LE ROI
Proclamer et défendre la loi , B.écompenser, punir, vivre , mourir en roi ; Aimer et gouverner comme un pasteur fidèle
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Ce saint troupeau que Dieu, confie à ma tutéle , Être de mes sujets le père et le vengeur.
M. y. Hugo a fait aussi ^ eu i8a5, sur le Sacre de Charles X , une ode où Clovis intervient , mais qui n'est pas en dialogue.
Je n'ai pas parlé de deux tragédies de Clovis, l'une reçue, l'autre représentée au Théâtre-Français, et toutes deux imprimées, mais dont leis beautés, souvent classiques, sont aussi peu comparables au Baptême de Cloi^is que l'Apollon du Belvédère à la statue de saint Christophe. Les honorables auteurs de ces deux ouvrages ont choisi d'ailleurs une autre époque que celle du baptême, dans l'esprit duquel il n'eût pas été facile de faire entrer, il y a quinze ans surtout, un parterre aussi indifférent que le nôtre.
On ne peut dire qu'il en soit ici de la peinture comme de la poésie : le baptême de Clovis a été le sujet de nombreux tableaux et d'^anciens monumens de sculpture ; mais aucun, à notre connaissancé, ne donne la scène jf J^jipm^^^'^n JgggJ^J^mcrwn et de ce drap (figuratif sans doute) dont le néophyte était enveloppé. Il est probable pourtant que là cérémonie s'est faite comme dans noti:*e di^me. On nous dira que saint Rémi a pu déroger à une coutume qui n'était pas généi^ale , et que , eu égard' à la saison ( i ) et au grand nombre des
( I ) a5 décembre , veille de la Noël \ c'est ce que nous apprend une lettre mtéressante de saint Âvite à Gloris.
^O , MYSTÈRJiS. ^*
convertis^ Clovis a pu fort bien^ arec ses trois mille guerriers ^ être baptisé par aspersion. Mais Gr^oire de Tours , notre seule autorité y ne le dit pas. Il se trouve, il est vrai, dans son manuscrit une lacune^ signalée par D. Ruinart, après ces mots : (( Le Roi demanda le premier à être baptisé par le pontife (i). >) Mais immédiatement aprè» cette lacune, l'historien continue : « Le nouveau (c CoQstantin s'avança vers le lai^acrum pour y u effîkcer jusqu'aux traces de son ancienne lèpre. « Quand il fut entré dans le baptistère , le saint. M évéque luiditéloquemment:J?£z/^^^Aam6/em^n^ <( la tête y^Sicambre. Adore ce que tu brûlais ^ et « briile ce que tu adorais. Le Roi, ayant alors « confessé un Dieu en trois personnes , fut bap- (( tisé au nom du Père, du Fib, du Saint-Esprit, a et oint du saint chrême, avec le signe de la « croix (:i). »
Rien de plus , j'en conviens ; mais cette phrase et ces mots ad baptismum , sur le sens desquels on n'est pas d'accord (3), ne se trouvent-ils pas
(i) Rex prwr popascU se à ponti/ice bapiisati.
(3) Procedit novus ConsUmiinus ad lavaerum, deleturus leprce veteris morbum, Cuiingresso ad baptismum sanctusJPei « sic infit ore facundo ; Miiis depone colla , Sicamber. Adora quêd incendisiiy incende quôd adorasti, Rex, omnipotentem Deumi/i trimtaie confessas ^ bapiisatus est in noniine Patris, ■ Filii et Spiritus Sancti; delibutusque sacro chrismate cum si-^ gnaculo crucis Christi. (Grcg. Turoo.)
(3) Du Gange, Gloss. med, et inf. laL, dit que Baptismus ou
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eicpliquës et développés daos notre scène ? Si le saint évéque de Tours a ci^ devoir jeter un voile sur le bain sacré, le poète plus libre^ et qui semble avoir eu des renseignemens particuliers sur ce fait^ s'est plu à l'exposer dans toute sa nudité, en se privant, aux dépens de son drame, de l'avantage de faire intervenir la Reine dans cette grande cérémonie, objet de tous 'ses vœux.
Enfin dans le Sainct-Rend de la Bibliothèque de l'Arsenal, quoique le baptême de Glovis y tienne fort peu de place , on peut lire pourtant ces mots naïfs :
Sire arcevesque , nous lavez Corps et âme dedans ces fons , Pour nous garder d'alcr à fons.
D'enfer, qui tant est à doubler.
Nous ne nous arrêtons pas sur ce dernier drame ; mais l'auteur du premier suit les faits connus avec une ei^ctitude qui devra lui donner quelque autorité près des écrivains et des artistes qui désor*mais s'occuperont de cette époque intéressante de notre histoire. Ce n'est pas que nous prétendions 6ter aux peintres et aux poètes , pictaribus aique poeiisy les licences que leur accorde Horace ; ce n'est point nous , certes , qui reprocherons à
BapUslerium signifient tantôt la piscine sacrée , tantôt le lieu où elle était phcée.
M. Âbel de Pujol d'aToir habilement éludé ta dïf* ficulté dans son beau tableau du baptême de Cloyis^ et d'y avoir si bien placé Clotilde.
Passons à d'autres drames du même manU'scrit.
Nous avons dit que plusieurs sont accompagnés d'un sermon en prose, ordinairement étranger au sujet. Pans le miracle de Jean le Palu, par exemr pie, le saint commence par une prière à Dieu, et ajoute :
II est meshuj temps que je tende A aler oîr le sermon Qttc doit faire maistre Simon , Soubtilz y si com Ton mlit conté.
Bien à point rien , il est monté, le Yueîi ici prendre ma place Avant que sa prière {il) face.
Ne qu'il commence.
Ici se trouve un long et froid sermon sur Marie, .sans aucun rapport au si^yet, qui est plus froid encore et plus obscur que le sermon.
On en peut dire autant dé la pièce intitulée : « Comment Nostre-Dame garda une femme d'estre arse (brûlée). » Une femme^ en sortant d'un sermon , a , dans un égarement inexplicable ^ fait assassiner son gendre. A peine a-t-elle commis ce crime, qu'elle va s'en accuser à un bailli; il la condamne à être brûlée vive. La Vierge la sauve. On sent combien il était aisé de lier ici le
sennOn à Faction y si c'eût été après l'avoir entendu que la femme coupable, éclairée sur son crime, en eût été faire l'aVeu.
' Mais l'auteur avait la, sous la main, quelque chose de bien autrement dramatique , un mouvement sublime , comme nous Talions voir dans l'analyse de la pièce suivante.
« D'une femme nommée Théodore qui pour son «péchié se mist en habit de homme, et pour sa K penance faire, devint moine et fu tenue pour « homme jusques après sa mort. >i
.Une jeune femme , Théodore , en l'absence de son mari, s'est laissé séduire par un amant, et vit en sécurité dans l'adultère, quand on vient lui parler d'un grand prédicateur. Elle se rend à son sermon, auquel Fauteur nous fait assister aussL A peine Fa-t-elle entendu , qu'elle s'éqrie :
Qu'ay-je fait! j'ay mon mariage Brisé , et à perdicion Mis m'âme , et à destrucclon Ma biauté , mon honneur, mon corps.
^ Ha , très doulx Dieu miséricors !
Gomment ay-je esté si surprise !
Lasse {hélas) l lasse! à tort m'en avise ^ Certes du dueil morir youlroie.
Lasse l jamais jour n'àray joie y Et à bon droit!
Ces triomphes de Félôquence chrétienne n'étaient pas rares dans les temps de foi vive et pra-
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fonde* M« Saint -Marc Girardîn racontait l'an demior à son cours de poésie française^ ({u^au xvi* siècle^ un Messinbis^ coupable d'adulte et d'empoisonnement^ entendant de la bouche d'un orateur chrétien les chàtimens rëservés dans l'autre monde aux crimes qui n'ont pas été expiés dans celuirci^ se leva épouvanté^ et fit à l'auditoire étonné le terrible aTeu de tout ce que lui reprochait sa conscience ( i ) •
Gomment trouverions - nous les discoun qui opt obtenu de pareils succès? Hélas ! plus que faî* blés peut-être : nos esprits sont si forts ! J'ai sous les yeux tout le sermon qui vient d'opérer en Théodore un si grand changement : si je le tran»criTds, je oe doute point que les troU quarts de mes lecteurs ne le traitassent de capucinade. Il n' j a point là y en effet ^ de ces peintures effrayantes de l'adultère y et moins encore de ces menaces ^ comme celle que se permit un jour un missionnaire de lancer sa calotte à une pécheresse qu'il ne désignait pas : mouvement oratoire qui fit baisser la tête à toutes les femmes; ce qu*inter-
(i) Je lis dans V Histoire de f^alencienneâ , par d'Outreman , p. 172 : « L'an i4^, le aa fcbvrier. Tint à Yalentiennei un prédicateur renommé de rprdre de Saint-François... il prescha six jours de suite sur le marché de la dite ville y avec telle efficace et succès^ que l'on vit brûler par monceaux les tables à joner, les cartes et les dez ; descbirer et jeter au feu les atours des femmes que l'on appeloit hanetons , et les souliers à poinctes qae Ton nommoit potilaines; si bien que l'usage en fut iUxAy* »
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prêta le malin sermonaire comme un a'veu général et public.
Ici rien de semblable. Un simple éloge des vertus y de la pureté de Marie. Seulement , ces quelques mots où l'on pourrait voir un reproche indirect : « Marie ne fut ne legiere parlerie#e , « ne joueriesse» ne chanteriesse^ ne de laides pai< rôles amaresse , comme sont plusieurs. • • • >i
Combien l'âme de Théodore devait être heu-» reusement {Nréparëe par un Miracle de Nostre-^ Dame^ et ouverte à la grâce , pour que des traits aussi légers y pénétrassent si avant!
Se jugeant désormais indigne d'approcher du mari qu'elle a trompé » et ne songeant qu'à se ca^*cber et à mater son corps ( la religion avait d^à ses Lavallière) y elle se dépouille de ces ornemens dont elle était si vaine ^ et de ses cheveux même. Résolue de faire pénitence^ pour échapper à toutes les recherches , elle prend des habits d'homme , et, après avoir quitté' le toit conjugal , adresse ces adieux aux objets qu'elle laisse^ et recommande au Ciel son époux :
Hostel et meubles , je vous laîs.
Mes amis touz , et clers et lais ( laïques) ,
L(S mendre {le moindre) aussi com le greigneur,
Cornant (Je recommande ) à Dieu tiostre Seigneur ^
Mais sur touz , par espécial ,
A Dieu , mon chîer seigneur loyal ,
Qui vous et nioy ait en sa garde.
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O douce mère Dieu , regarde En pitié ceste pécheresce , Et prie ton filz qu'il m*adresce Et me sequèure à ce besoiug.
De mou pais sui jà si loing !...
Si , que je sui toute esbahle.
Elle aperçoit une abbaye d'hommes ^ et à la faveur de soii travestissement , va s'y présenter et demande si l'on veut l'y admettre. L'abbé, qui ne soupçonne pas son sexe, après quelques questions , la reçoit en qualité de frère mineur, chargé des commissions au dehors. On la voit remplir par humilité les emplois les plus bas , et l'on assiste en même temps au désespoir de son mari , qui la cherche en vain dans son hôtel. La disposition du théâtre, qui, comme nous le verrons, représentait plusieurs lieux à la fois, permettait ces rapprochemens intéressans. L'auteur n'exprime pas mal dans les vers suivans la cruelle irréson lution du mari :
La suiveraj-je ! que feray !
Oil voir (oui certes) ! mais où iray ?
LasI je ne scé de quelle part {quel côté).
Le cuer de dueil pour li {pour elle ) me part.
Gonibrtez-moy, biau sii:e Diex !
Dieu lut envoie alors l'ange Grabriel , qui lui dît d'aller au chemin du Martyr Saint-Pierre et Saint- Paul , s'il veut voir eqcore sa femme. Pendant
qu'il se dirige vers l'endroit qui lui est indiqué ; Théodore, qui a reçu du supérieui^ Tordre d'aller chercher à Rougeval de l'huile à brûler^ dont les moines ont besoin , s'arrête , fatiguée , au milieu de la voie du Martyr. Qu'aperçoit-elle 1 . . . Laissonsla parler :
Lasse! je voj là mon mari.
Je croj pour moj est moult marri , €ar je le yoy peiisis et morne.
Ne scaj s'il vault miex que (Je) retome , Ou qu'en passant à lî me monstre....
Saluer le yuell en passant.
Monseî^eur, Dieu le ToutoPuîssant Joje vous doint {dorme),
LE BCARI.
Amen, dan moine, et si pardoint {qi^ il pardonne) ^A vous et à moj les péchiez Dont les cuers avons entecliiez Et enlaidiz.