‹ Études sur les maladies cérébrales et mentalesChapitre 46 sur 55 · DE L HYPOCONDRIE · texte numérisé non relu

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faisait défaillir et elle refusait de sortir parce que la poussière soulevée par les promeneurs pouvait contenir du vert-de-gris.

Les craintes de poison, de contagion, si fréquentes dans la maladie du toucher, établissent une analogie étroite entre l'hypocondrie et cette forme de vésanie. L'hypocondrie est particuhèrement caractérisée et revêt souvent la forme anxieuse, dans les cas où le délire du toucher repose sur la crainte de communiquer une affection dont le malade croit être atteint, le cancer, par exemple (Séguin) .

Si nous ajoutons l'hypocondrie des dégénérés à l'hypocondrie des mélancoliques et à celle des persécutés, nous aurons établi trois groupes principaux, à la vérité fort mal délimités et laissant en dehors d'eux un assez grand nombre de cas, mais correspondant assez exactement à ceux que M. Magnan a proposés dans sa classification des vésanies. Nous avons décrit successivement l'hypocondrie des délirants persécutés chroniques, l'hypocondrie des intermittents et l'hypocondrie des dégénérés.

Le défaut de cette classification est de placer sur le même rang des états morbides très inégalement compréhensifs. Le délire de persécution, les diverses variétés de mélancolie, peuvent également se développer sur le terrain de la dégénérescence mentale. Aussi ne doit-on pas s'étonner de la fréquence des formes hybrides.

Il nous reste à examiner les idées hypocondriaques qui s'observent dans la paralysie générale, la fohe circulaire, l'épilepsie, l'hystérie, la démence sénile, les délires toxiques, et dans quelques autres affections.

Il existe fréquemment au début de la paralysie générale, une phase dépressive avec idées hypocondriaques, si toutefois on peut toujours qualifier d'hypocondrie le sentiment quelquefois très net que le malade éprouve au début d'une affection cérébrale grave. Dans la maladie confirmée le déhre hypocondriaque revêt le plus souvent la forme anesthésique et négative décrite par Baillarger.

Les phases dépressives de la folie circtilaire présentent la plus

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grande analogie avec les accès de mélancolie intermittente. Les mêmes idées hypocondriaques se manifestent et dans bien des cas le diagnostic ne peut être établi que par les antécédents et par la marche ultérieure de la maladie ; lorsque la phase dépressive est remplacée par la phase d'excitation, l'hypocondrie disparaît complètement et fait place à un état exactement inverse ; les malades s'exagèrent leur force physique et morale, ils deviennent, suivant l'expression de Falret, des fanfarons de la santé,

Sous le nom à'épilepsie hypocondriaque , Maisonneuve a décrit certains cas à aura abdominale et qui n'ont pas d'autre rapport avec l'hypocondrie, Les sensations qui constituent l'aura, qu'elles siègent dans l'abdomen ou ailleurs, et les divers malaises qu'éprouvent les épileptiques, peuvent cependant être l'origine d'idées hypocondriaques, idées qui ne sont pas rares chez eux et se combinent souvent avec des idées dé persécution (Falret), Plus rarement on observe chez les épileptiques de véritables accès dépressifs avec alternances circulaires (1).

Le caractère habituel des hystériques est fort différent de celui des hypocondriaques. Briquet (2) fait remarquer que les hystériques s'inquiètent en général fort peu de leur santé. J'ai vu, dit-il, des hystériques avec anesthésic et paralysie d'une durée de plusieurs mois ne pas même penser à la manière dont leur maladie se terminerait. Suivant Dubois, les hystériques n'ont aucun goût pour la lecture des livres de médecine. 11 semble que les troubles sensitifs et moteurs n'ont pas dans l'hystérie les mêmes réactions mentales que dans l'hypocondrie et les vésanies ; il semble qu'ils ne pénètrent pas aussi profondément dans la sphère psychique. Peu impressionnées de leur état maladif, les hystériques sont surtout préoccupées d'en impressionner leur entourage. L'hypocondriaque n'est pas toujours très sincère, mais l'hystérique l'est encore bien moins ; les souffrances qu'elle accuse, les états morbides dont elle se prétend atteinte, l'hypocondrie hystérique, en

(1) Ritti, Folie cireulaire in Diet. enei/elopédique., 4° série, t. III,

(2) Briquet, Traité de l'hystérie. Paris, 1859.

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un mot, se recoimait à une affcclalion, à un besoin d'attirer l'attention ou d'exciter l'étonnenient, qui n'existent pas ordinairement au même degré cliez des liypocondriaques. Il faut cepen^ dant reconnaître que l'hypocondrie véritable et la folie peuvent se développer chez les individus présentant des signes positifs d'hystérie; il n'est pas rare de trouver des antécédents hystériques chez des mélancohques possédées, démonopathes avec aneslhésie et négations.

Nous avons signalé plus haut les rapports de l'hypocondrie avec les accidents cérébraux apoplectiques. Suivant Forbes Winslow, des s3nsations et des idées hypocondriaques peuvent apparaître quelque temps avant une attaque apoplectique et en être le prélude.

Dans la démence sénile et dans la démence apoplectique les idées hypocondriaques ne sont pas rares. On observe encore des idées hypocondriaques dans le déhre aigu, dans ralcoohsme, le morphinisme, le saturnisme, l'hydrargyrisme (Dietrich), dans l'iodisme (Rilliet) et dans différentes affections du système nerveux (tabès, sclérose en plaques).

Article III. — Causes.

Les causes de l'hypocondrie sont celles des différentes affections sur lesquelles elle vient se greffer; ce sont, en résumé, les causes des affections nerveuses et mentales ; les maladies de l'appareil digestif, les altérations du sang, les diathèses et en particulier la goutte, les excès de toutes sortes, l'influence de la puberté, de la grossesse et de la ménopause, et avant tout celle de l'hérédité névropathique.

On admet généralement que l'hypocondrie est plus spéciale au sexe masculin. Elle est loin d'être rare chez la femme ; l'hypocondrie anxieuse est fréquente à la ménopause

On admet encore que l'hypocondrie est une maladie de l'âge mûr. La vérité est qu'elle se manifeste souvent de bonne heure

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ou, au moins, s'annonce par de précoces bizarreries. L'hypocondrie génitale est ordinairement juvénile et les enfants ne sont pas toujours épargnés (Louyer-Villermay, Griesinger).

L'influence des hypocondriaques sur leur entourage est nuisible et l'hypocondrie paraît pouvoir être communiquée. Griesinger cite un cas curieux d'hypocondrie à deux. Nous avons signalé précédemmentles effets de l'imagination, l'influence des sensations douloureuses localisées et des troubles viscéraux sur la forme particulière du délire. Des lésions organiques peuvent agir de la même manière. Esquirol constata la présence d'un ulcère de l'œsophage chez un mélancolique qui s'imaginait avoir un corps étranger arrêté dans le gosier ; des péritonites chroniques chez des malades qui croyaient avoir des animaux ou des personnages dans le ventre. Bonnet parle d'un individu qui pensait avoir un crapaud dans l'estomac et chez lequel on trouva un squirrhe.

Des lésions matérielles cachées (anévrysmes, rein flottant, etc.) peuvent provoquer des malaises persistants qu'il ne faut pas confondre avec l'hypocondrie ; l'examen du malade doit être fait avec le soin le plus minutieux. « Étant jeune médecin, dit J. Frank, et trop facile à diagnostiquer l'hypocondrie, je publiai que cette maladie était très commune ; maintenant que j'ai coutume de mettre beaucoup plus de soin avant d'attribuer les plaintes des malades à l'imagination, je rencontre l'hypocondrie plus rarement. »

11 faut encore prendre garde de se méprendre sur la gravité des complications qui peuvent survenir et sur lesquelles les hypocondriaques attirent beaucoup moins l'attention du médecin que sur leurs maladies imaginaires. Enfin, il faut se rappeler que les états hypocondriaques peuvent être le prélude d'afl'ections graves des centres nerveux. Les débuts dépressifs de la paralysie générale sont trop souvent méconnus.

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Article IV. — Pronostic.

Le pronostic de l'hypocondrie varie suivant la forme qu'elle affecte et suivant la maladie dont elle dépend. Lorsque celle-ci est curable ou améliorable, il peut arriver que l'hypocondrie s'atténue ou disparaisse en même temps. Lorsque l'élément vésanique prédomine, le pronostic est celui des affections mentales ; gravé lorsque le délire tend à se systématiser et que les idées de persécution apparaissent, il est moins défavorable quand il s'agit d'accès dépressifs ou anxieux. On peut alors espérer un retour plus ou moins complet à l'état normal et, bien que les accès soient sujets à se reproduire, les intervalles sont quelquefois assez longs pour que le malade puisse être considéré comme guéri. Le pronostic devient plus sombre lorsque les accès se répètent, se prolongent, lorsque les idées de négation deviennent prédominantes et que le délire hypocondriaque chronique s'établit.

Article V. — Traitement .

Les indications thérapeutiques sont toutes tracées dans les considérations qui précèdent. Les troubles viscéraux, l'état général de la santé, les divers accidents névropathiques doivent tout particulièrement appeler l'attention et les efforts thérapeutiques des médecins. Chez les névropathes et chez les dégénérés, des réactions psychiques anormales se produisent avec une extrême facilité : il faut procéder avec le plus grand soin à un examen général ; des lésions minimes, insignifiantes en apparence, sont quelquefois le point de départ de réflexes pathologiques, la cause occasionnelle des désordres nerveux et psychiques les plus variés ; il est important de les traiter et de les guérir.

C'est par ces moyens détournés que le médecin peut dans certains cas, malheureusement trop rares, obtenir de véritables succès.

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Lorsqu'il est réduit à attaquer directement le trouble mental, les ressources de la thérapeutique sont singulièrement restreintes. Nous devons cependant dire quelques mots du traitement moral.

Le milieu dans lequel vit l'hypocondriaque lui est souvent nuisible. Il est rare qu'il n'y ait pas autour de lui, dans sa famille, d'autres névropathes qui réagissent sur lui d'une manière fâcheuse ou dont dont il fait des souflre-douleur, ce qui est encore mauvais pour lui. La solitude et l'isolement où se confinent d'autres malades ne sont pas meilleurs.

Changer de milieu, de genre de vie, rompre les habitudes d'une mauvaise hygiène morale, telles sont les premières indications. C'est de cette manière qu'agissent les voyages et les distractions de toutes sortes, préconisées dans le traitement de l'hypocondrie. Mais il faut observer que les distractions ne sont telles qu'à condition d'être un plaisir ; souvent elles vont contre leur but, surtout chez les individus à qui la joie extérieure, le plaisir d'aulrui, sont odieux et font faire un retour douloureux sur eux-mêmes. Le malheur et la soufTraace des autres, pourvu qu'ils ne soient pas assez grands pour inspirer l'aversion et l'horreur, exercent quelquefois une influence plus favorable. Le malheur extérieur est une diversion au malheur intérieur. Les personnes les mieux douées moralement sont conduites par un instinct délicat vers les œuvres de dévouement et de charité, lorsqu'ellesmêmes ont été frappées par de grandes douleurs. Elles sentent que le meilleur remède à la concentration égoïste que tendent à produire les cuisants chagrins et qui les aggrave est de réveiller les sentiments sympathiques et de les stimuler fortement par le spectacle des misères humaines et par des efforts en faveur d'autrui. La maladie et même la mort de personnes chères arrache quelquefois l'hypocondriaque à ses préoccupations maladives (Barras).

Ce qile l'on doit chercher pai'-dessus tout, c'est de provoquer l'activité, l'effort volilionnel. Les voyages à pied et l'équitation sont préférables aux voyages en voiture ou sur mer; la musique

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n'est réellement utile que si le malade est lui-même musicien et si ses auditeurs ont la complaisance de l'encourager par des applaudissements; les jeux, la chasse, les exercices du corps, la conversation et les discussions sont infiniment préférai3les aux plaisirs passifs du dilettantisme. Cullen regardait l'absence de passion comme une circonstance défavorable. Aussi est-ce un grand bonheur pour l'hypocondriaque s'il a ou si l'on peut éveiller chez lui un goût pour une occupation quelconque et s'il peut y obtenir quelque succès. Michéa (1) cite un hypocondriaque chez lequel un prix de poésie remporté à l'Académie française opéra l'effet le plus avantageux.

Les passions de l'amour font quelquefois merveille ; il eu est de même de l'usage régulier du coït chez les jeunes hypocondriaques à préoccupations génitales.

Les influences déprimantes sont très généralement nuisibles ; le médecin n'obtiendra jamais que de mauvais résultats par l'ironie. 11 devra au contraire écouter avec une patience à toute épreuve, avec le plus grand sérieux et même avec intérêt, les fastidieuses et lamentables confidences qui sont à la fois un besoin et un soulagement pour l'hypocondriaque. Le médecin acquerra ainsi la reconnaissance et la confiance du malade ; il usera de son influence pour obtenir qu'il se soumette aux règles de l'hygiène et, s'il y a lieu, à un traitement rationnel; il tâchera de diriger le malade dans la voie que nous avons indiquée tout à l'heure en intéressant son amour-propre et son honneur (Louyer-Villermay), en excitant des sentiments de sympathie et en lui montrant qu'il peut rendre des services et redevenir un membre utile de l'humanité.

(1) Michéa, Siège, nature intime, sijniptvmes, diagnostic de l'hypoeondHe, Paris, 1843.

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