‹ Études sur les mystèresChapitre 3 sur 77 · XVJ INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVJ INTRODUCTION

tonte la valeur, il importe de n'en pas ou-* blier l'origine. Nous la retrouvons dans la latinité du moyen âge , fécondée par le chris^ tianisme , et devenue la mère des plus belles langues de TEurope (i).

Cette latinité , quoiqu'elle date de la décadence de l'Empire, n'est point basse, quand elle préside aux destinées du monde, et qu'elle est l'instrument de sa rénovation. Qu'on rétudie, on y découvrira des richesses dont on peut se faire une idée, si l'on considère combien de génies , dans toutes les parties du monde , durant tant de siècles, depuis Tertullien, Lactance, Prudence, saint Avite, jusques à Gerson et plus loin, ont écrit , dans le noble but de glorifier la Reli-^ gion, faisant servir l'idiome de Cicéron et de Tacite à la défendre et à la propager, ou forçant la muse de Lucrèce et d'Horace à célébrer les grandeurs infinies de Dieu. Tout, dans ces œuvres si diverses , n'est pas exempt de taches et de fautes grossières; mais sou-> vent on y aperçoit une haute inspiration , et aussi une foule d'expressions créées,. et dont j'ose dire que Du Gange lui-même n'a pas senti tout le mérite.

(i) Barbazan, daas sa Dissertation f soutient que notre langue,si riche avant le xvi* siècle , ne devait rien qu^iu latin , et que ce n'est que par altération que certains mqts s'en sont écartés. Il propose de rétablir, par exemple, merencolieux , me^encoU-* que, de mœrorem colens , forbourg àe foras urhis , forsené à& foras sensus,feble deJlexibUis, etc.

IRTRODUCTIOW. Xvij

Mais un fait vraiment intéressant, qu'on ne peut trop se rappeler, c'est qu'au milieu de la plus profonde ignorance où le monde s'est yu long-temps plonge , un essaim d'esprits supérieurs, échappés comme par miracle au débordement de la barbarie, et réfugiés dans l'arche de l'Eglise ou du cloître, y conservaient dans leur intégi^ité les traditions du passé , mais surtout la langue des Romains. «Il y avait dans l'Europe, dit «M. Villeinain, une espèce de république in- <t tellectuelle et invisible qui tenait à l'anti- <c qui té et parlait sa langue , et on l'appelait « omnis latinkas\ comme on dit aujourd'hui <r toute la chrétienté. » {Tableau de la Littérature au moyeri âge ^ t^ 1 y p. lo^.)

Le latin ecclésiastique (i), grâce à l'influence de quelques esprits éminens, n'est plus entièrement exclu de nos collèges , comme il l'a quelquefois été par un purisme étroit. Le Conseil Royal de l'instruction publique s'est plus arrêté aux choses qu'à quelques mots , il est entré dans l'esprit de V Imitation de J.'C. (ji) , quand il a adopté en i835 pour les collèges de l'Université àe France le texte

(i) On nomme ainsi le latin moderne, parce que l'Église en a été le berceau; mais il s'est souvent sécularise y et il est encore, dans les sociétés savantes de l'Europe, le lieu de communicadon entre les sciences humaines.

(3) Ita Ubenter devotos et simplicçs Ubros légère debemus, sicut altos etprofundos. Non te moveat auctoritas scribentis.^.» sed amorpura veritaUs, Imit., Lib. I, cap. y.

xriij * ^ iRTRODiicTioir.

latin (grand in-8°) de ce livre sublime, ac- ^Kunpagné d'index , de notes et de prolégomènes latins de M. Gence.

Le premier mérite du latin ecclésiastique, qui était chargé de porter la lumière aux peuples , c'est la darté. Les hommes auxquels il s'adressait étant peu sensibles à Fharmo^ nie , surtout dans le nord , n'y cherchez pas la période cicéronienne. Le nombre et la quantité, même dans les vers , sont négligés, mais on y a substitué la rime , qui , en frappant l'oreille , imprime dans l'esprit les gran^ des vérités qu'il importe de retenir. Ainsi, un orateur chrétien veut-il fisdre entendre à son auditoire que Ton meurt ordinairement comme on a vécu /il ne dit pas : Mors est tcho "vitœj « La mort est l'écho de la vie, » mais dans ces mots : talis vita^ Jinis ita, il fait retentir cet écho , que ne reproduit pas notre adage : ttlle vie, telle mort. Les prosa«teurs latins modernes jusques à l'auteur de l'Imitation , sont pleins de ces mots énwgiques et de ces effets de style dont Vir*gile , Horace , Cicéron , Ovide , offrent quelques exemples, (i)

(x) On lit dans VlnUiaiioH : Qui btnè smpsum €ojsnoscitf nbi ip^ wlescit, — Satis suaviter cquitmtf iquem fçratia if et portai. -^ tf^fUs probatfèrrumy tetUntêo homàpem justum. ■^■^Nemosine.,,.

'(ùtgustiâ , quamvis rex sit vel psspa, -h^ Non omne quodmitum , softetwn. etc., etc.

On a rait de graUctes recherdies sar l'origine de la nmé; je la crois naturelle , de tons les lemp» et de tais les pa^, tjnoicpie

nrrRODUGTioir. . ' xtz

Nous avons des mystères latins du xii^ siè^ * de, tout en rimes^ mais bien inférieurs auK grandes proses de TË^lise , surtout* à ce Dies irœ que la musique de Mozart a rendu plus terrible encore et plus consolant.

Pour goûter tout ce que la langue des Romains a de plus harmonieux, de plus pur, lisons et relisons encore Cicéron, Virgile, Horace, Tite-Live, etc.; mais voulons*nous entrer dans l'esprit et les mœurs de nos pè-* res, dans les sources de notre histoire et de notre langue nationale, le latin ecclésiastique en est la véritablb clé.

L'illustre amie deTénelon, la sage de Lambert, écrit à sa fille : <£ La langue latine vous ouvre la porte à toutes les sciences ( on peut ajouter au plus grand nombre des idiomes mo^ dernes). Elle vous met en société avec ce quil y a eu de meilleur dans tous les siècles >> ( i )-

En étudiant de près la formation et le tra* vail des langues modernes, un de nos plus habiles linguistes fait judicieusement observer c combien la souche de notre nationalité est vraiment romaine, et combien il y avait

de bon sens chez nos. pères qui nous ratta-»

fftias usitée chez nous* Un jeatie homme d'esprit, mais trop lé* gèrement positif, et oai a le malheur de lie plus croire à nen^ nous disait un jour : Èst*ce que vous croyez encore à la rime F Ccst un er^fani perdu de la Religion , il passera comme elle. — En eflfet.

(i) Aifis d'une Mère à m Filles p. 144-

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