SITUATIONS RESPECTIVES DES RÉSERVOIRS
passent bien en réalité comme le dit cel ingénieur; mais ce cas de la production des crues n’est pas le seul qui puisse se présenter. Si c'est sous son influence qu’a eu lieu l’inondation de 1810, nous avons tout lieu de croire, et nous justifierons bientôt cette opinion, que ce n est pas de la môme manière que les phénomènes ont eu lieu cette année. On conçoit, en effet, qu’une pluie dorage pourrait se développer d’abord sur la chaîne séparatrice des deux fleuves ; puis se porter sur le versant de droite de la Loire ; après quoi, reprise par des courants contraires, elle passerait sur ceux de gauche de 1 Al 1 ier ; il se pourrait aussi que la pluie ne tombât d’abord que sur le versant droit de la Loire, quelle envahirait successivement jusqu'à sa source, très-voisine de celle de l’Ailier, et qu'à partir de ce point elle vînt, en contournant ces sources, se déverser sur les plans inclinés de gauche de ce dernier fleuve; dans ces deux cas, la pluie commençant sur le bassin de la Loire, et n'arrivant que plus lard sur celui de l'Ailier, la différence qui en résulte entre les époques de sa chute pourrait compenser l’accélération que la plus forte pente de l'Ailier et son plus court développement communiquent au liquide qu'il reçoit. Il peut donc dépendre des diverses circonstances suivant lesquelles s'effectuera la chute de la pluie sur les bassins respectifs de l’Ailier et de la Loire, circonstances qui sont tout à fait en dehors des prévisions humaines, que les crues des deux fleuves viennent se rencontrer au même moment au bec d’Allier, et qu’il y ait par conséquent intérêt à diminuer les écoulements
dans l’un et l'autre de ces émissaires. Mais pour que les ouvrages exécutés dans ce but sur l’Ailier puissent être efficaces dans tous les cas, ils ne devront pas consister en réservoirs temporaires se vidant d’euxmômes après leur remplissage, comme celui de Pinay, mais en réservoirs permanents, qu’on serait libre de faire fonctionner ou non suivant les circonstances.
Rien n’empêche, en outre, de supposer que la pluie, après avoir contourné les sources de l'Ailier et avoir parcouru son versant de gauche, s’est avancée le long du faîte de ce versant, sur les régions élevées où le Cher prend sa source, dans les environs d’Aubusson; puis, qu elle a gagné les latitudes de Boussac, de Guéret et de Limoges, où se trouvent les points de départ de l’Indre, de la Creuse et delà Vienne, et qu'atteignant ainsi ces divers affluents les uns après les autres, dans l'ordre géographique même suivant lequel ils sont distribués, elle a produit ce résultat, que chacun de ces cours d’eau est arrivé à son confluent, avec le maximum de sa crue, au moment même où le fleuve y prenait de son côté ses niveaux les plus élevés.
Justification déduite de la marche de la pluie pendant l’inondation de 1830.
Ce serait une erreur de croire que ce que nous disons ici de la marche possible de la pluie doit être rangé dans la catégorie des suppositions plutôt que dans celle de la réalité, car tout porte à croire, à en juger par les récits qui ont été faits des dernières