‹ Études sur les inondationsChapitre 44 sur 81 · MARCHE DE LA PLU1F. EN · texte numérisé non relu

MARCHE DE LA PLU1F. EN

Loire, à Roanne, les eaux n étaient plus à neuf heures du matin qu’à la cote 2”,20 ; elles étaient descendues de plus de moitié de la hauteur maximum qu elles avaient atteinte à la fin de la journée du 30. La pluie avait donc à peu près cessé dans cette région, dès le 31 mai ou le 1er juin, pendant qu elle tombait avec sa plus grande intensité à l’aval sur le bassin du Cher.

Enfin, le maximum de la crue à Tours s’est élevé à une hauteur de 7m,25 et a eu lieu le 3 juin à une heure du soir. Or, la distance de Tours à Saumur, mesurée le long de la Loire, est d'environ 65 kilomètres. Si l’on admet qu'à cause de la diminution progressive des pentes la vitesse des eaux entre ces deux stations a été réduite à 1“,50, il leur aurait fallu de onze à douze heures pour franchir cette distance. Le maximum de la crue aurait donc dû se faire sentir à Saumur le 3 juin à minuit; or, c'est tout au plus si le 4, à dix heures du matin, la marche ascendante des eaux était arrêtée. En effet, le 4 juin, à huit heures du matin, on observait 6m, 95, et à dix heures 7 mètres ; les données que nous avons pu recueillir s'arrêtent à cet instant de la journée.

Or, un pareil retard de dix heures au moins, sur un faible parcours de seize lieues, ne nous paraît pas pouvoir être autrement expliqué que par ce fait que la Vienne vient déboucher dans la Loire un peu en amont de Saumur, et que la crue quelle a éprouvée, suspendue à son tour par les retards successifs de la pluie, est venue, comme celles de l’Ailier et du Cher, mais longtemps après elles, s ajouter aux

eaux de l'artère principale, à l'époque même où ces eaux s’élevaient au confluent à leur maximum de hauteur.

Tel est, selon nous, tout le secret des désastres si imprévus, si terribles, si universels que la dernière inondation a fait subir aux rives de la Loire, moins encore sur la région supérieure de son bassin que dans les parties moyenne et basse de son cours. La pluie a été intense sans doute, elle a eu une longue durée, et ces deux causes ont exercé leur malheureuse influence; mais ce qui a aggravé le mal, ce qui l’a généralisé, c’est que la pluie n’est pas restée confinée sur les régions quelle avait d’abord envahies; elle a marché, elle s’est avancée dans le sens du fleuve, pendant que le fleuve s'avançait lui-même, et il y a eu, entre les deux vitesses des eaux du ciel et des eaux de la terre, cette fatalo coïncidence que nulle part les masses de liquides n’ont été divisées; que partout, au contraire, elles ont été réunies.

S'il est vrai que les leçons et l’expérience du passé sont la meilleure écolo de l’avenir, nous n'aurons pas besoin de nous excuser auprès du lecteur d être entré dans ces longs détails. Ces études sur les causes essentielles de 1 inondation de 185G, et notamment sur la marche de la pluie qui l’a provoquée , renferment en elles de précieux enseignements; elles démontrent qu’il est des cas pour lesquels il est indispensable de pouvoir emmagasiner les eaux dans tous les bassins, quelles que soient leurs positions respectives par rapport au courant principal, et que ce n est qu’à ce prix qu’on pourra conjurer les dan-

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