallée; à partir de Lyon, ils entrent dans celle de la Saône qui en est la suite naturelle, et parviennent ainsi sans obstacle jusqu’à Châlons. Dans ce trajet, ils continuent à être maintenus du côté de la rive gauche du fleuve par les escarpements du Jura; mais, après avoir passé Châlons, l’abaissement prononcé du faîte de la rive droite, dont on a profité pour établir le point de partage du canal de Bourgogne, leur permet de prendre cours de ce côté, et cet effet est singulièrement facilité, parce qu’au delà de Châ-

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Ions les massifs de la Haute-Marne, de la Haute-Saône et des Vosges viennent former un obstacle à peu près perpendiculaire à la direction primitive du courant aérien, et le divisent en deux branches, dont l’une, inclinant au nord-est, suit le cours de la Saône et du Doubs, tandis que l’autre, prenant la direction du nord-ouest, pénètre, à l’aide de l’abaissement du faite dont nous venons de parler, jusque dans le versant océanique, et traverse cette même zone qui s’étend de Château-Chinon à Avallon.

Ainsi, cette partie de notre territoire est placée dans une position telle que tous les vents océaniques qui arrivent en France, depuis Bordeaux jusqu’à Nantes, et une grande partie de ceux qui sont conduits de la Méditerranée par les vallées du Rhône et de la Saône, y ont leur convergence, et qu’on doit, par conséquent, s’attendre à ce qu’en divers lieux de cette contrée les mesures annuelles de la pluie acquerront une grande valeur; en effet, l’udomètre de la ville de Montsauche, qui se trouve précisément située entre Château-Chinon et Avallon, donne pour mesure de cette quantité le nombre lm,520, c’est-àdire un des plus forts qu’on ait observés chez nous, et qui dépasse le double de la moyenne pour toute ' la France.

Ajoutons que la mesure de l’évaporation annuelle éprouve par contre dans ce pays une notable réduction, et que l’affluence de ces vents humides la fait tomber à la moitié à peu près de la valeur qui lui est généralement attribuée par nos ingénieurs.

On ne peut pas malheureusement espérer que les

causes de ces anomalies soient partout aussi tranchées qu elles le sont dans l'exemple que nous venons de citer. Mais les indices de cotte nature, pour être moins significatifs, n’en auront pas moins une valeur qui, en l’absence d’observations précises, pourra dans certains cas être utilement mise à profit.

Observations relatives aux intensités de» pluies d'orage.

Mais s’il importe, à divers points de vue, d’avoir des notions précises sur la mesure de la pluie annuelle, il est plus utile encore d’être fixé sur ce qui concerne les intensités des pluies d orage, puisque ce sont elles qui jouent le principal rôle dans le phénomène des inondations. En effet, un pays dans lequel la pluie annuelle serait considérable pourrait n’avoir jamais à redouter de crues, si la chute de l'eau se manifestait avec beaucoup d’uniformité, tandis que des contrées dans lesquelles il pleut assez peu, dans le cours de l’année entière, sont exposées à de grands désastres si la précipitation des vapeurs, n’ayant lieu que de loin en loin, s'effeetue en grandes masses.

Pour fixer les idées sur les quantités d’eau que le ciel déverse sur la terre, pendant certains orages, citons quelques exemples.

M, de Humboldt a vu, sur les bords du Rio-Negro, la quantité d’eau tombée en cinq heures s'élever à 0m,047, ce qui correspond à 94 mètres cubes par heure et par hectare.

A Arles, le 4 octobre 1806, pendant une pluie d’orage de douze heures, il est tombé un prisme

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d’eau de 0m,193, soit Mil mètres cubes par heure et par hectare.

A Marseille, le 15 septembre 1772, on a reçu en quatorze heures un prisme de O"", 325, ce qui représente, par heure et par hectare, un écoulement de 232 mètres cubes.

A Cayenne, l’amiral Roussin a trouvé que la quantité d’eau recueillie, depuis huit heures du soir jusqu’à six heures du matin, était de 0m,277, ce qui est équivalent à 277 mètres cubes par heure et par hectare.

A Genève, en trois heures, on a obtenu 0m,16 d'eau, soit 533 mètres cubes par heure et par hectare.

A Nantes, forage du 23 mai 1834 a produit O™, 277 en deux heures et demie, c'est-à-dire 808 mètres cubes par heure et par hectare.

Enfin, dans la commune de Vertou, près Nantes, le même orage a eu plus d intensité encore : il a fourni üra,338 en trois heures et demie, ou environ 1,000 mètres cubes par hectare et par heure.

Si des orages pareils n'avaient pas pour correctif des durées aussi courtes que leurs intensités sont considérables, ils équivaudraient à de véritables déluges, et aucune puissance humaine ne pourrait lutter contre eux; pour s'en convaincre, il suffit de supputer ce qu’auraient produit quelques-uns d’entre eux, si leur durée, au lieu d être de quelques heures, s’était prolongée pendant toute la journée.

Par exemple, celui de Genève aurait fourni en vingt-quatre heures une tranche de lm,280, c’est-à-

dire 2/3 en sus de ce qui tombe dans celte localité pendant le cours de l’année entière.

Celui de Nantes aurait versé un prisme de 2”, 08, c’est-à-dire une hauteur d’eau double, en un seul jour, de celle qui tombe pendant les douze mois de l’année.

Si de tels cataclysmes étaient possibles; si, en outre, au lieu d’ôtre concentrés sur des points isolés, ils s’étendaient sur de vastes espaces, la submersion des vallées, le ravinement des montagnes rendraient en peu de temps notre globe inhabitable.

Heureusement, ces effrayants phénomènes durent peu; plus heureusement encore, les étendues sur lesquelles ils viennent s'abattre sont très-circonscrites, les désastres qu’ils provoquent sont donc limités dans les régions mêmes sur lesquelles tombe la pluie, et les écoulements qui en résultent dans les parties inférieures des fleuves conservent le caractère propre aux crues ordinaires.

Mais il est une autre nature de pluies, dont le débit par heure est moins intense, dont les effets immédiats sont moins saisissants, et qui cependant est bien plus féconde en ruines que la précédente. A l’imprévu, à la furie d une irruption formidable, mais passagère, viennent se substituer quelquefois une persistante constance dans les débits, un sinistre prolongement dans les durées, une immense prise de possession sur les espaces envahis. Ce sont là les pluies les plus redoutables; ce sont elles qui produisent dans nos fleuves ces terribles écoulements qui deviennent des inondations. Que sont, en effet, des

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hauteurs d'eau de 0m,20, 0m,30 et, pour pousser les choses à l’extrême, de 0m, 40, qui s’abattent sur quelques hectares, sur la millième partie d’une "vallée, auprès d'un prisme de 0m,l0, de moitié, du quart même si l’on veut, qui tombe à la fois à l’amont et à l’aval d’un bassin, sur les faîtes, sur les versants, dans les plaines, sur toutes les surfaces en un mot, et dont l’écoulement final n’a pour émissaire qu’une ligne. C’est alors que doivent surgir dans les esprits les plus vives appréhensions; c’est alors, je le répète* que tous les dangers nous menacent. Le fait de ces pluies, qu’on peut appeler générales, parce quelles régnent à la fois sur des espaces au moins égaux à la moitié de notre territoire, de ces pluies qui tombent sans interruption pendant une durée de deux ou trois fois vingt-quatre heures, est trop connu pour qu’il soit nécessaire de s'appesantir sur ce point; or, que dans ces circonstances le débit delà pluie atteigne la proportion de 8m,07 à 0ra,08 par jour, et une vaste inondation est inévitable. Tel est à peu près le chiffre normal que nous retrouvons à chacune de ces grandes crises atmosphériques. . -

Ainsi, dans la vallée de la Saône, immédiatement avant les terribles inondations de 1841, il est tombé à Cuiseaux, en soixante-huit heures, O”, 270 d’eau; et à Oullins, près Lyon, dans le même intervalle, 0m,150 ; on déduit de là, comme moyenne pour cette contrée, 0m,210, ce qui correspond à 0m,074 par vingt-quatre heures.

A l’époque de l'inondation d’octobre 1846, la pluie, ainsi que nous l’avons dit, a été générale sur le groupe

montagneux qui sépare l’Océan de la Méditerranée. Il est alors tombé à Montsauche, en quarante-huit heures, 0m, 1655, et à Montbrison, en soixante heures, 0m,153, ce qui correspond à une moyenne do 0m,0720 par jour. Nous ne possédons pas en ce moment des renseignements aussi précis sur les chutes de pluie qui ont provoqué nos dernières inondations ; néanmoins, de quelques données numériques, insérées dans le Moniteur du 15 septembre, nous déduisons qu’en mai 1850 la chaîne jurassique a reçu en moyenne une tranche d’eau de 0m,302, c'est-à-dire plus du quart de ce qui tombe dans toute l’année. Un nombre aussi élevé légitime suffisamment la supposition qu'il peut y avoir eu des jours dans ce mois pour lesquels le contingent de la pluie s est élevé au taux de O01, 07 à Om

Nous pouvons donc conclure de ces faits que lorsqu’en France les pluies sont très-générales, lorsqu’elles ont une durée de deux à trois jours, lorsque pendant cet intervalle leur débit moyen atteint et à plus forte raison dépasse 0m,07 à 0m,8, de grandes inondations sont inévitables. Ces indications nous paraissent caractéristiques en cette matière, et nous en ferons usage lorsqu'il s agira de déterminer la capacité des réservoirs permanents.

Observations sur les fontes des neiges et des glaces.

Les effets des inondations, indépendamment des volumes d'eau versés par les pluies, peuvent être grossis par la fusion des neiges et des glaces. Lorsque cette double circonstance se produit, lorsque des

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