DE L'ORIGINE PSYCHO-SENSORIELLE
que sur celles de la sensibilité. Cela est évident puisque les sens externes sont la principale origine de la connaissance, la seule, suivant une célèbre école philosophique. Les lésions de la volonté produisent plutôt une altération de la personnalité qu'une altération de la connaissance. Maine deBiran a insisté avec raison sur le rôle important de l'efl'ortvolitionnel dans la constitution du moi. 11 est évident que la môme disposition cérébrale qui nous fait attribuer une origine externe au mouvement centripète des sensations, doit nous faire attribuer une origine interne au mouvement centrifuge des volitions. Cette origine interne, le moi, se modifie et s'altère par les lésions psycho-motrices, comme le milieu extérieur se modifie et s'altère sous l'influence des lésions psycho-sensorielles.
Aussi les altérations de la personnalité sont-elles extrêmement marquées dans les formes alternantes de la folie circulaire. Sous l'influence d'états dépressifs abouliques et d'états d'exaltation inverse, le caractère change complètement, le moi est tellement altéré qu'il semble, comme l'a dit M. Falret, que deux personnes différentes se succèdent dans le même corps, sans qu'il y ait cependant dans aucune des deux phases un délire évident quant à la réalité objective, sans qu'on observe ces erreurs énormes qui sont le propre des lésions sensorielles hallucinatoires ou anesthésiques. Je ne parle que des formes légères et atténuées de la folie circulaire, des formes raisonnantes ; les idées de capacité, l'outrecuidance conduisent seulement à des appréciations fausses, à des jugements erronés, à des actes déplacés ou ridicules.
Il en est autrement lorsque la lésion volitionnelle atteint un degré élevé d'intensité, comme on le voit surtout chez les paralytiques, et que se développent les idées de toute-puissance.
L'idée de toute-puissance conduit fatalement à un délire extrêmement absurde ; il y a incompatibilité entre la toute-puissance et la raison, puisque celle-ci consiste à se régler constamment sur la réalité immodifiable et à s'y subordonner.
L'absurde n'est plus absurde et le contradictoire cesse d'être
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illogique pour un être tout-puissant. Le caractère propre du délire des paralytiques s'explique donc autant par leur idée de toute-puissance que par l'affaiblissemeut de leurs facultés intellectuelles. Beaucoup de déments, non moins affaiblis que les paralytiques, sont loin d'atteindre leur degré d'absurdité, et ce degré d'absurdité se manifeste chez certains paralytiques à une époque où l'afTaiblissement des facultés est peu considérable, de même que chez quelques circulaires qu'on ne peut soupçonner de démence.
En cherchant à localiser lorigiue du délire dans des lésions psycho-sensorielles et psycho-motrices, je sais que je m'expose au reproche de vouloir faire revivre la théorie des localisations psychiques et des monomanies. Je n'en suis pas autrement effrayé.
La synergie cérébrale est telle que les lésions les plus limitées peuvent réagir sur tout l'ensemble. Une monoplégie d'un membre inférieur empêche les mouvements généraux de locomotion, tels que la marche, le saut, la course, etc., sans cependant cesser d'être une monoplégie et sans qu'on puisse dire qu'il y a une maladie générale des facultés de locomotion. Une monopathie psychique peut retentir sur l'ensemble des facultés mentales sans cesser d'être une monopathie psychique, une monopsychose, il est peu probable que dans toutes les vésanies tout l'appareil psychique soit atteint simultanément dans son ensemble, comme devraient le professer les adversaires des monomanies.
Il s'agit de démêler dans cette synergie des fonctions mentales quel est le point malade ; il y a a faire dans les psychoses uil travail anologue à celui qui a été fait pour l'aphasie.
L'aphasie a été décomposée en motiopathies motrices et senso^ rielles ; n'est-il pas admissible que les facultés de conception soient susceptibles d'une analyse analogue à celle qui a été faite pour les facultés d'expression ?
J'ai essayé de vous présenter, d'après dette ittduclion, quelques considérations relatives au délire de grandeur, à sa division
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en deux formes principales, Tune motrice et l'autre sensorielle.
La même analyse s'appliquerait aux délires mélancoliques. Bien que certains états abouliques puissent prendre leur origine dans l'altération de la sensibilité, il est probable que dans bon nombre de cas l'appareil volitionnel est directement affecté ; les idées d'incapacité et d'impuissance semblent lïndiquer clairement.
D'autres délires, très voisins cliniquement, semblent également dus à des lésions psycho-motrices, je veux parler des idées de culpabilité. Beaucoup de malades s'accusent détre de grands coupables, d'avoir commis et de commettre tous les jours les crimes les plus affreux. Une malade que j'observe actuellement commet à chaque instant, par la pensée, les actes les plus effroyables ; elle brise et détruit tout, tue tout le monde et dévore ses enfants. Il y a là comme une ébauche des phénomènes impulsifs qui s'observent si souvent dans la mélancolie anxieuse et qui deviennent quelquefois assez prépondérants pour caractériser une des diverses formes de chronicité consécutives à cette vésanie. Ces mêmes malades qui s'accusent d'être des criminels finissent par devenir violents, injurieux et capables des actes les plus atroces.
A la période où le malade ne fait que s'accuser, il est probable que la lésion volitionnelle impulsive existe à un certain degré. Bapportée au moi, suivant le mécanisme que j'ai indiqué tout à l'heure, elle conduit aux idées de culpabilité et les expUque facilement.
J'espère pouvoir reprendre quelques-unes des questions dont je nai pour ainsi dire exposé que le programme. Mon but actuel était de démontrer qu'il n'y a pas une mégalomanie, un délire de grandeur, un délire mélancolique, qu'il n'y a pas non plus un délire chronique ; ces groupements de faits sont provisoires et il faut pousser plus avant l'analyse. Je voudrais aussi réagir contre la tendance actuelle vers une simphfication excessive, suivant moi, de la classification des maladies mentales. On
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s'efforce de réduire le nombre des formes vésaniques et chacun se défend de vouloir en décrire de nouvelles.
Une pareille simplification delà science serait, à la vérité, fort commode. Qui de nous, à l'époque où l'on nous enseignait la botanique, n'eût souhaité que le nombre des familles fût réduit à trois ou quatre ? Mais il faut se subordonner à la réalité.
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