PRÉFACE IX
Dès ISSi', à l'occasion d'un fait dû an professeur Charcot (1), il tente un premier essai d'interprétation. Citant deux observations analogues à celles de Charcot et relatives à des mélancoliques anxieux atteints de perte de la vision mentale, il « ne peut s'empêcher de supposer qu'il « y a là autre chose qu'une coïncidence fortuite ». Par une conséquence toute naturelle, « si la perte de la vision « mentale était un fait ordinaire chez les anxieux chro- « niques , on serait invinciblement entraîné à considérer « la négation systématisée comme un délire greffé sur le « trouble psycho-sensoriel » ,
On verra plus loin que Gotard abandonna bientôt l'hypothèse de l'origine psycho-sensorielle du délire des négations, pour rattacher ce délire à des lésions psychomotrices.
Cette question de l'origine sensorielle ou motrice du délire était d'ailleurs le cœur même du sujet qu'il avait comme contourné jusqu'alors pour le mieux préciser. Il l'aborde de front dans une communication à la société médico-psychologique (2). « Il y a à faire dans les psychoses, « dit-il, un travail analogue à celui qui a été fait pour l'ace phasie. L'aphasie a été décomposée en monopathies « motrices et sensorielles ; n'est-il pas admissible que les « facultés de conception soient susceptibles d'une analyse « analogue à celle qui a été faite pour les facultés d'ex- « pression ? » Partant de là, il s'applique à démontrer que les idées de force, de capacité, de puissance, qui prédominent chez les paralytiques, et les excités maniaques, résultent d'une surexcitation psycho-motrice générale, et se développent « sur un état maladif des centres moteurs ou « volitionnels » . — Ce qui le prouve, « c'est que le malade est « d'une activité exubérante, il est toujours en mouve-
(1) Progrès médical, 21 iuillet 1883.
(2) Origine psycho-sensorielle, ou psycho-motrice du délire, p. 371.