INTRODUCTION. XXJ
à qui ^on père ^ dans ce seul but d'utilitë pratique , avait fait apprendre le latin, et qui , pendant rinvasion de Fétranger en France, sut fort bien le parler à un homme , à un général autrichien, pour défendre de pauvres villageois que la guerre avait mis à la merci du soldat. On a dit, je le sais , que Içs yeux de cette dame, les plus beaux du monde, parlaient la langue universelle; mais un mot galant ne détruit pas un fait réel. £t combien d'autres faits ne pourrait-on citer ! Combien de voyageurs , à l'aide d'un peu de latin , ont pu se faire entendre au milieu des divers pays de l'Europe; que dis-jel est-il un coin du monde civilisé où notre république, intellectuelle, omnis latipitus, ne compte encore des membres, heureux d'accueillir un concitoyen dépaysé , et de lui donner les renseignemens dont il a besoin ?
Si je ne craignais de paraître trop m'écarter de mon sujet, je raconterais ce qui m'arriva un jour que , perdu dans un grand village flamand dont j'ignorais la langue, j'allai droit, à vue de clocher, au presby-^ tère , où je trouvai un bon pasteur , qui ne savait pas un mot de français, mais fort bien le latin, et surtout l'esprit de l'Evangile; je dirais comment , lorsqu'il m'eut remis luimême en mon chemin , en m'assurant que je ne pouvais plus me tromper , je lui réppn-
dis, en latin de Y Imitation': Qui sequitur tê, non ambulat in tenebris.... Mais cela me mènerait trop loin, je retiens à mes Mystères, dont le langage au reste le plus remarquable^ comme celui de Gerson, Froissart, Montaigne, etc., dérive du latin. — Nos vieux auteurs français sont difficiles, dit'-on. — Parce qu'on ne sait pas le latin.
NouB verrons que , grâce au latin , notre vieil idiome, dès avant Saint-^Louis , que dis-je, à sa naissance, avait des règles fixes, et que ce qu'on prend souvent dans les manuscrits pour des fautes , est une orthographe rationnelle, que nous pouvons regretter sous plus d'un rapport.
Un autre fsiit déjà remarqué , c'est qu'une infinité d'anciens mots , dont nous nous sommes appauvris , d'autres peuples de l'Europe, notamment les Anglais, les ont conservés, car notre langue s'était naturalisée chez nos voisins d'outre-mer , non seulement (comme le rappelle Johnson dans la préface de son Z)/ctionnaire anglais) à l'époque où ils étaient maîtres de la France, mais bien auparavant, quand nous étions maîtres de l'Angleterre, par exemple , sous Guillaume-le-Conquérant. C'est ce que le voisin Johnson aurait bien dû ne pas omettre.
Milton, qui était aussi un Anglais renforcé (il n'y a pas de mal à cela) , ne s'arrête
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pa3 non plus à ce malencontreux Guillaume; et faisant remonter le fait en question beau* coup plus haut , il en fixe la date {Histor. of Eng. ) au règne d*£douard*le*Gonfesseur , comme l'a observe M. de Chateaubriand dans son introduction au Paradis perdu.
Nos citations ^ qui ne seront pas inutiles à notre langue oratoire et poétique, retraceront les principaux faits d'une histoire , la première de toutes , celle qu'il n'est plus permis dès long-temps d'ignorer.
Le Mystère de la Passion, dans ses dimensions colossales /suffirait, après la cathé- . drale immense, pour donner une idée du génie de nos pères. Dans le grandiose qui nous frappe chez eux, trop d'écrivains n*ont voulu voir qu'un art matériel. Nous croyons que dans la conception de ces grands ouvrages, une pensée d'en haut aescendait, qu'on appelait Ififoi^ et qui bien souvent élevait au dessus d'eux-mêmes et Tartiste, et l'auteur , et le siècle qui les contemplait.
Sans dissimuler notre faible pour ces œuvres du moyen âge et pour cet esprit qui les a inspirées , nous rendrons cependant justice à d'autres siècles moius anciens, et même au nôtre ^ qutiiqiie plus jeune encore. Nous tâcherons de ne pas imiter ces deux vieillards d*un mystère du Vieil Testament , lesquels , dès le temps de Jacob , regrettaient déjà le
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bon temps ^ dans ce dialogue d'un naturel parfait :
Le boD temps , qu'est-il devenu , Jéthan ? il n*en est plus nouvelles < — A ceste heure , il est descognu , Le bon temps ! -^ Qu'est-îl deyenu?
Plus n'est comme je l'aj cognu.
Est*-il ange , ou s'il a des aeles ^ Le bon temps ? Qu'cst-il devenu , Jéthan? — Il n'en est plus nouvelles.
Lpin de croire aussi qu'il en soit toujours du style comme du vin, dont le plus vieux est le meilleur , nous n'extrairons au premier âge de notre littérature dramatique que ce que nous y trouverons de bon et de clair , car noijs pensons qu'un livre est fait pour être lu , n'en déplaise à monsieur D... , qu'on entendait dernièrement dire à son libraire : « Le manuscrit que vous voulez me vendre est-il vraiment indéchiffrable ? — Oui , monsieur. — Tout en mérovingien ? — Tout. — Et pas moyen de deviner de quoi il traite ? — Non, monsieur. — Cela est piquant! C'est mieux même que TObélisque. Mais je vous préviens d'une chose : si Ton peut en lire une seule ligne, il ne m'en faut plus* 5)
Nos extraits seront textuellement copiés sur les manuscrits. Seulement , pour en faciliter la- lecture , conformément à l'usage adopté par l'Imprimerie-Rojale et pour les éditions- Grapelety nous .ajouterons la ponctuation et les accens; nous substituerons le v à l'u et le j à l'î au commencement des mots. Enfin |es points.... indiqueront les suppressions.