‹ Études sur les maladies cérébrales et mentalesChapitre 4 sur 55 · PRÉFACE A'II · texte numérisé non relu

PRÉFACE A'II

« d'immortalité est véritablement, et quelque paradoxal (c que cela puisse paraître, une idée hypocondriaque... ils « gémissent de leur immortalité et supplient qu'on les « en délivre, etc. » (1).

De l'hypocondrie morale découle tout aussi logiquement le délire des négations systématisé, que Cotard sépare, à titre de variété clinique, du groupe des mélancolies, comme Lasègue en avait séparé le délire des jwrsécutiojis. « Dans les cas légers de mélancolie, dit-il (2), il existe c< comme un voile à travers lequel le malade ne perçoit « plus la réalité que d'une manière confuse... A mesure « que l'état maladif devient plus intense, ce voile s'épais- « sit... Il semble n'y avoir qu'une différence de degré « entre les états d'hypocondrie morale et les affections mé- « lancoliques avec idées de culpabilité, de damnation et « de négation systématisées. U hypocondrie morale est une « ébauche dont il suffit d'accentuer les traits et de forcer les « ombres pour achever le tableau de ces dernières formes de « mélancolie. » Ainsi, l'idée d'immortalité et le délire des négations systématisé peuvent dériver de l'hypocondrie morale, qui elle-même repose sur le fonds commun de la mélancolie, cette dernière n'étant pas autre chose que la manifestation d'un trouble de la sensibilité morale.

Mais l'évolution hypocondriaque souvent ne s'arrête pas là, et elle peut avoir des conséquences assez inattendues. Le malade qui en vient à se croire coupable de telles fautes, de tels crimes que ce ne sera pas trop d'une éternité de souffrances pour expier ces fautes et ces crimes, ce malade a traversé la réelle humilité pour arriver à un état d'esprit qui en constitue comme le pôle contraire. «... L'idée d'être un grand coupable, ... d'être le diable, « d'avoir une puissance infernale, etc., aboutit à une sorte

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(2) Pages 320 et suivantes.

VJIi PREFACE

« de pseudo-mégalomanie... Impuissants pour le bien, « ces malades sont tout-puissants pour le mal. . . Quelques- « uns de ces immortels ne sont pas seulementinfinis dans « le temps, il le sont aussi dans l'espace. Ils sont im- « menses, leur taille estgigantesque, leur tête va toucher « aux étoiles. » C'est le délire cVénormité. — k la vérité, ils se distinguent des vrais mégalomanes par leurs lamentations, leur abattement et leur désespoir ; ils souffrent de leur monstruosité : « Mais il faudrait être un psychologue bien « naïf pour ne pas deviner que là même l'amour-propre «■ finit par trouver son compte... On aurait presque pu af- « firmer a priori, avant que l'observation clinique nous y « eût autorisés, que de véritables idées de grandeur de- « vaient à la fin se développer sur ce terrain. »

Ces traits essentiels suffisent à montrer comment, en s'appuyant surdes faits cliniques rigoureusement observés, Cotard a décrit l'enchaînement logique et les rapports de ces diverses manifestations morbides, avant lui vaguement indiquées comme des phénomènes isolés, sans lien réciproque. — Pour toutce qui serapporteà la description clinique, à la valeur de ces symtômes pour le diagnostic et le pronostic des différentes formes de mélancolie, comme aussi pourla légitimité del'existence d'une nouvelle variété clinique, le délire des négations, je ne puis que renvoyer aux texte même.

Les conditions dans lesquelles naissent et se développent les idées délirantes, ou mieux, le mécanisme même de leur production, étaient l'objet habituel des méditations de Cotard. Il pensait trouver la solution de ce problème si ardu dans les données récentes de la physiologie cérébrale.

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