È 32 ETUDES SUR LES MICROZOAIRES
reste plus qu'à examiner la nature de cet organe et la disposition qu'il affecte chez les différents Microzoaires.
Le tube intestinal des Infusoires commence soit directement à la bouche, soit à l'extrémité inférieure de l'œsophage, et se termine à l'anus après avoir suivi dans le corps de l'animal un trajet plus ou moins long et sinueux. Il est conslitué par une membrane fine trèstransparente et éminemment élastique. Cette membrane est entièrement enveloppée par celte substance molle, transparente, analogue à de l’eau de gomme très-épaisse et à laquelle Dujardin a donné le nom de sarcode. Cette substance, qui présente chez l'Infusoire le tissu cellulaire des animaux supérieurs, est la gangue dans laquelle sont renfermés tous les organes de la digestion, de la circulation, de la reproduction, ete.; c’est elle qui remplit tous les espaces compris entre les organes internes, et c’est sur elle que s'applique la cuticule doublée des fibres myosiques.
Celle substance sarcodique, douée d’une élasticité qui n’a d’analogue que l’élasticité des gaz, semble être constamment sous linfluence d’une certaine pression interne contre laquelle elle réagit sans cesse. C'est cetle réaction qui ferme la vésicule contractile quand elle doit répandre son contenu dans les vaisseaux qui en dépendent; c’est elle qui rend au corps sa forme primitive accidentellement déformée par une contraction des fibres myosiques ou par la pression des corps étrangers; c'est elle aussi qui ressert sur elle-même la membrane propre de l’inteslin, et réduit infiniment son volume à l'état de vacuité. Cette substance sarcodique joue le rôle d’un ressort tendu dont tous les points de l'animal subissent lincessante pression.
Suivons maintenant avec une attention et une patience soutenues la manière dont les aliments pénètrent dans l'intestin, et dont ils en sortent après avoir subi l'influence de la digestion.
Les Infusoires à tourbillons possèdent tous un appareil vibratile
qui détermine dans l’eau un courant frès-rapide et souvent d'une
grande étendue, et qui a pour résultat d'amener à la bouche les particules dont lInfusoire doit se nourrir. Les Microzoaires qui possèdent un æsophage ont la bouche constamment béante, et le courant occasionné par les Cirrhes buccaux y entraine avec une eerlaine violence les particules solides tenues en suspension dans l’eau. Ces particules entrent presque toutes jusqu’au fond de l’æsophage, mais de là une certaine quantité et surtout les plus volumineuses, en sont rejetées en suivant un courant opposé au premier qui les a apportées. Les particules qui restent au fond de l'æsophage s’y accumulent, pressent sur la membrane accolée de l'intestin vide, y forment une dépression d’abord hémisphérique. qui augmente rapidement en volume, et constitue une masse de plus en plus arrondie. Lorsque, sous la pression du courant provoqué par les Cirrhes buecaux, le bol qui s’est formé à la base de l’œsophage en écartant et en dilatant les parois inteslinales, est arrivé à la grosseur voulue, le sommet du tube intestinal se resserre brusquement derrière le bol et le pousse à une distance assez éloignée de la base de l’œsophage; la membrane pressée par le parenchyme élastique revient sur ellemême, et parail fermer de nouveau l'extrémité de l’æsophage jusqu’au moment où, dilatée par la pression d’un nouveau bol, le même Jeu recommence. Mais, pendant que le second bol se forme à la base de l’æœsophage, le premier ne reste pas stationnaire, et sous l’influence d’une pression péristaltique il s'engage de plus en plus dans le tube intestinal qui s'ouvre devant lui et se referme par derrière avec une élasticité inexprimable. Cette remarquable élasticité de la membrane intestinale et de la masse sarcodique fait que le bol également pressé de loutes parts conserve toujours sa forme arrondie pendant tout son trajet à travers lintestin, et c’est pendant cette migration que, subissant une digestion dont nous ne pouvons apprécier le travail, il diminue de plus en plus en volume, et que les substances solides qu'il renferme, lorsqu'elles ne sont pas indigestes, sont modifiées dans leur
forme, leur grosseur et leur coloration. Le bol arrive enfin à l'anus et s'arrête là souvent un certain temps avant d’être expulsé. Il n'est même pas très-rare de voir en cet endroit plusieurs bols réduits à un petit volume par l'acte de la digestion se réunir en une seule masse avant d’être rejetés au dehors.
Les bols mettent souvent un temps très-long à parcourir le trajet de l'intestin, et l'observateur est obligé de s’armer d’une patience à toute épreuve pour pouvoir suivre d’une manière exacte leur migration à travers le corps de l’Infusoire. Les Vorticelles, qu'il est facile de transporter d’un milieu dans un autre, sont un excellent sujet d'étude pour examiner les fonctions digestives; après leur avoir fait absorber quelques bols colorés par du carmin, on les transporte dans une eau qui n’est plus colorée, et l’on peut facilement suivre les progrès des bols colorés à travers l'intestin. Ces Microzoaires mettent douze, dixhuit et quelquefois vingt-quatre heures à opérer le travalde la digestion et à rejeler au dehors les parcelles non digérées. Les Stentors, les Pa ramécies, et en général tous les Infusoires à œsophage sont à peu près dans le même cas, el la différence que l’on remarque dans la lenteur ou la rapidité de la digestion de ces animaux tient la plupart du temps au milieu dans lequel ils se trouvent et aux conditions de lumière et de chaleur qu’ils subissent.
Les Infusoires qui ne possèdent pas d’æsophages ont la membrane intestinale immédiatement unie aux bords de la bouche, et forme à la base de celle-ci un cul-de-sac qui s’entr’ouve facilement pour recevoir des objets volumineux tels que des navicules, des bacillaires, ele. Cetie disposition que l’on remarque ehez les Stylonychies, les Kérones, ete., est en rapport avee la voracité de ces animaux, que lon voit souvent remplis de navicules (1). lei l'intestin parait consutué par une fente dont les parois semblent complétement accolées à l'état de vacuité, et qui occupe une grande partie du corps de animal.
(4) PL XIII, fig. 19.
Plus on étudie les Microzoaires dont la taille diminue, et plus les organes de la digestion échappent à nos recherches; c’est ainsi qu’en arrivant aux Infusoires oscillants, on peut encore, dans les grandes espèces se rendre comple de l'appareil digestif, mais bientôt tous les organes échappent à nos regards, nos instruments deviennent impuissants, et c’est à peine si chez les petits Infusoires on constate dans l’intérieur du corps la présence du carmin qu'ils ont absorbé.
Nous avons dit plus haut que la membrane de l'intestin comprimée par la masse sarcodique pouvait se trouver réduite au point d'échapper à l'examen; dans d’autres eas, le trajet de l'intestin reste visible même pendant sa vacuité; ce fait est surtout facile à constater chez les Infusoires qui renferment un pigment coloré (1) qui, par sa rareté ou son absence au voisinage de l'intestin, laisse apparaitre en clair le trajet du tube intestinal.
Cette membrane intestinale, qui généralement est très-resserrée, peut dans certains cas se dilater d’une manière disproportionnée, et cela sans se rompre. Il n’est pas rare de voir des Microzoaires avaler des brins d’oscillaires qui, comme un ressort, distendent la cavité intestinale, et vont jusqu’à déformer accidentellement le corps de l’Infusoire lui-même.
La forme générale du tube intestinal varie chez les différents Microzoaires ; il s'étend quelquefois directement sous l’aspect d’une large fente de la bouche à l'anus, comme chez les Stylonychies, les Kéro-— nes, ele. Chez les Stentors, il descend en droite ligne de l’æsophage à la base de l’Infusoire pour remonter du côté opposé et arriver à l’a nus situé sur le disque vibratile. Il suit à peu près le même trajet chez les Vorticelles, les Epistylis, les Vaginicoles, ete., seulement 1l se contourne en un tour de spire et présente à peu près la forme d'un 8 ouvert à son sommet. Dans les espèces qui composent les familles des Paraméciens, le tube intestinal fait tout le tour de l’animal depuis la
(A) PL XV, 6g. 6.
bouche jusqu'à l’anus situé souvent sur le même côté, d’autres fois il se replie etse contourne sur lui-même pour aller s'ouvrir à la partie inférieure de l’'Infusoire. La cavité intestinale peut, en un mot, affecter les formes les plus variées, mais nous n'avons jamais pu retrouver ces intestins ramifiés et contenant de nombreuses poches stomacales que mentionnent Ehrenberg, Gegenbaur, Liberkuhn et Pritchard, chez le Trachelius ovum, et que semblent admettre Claparède et Lachmann, ces deux adversaires de l'existence d'un intestin.
L'existence d’un anus étant la conséquence naturelle de la présence d’un inteslin, cet organe à été admis par presque tous les micrographes qui, depuis Ehrenberg, ont étudié les fonctions digestives des Infusoires. Dujardin ne reconnaissant à ces animalecules aucune organisation devait naturellement nier l'existence de l'anus, et considérer comme une ouverture accidentelle celle qui donnait passage au résidu de la digestion; mais ce qui surprend davanlage, c'est de voir Claparède et Lachmann, eux qui ne reconnaissent pas d’intestin proprement dit, qui maintiennent que les « bols sont « expulsés dans la cavité du corps par une contraction du pharynx, et «qu'ils se trouvent flotter dans un liquide épais», se ranger à Pavis d'Ehrenberg, de Frantzius, de Leuckart, de Samuelson, de Carter, etc., et attaquer vivement Dujardin, parce que ce dernier, conséquent avec sa manière de voir, ne veut pas reconnaitre l'anus. C'est de la part de ces auteurs une contradiction dont il est difficile de s’expliquer le motif.
L’anus oceupe différentes places chez les Infusoires. Ceux de ces animaux qui possèdent un disque vibratile susceptible de rentrer dans l’intérieur du corps, par suite d’une contraction brusque, tels que les Stentors, les Vorticelles, les Epistylis, les Vaginicoles, etc., ont l'anus placé près de la bouche sur le disque vibratile lui-même; la plupart des Microzoaires marcheurs possèdent un anus placé à la partie pos-
térieure du corps et largement ouvert; d’autres, comme une partie
des espèces qui forment le groupe des Paraméciens, l'ont placé sur un des côtés du corps.
L’anus, en s’ouvrant pour laisser passage au résidu de la digestion, subit quelquefois des contractions successives, et qui rappellent les mouvements occasionnés chez les animaux supérieurs par le sphineter qui entoure cet organe.
B. Système circulatoire et respiratoire.
1. APPAREIL CIRGULATOIRE. — Tous les micrographes qui ont précédé Ehrenberg el le savant professeur de Berlin lui-même n’ont pas reconnu la circulation qui existe chez les Infusoires. Ehrenberg considère la vésicule contraclile et ses annexes comme un organe sexuel mâle; cette vésicule est pour lui un organe séminal, et ses contractions sont autant d'éjaculations de semence. Dujardin qui avec raison rejette la théorie d'Ehrenberg ne voil dans ces vésicules contractiles que des vacuoles analogues à celles qui se forment spontanément dans le sarcode sous l’empire de la déglutition, et il admet que toutes ces vacuoles peuvent disparaître dans un moment donné sans se reproduire à la même place, ce qui est complétement erroné et contraire à l'observation la plus élémentaire, en ce qui concerne la vésicule contraetile.
Aujourd'hui tous les naturalistes sont d'accord sur la stabilité de la vésicule contractile, mais on est encore loin d’être d'accord sur ses fonctions et sa nature. En effet, les uns ne veulent pas reconnaitre pour cet organe et les vaisseaux qui en dépendent une membrane propre et les considèrent comme des espaces pulsaloires qui existent dans le parenchyme. Cette manière de voir qu'à priori la simple raison ne saurait admettre est cependant soutenue par des savants
d’une grande valeur, parmi lesquels figurent Stein, Perty, de Siebold,
Leuckart, ete., et l’on se demande en vain comment on peut concevoir un vide, dépourvu de membrane propre dans un milieu quelconque et qui possèderait par lui-même la propriété de se contracter d’une manière rhythmique et toujours à la même place.
L'opinion contraire, celle que nous partageons et qui consiste à reconnaitre à la vésicule contractile et aux canaux qui en dépendent une membrane propre, est soutenue par des micrographes distingués, tels que Schmidt, Lieberkühn, Muller, Carter, Samuelson, Lachmann, etc. Il est vrai que cette paroi est tellement ténue qu'elle échappe aux investigations les plus minutieuses, mais, sans avoir à s'appuyer sur l'observation un peu hasardée de Carter qui prétend avoir constaté une fois dans une vorticelle en décomposition la séparation complète de la vésicule contractile des autres parties environnantes, il est évident, pour tout observateur attentif, que le fonctionnement de cet organe et sa stabilité dans un point donné du microzoaire suffisent pour faire admettre une paroi limitant cette cavité qui, sans elle, n'aurait aucun motif de se montrer toujours la même et au même endroit. Je sais bien que les adversaires de cette manière de voir font surtout valoir ee faitque, pendant la contraction de la vésieule, celle-ei disparait complétement, ce qui serait impossible ou diflicile à expliquer avec l'existence d’une membrane entourant sa eavité ; mais, outre que dans le plus grand nombre de cas, la vésieule ne disparait pas entièrement, que le plus souvent on constate à la place qu’elle occupait un point plus ou moins visible suivant les espèces plus ou moins développées que lon examine, la membrane est comme celle de la cavité digestive, tellement mince, hyaline et contractile, qu'il n'est pas étonnant qu’au moment de la systole elle disparaisse au regard de l'observateur. La membrane propre de la vésicule contractile est soumise aux mêmes lois que celle de la fente intestinale, au moment de la contraction elle ne se fronce pas comme
le ferait une membrane ordinaire des animaux supérieurs, son élas-
ücité réside en elle-mème, elle diminue de volume sans augmenter sensiblement d'épaisseur et, sous la pression constante du parenchyme de l’Infusoire, elle reste invisible dans bien des cas, jusqu’au moment où le liquide affluant par les canaux excite de nouveau la diastole et ramène la vésicule à cette forme arrondie qu'on lui connait.
Ces tissus transparents, dans lesquels nous ne pouvons reconnaître les éléments de la contraction et de la dilatation, existent dans la plupart des animaux inférieurs de notre cinquième embranchement. Les Foraminifères qui eux aussi possèdent une vésicule contractile ont le pouvoir d'émettre au loin des filaments souvent trèsténus et qui sont surtout constitués par la paroi blanche transparente qui enveloppe l'animal et dans laquelle ne pénètrent jamais les grains colorés du parenchyme. C'est cette paroi hyaline qui possède à un haut degré le pouvoir contracteur que l’on remarque chez ces animaux. Les dernières observations qui ont été faites sur la partie vivante des éponges et les cellules flagellées qu'on y remarque démontreut que ces êtres possèdent aussi ce même tissu transparent et doué d'un pouvoir contracteur assez puissant pour arriver à l’oblitération momentanée des orilices aquifères.
Tous les Microzoaires à tourbillon possèdent une ou plusieurs vésicules contractiles, les Microzoaires oscillants ou flagellés en paraissent aussi pourvus, quand le volume de leur corps permet au microscope d'en sonder les organes. La vésicule est très-visible chez les Euglènes, les Péridiniens, les Thécamonas, etc. Plusieurs auteurs l'ont constaté comme nous chez les Monades et les Volvox, et il est très-probable que la ténuité extrême des autres Infusoires oscillants esl la seule cause qui nous empèche de reconnaitre chez eux la vésicule contractile.
Cet organe se rencontre souvent unique, comme chez les Stentors, les Verticelles, les Épistylis, les Spirostomes, ete., et il y occupe une
position déterminée sur laquelle nous reviendrons en décrivant ces Microzoaires. Chez d’autres Infusoires, on remarque deux vésicules contractiles, chez le Paramecium Aurelia, par exemple ; d’autres en ont trois et souvent même un grand nombre, comme on le constate dans l’Amphileptus meleagris, VA. longicollis.
Quelques auteurs pensent que le grand nombre de vésieules chez le même animal est dû à un état variqueux des canaux qui en dépendent. Carter, entre autres, est de cet avis; 1l remarque, chez le Chilodon où la vésicule contractile est unique et existe normalement près d'une extrémité, qu'il se forme parfois des vésicules nombreuses disséminées irrégulièrement dans le corps de l’animal, sans qu'aucune occupe la place de la vésicule normale. Il en conclut que la vésicule contractile fait dans ce cas son apparition de lemps en temps, et que par suite d’une certaine irritabilité ou de quelque autre cause elle ne reste pas dilatée assez longtemps pour recevoir le contenu des canaux, qui alors se dilatent eux mêmes et donnent naissance à ces nombreuses vésicules accidentelles.
C'est à celle dilatation accidentelle des canaux que Pritchard rapporte les 50 ou 60 vésicules régulièrement disposées, et que Gegenbauer a décrites dans le Trachelius ; c’est à celte même cause qu'il attribue les 12 ou 16 vésicules décrites par Siebold et Perty dans l’Amphileptus. Il reconnait même dans le canal longitudinal qui descend de la base au sommet du Stentor une série de vésicules aceidentelles, provenant de la même cause, mais que jamais nous n'avons pu constater. On remarque, il est vrai, chez beaucoup de Microzoaires de grande taille qu’à la suite de la contraction de la vésicule, il se forme dans les canaux des renflements très-visibles et d’une certaine durée. Mais ces renflements ont toujours un aspect allongé, fusiforme et n'affectent jamais la forme arrondie et régulière de la vésicule contractile proprement dite.
Il n'est pas rare de rencontrer chez des Microzoaires qui ne
possèdent en réalité qu'une seule vésieule contractile, une seconde vésicule, d'abord plus petite que la première, mais qui bientôt acquiert à peu près la même taille. Cette seconde vésicule qui se montre sur un point plus ou moins éloigné de la première est le centre nouveau d'une cireulalion qui appartiendra bientôt à un nouvel être. En effet, aussilôt que cette seconde vésicule se montre, apparaissent tous les symptômes qui indiquent que le Microzoaire va subir une division par fissiparité : entre les deux vésicules contracliles on voit se former un étranglement qui se prononce de plus en plus; la frange de Cirrhes buccaux se montre là où doit se creuser la bouche, et une séparation lente mais constante s'opère dans tout le reste des organes internes.
Ehrenberg à très-bien compris et expliqué la formation de cette nouvelle vésicule contractile, dans un animal qui normalement n’en possède qu'une ; mais, outre qu'il lui attribue des fonctions qu'elle n'a pas, 1l suppose que cette nouvelle vésicule est le résultat de la division de la première. C'est une erreur que propage aussi Carter.
La vésicule contractile n’est pas soumise par elle-même à une division naturelle au moment de la fissiparité ; Stein et Wiegmann soutiennent avec raison celle opinion. On ne remarque cette division de la vésicule que chez les Infusoires pressés entre deux verres et qui sont sur le point d’être détruits. Et encore, cette division est-elle plutôt apparente qüe réelle, car, en observant attentivement ce qui se passe en ce moment, on est forcé d'admettre que le liquide renfermé dans la vésicule et soumis à une pression accidentelle, s'échappe par les canaux, les gonfle et y détermine une dilatation morbide très-développée. En somme, la vésicule contractile n’est pas soumise à la fissiparité, et celle qui prend naissance au moment de la division du Microzoaire se forme loin de la vésicule première et probablement sur le trajet d’un des principaux canaux de la cireulation.
Dans l’état actuel de la science microzoologique, l'existence d’une membrane propre à la vésicule contractile est à peu près reconnue par tous les auteurs. Lachmann cite à l'appui de celte opinion une observation que chacun peut répéter facilement, non-seulement chez le Spirostomum ambiquum, mais chez tous les Infusoires dont l'anus est placé près de la vésicule contractile. Il a remarqué avec justesse que, chez ce Microzooaire qui a la vésicule contractile située à l’extrémité du corps et près de l'anus, les bols alimentaires après avoir subi la digestion arrivent se mettre en contact avec la vésicule, la contournent en la pressant et même en la déprimant, sans jamais cependant pénétrer dans son intérieur.
Quelques auteurs, M. Carter en autres, pensent que la vésicule contractile s'ouvre dans la cavité buccale et y déverse son contenu ; Leydig croit avoir vu la vésieule en communicalion avee lextérieur dans la partie qui sépare la bouche de l'anus chez les Vorticellines. Ces auteurs ont été trompés par la position occupée par la vésicule qui en effet est dans ce cas très-rapprochée de la bouche et de l’anus, mais ils n’ont pas remarqué qu'à chaque contraction, la vésicule déversait son contenu dans un canal qui occupe eireulairement le sommet de l'animal et qui est très-voisin des organes de la digestion.
Nous ne voulons pas suivre Carter dans toutes les idées qu'il professe au sujet de la fonction que remplit la vésicule ; pour lui c’est une espèce de pompe qui soutire les liquides contenus dans lInfusoire et qui les rejette au dehors: ailleurs il en fait un instrument qui avec la même fonction est chargé de faire éclater les kystes de certains Microzoaires. Ces affirmations qui ne peuvent soutenir l'examen le plus élémentaire, ni le raisonnement le plus simple, ont été victorieurement combatltues par Claparède et Lachmann.
Quelques auteurs, micrographes distingués, ont émis une opi-
nion analogue à celle de Carter et qui consiste à croire que la vési-
cule contractile s'ouvre directement à l'extérieur. Schmidt (1) et Leuckart (2) pensent qu'il existe un canal conduisant le contenu de la vésicule au dehors de l'animal. Ni Stein, Claparède et Lachmann, ni nous, n'avons rien pu constater de semblable, ni voir le canal dont parlent les auteurs que nous avons cités. Il est vrai que chez un grand nombre d’Infusoires on voit (3), dans l’intérieur de la vésicule, une ou plusieurs petites taches claires qui ont l'apparence d'ouvertures. Ce sont, en effet, des ouvertures, mais qui ne communiquent pas avec l’extérieur et qui représentent les extrémités béantes des canaux dont nous parlerons bientôt. Claparède et Lachmann font remarquer avec raison, que si la vésicule contractile déversait son contenu à l'extérieur, elle déterminerait par cette raison un courant dans le liquide ambiant, chose qui n’a pas lieu ; mais il est inutile de chercher des raisons pour réfuter la manière de voir des auteurs qui soutiennent cette opinion, parce que, dans la plupart des Infusoires de grandes dimensions, on voit parfaitement la vésicule qui, en se contractant, refoule le liquide qu’elle contient dans les vaisseaux qui en dépendent et qui se dilatent sous cette pression.
La vésicule contractile est pour presque tous les observateurs actuels le cœur, le centre de la circulation chez les Microzoaires. Ses mouvements de systole et de diastole sont rhythmiques, et chaque contraction expulse de cette vésicule le liquide qu'elle renferme et qui se répand dans des canaux plus ou moins ténus qui y aboutissent, Ces canaux sont quelquefois très-nombreux et ramifiés et se répandent dans tout le parenchyme de l’Infusoire. Dans d’autres cas, ils paraissent plus rares et parcourent une partie de la périphérie. Sans vouloir entrer dans un examen détaillé de la disposition de ces canaux chez les Infusoires, examen qui trouvera plutôt sa place dans la des-
(4) Floriep. Notizen, 1846, p. 6.
(2) Loc. cit., p. 115.
(3) PI. XVI, fig. 5,
cription des genres, nous pouvons poser comme principe général, que les canaux les plus volumineux et par conséquent les plus visibles sont en rapport avec l’activité plus grande de certains organes, comme si cette activité exigeait une dépense plus considérable de suc nourricier. Ainsi, chez les Infusoires qui possèdent comme les Vorücelles, les Stentors, les Vaginicoles, ete., ete., un disque vibratil surmonté de Cirrhes buceaux doués d’une grande vigueur, il existe, partant de la vésicule contractile, un canal qui contourne ce disque et qui paraît plus volumineux que ceux du reste de l’animal.
Les canaux qui charrient le liquide nutritif sont à peu près de même dimension, sur un long parcours ; au moment de la contracüon de la vésicule, ils deviennent bien plus apparents en raison de leur augmentation de volume. Ils sont plus ou moins nombreux suivant les espèces; Lieberkühn a vu chez l'Ophryoglena flava, jusqu'à trente canaux venant s'ouvrir dans la vésicule; en général, le nombre de ces canaux est beaucoup plus restreint, et souventon n’en constate que quatre ou cinq par vésicule.
Chez les Infusoires qui possèdent plusieurs centres de circulation, chaque centre, c’est-à-dire chaque vésicule, possède un système de canaux qui lui appartient, mais jusqu'à ce jour on n'a pas pu s’assurer si ces Canaux avaient une communication directe entre eux.
Pour bien étudier le jeu de la circulalion chez les Microzoaires, il laut prendre pour sujet des Infusoires d’une grande dimension et donf le corps transparent se prête à un examen facile, tels que le Paramecium Aurelia, le Panophrys chrysalis, ete. (1). Au moment où la diastole a atteint son maximum, la vésicule se présente sous forme d’un globe parfaitement arrondi, clair, transparent et faisant le plus souvent saillie à la surface de l'Infusoire. La vésicule reste ainsi
gonflée pendant un certain lemps pour permettre à une fonction que
(1) PI, XVI, fig. 5 et 8.
Le)
nous éludierons plus tard de se remplir, et pendant ce temps les canaux qui y correspondent sont réduits à leur plus mince volume et généralement très-peu visibles. Mais bientôt on aperçoit ces derniers qui s’élargissent, leurs parois se séparent, le liquide les gonfle et la systole de la vésicule commence d’abord lentement, puis se termine brusquement et avec une telle énergie que la vésicule semble avoir entièrement disparu. Cependant tout le liquide qu'elle renfermait à passé dans les canaux qui prennent un instant près de la vésicule l'aspect fusiforme, mais qui, en se contractant, font circuler au loin le liquide qu'ils viennent de recevoir de la vésicule. Pendant ce travail et alors que la systole n’est pas complète, le système circulatoire affecte la forme d’une étoile avec un noyau arrondi, mais bientôt le noyau, c’est-à-dire la vésicule, disparait, et il ne reste plus à la place qu’une étoile dont les rayons dilatés s’effacent peu à peu à mesure que les parois des canaux réagissant sur le liquide qu'ils renferment la répaudent dans leurs ramifications périphériques.
On peut done s'assurer par l'observation directe de la manière dont le liquide contenu dans la vésicule est poussé dans les canaux qui en dépendent, mais il est beaucoup plus difficile de se rendre compte de l'arrivée du liquide nourricier dans la vésicule. Lieberküuhn et Carter pensent que le liquide qui remplit les vaisseaux revient dans la vésicule au moment de la diastole ; mais le premier admet que ce retour n’est effectué que pour permettre à la vésicule de le reverser ensuite dans ces mêmes canaux, tandis que Carter croit d’abord que c’est pour le rejeter à lextérieur. Claparède admet le jeu de cireulation indiqué par Lieberkuhn et ne voit dans la systole et la diastole de la vésicule que Pafflux et Le reflux du liquide nourricier dans les vaisseaux ; aussi, il compare la circulation des Infusoires à celle des Salpes, circulation qui s'effectue par un mouvement de va-et-vient continuel. Lorsqu'un Microzoaire possède deux ou plusieurs vésicules contractiles, dont les pulsations