‹ Études sur les inondationsChapitre 55 sur 81 · HAUT ED DS · texte numérisé non relu

HAUT ED DS

Ce tableau montre avecquelle inflexible persistance l’exhaussement des eaux a suivi le développement donné aux travaux d’endiguement; en résumé, il accuse une surélévation d’un mètre en un siècle. Aussi M. Baumgarten ajoute-t-il, à la suite de l’exposé de ces résultats, l’observation suivante : « On voit « que la hauteur des crues a toujours augmenté, et « on doit l’attribuer surtout au perfectionnement « du système général des digues. Dans le siècle passé, « les (ligues étaient déprimées et mal conservées; « les grandes crues étaient toujours accompagnées

* Annales des ponts et chaussées, armée 1S474 1" semestre, page 141.

« de ruptures qui abaissaient le plan des eaux. En « comparant les crues de 1801 et 1807, qui ont été « accompagnées de ruptures entre Dossolo et San « Beiiedetto, à celle du 8 novembre 1839, on voit « que, sans les ruptures, ces deux crues se seraient « élevées à Sun Benedetlo de lm,20 et 0“,72 de plus « qu’elles ne 1 ont fait. »

L'importance de ces deux derniers nombres est de nature à fixer les idées sur le fâcheux développement que donnent les digues à 1 intumescence des fleuves.

Concluons donc en résumé que, quant à la fréquence des inondations, elle n'est pas plus grande aujourd'hui que par le passé.

Quant à leur intensité, elle a toujours été en diminuant partout où l'on n’a pas introduit le système des digues longitudinales; mais, dans les vallées où ce système a été appliqué, il y a eu, comme conséquence de ces travaux, augmentation prononcée des vitesses et relèvement quelquefois excessif du niveau des crues.

inlluence des progrès de la culture.

Il y a peu de personnes, parmi celles que j’ai eu occasion d'entretenir de mes idées sur les inondations, qui ne se soient récriées lorsque je leur ai dit que les terrains cultivés diminuaient plutôt qu’ils n'augmentaient les dégâts des inondations ; c'est surtout dans la catégorie des agriculteurs que j'ai rencontré dès l’abord le plus de répugnance à admettre cette opinion. Tout a fini cependant par s’expliquer

lorsque je me suis aperçu et qu’ils ont reconnu eux-* mêmes que la question n’avait pas été bien comprise.

Pour le cultivateur qui possède un terrain à l’abri du débordement des eaux, les dégâts des inondations ne sont pas, selon ses conceptions premières, ceux qui résultent de l’amoncellement des liquides dans les thalwegs et de la submersion qui en est la conséquence ; pour lui, ces dégâts sont ceux que causent dans son champ la chute et le passage delà pluie, avant de se rendre dans ces thalwegs. Or, il est incontestable que, lorsqu’on néglige de prendre les précautions nécessaires, et même malgré la mise en œuvre de quelques mesures protectrices, l’écoulement des liquides sur les terres cultivées, plus meubles, plus poreuses, plus divisées que celles qui ne sont pas soumises au travail de la charrue, il est incontestable, disons-nous, que cet écoulement doit y produire des effets de ravinement plus développés que partout ailleurs. Nous le répétons, pour le cultivateur qui n’a pas son terrain dans les vallées, voilà où est le mal; le sentiment instinctif de l'intérêt personnel ne lui permet guère de le voir ailleurs, et, confondant l’effet avec la cause, l’inondation avec la pluie qui la produit, sa première pensée est de croire que la culture des terres contribue très-efficacement à l’augmentation des dégâts.

En second lieu, tant que le raisonnement n’est pas intervenu pour rectifier nos premières impressions, nous nous laissons très-facilement influencer par le témoignage de nos sens, qui n’est pas toujours

parfaitement droit; et, parce que nous voyons l’eau

courir dans les sillons et les rigoles d’écoulement de nos champs, parce que nous constatons qu elle y produit quelques ravages, nous concluons immédiatement du présent au futur, du visible à 1 inconnu, et nous attribuons aux écoulements ultérieurs un degré de violence en rapport avec celui qui se produit sous nos yeux.

Sur les prairies, au contraire, sur le sol battu des forêts, ces lignes d’écoulement spéciales, créées par la culture, n’existent pas; nous ne voyons plus là l’image plus ou moins saisissante d’un courant concentré ; tout paraît plus calme sur ces terrains ; le phénomène semble s’y développer avec moins de violence, et, en effet, les symptômes actuels qui s’y produisent sont moins destructeurs. Mais, au point de vue des inondations, ce ne sont pas ces symptômes, ce sont les effets qui leur seront consécutifs qu’il faut prendre en considération.

Que des étendues de même superficie soient couvertes de blé, de prairies ou d’arbres, elles n’en recevront pas moins, dans le même temps, des quantités égales de pluie. Or, l'important est de savoir, parmi ces diverses natures de culture, quelles seront celles qui transmettront le plus d eau aux vallées. Le sillonnage artificiel qui ouvre des moyens d’évacuation, qui rend les écoulements plus apparents, peut bien d’abord faire naître dans notre esprit une illusion à cet égard ; mais, avec un peu de réflexion, nous comprendrons que les tranches d’eau qui, sur le sol des prairies et des forêts, coulent à l'état latent , pour ainsi dire, à cause de leur très-faible hauteur, ont

en compensation des dimensions telles en longueur et en largeur, qu'il se pourrait que, réunies, elles fournissent un volume supérieur à celui du liquide qui, visiblement du moins, nous paraît descendre avec plus d abondance le long des rigoles des terrains cultivés.

Ce qu il laut donc consulter en ceci, ce sont moins les apparences, si souvent trompeuses, des écoulements superficiels, que les effets respectifs de l’absorption, dans laquelle réside la véritable puissance pour diminuer les volumes. Or, cette môme porosité, ce même état de division des terres, qui, dans les champs cultivés, sont la cause de quelques dégâts, contribuent avec beaucoup d'efficacité à favoriser l'absorption, soit en laissant intacte la perméabilité naturelle du sol, soit en présentant à la pluie une couche spongieuse plus épaisse qui en retient toujours et pendant un assez long temps une fraction importante; et comme cet état du sol n’existe pas, k beaucoup près, à un si haut degré, sur les surfaces herbées et sur le terrain battu des forêts, nous en conclurons que sur ceux-ci la diminution résultant de l’imbibition et de la filtration a moins d’importance, et que, par suite, l'écoulement superficiel acquiert une plus grande intensité totale.

On insiste cependant et on objecte que si leschamps cultivés absorbent plus d'eau, les moyens d’évacuation qu’on y rencontre communiquent au liquide non absorbé des vitesses plus considérables et plus dangereuses. Cela serait vrai si ces lignes d’évacuation étaient dirigées dans le sens des plus fortes in-

clinaisons ; mais, au contraire, les premières de ces lignes, les sillons de labourage, que les eaux de pluie doivent d’abord parcourir avant de se rendre aux rigoles et fossés d’égouttement, sont presque toujours fort rapprochées de l'horizontale et introduisent dans les écoulements une action sensiblement modératrice. Il n’en est pas de môme sur les autres terrains, où les eaux, abandonnées à ellesmêmes, suivent naturellement les lignes de plus grande pente.

Ces développements nous paraissent suffisants en ce moment pour rectifier l’inexactitude de certaines idées ; nous les reprendrons d’ailleurs avec plus de détails lorsque nous traiterons l’importante question de l’influence des forêts.

Quant au faucardement et au curage des cours d’eau, qui sont généralement si utiles aux progrès de la culture, il est certain que ce sont là des opérations qui contribuent à accélérer la vitesse des eaux. Mais si cette accélération est un mal quelquefois, elle est, au contraire, une chose très-utile dans d’autres cas. C’est une question que nous avons traitée avec beaucoup de détails dans le cinquième chapitre en parlant de la direction respective des affluents d’un même fleuve. Tout, dans cet ordre de considérations, dépend des circonstances locales. II est donc difficile de se prononcer à cet égard et de savoir si, en définitive, le mal l’emporte sur le bien; peut-être s’établit— il entre ces divers effets une heureuse compensation. Mais en supposant qu’il n’en soit pas ainsi , qu’au point de vue des inondations

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