PREMIÈRE PARTIE
Le volume extrèmement réduit de la plupart des Infusoires, la rapidité souvent vertigineuse de leurs mouvements, leur changement brusque de forme, les modifications qu'ils subissent au moment de leur multiplication et la diffluence souvent complète de leur corps, alors que l’on croit pouvoir les saisir et les examiner, sont autant de difficultés qui ont rendu leur étude extrêmement pénible et engendré de longs débats dans la science au sujet de la structure de leurs organes el des fonctions qu'ils sont appelés à remplir.
Les premiers observateurs, mal servis par les instruments imparfaits qu'ils possédaient alors et ne pouvant étudier que les objets qu'ils
leur permellaient de voir, ne purent se rendre compte de la nature
animale ou végétale des êtres qu'ils découvrirent, et bien moins encore de leur organisation. C’est ainsi que Baker (1743), Trembley (1744), Hill (1752), Joblot (1754) et presque en même temps Ræsel, Ledermuller, ete., firent connaître successivement différents animaux microscopiques qu'ils rencontrèrent dans les mares, les ruisseaux ou les infusions artificielles, mais sans les distinguer des nombreux êtres étrangers qu'ils confondirent avec eux. Après Wrisberg (1764), qui le premier donna aux animaux microscopiques le nom d’/nfusoires, et Linné, qui les confondit sous le nom de Chaos, Ellis (1769) et Eischorn (1776) décrivirent un assez grand nombre de Microzoaires et semblèrent avoir ouvert à leurs successeurs la voie qui devait bientôt conduire à des études plus approfondies sur la nature des Infusoires et les fonctions de leurs organes. En effet, les travaux de Spallanzani et de Saussure sont déjà caractérisés par des données physiologiques sur la manière de vivre des Infusoires et sur leur mode de multiplieation, et Gleichen (1778), qui parvint à les colorer artificiellement en leur faisant absorber du carmin, démontra les facultés nutrilives des Infusoires et traça une route nouvelle aux savants qui dès lors essayèrent de fonder une classification de ces petits êtres, tels que Muller, Lamarck, Bory-Saint-Vincent, ete.
Mais cette expérience remarquable devait surtout avoir un retentissement prodigieux quand Ehrenberg publia ses recherches sur la structure des Systolides et des Infusoires. Mieux servi que ses prédécesseurs par des instruments perfectionnés, il répéta l'expérience de Gleichen, vit les bols alimentaires se distribuer dans l'intérieur des Infusoires et sur ces observations posa les bases de sa nouvelle elassification : non-seulement il attribua aux Infusoires des estomacs nom breux, mais il leur trouva des organes sexuels, visuels, nerveux, musculaires, et enfin une organisation qui les rapprochait des êtres supérieurs.
Ces travaux, qui étonnèrentle monde savant et y soulevérent un
enthousiasme extraordinaire, ne tardèrent pas à provoquer une réaction à laquelle du reste il était facile de s'attendre. La théorie de la polygastricité et les éléments organiques décrits par M. Ehrenberg furent simultanément attaqués en France et en Allemagne et même par les élèves du savant professeur de Berlin. On nia les estomacs, les muscles, les organes sexuels et nerveux, ete., et lon tomba bientôt dans un excès contraire en refusant aux Infusoires toute trace d’organisation. M. Dujardin, l'adversaire français le plus passionné de M. Ehrenberg, alla encore plus loin ; il ne voulut pas reconnaitre aux microzoaires une enveloppe, un tégument quelconque, et il en fit une masse gélatiniforme susceptible de se creuser spontanément des vacuoles et qu'il nomma sarcode.
Il serait trop long aujourd’hui de faire l'historique de ces débats interminables qui surgirent dans la science au sujet de l'existence admise ou rejetée des organes des Infusoires ; l'erreur se trouve nécessairement aux deux extrêmes ; aussi, entre les affirmations ardues de M. Ehrenberg et les dénégations exagérées de M. Dujardin, il existe unensemble de connaissances, vrai domaine de laréalité,que les travaux des micrographes contemporains ont contribué à mettre en évidence, et auquel nous venons aujourd'hui apporter le tribut de nos propres recherches.
Bien qu'il existe une relation, une certaine parenté entre les différents organes que nous allons étudier chez les Infusoires ; bien que certains de ces organes servent à la fois à des fonctions multiples soit de relation, soit de nutrition, pour plus de clarté et pour rendre cette étude plus facile, nous les diviserons en organes externes el organes internes.