GENRE : STENTOR
(PL. I, fig. 4-10. — PI. I, fig. 1-19. — PI. IL, fig. 1-7.)
Le genre Stentor renferme des animaux ciliés sur tout le corps, éminemment contractiles et susceptibles de se fixer temporairement par leur partie inférieure. Leur forme, lorsqu'ils sont étendus, est celle d’un cône très allongé, terminé inférieurement par une partie amintie et présentant au sommet une surface tronquée, légèrement bombée, et où l’on retrouve tous les organes qui distinguent les Vorticellides : le péristome, le disque vibratile et la spire buccale. Comme chez toutes les Vorticellides, le disque vibratile porte l'ouverture buccale et l'anus, et, par suite d’une contraction des fibres myosiques longitudinales, il peut se retirer en dedans pendant que le péristome se referme sur lui. Dans cet état la forme générale se trouve modifiée, et le Stentor affecte une forme sub-globuleuse.
Claparède et Lachmann ont attaché trop d'importance à la présence des cils qui couvrent le tégument de certaines Vorticellides ; nous avons déjà vu que, retirant les 7intinnus de cette section, ils ont érigé ce genre en famille, se basant spécialement sur la présence des cils qui couvrent la surface. Ils ont fait plus pour les Stentors; nonseulement ils les ont éloigné des Vorticellides, mais, sous prétexte que la spire tourne à droite plutôt qu'à gauche, et que le corps est entièrement cilié, oubliant les caractères les plus essentiels de ces animaleules, ils les ont placés dans la famille des Bursariens, une de leurs familles la plus mal établie.
Il est une loi qui n’est pas encore assez reconnue et appréciée par les naturalistes, et qui chaque jour s'impose de plus en plus dans la science, c’est que la fonction prime l'organe. Un organe qui n’a plus de fonction à remplir s’atrophie bientôt et finit par dispa-
raitre, tandis que là où une fonction est devenue nécessaire, l'organe
se constitue pour y subvenir. Nous avons vu l'application de cette loi chez les Vorticelles, dont le corps est glabre tant qu'elles restent attachées à leur pédoneule, mais qui s’entourent d’une couronne de cirrhes aussitôt qu’elles doivent se détacher et devenir errantes. Cette même couronne ciliaire, qui avait pris naissance pour subvenir à cette fonction accidentelle de natation, s’annihile et disparait bientôt, aussitôt que la vorticelle s’est fixée d’une manière définitive. Qu’y a-t-1l done d'étonnant que les Vorticellides, quidoivent habituellement mener une vie errante, soient munies d'organes de natation? Les 7értinnus et plus encore les Stentors, possèdent à un haut degré les caractères essentiels des Vorticellides, mais, en même temps, ils sont organisés pour vivre en liberté et sont spécialement nageurs. C’est cette dernière condition d’existence qui explique la présence des cils dont est revêtu leur tégument. Non-seulement le Stentor nage librement quand il est épanoui et que tous ses organes externes, cils tégumentaires et cirrhes buccaux, sont en action, mais s’il vient à rencontrer un milieu qui lui déplait, et qu'il soit contraint de replier ses organes de digestion, il peut encore nager et se mouvoir librement dans le liquide au moyen des cils tégumentaires, soit pour se diriger en avant, soil pour nager à reculons, diastrophiquement, selon l'expression peu euphonique de Perty.
Quelques auteurs pensent que les Stentors peuvent sécréter une gaine, une coque semblable à celle des Vaginicoliens; rien dans nos observations ne nous a mis à même de constater ce fait, et nous sommes porté à supposer que l’on a pris certains Vaginicoliens pour des Stentors. Ces animalcules sont assez abondants dans l’eau des ruisseaux, et le plus commun etle mieux étudié est le S/entor polymorphus.
2% GENRE : TRICHODINA.
(PI. XIL, fig. 10, 10°, 40°, 10°, 102.)
Le genre 7richodina a été créé, par Ehrenberg, pour des Infusoires qui nagent au moyen d’une couronne ciliaire postérieure persistante, et leur permet aussi de marcher avec rapidité sur les corps étrangers. Ehrenberg a malheureusement réuni aux Trichodines les Haltéries, qui en sont assez éloignées.
Dujardin, rejetant le nom de 77r/chodina, parce que le genre est mal constitué, accepte celui d'Urceolaria inventé par Lamarek et en fait un genre encore moins heureusement composé.
Les Trichodines ont été bien étudiées et bien décrites par Stein et Busch, et elles présentent à leur partie antérieure tous les caractères des Vorticellides.
L'espèce type est le 7richodina pediculus. —"T.pediculusetstellina, Ehrenberg. — Urceolaria stellina, Dujardin. — Vorticella stellina et Cyclidium pedicula, Müller.
Claparède et Lachmann décrivent sous le nom de 7richodinopsis un Infusoire qui a assez d’analogie avec le genre précédent, mais qui en diffère par son sommet conique et couvert de cils abondants. Cet animaleule vit en parasite et en grand nombre dans l'intestin du Cyclostoma elegans, sur la membrane interne duquel il court avec rapidité au moyen de la couronne ciliaire qui est disposée à sa base autour de l’organe fixateur analogue à celui des 7richodina.
Cet Infusoire, décrit et figuré par Claparède et Lachmann (DAS 138, pl. IV, fig. 1-5) sous le nom de 7richodinopsis paradoxa, mérite d'être encore mieux étudié pour fixer d’une manière sérieuse la place qu'il doit occuper.
3° GENRE : UROCENTRUM (PI. XXIV, fig. 5.)
Le genre Urocentrum ne renferme encore qu’une seule espèce qui possède probablement les caractères des Vorticellides, car presque tous les auteurs ont été d'accord pour placer l'Urocentre dans la famille des Vorticelles ou des Urcéolariens. L’espèce unique, U. turbo, est doué d’un mouvement si rapide de natation, qu'il est extrèmement difficile de se rendre bien compte de sa constitution. On voit cependant qu'ilse contracte énergiquement comme les Vorticelliens, et il est probable que la couronne ciliaire ou la spire buccale qui se voit au sommet de cet Infusoire, se trouve aussi sur un disque vibratile
rétractile, près duquel se trouve probablement Pouverture buecale.
SECOND SOUS-ORDRE PARAMÉCIDES (Paramecidæ)
Le second sous-ordre des Microzoaires à tourbillon renferme tous les Infusoires qui ne possèdent pas au sommet évasé de leur corps un disque vibratile et pouvant rentrer entièrement dans l’intérieur de l'animal. Les Paramécides occasionnent aussi dans le liquide ambiant un tourbillon énergique, déterminé par des cirrhes ou des cils buccaux plus ou moins développés ; mais, quelle que soit la forme ou la disposition de la frange buccale, jamais elle ne peut rentrer dans le corps de l’animal, comme cela se montre chez les Vorticellides.
Il ne faut pas croire cependant que les Paramécides ne puissent jouir d’une certaine contractilité. Si, dans le plus grand nombre de cas, le corps de ces Infusoires est rigide ou, tout en restant élastique, n'est doué d'aucune contractilité, dans d’autres, au contraire, on
voit les fibres myosiques très-développees dans le tégument, et leur contraction peut être assez énergique pour modifier momentanément la forme ordinaire du corps. Les Spirostomes, les Lacrymaires, ete., ont celle puissance de contractilité portée à un haut degré; mais, quelle que soil du reste la forme que cette contractilité imprime au corps de l'animal, lorifice buccal reste toujours à l'extérieur ainsi que les organes vibratiles qui peuvent l’entourer.
La famille, parmi les Paramécides, qui se rapproche le plus des Vorticellides, est celle des Æalterina. Les espèces qui composent cette famille portent toutes au sommet d'un corps arrondi et glabre une couronne de cirrhes qui entourent l’orilice buccal. Mais le disque vibratile n'existe pas, et, si dans certains cas les cirrhes peuvent se grouper en faisceau au sommet, jamais on ne les voit disparaître dans l’intérieur de l'animal. Les caractères des autres familles que comprend le sous-ordre des Paramécides sont établis sur les organes de locomotion pour les Kéroniens, l'appareil dentaire dégluteur pour les Nassuliens, la présence d’un pied spécial chez les Erviliens, la contractilité très-développée ou nulle des téguments chez les Lacrymariens et les Paraméciens, et enfin la présence d’une carapace persistante et tout à fait spéciale à la famille des Colipiniens.
Tableau des familles des Paramécides,
! s /Une couronne de cirrhes buccaux; corps glabre........ IV. HALTERINA.
d 2] È nageurstetmarCheurs. "#1 .M6t 0 tone V. KERONINA. 5 ] Pas de cou- 2) ronne de Un appareil dentaire déglu- & 2] cirrhes;In- VEUTS do over Ne noue e VI. NASSULINA. 5 |S | fusoires... 5 . AS a /À4 pr au te nageurs seu- ! Un pied spécial... VIT. ERviILINA. à lement. . . | E Point de Point de /très-conx dents..) pied, | tractile,. VIII LacrymarNa. animal- }non concule....| tractile. IX. PARAMECINA.
Une CuIraSse DETSISTANTE Ne nee nr es EU AP TE X. COLEPINA.
IV° FAMILLE : HALTÉRIENS (Halterina).
La famille des Haltériens a été fondée par Claparède et Lachmann, qui ont parfaitement compris que les deux genres qui les composent ne peuvent trouver place dans les autres familles des Paraméeides. Le type de cette famille, 4. grandinella, a été placé par Ehrenberg dans les Trichodines, et par Dujardin, et plus tard par Pritchard, dans la famille des Kéroniens, avec lesquels il n’a aucune affinité.
Les Haltériens ont le corps globuleux, avec une couronne de cirrhes buccaux, entourant la bouche au sommet, mais sans disque vibratile. Ils ont le corps glabre, mais, dans un des deux genres de cette famille, ils possèdent une série de soies, longues et rigides qui, en fouettant énergiquement le liquide, leur font exécuter des bonds prodigieux d’étendue et de rapidité.
Les deux genres qui composent cette famille se reconnaissent
aux caractères suivants :
Des sOleSSeRVANTAUISAUL EE ee ee nee A, HALTERIA. HALTERINA.
Pointidessoies SalATICES Se 2e De eee 2. STROMBIDION,
1% GENRE : HALTERIA (PI. XII, fig. 3. — PI. XII, fig. 19, 20, 22, 24. — PI. XXIV, fig. 1,2, 3 et 4.)
Le genre /Jalteria a été créé par Dujardin pour des Infusoires globuleux ou turbinés, munis, outre les cirrhes du sommet, d’une couronne de longs cils placés à l'équateur de lanimal, et qui par leur brusque mouvement lui permettent de se déplacer au loin en faisant un bond rapide. Nous avons observé une espèce qui, en repliant ses longs cils en arrière, pouvait se fixer et marcher sur les corps étrangers.
L'espèce type de ce genre est l’Æalteria grandinella, Dujardin.
9e GENRE : STROMBIDION
(PI. XXII, fig. 23. — PI. XXIV, fig. 7-8).
Le genre Sérombidion ne diffère du genre précédent que par l'absence des soies saltatrices. Les Strombidion ont le corps entièrement glabre, et portent seulement une couronne de cirrhes qui entoure la bouche placée au sommet. La diffluence du corps est souvent instantanée chez les Strombidion et sans causes appréciables.
L'espèce type de ce genre, créé par Claparède et Lachmann, est le S. sulcatum. Clap. el Lach., ec. cit., p. 371, pl. VIIL, fig. 6.
Le S. Turbo des mêmes auteurs, nous semble très-douteux, et pourrait bien être le corps d’une Vorticelle détachée.
V° FAMILLE : KÉRONIENS (Xeronina)
La famille des Kéroniens est entièrement formée de Paramécides spécialement organisés pour la marche et la natation. Les espèces qui composent cette famille possèdent des organes externes que nous avons étudiés plushautsous les noms de cirrhes, cornicules etstyles (1), el qui agissent à peu près comme les pieds des animaux supérieurs. Nous gardons à cette famille le nom de Kéroniens que lui a donné Dujardin, en souvenir du genre Xerona de Müller, que cet auteur a bien caractérisé par ses appendices corniculés.
Claparède et Lachmann ont remplacé le nom de Kéroniens par celui, assez peu euphonique, d’Oxytrichiens, parce qu'ils ont mal compris et rejeté le genre Xerona. Us divisent leurs Oxytrichiens en deux sections: la première renferme les Kéroniens qui sont munis de cirrhesmarginaux, et la seconde ceux qui en sont dépourvus. Ces divi-
(1) Premier fascicule, p. 16 et suivantes,
sions correspondent à celles établies par Dujardin pour les Kéroniens sans Cuirasse ef ceux qui en sont munis. Nous croyons aussi que ce que l’on appelle cuirasse chez les Kéroniens, n’est qu'une apparence due aux téguments durcis, puisque ces cuirasses peuvent diffluer ainsi que le reste de l'animal, mais cet état donne à l’Infusoire un aspect tout particulier de raideur dont on doit évidemment tenir compte. Notre famille des Kéroniens comprendra les Kéroniens et les Plæsconiens de Dujardin, les Oxytrichiens et les Euplotiniens de Pritchard.
Voici les principaux caractères qui distinguent les différents genres que renferme la famille des Kéroniens.