CHAPITRE YI. — RAMOLLISSEMENTS PAR OBLITÉRATION VEINEUSE
La thrombose des sinus de la dure-mère et des veines cérébrales a été indiquée par plusieurs auteurs comme cause du ramollissement cérébral (1).
Dans ces cas le ramollissement présente des caractères spéciaux ; il est généralement superficiel, s’accompagne d'une forte congestion, d’apoplexie capillaire, ou même d’extravasations sanguines plus ou moins considérables souvent étendues en nappes sur la convexité des hémisphères (2).
L’examen microscopique des parties ramollies permet d’y découvrir des capillaires gorgés de sang et présentant des anévrysmes disséquants (Obs. XXXVIII) identiques à ceux que l’on observe dans les ramollissements rouges par obstruction artérielle ; en sorte qu’on peut considérer cette altération comme propre aux foyers de ramollissement rouge et d’apoplexie capillaire, quelle qu'en soit la cause pathogénique. La présence de ces lésions des capillaires dans les ramollissements par oblitération veineuse, où se produit mécaniquement une stase et une augmentation de tension du liquide sanguin, nous paraît être un argument à ajouter à ceux qui nous engageaient plus haut à considérer ces anévrysmes comme un phénomène passif et secondaire.
Dans les deux observations que nous possédons de ramollissement par oblitération veineuse, la mort est survenue dans la première période de la maladie, ainsi que cela arrive d’ailleurs le plus souvent en pareil cas, en sorte que nous ne pouvons rien dire de précis sur les transformations ultérieures de cette espèce de ramollissement.
(1) Voy. pour la bibliographie et pour la description des lésions la thèse de M. Lancereaux.
(2) Nous avions pensé que l’œdème de la pie-mère que l’on observe si souvent pouvait peut-être se rapporter à une oblitération des sinus. Depuis nous avons eu plusieurs occasions de pratiquer des autopsies dans lesquelles cet œdème était très prononcé, sans que les sinus fussent oblitérés. Nous sommes portés à croire que cet œdème est le plus souvent un phénomène d’agonie.
SUR LE RAMOLLISSEMENT CÉRÉBRAL 129
Les deux observations suivantes se rapportent à cet ordre de faits :
Obs. XXXVIII. — Ramollissement lie de vin; hémorragie sousméningée ; thromboses multiples des veines cérébrales. L... (Marie- Catherine) âgée de 68 ans. Entrée à la Salpêtrière le 29 avril 1854, morte le 2(1 août 1865 (salle Saint-Jacques, n° 9), service de M. le docteur Charcot.
Entrée à rinfirmerie, le 26 juin 1865, pour des douleurs de ventre; et présentant un peu d’ascite.
Le 21 août, hémiplégie droite subite. La commissure des lèvres est tirée en haut et à gauche ; la langue déviée à droite.
Flaccidité complète des membres droits ; la sensibilité y paraît diminuée.
L’intelligence semble conservée à un certain degré; la malade répond aux questions, mais la parole est un peu embarrassée.
22 août, température rectale: 38 2/5.
Dans la nuit du 22 au 23 août elle tombe dans le coma; respiration slertoreuse, peau couverte de sueur, résolution des membres droits et gauches; la malade reste insensible à toutes les excitations.
Mort le 23 août.
Autopsie. — Cavité crânienne. Pas de néomembranes de la duremère.
Hémorragie sous-arachnoïdienne occupant presque toute la surface des deux hémisphères, plus abondante cependant à droite qu’à gauche.
Les deux ventricules sont remplis de caillots noirs.
Hémisphère gauche. En arrière de la circonvolution marginale postérieure, plaque de ramollissement rouge ; la substance grise présente une coloration lie de vin, la substance blanche sous-jacente est ramollie et jaunâtre ; tout le plancher du ventricule latéral est ramolli; la couche optique présente à sa surface une bouillie rou geâtre formée d’un mélange de sang et de substance cérébrale ramollie.
Hémisphère droit. Plaque de ramollissement rouge située en arrière du sillon de Rolando, un peu moins étendue que celle de l’hémisphère gauche. Artères de la base du cerveau non athéromateuses. Sur la surface des caillots qui tapissaient la face externe des hémisphères, on voyait se dessiner des veines se rendant au
Cotard. Maladies mentales.
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sinus longitudinal supérieur ; elles présentaient une coloration jaunâtre et renfermaient des caillots anciens.
Cœur. Surcharge graisseuse. Pas de lésion des orifices.
Poumons. Le droit fortement congestionné, le gauche sain.
Cavité abdominale. Quantité considérable de sérosité dans le péritoine.
Foie petit, d’aspect granuleux et jaunâtre.
Rate et reins ne présentant rien d'anormal.
Apoplexie musculaire dans le muscle grand droit de l’abdomen du côté droit.
Examen microscopique. Les parties du cerveau ramollies ne présentent pas de corps granuleux. On y retrouve les éléments nerveux ; les cellules sont jaunâtres, fortement granuleuses.
Dans les parties de la substance grise qui présentent la coloration lie de vin, un certain nombre de capillaires présentent cetto sorte d’anévrysme disséquant formé par un épanchement sanguin entre leur paroi et la tunique adventice. (PL II, fig. 3.)
D’ailleurs les vaisseaux sont partout â peu près sains.
Au niveau de l’apoplexie musculaire, les fibres musculaires sont très granuleuses, et leur striation a complètement disparu.
Obs. XXXIX. Carcinome de la face ; peu de symptômes hémiplégiques; thrombose des sinus du côté gauche ; ramollissement superficiel qui y correspond. (Observation due à M. Charcot.) — F... (Constance), 55 ans, meurt le 20 septembre 1862, salle Sainte-Cécile, n° 12, hospice de la Salpêtrière, service de M. le docteur Charcot.
Cette femme, qui présentait une vaste ulcération cancéreuse occupant toute la moitié droite de la face, se levait et marchait dans son dortoir; elle devient agitée trois jours avant sa mort, tombe plusieurs fois, probablement par suite d’étourdissements; puis surviennent de la somnolence, du délire tranquille, sans paralysie manifeste, et elle meurt le 20 septembre.
Autopsie. — Cavité crânienne. Le sinus latéral gauche est occupé dans les deux tiers de son étendue par un caillot ancien qui le distend; ce caillot non adhérent aux parois, ramolli au centre, contient de nombreux globules blancs ; il se prolonge dans deux veines qui se rendent sur la partie externe du lobe moyen.
Cerveau. Plaque rouge recouvrant la face externe et inférieure du lobe moyen gauche. Au centre de cette plaque rouge comme ecehy-
motique, aboutit une veine contenant du sang coagulé ancien, et quelques autres contenant du sang coagulé récemment.
La pie-mère à ce niveau est infiltrée de sang et très friable.
Au-dessous, la substance grise injectée, de couleur hortensia, est manifestement ramollie, la substance blanche contient quelques points d’apoplexie capillaire.
Les poumons présentent des noyaux de pneumonie lobulaire disséminée sur quelques points qui paraissent être des abcès métastatiques.
Rien d’important dans les autres organes.
La thrombose était probablement due à l’état cachectique de la malade ; on ne peut en effet l’attribuer à une inflammation produite par le voisinage de l’ulcère cancéreux de la face, puisqu’elle s’était produite dans le sinus latéral.