‹ Études sur les mystèresChapitre 46 sur 77 · LE VOLEUR · texte numérisé non relu

LE VOLEUR

Laissez m'en paix ! vous me tannez.

Que pendu soi-gé d'une corde !

Ce coquin^ tanné des coups que son âme reçoit^ est plein de naturel.

Saint Martin > satls se décotirager ^ cdtiiinue à verser le baume sur les plaies saignantes du coupable y et lui montre le bon larron expiant ses fautes dans lerepentir. Ranimé par cet exemple^ leToleurmet en liberté saint Martin> lui demande sa bénédiction^ et dit naïvement qu'il renonce à V estai mondain. La légende en effet nous apprend qu'il se fit ermite.

Saipt Lidoire ^ évéque de ToUrs ^ étant mort , le clergé^ les autorités et les habitans de la ville se Hààsêïiibletit y et > sûivàtït 1<^ libertés dé l'Eglise gallicane , ^odèdènt à rélédtioh dé sôti afttccesééar. Le début dé ôette ficèiié eét tissez iili{)d9àht. Mâfttin est An à l'tlnànitiHté. Mais t^tiré dans un mionastèré fondé pair Itii^ il s'jr dérbbe à tous les hdtllïeuf s. « Il fallut^ dit la légeâdè, àtbir t^écours à un pieux stràtiàgèiiiê J)dur le tirer dé ion i!nonastère. » Ce stratagèttie « d'après la ^edne du drame y est plus digne d^ùlié éôtnédié ^ue de la gravité du sujet. Le maire de Tours demande aux échevins quel moyen on pourrait employer pour faire sortir Martin de son convesit et s'einparer de sa personne. — J'en sais bien un, dit un rusfaut de ville :

Je m'en yM^e Tout fin dirôit lÈéiinèr à »a pTom > £t en pleurant }é lui dîrôye Quebrief ma^ femme s'en va morte....

Lors voulra la Iroye entreprendre De venir jusqu'en ma maison ,

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Par ainsi vous l6 pourm prandre^ Et le traicter k la raison.

Aitisi dit f ainsi &it : le saint p èatat de charité par ks fausses larmes du Hiataut <{ai menace de se noyer ou de se pendre si sa femme meurt aads confession, sort, malgré l'heure avancée de la nuit , est saisi au corps ^ et après s'en être bien défendu, fait le dénouement de cette pieuse farce, qa^on pourrait appeler VÉi^Sqike malgré lui.

Mais la scène la plus hardie de l'ouvrage, parce qu'elle signalait un abus fréquent à cette épôquei est celle dont l'auteur a pris Tidée à Sulpice-Sévère, qui la raconte ainsi : i< Auprès du mona^ stère de Saint-Martin était une chapelle qu'on avait érigée sur le tombeau d'un prétendu martyr. La dévotion attirait un grand concours de peuple en ce lieu ; mais l'évêqtte ne» crut point légèrement à la sainteté des reliques qu'on y vénérait. Les informations qu'ail fit auprès des anciens de son clergé augmentèrent encore ses doutes. Il se rendit ^u lieu dont il s'agit , avec quelques un& de ses religieux. Étant sur le tombeau, il pria Dieu de lui faire connaître qui avait été enterré eii cet endroit ; puis se tournant ^ gauchei. Il Vit nti speôtre hideux , auquel il commanda de parler. Le spectre dit son nom , et le saint évéque comprit que c'é^ tait un voleur supplicié pour ses crimes ', que le peuple honorait comme un martyr. Il fit démolir l'autel, et par la mit fin à la superstition. »Jtque

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ita populum superstitionis illius absohit errore, dît Sulpîce-Sévère.

L'auteiir da drame a reiida ce t^cit plus frappant encore. Aux paroles du saint ^ le spectre sort de ieire et s'écrie, comme le moine de Le Sueur :

}e suis dampné , Et mys à.toùrntiens essécraUes ! (i)

Cette apparition et Faveu que fait de ses crimes le saint prétendu devaient produire un grand effet sur l'auditoire et le rendre plus circonspect sur les honneurs qui ne sont dus, suivant Grégoire-le-Grand , qu'aux serviteurs de Dieu , aux bienfaiteurs des hommes.

Andrieù de la Vigne va plus loin , lorsqu'il met ce vers dans la touche de saint Martin , à qui Ton rend honneur :

Honneur à Dieu seul appartient.

M. Casimir Delavigne, dans ZottwJT/^ fait dire aussi à saint François de Paule :

C'jest Dieu seul , mes enfans, qu'on implore à genoux; Moi je ne suis qu'un homme et mortel comme vous. Regardez , j'ai besoin qu'un appui me soulage : Infirme comme tous , je cède au poids de l'âge ; Il a courbé mon corps et blanchi mes cheveux. Voyant ce que je suis , jugez ce que je peux.,.. Ne vous aveuglez point par trop de confiance ; G>nsoler et bénir, c'est toute ma science.

(i) Jusio Dei judtcio condemnatus suml s'écrie le mallieureux Raymond, dans le tableau de Le Sueur. — Le sujet qu'offre ici le poète à nos peintres n'est pas moins terrible.

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De ces beaux yersqai ont pour but de rebauMer encore par l'huinilité le saint caraotèrede François de Paole, je ne serais pas surpris que certains niveleurs eussent conclu qu'il n'y a aucune dilBërenoe mtxe. un homme et un homme , et qu'on peut traiter de la même manière les reliques d'un saint et celles d'un voleur. Cela parait absurde à croire : c'est pourtant ce que firent les réformateurs qui jetèrent à la voirie les restes vénérés de saint Martin de Tours.

II existe un. autre Mystère de Saint Martin, imprimé vers iSoo, dont M, Brune ta vu chez M. Techener un exemplaire qui appartient à la bibliothèque de Chartres. Quoiqu'on m'eût dit ce Mjrstère inférieur au précédent , désirant pourtant en connaître l'esprit et ce qu'il contient de plus remarquable^ je priai un de mes amis de faire prendre à Chartres des renseignemens sur ce sujet y et je redois, au moment de mettre sous presse, la note suivante : « C'est un petit in-4'' ^^ 7 pouces « de hauteur et 5 de largeur, composé de 32 feuil- (( letsà !2 colonnes, 4^ lignes chacune. Les carac- (( tères sont en petit gothique, et les personnages « ouacteurs au nombre de 53. Le premier feuillet « est orné d'une gravure en bois représentant (( saint Martin à cheval, et un boiteux allant à sa (( rencontre. »

J'espérais, je l'avoue, quelques autres détails;

3o3 MYSTiRES.

mais cette note n'en sera pas moins précieuse pour plusieurs lecteurs.

J'aurais pu , dans ce chapitre , parler davantage de nos martyrs , étaler Ibuts supplices^ leurs don^ leurs triomphantes : h C'est asse^ d'en donner k fleur y n me disait un ami qui connaît son pu-^ blic. Combien peu d'hommes, en effet, peu-vent dire avec Pascal : Eexemple de la mort des martyrs nous touche^ car ce sont nos membres^ nous awîts un lien commun ai^ec eux I Ce lien s'est bien relâché. S'il conservait sa force j si les Chrétiens étaient.... chrétiens, la tragédie sacrée serait pour nous quelque chose même de pins grand que la tragédie nationale. Les Grecs suinté* ressaient, nous nous intéressons presque autant qu'eux à leurs héros imaginaires, aux demi-dieux de leurs superstitions barb^p^es : et les hérosdu christianisme nous trouveront indifférent ! Il J a long-temps que notre fabuliste l'a dit :

L'homme est de glace aux vérités , Il est de feu pour le mensonge.

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