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La couronne ciliaire dont est muni le sommet de certains Infusoires etle mouvement rolatoire dont elle est douée chez les Vorticelles, par exemple, à fait supposer à un grand nombre de Microzoologistes qu'il existait une cerlaine parenté entre ces Microzoaires et d’autres animaux tels que les Systolides et certains Turbellariés : aussi voit-on les auteurs qui ont suivi Lamarck associer, comme ce dernier, ces animaux aux Infusoires vrais. Mais aujourd'hui que l’organisation des Systolides, des Hydrozoaires et des Turbellariés est assez étudiée, chaeun de ces groupes se sépare facilement des Microzoaires ainsi que les Tardigrades et les Ichtydium que l'on voyait autrefois figurer avec les Microzoaires dans les ouvrages des anciens auteurs.
ILest plus difficile de distinguer les Infusoires à tourbillon de cerfains embryons de Planaires et de Spongilles; Pritchard pense même que certains Infusoires, classés comme Infusoires vrais, ne sont que des larves d’autres animaux; mais il ajoute qu'il n'y a rien de positif à cet égard et que jusqu'à plus ample constatation 1} faut leur conserver la place qu'ils oceupent.
L'expérience qui fait voir que les Microzoaires vrais sont munis d'une bouche et d’un appareil intestinal, les substances colorées qu'il est généralement très-facile de leur faire absorber, ne laissent aucun doute sur la nature vraie ou fausse du Microzoaire, et les séparent facilement des embryons ou larves ciliés, qui en tant qu'ils restent en cet état, ne présentent jamais d’orifice buccal et n’absorbent pas de malières colorantes.
Pritchard, dont l'ouvrage sur les Infusoires est un recueil de presque tout ce qui a été publié sur celte matière, ne voulant pas ou ne pouvant pas séparer les Microzoaires des étres qui lui paraissent très-voisins, à commencé son {travail par l’étude de ceux que presque tous les naturalistes regardent comme appartenant au règne végétal : les Desmidiées, les Pédiastrées et les Diatomées.— Puis sous le nom de Phylozoa il a décrit les Microzoaires oscillants ou flagellés, qu’il a séparé
des Microzoaires à tourbillon ou ciliés, par une série de Rhizopodes qui dans l'ordre naturel doivent venir à la suite des Microzoaires oscillants et dans une classe à part. Enfin il a terminé son travail par l'étude des Rotifères et des Tardigrades qui n’ont aucun rapport avee les classes précédentes.
Cette manière de présenter une longue série hétérogène d'êtres microscopiques tourne la difficulté sans la résoudre et n’a même pas l'avantage de la nouveauté. Déjà bien avant Pritchard quelques naturalistes pensaient qu'il était très-difficile de séparer les végétaux des animaux, etne pouvaient établir les limites où commence le règne végé- {al et où finit la vie animale. Longtempsles Desmidiées et les Diatomées ont été ballottées entre les deux règnes, admises par les uns comme des végétaux, réclamées par les autres comme appartenant à la série animale. Dans ces dernières années encore deux micrographes distingués (1) ont déclaré ne pouvoir trancher la question, bien que la présence de la vésicule contractile constatée par eux chez les Euglènes, les Monades et les Volvox fut un indice de la nature animale de ces derniers êtres.
La place des Desmidiées et des Diatomées est pour beaucoup de naturalistes loin d’être encore décidée. FEhrenberg les range toujours dans ses Polygastrica anentera; mais une partie des auteurs qui l'ont suivi, reconnaissant que les Desmidiées doivent rester dans le règne végétal, admettent l’animalité des Diatomées et les placent à la limite extrême du règne animal : telle fut l'opinion de Muller, de Nitzsch, de Bory Saint-Vincent et plus tard celle de Focke, de Sehleiden et dans ces derniers temps de Claparède et Lachmann qui penchaient d’abord à accorder à ces organismes une nature végétale, mais qui plus loin semblent, au contraire, les admettre comme de vrais animaux.
Lorsque l’on examine en effet la manière d’être de certaines Dia-
(1) Claparède et Lachmann, loc. cit.
DÉLIMITATION ET CLASSIFICATION DES MICROZOAIRES. 97 lomées, les Navicules etles Nitzschies, par exemple, on est frappé des mouvements dont ces êtres sont doués et au premier abord on est tenté d'y voir un acte vital, un acte réfléchi. Non-seulement ces organismes se meuvent suivant une certaine direction, soit en avant, soit en arrière, mais ils semblent pouvoir éviter les obstacles qui s'opposent à leur marche, et souvent on les voit tourner sur eux-mêmes et même opérer une culbute complète qui change entièrement leur position première. Ehrenberg altribuait ces mouvements à une espèce de pied ou à des prolongements comparables à ceux des Arcelles, mais Valentin, de Genève, prétendit avoir observé de chaque côté du teste des navicules une rangée de cils vibratils susceptibles de se mouvoir dans un sens où dans l’autre. Focke a annoncé avoir découvert des cils vibratiles chez le Closterium luna: Osborne les a décrits depuis avec une grande minutie et dit avoir en outre constaté un courant qui selon cet auteur pénètre dans l'intérieur du Closterium par une ouverture placée à chaque extrémité de celui-ci. Claparède et Lachmann confirment les assertions de Focke et d’Osborne ; mais, tout en reconnaissant que les Closteries peuvent posséder deux ouvertures terminales, ils n’ont pas aperçu le courant dont parle Osborne. Ils ont observé le mouvement des cils chez plusieures Clausteries, mais l'ont cherché en vain chez le Cosmarium magaritiferum où Herbert-Thomas croit lavoir aperçu.
Nous avons nous-mêmes, et à plusieurs reprises, constaté d’une manière certaine la présence de cils vibratiles, placés en rangées, sur les bords d’un Wifzschia que nous croyons être le N. Sigmoïdea et nous avons pu en étudier les mouvements alternants.— Ce qui démontre au reste la présence de cils sur les bords des Navicules, là où le microscope ne peut les décéler, c’est le mouvement de va et vient qu’exécutent des corps étrangers, le long des bords de ces êtres lorsqu'ils sont arrêtés par un obstacle quelconque. On voit dans ce cas des débris de
végélaux, où mème des grains minéraux aller d'un bout à Pautre de
la Navicule puis après un moment de repos revenir en arrière el par courir en sens inverse le même chemin.
Nous qui n’attachons aux mouvements des êtres que nous étudions qu’une importance secondaire, alors même que nous crovons fermement que tous les corps qui jouissent de mouvements sous le champ du microscope sont plus ou moins munis d'organes locomoleurs, nous ne pensons pas que ces organes soient suffisants pour déterminer la nature végétale où animale des êtres qui les possèdent et nous considérons la vésicule contractile comme le caractère sérieux de l’animalité des Microscopiques et le seul qui jusqu'à ce jour peut nous permeltre de poser une délimitation certaine entre les êtres animés et
les végétaux.
Quelques auteurs, Claparède et Lachmann entre autres, pensent que les Microzoaires ont une très-grande affinité avec les Cælentérés et que les Microzoaires ciliés surtout constituent l'anneau de la chaine qui relie ces animalcules aux Polypes. Ce rapprochement est cerlainement le résultat de l’idée que ces savants se sont faite de l'appareil digestif des Infusoires; en effet, nous avons vu dans la première partie de cel ouvrage qu'ils considéraient l’intérieur des Microzoaires comme une cavité remplie d’un chyme épais dans lequel nageaient au hasard les bols alimentaires. Or, cette idée d’une cavité générale occupant le corps de Microzoaires, devait les conduire à rapprocher ces êtres des Coralliaires, des Acalephes et des Hydraires, qui composent le groupe des Cœlentérés.
Les Cœlentérés possèdent en effet une cavité centrale spacieuse, qui fait fonction d'estomac et d'intestin et qui communique avee l'extérieur par une ouverture unique, qui sert à la fois de bouche et d’anus.
La paroi interne de celle cavité intestinale, la paroi muqueuse,
si l’on peut lui donner ce nom, est constituée par le prolongement de
DÉLIMITATION ET CLASSIFICATION DES MICROZOAIRES. 99 la tunique externe qui se replie et se refléchit au dedans pour tapisser celle ouverture centrale.
Quelle analogie peutl v avoir entre cette constitution des Cœlentérés et l’organisation plus compliquée des Microzoaires, qui possèdent une bouche et un anus distinets, et un canal intestinal dont ils sont la terminaison ? Celte présence d’une bouche el d'un anus séparés chez les Microzoaires n'a pas longtemps arrèté Claparède et Lachmann dans le rapprochement qu'ils veulent faire de ces animaux avec les Cælenicrés, ils ne considèrent pas cet état organique comme une différence essentielle, car on leur a montré un polyvpe de la Méditerranée {ils ne disent pas lequel) pourvu d'un anus et d’une bouche distinete, Il est très-probable que cet anus était le résultat d’un commencement de lissiparité, c’est-à-dire l'apparition de la bouche d’un nouvel individu qui allait se séparer, fait très-commun chez les Coralliaires et qui ne leur enlève en rien leur vrai caractère de Cæœlentérés.
Enfin les auteurs que nous venons de citer, voient encore un rapprochement à faire entre les Microzoaires et les Cœlentérés dans la manière dont ces êtres se reproduisent. Les Cœlentérés possèdent la propriété de se reproduire par bourgeonnement et par fissiparité, et les êtres ainsi produits peuvent, les uns se séparer du premier parent elmenerune vie indépendante; les autres au contraire rester constammentunisà l'organisme qui lesa produits etconstituer ainsi des colonies massives où ramifiées. Cette reproduction se montre, en effet, à peu près dela même manière chezles Microzoaires, les Rizopodes et même les Eponges, mais, outre que ce caractère n’a rien de bien essentiel, il faut encore remarquer que chez les Cœælentérés les organes sexuels sont bien développés, qu'ils existent dans l’épaisseur qui sépare la tunique externe de la parot intestinale et que leur organisation est parfaitement établie, tandis que rien ne prouve encore que les Microzoaires soient doués d'organes sexuels auxquels seraient dus les produits de leur multiplication.
Un naturaliste dont le nom fait autorité dans la science, Agassiz trouve une grande affinité entre les Microzoaires, les Turbellariés et les Planaires. Il prétend même que les Infusoires ne sont que des embryons des animaux que nous venons de citer et qu'il en a vu sortir des œufs de Planaires. Aussi est-il d'avis que l’on doit rayer les Infusoires de la série animale et les répartir parmi les Bryozoaires, les Arthropodes, les Rayonnés et les végétaux.
Il est probable qu'à l’époque où Agassiz émellait une opinion aussi monstrueuse, il était loin de connaitre l’organisation assez compliquée des Microzoaires, car aujourd’hui que les recherches microscopiques ont fait un progrès immense, 1l ne peut venir à l'esprit d’aueun naturaliste de confondre un Infusoire vrai avec un Ravyonné, un Bryozoaire où un Helminthe.
En résumé, les Infusoires proprement dits, les Rhizopodes ou Foraminifères, etles Spongiaires forment un embranchement naturel qui doit venir immédiatement après celui des Rayonnés. Les Microzoaires trouvent leur place en tête de ce cinquième embranchement et viennent dans la série animale à la suite de la classe des Polypes.
Isse distinguent de tous les animaux qui les précèdent par l'existence d’un organe spécial aux êtres qui composent le cinquième embranchement. Cet organe que l’on nomme vésicule contractile est le centre de la circulation chez les Infusoires et préside probablement aussi aux fonctions respiratoires.
C’estencore cette vésicule contractile, dont la présence ou l'absence bien constatée, autant que le permettent les instruments d'optique que nous possédons, devient un criterium certain, qui doit différencier les Microzoaires des végétaux inférieurs avee lesquels ils ontété et sont
encore confondus par la plupart des microzoologistes.
LS
CLASSIFICATION DES MICROZOAIRES.
« L'histoire des Infusoires, dit M. Dujardin (1), est étroitement « liée à l'histoire du microscope, sans lequel les veux de l’homme « n'eussent jamais pu en avoir une notion suffisante. »
C'est une vérilé, banale aujourd’hui, mais que l’on ne doit cependant pas perdre de vue quand on suit les progrès que la mierozoologie a faits depuis Lecuwenhoek jusqu'à nos jours, et qui rend bien comple, non-seulement des erreurs qui ontélé commises par les premiers micrographes, mais qui explique aussi la marche ascendante qu'a suivie l'étude des Infusoires et les modifications qui ont été successivement apportées dans les classifications proposées depuis Muller par les différents auteurs qui l'ont suivi.
Le microscope, malgré les perfectionnements qu'il a reçus dans ces derniers lemps, est loin encore de satisfaire aux désirs des savants : Si nous avons pu déjà sonder les mystères de quelques-uns de ces organismes qui fourmillent dans nos eaux dormantes, si dans quelques grandes espèces, nous avons pu découvrir les organes étranges et compliqués dont se composent ces petites merveilles animées, combien n’en restent-ils pas encore qui, par leur taille exiguë, échappent à notre investigation et nous laissent dans un doute pénible au sujet de leur nature et de leur composition organique ?
La science microzoologique est donc bien certainement encore subordonnée aux progrès de l'optique et nous sommes obligés de convenir que c’est par analogie, par des rapprochements plus ou moins fondés que nous assimilons aux Infusoires bien étudiés, ceux qui par
(1) Dict. univ. d'Hist. nat., t, VII, 1° partie, p. 43.
l'exiguité de leur faille, échappent encore aux recherches les plus at- [e) , lentives. Heureux ceux qui viendront après nous, si les progrès de la physique les mettent en possession d'instruments plus parfaits et qui leur permettront ou de relever les erreurs que nous pourrons commettre où de donner une sanction définitive à ce que nous crovons
aujourd'hui être une vérité dans la science.
Otto-Freder Muller est bien certainement le premier mierographe qui ail essayé de poser les bases d’une classification des Infusoires. Mais il ne possédait pas les instruments que les progrès récents de la science ont perfectionnés et ne put observer tous les organes externes ou internes des animalcules qu'il a étudiés. C’est ainsi qu'il a décrit comme complétement nus, comme des animaux arrondis ou déprimés, des êtres qui sont en réalité pourvus de cils vibratiles ou d’appendices flagelliformes.
Muller divise ses Infusoires en deux grouppes : Le premier renferme des Microzoaires qu'il croit dépourvus d'organes externes; et le second comprend fous ceux chez lesquels il reconnait des appendices quelconques.
Voici le tableau de sa division méthodique, telle qu'il la pré-
senta (1) dans son ouvrage sur les infusoires.