SITUATIONS RESPECTIVES DES RÉSERVOIRS
directement vers lui. Dans ce cas très-général, le champ des recherches doit considérablement s'agrandir ; ce n’est pas sur des distances de trente lieues seulement que les investigations doivent s’étendre,
, c'est par centaines de lieues qu'il devient nécessaire de compter; il ne suffit plus de connaître les effets respectifs produits par des ouvrages établis sur tel ou tel point d’un bassin individuel; il faut, après ce premier ordre de recherches, qui doit précéder tous les autres, procéder à des comparaisons entre les réservoirs établis dans des bassins différents, et apprécier les avantages ou les inconvénients divers qui peuvent résulter de leur existence ou de leur mise en action simultanée. Ici encore il est nécessaire de préciser notre pensée par un exemple.
Les principaux affluents de la Loire, sur sa rive gauche, sont successivement l’Ailier, le Cher, l’Indre, la Vienne.
S'il s’agissait de diminuer dans chacune de ces rivières, considérées isolément, la portée des inondations, nos observations précédentes sur l’emplacement des réservoirs soit permanents, soit temporaires, pourraient suffire. Mais, lorsque ces travaux individuels seraient exécutés, il se pourrait que, tout en faisant un grand bien dans chaque vallée , ils fonctionnassent mal dans l'ensemble, et que les retards qu’ils provoqueraient dans les écoulements partiels devinssent une cause d’accumulation des eaux dans l'artère principale qui leur sert de commun débouché.
M. Boulangé, dans son Mémoire sur l'inondation
de la Loire en 1846, s’est occupé de ces questions, et il présente à ce sujet des observations fort justes que nous allons reproduire.
« On comprend, dit-il, que les eaux de deux af- « fluents qui, par la disposition naturelle des lieux, « arrivent les unes après les autres dans un lit prin- « cipal, pourraient y arriver en même temps si l’on « ralentissait la marche de l'un des cours d eau, et « qu alors ces eaux réunies pourraient occasionner, « quoique isolément diminuées, une crue plus con- « sidérablequi si elles étaient abandonnées à leur « cours naturel.
« La disposition et le développement des affluents « de la Loire et de l’Ailier, compris entre ces deux « fleuves, ne laissent aucun doute à oet égard.
« L'Allier et la Loire ne peuvent éprouver en « môme temps une crue extraordinaire que lorsque « la chaîne de montagnes qui les s pare reçoit une « pluie d'orage sur ses deux versants; mais les af- « fluents de la rive droite de l’Ailier, et l'Ailier lui- « même ont beaucoup moins de développement et « une pente moyenne plus considérable que la Loire « et ses affluents jusqu'au bec d'Allier, au point où « les deux fleuves se rencontrent, et il résulte de là « que les eaux qui tombent sur le versant de l’Al- « lier arriveront au bec d'Allier longtemps avant « celles qui tombent sur le versant de la Loire. »
11 est incontestable que lorsque les crues produites dans les deux fleuves ont pour cause, comme le suppose ici M. Boulangé, une pluie d orage qui tombe sur la chaîne de montagnes qui les sépare, les choses se