‹ Etudes sur les microzoaires, ou infusoires proprement ditsChapitre 12 sur 70 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Les recherches anatomiques auxquelles nous nous sommes livré, dans la première partie de cet ouvrage, sur l’organisation des mierozoaires, doivent non-seulement nous servir à séparer ces animaleules des êtres microscopiques avee lesquels les auteurs qui nous ont précédé les ont confondu, mais encore à tracer les limites de la classe à laquelle ils appartiennent, et la séparer des classes voisines ou élotgnées avec lesquelles la plupart des micrographes ont cru devoir les réunir.

Ce résultat ne sera pas le seul auquel notre étude anatomique devra nous conduire : Fexamen des organes qui président aux fonelions de nutrition, de eireulation et de mouvement nous fournira les bases naturelles sur lesquelles nous établirons la classification des microzoaires.

Nous commencerons done par étudier les affinités et les différences qui existent entre ces animaleules et les autres êtres avec lesquels ils ont pu être confondus, nous délimiterons ainsi la elasse à laquelle ils appartiennent, puis, après avoir examiné les classifications qui ontélé proposées jusqu’à ce jour, nous terminerons la deuxième

partie de cet ouvrage par l'étude des ordres, sous-ordres et familles que renferme la nouvelle classification que nous croyons devoir pro-

poser.

Les naluralistes qui, avant nous, se sont occupé des microzoaires, non-seulement n’ont pas délimité d'une manière sérieuse la classe à laquelle ils appartiennent, mais tous, sans exception, les ont plus ou moins confondus avee des êtres qui leur sont étrangers el qui doivent être répartis les uns dans des classes voisines ou éloignées, les autres dans le règne végétal.

Les premiers micrographes, mal servis par des instruments imparfaits, ont décrit et figuré tous les êtres qu'ils trouvaient sous le champ du microscope sans trop chercher à se rendre compte de leurs affinités et de leurs différences. Ils les décrivaient comme ils les voyaient en leur donnant un nom plus ou moins en rapport avec leurs formes extérieures et dont quelques-uns sont restés dans la science.

Il faut arriver jusqu'à l'ouvrage de Otho-Frédérie Muller pour trouver quelque chose de systématique dans l'étude des Microzoaires et par conséquent une tendance à la séparation de ces animaleules d'avec les autres êtres que l'on rencontre dans le même milieu et qui sont le plus souvent confondus avec eux. Ce fut le premier essai sérieux de classification et Müller déclara lui-même qu'il faisait rentrer dans sa classe des Infusoires tous les animaux aquatiques qui ne pouvaient trouver place dans les classes établies par Linné. Aussi ne faut-il pas s'étonner de trouver parmi les Microzoaires de Muller des

Dialomées, des Helminthes, des Rotifères, ete.

Presque tous les auteurs qui ont immédiatement suivi Muller n'ont fait que copier plus ou moins servilement sa nomenclature. C'est ainsi que Gmelin, Lamarek et G. Cuvier lui-même se sont servi du travail de Muller sans y ajouter aucune nouvelle découverte, et ont conservé dans la classe des Microzoaires tous les êtres étrangers que cel auteur y avait introduits. — Nitzsch, Seweigger, Goldfuss et plus tard Bory Saint-Vincent, Baer et Leukart suivirent les mêmes errements. Ehrenberg lui-même, qui le premier étudia d’une manière plus approfondie l’organisation interne des Infusoires, et basa sa classificalion sur les organes de la digestion de ces animaux, ne fut pas plus heureux que ses devanciers et 1l garda parmi les Microzoaires des Algues, des Rotifères, des Rhizopodes, ete.

Depuis l'apparition de l'ouvrage du savant professeur de Berlin, les études microzoologiques firent de grands progrès en Angleterre, en Allemagne et en France ; les instruments d'optique furent portés à un point de perfection remarquable qui permit aux naturalistes d'arriver enfin à se rendre comple de l’organisation des microzoaires, organisalion beaucoup plus compliquée que ne le supposaient la plupart des premiers micrographes. Cependant, malgré les recherches minutieuses des zoologistes modernes, malgré les disinetions que chacun a cru devoir établir entre les Infusoires proprement dits et les autres èlres microscopiques, toutes les classifications qui depuis ces derniers temps ont élé proposées, par Perty, Siebold, Claparède, Prichard, ete., renferment mêlés aux Infusoires vrais des êtres qui appartiennent à des classes plus ou moins éloignées. On y trouve presque partout les Microzoaires unis aux Rhizopodes, aux Systolides et même à quelques végétaux inférieurs. Quelques classifications comme celle de Claparède et Lachman pèchent en même temps par la séparation qu'on a voulu établir entre les Infusoires ciliés et les Infusoires flagellés, et plusieurs auteurs ont rejelé de cette classe, comme appartenant au règne végélal, les Monades, les Volvox et les Euglènes, etc.

Lorsqu’en 1861, je publiai la première livraison des Coralliaires fossiles, dans la Paléontologie française, je crus devoir séparer en deux groupes distinets les êtres qui étaient jusqu'alors compris dans le quatrième et dernier embranchement du règne animal. Je laissai dans cetembranchement les animaux rayonnés proprement dits : Echinodermes et Zoophytes qui ont, en effet, une réelle affinité entre eux, et Je formai un cinquième embranchement pour les Infusoires, les Foraminifères et les Eponges auxquels je laissai le nom d'animaux sarcodaires qui leur avait déjà été donné par MM. Milne-Edwards el J. Haime.

J'étais loin, à cette époque, d’avoir sur ces animaux les connaissances approfondies que m'ont fournies depuis les travaux des micrographes modernes et mes propres recherches, mais tout ce qui a été découvert depuis sur la constitution intime des Microzoaires et des Foraminifères, et les derniers travaux publiés sur l'anatomie microscopique des Éponges ne font que confirmer la valeur de la séparation que J'avais élablie, en faisant ressortir d'une manière positive l'aflinité qui existe entre ces lrois dernières classes du règne animal.

Les Microzoaires et les Rhizopodes ou Foraminifères, se distinguent des autres classes des animaux par la présence d’un organe qui leur est spécial et qui est le centre de l'appareil circulatoire. Cet organe que nous avons déerit sous le nom de vésicule contractile, n'a pas encore été démontré chez les Éponges ; mais depuis que l’on sai que la masse sarcodique des éponges est constituée par la réunion de molécules monadiformes munies d’un flagellum ; que cetle masse ainsi constituée rappelle l’organisation des Volvociniens, il est probable qu'on arrivera un jour à trouver que l'Éponge est le résultat de l'agrégation de cellules vivantes ayant une organisation analogue à celle des Monades et possédant probablement, comme ces dernières, une vésicule contractile.

C'est la présence de ce dernier organe spécial aux Microzoar-

DÉLIMITATION ET CLASSIFICATION DES MICROZOAIRES. 03 res et aux Rhizopodes qui les a fait réunir dans la même classe par presque tous les auteurs qui nous ont précédé et dernièrement encore par Claparède et Lachman, malgré les différences organiques considérables qui les séparent.

Nousavons vu, en effet, que tous les Microzoaires ou Infusoires proprement dits, autant du moins que leur taille permet de le constater, ont un orifice buccal auquel est adapté un appareil (cirrhes buccaux ou flagellum) qui atlire de loin les aliments et les fait pénétrer dans la bouche.

LesRhizopodes, au dire des auteurs qui paraissentles avoir conseiencieusement étudiés (Claparède et Lachman), possèdent, au lieu de bouche, des prolongements qu'ils émeltent et retirent à volonté. Ces prolongements, quelquefois très-tenus et terminés par un renflement arrondi, sortent des nombreuses ouvertures des téguments et font oftice de sucoir. C'est, d’après les auteurs que nous venons de citer, au moyen de ces suçoirs que les Rhizopodes arrêtent leur proie et s'en assimilent la substance. L'appareil digesüif des Rhizopodes doit done considérablement différer de celui des Microzoares, car chez ces derniers le canal intestinal n’a que deux ouvertures, la bouche et l'a nus, tandis que d'après ce que nous venons de voir, la cavité digestive des Rhizopodes doit avoir autant d'ouvertures qu'il y a de sucoirs.

Bien d’autres caractères, il est vrai moins importants, séparent encore les Microzoaires des Rhizopodes : ces derniers sont généralement fixés au sol, ou, quand ils sont libres, rampent lentement etne sont pas organisés pour la natation, qui est la manifestation vitale la plus générale des Microzoaires. Ces derniers sont couverts en tout ou en par tie de cils ou de flagellum vibratils qui servent à la fois à la nutrition et à la natation : ces organes manquent complétement chez les Rhizopodes.

Il faut reconnaitre cependant qu'il existe une famille qui semble établir un lien, une parenté entre les Microzoaires et les Rhizopodes ;

celte famille que nous décrirons à la fin de cet ouvrage sous le titre de Groupe de transition, venferme les genres Protée et Amibe.

Ces animaux sont munis de vésicules contractiles, rampent à la surface des corps étrangers (Amibe) (1) ou peuvent nager en contractant leur corps (Protée) (2); ils ont même des eils plus ou moins allongés et épais (3), mais qui ne vibrent pas, et ne possèdent ni appareil buceal ni suçoirs. Comme les Rhizopodes, ils peuvent émettre de longs prolongements analogues à ceux des Gromies, des Arcelles, mas ces prolongements ne semblent pas avoir de rapport avee les suçoirs des Rhizopodes. Cependant leur manière d’être, les changements qui s’opérent dans leur forme et leurs habitudes extérieures, les

rapprochent plus de ces derniers animaux que des Microzoaires.

La plupart des auteurs ont placé parmi les Infusoires des êtres qui leur ressemblent beaucoup et par le nucléus qu'ils possèdent et par leur tégument complétement cilié. Ces animalcules connus sous le nom d'Opalines habitent en parasites le corps de certains animaux et meurent assez rapidement lorsqu'on les a retirés du milieu où ils se ouvent habituellement. Les cils dont ils sont garnis forment dans l’eau un tourbillon énergique, mais jamais on n’est arrivé à leur faire absorber, comme aux Infusoires vrais, une matière colorante quelconque : aussi pense-t-on généralement que les Opalines sont privés de bouche.

Nous ne les avons pas compris dans notre classe des Microzoaires, parce que lout nous porte à croire que ces animaleules ne sont que des larves d’autres animaux, dont on n’a pas encore pu suivre les métamorphoses.

(1) PL XXVIII et XXIX.

(2) PL XX VII, fig. 1.

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