II* CHEVALIER
* Et nous touz vous irons suivant
Par compagnie.
« Aurélian maîne Tespousée et de.... (Ici le manuscrit est coupe)
Sire , vezcy ( voici) vostre partie ( moitié)
Que vous amaine et que vous lais.
b Vostre feme est désm'emais^
Nul autre n'y peut droit clamer.
:^ Or pensez de vous entreamer ;
\ Que ^'est un fait et noble et sage
De vivre en paiz en mariage.
MTSTÈIUSS. £^5
En l'absence du sacrement^ à la |Biintelé duquel le mariage n'était pas encore élevé chez nous , ce langage est assez digne. Mais le manque de toute oérémonie forme un contraste remarquable avec celle qu'offriront tout à l'heure le baptême et le sacre de Clovis.
Glotilde> demeurée seule devant son mari , lui dit avec une touchante humilité :
Mon chiér seigneur, désoremais Me tien pour vostre chamberière.
Je vous pri ceste foiz première , Ghier sire , que vous m'ottroiez Et ce que je demande oiez ; £t me soit fait de vostre grâce , avant que service vous fiice Tel comme est tenue de faire Femme à son mari sanz meffaire , Quant il leur plaist.
CLOVIS
Demandez , Glotilde ; à court plait^ Je le feray^
GLOTILDE.
Ma requeste donc vous diray.
Sii!e y de vostre or point ne quier, Mais premièrement voi|s requier Qu'en Dieu le père vueillez croire Qui sanz fin règne au ciel en gloire ; Qui vous créa et qui tout fist , Et qui oncques rien ne meffist..*.
Ketenez pour ferme créance y Et voz ydole% délaissez
56 lITSTÈREâ.
Et d'aevner |e8 vous cessez ,
Car yanitez sont et faîntises.
Mais , sire , les sainctes églises
Qu'avez ars ( brûlées ) et fait destablir,
Faîtes refaire et restablir,
Et soyez de Dieu filz et membre.
U n'y a pas la (Pexorde par insinuation, comme le trouverait, tout naturellement^ une dame de nos jours. Remarquons qu'Esther, devant Assuérus y n'emploie aussi aucun détour :
Ce Dieu , maître absolu de la t^rre et des cieuit , N'est point tel que l'erreur le figure à vos yeux. L'Ëtemel est son nom , le monde est son ouvrage....
Cloyis répond à sa femme :
D'une chose ci me touchiez {touche^^ Trop fort à faire, ce sachiez.
Que j'aoure con Grestien Vostre Dieu ! Je n'en feray rien.
Cependant , comme elle ne tarde pas à mettre au monde un prince , car nous allons très vite y. elle croit avoir pris assez d'ascendant sur le père ^ pour faire baptiser son fils. Mais à peine l'enfant a-t-il reçu le sacrement qu'il meurt. Quelle douleur mêlée de résignation dans la sainte Reine, qui voit^ par cette épreuve que Dieu lui envoie, son mari plus éloigné encore du christianisme ! Glovis , qui attribue la mort de son fils à la colère de ses
dieux ^ rend en quelque sorte sa-femme responsable de la perte commune qu'ils ont faite. La réponse de Clotilde est remarquable :
Ghier sire , je rens d^ ce fait Grâces à Dieu y quant m'a fait digne , Qui sui sa petite meschine (sentante) , Qu'en sa gloire mon premier hoir (enfant) A daigné prendre et recevoir.
Glovis ne comprend pas trop cette sublimité de sentimens , et toutefois il paraît se soumettre à sa femme. Elle ne tarde pas à éprouver les dpuleursd'un nouvel enfantement. La sage-femme est appelée^ et, ce qui peut nous paraître incroyable à nous qui nous étonnions que le discret Térence eût presque fait accoucher sur la scène ufie de ses héroïnes, c'est que Clotilde y accouche réellement. Nous l'entendons dire à la sage-femme :
Je sens de paine assez , par m'âme ; M'amie , en moj n'a ris ne jeu.
Aidiezp-moy , doulce mère Dieu , Par Yostre graoe ! • *
LA VENTRIÈRE. {La Soge^Femme,) Ma chière dame , en po {peu) d'espace Serez de yoz grie^ maux délivre.
Ne dites pas que je soie jvre ; Souffrir encor un po vous fault.
Je Yoy que serez sans de£fault Délivre en l'eure.
CU)TILDE«
Diex ! quant sera-ce? Trop demeure
5S MTStiKES.
Geste aléjance à moj venir.
Vaeille vous de moj souvenir, Vierge Marie !