IX. BA&ON
Et quand ils écriront , que diront-ils de nous?
LK COMTE [en riant).
Ils diront, mes amis , que vous êtes des fous....
Nous avons laissé Saint-Louis entouré de ses pauvres. Sa mère effrayée lui apprend que les trois seigneurs dont nous connaissons les projets viennent de se déclarer contre lui ; elle ajoute ;
Je suis plaine de desconfort
Quand voy, comme povez entendre,
3a 2 MYSTÈRES.
Qae ceulx qui vous deussent d^endre *
Vous veullent la guerre livrer.
s. Lors.
• Dieu m'en saura bien délivrer. . .
Hommes font guerre , il est notoire , Mais Dieu seul donne la victoire ; Ses servans au besoin ne laisse (i).
LA ROTNE.
Veu que vous estes en jeunesse...
On veult dessus moy entreprendre.
s. JLOTS. •
Je suis tout prest de vous deffendre Encontre tous, je le dis franc...
LA ROTNE.
Tu as le conraige très bon , Mon enfant; mais en ta jeunesse Il me semble que c'est simplesse Te voulloir armer.
s. LOYS.
" Pourquoi est?
Mais que mon peuple me voye prest De combattre , il s'efforcera De m'aider et me gardera....
N'en faictes aucune ygnorance.
LE FRERE PRRSCHEUR.
Dieu vous yueille donner puissance De résister aux çnnemys !
Le frère prêcheur, qui n*a presque pas quitté la scène , représente à peu près le Meneur du jeu, mais avec plus d'art que dans d'autres Mystères, puisqu'il est lié a l'action. Quand la Reine et son
(i) Dieu laissa-t-il jamais ses enfans au besoin ? dit le petit Joas dans Athalie.
fils sont sortis^ il finit en adressant au public Tallocution suivante :
• Frères , seurs , que présentement Avez veu le conimen cernent De la vie monsieur Sainct-Loys, Ayés couraiges resjoujs , £n luj suppliant désormais Qu'il prie Dieu qu^ajons bonne paix Au noble royaulme de France.
Adieu ^ prenez en paciance.
Ce premier acte pourrait être aujourd'hui re-^ mis en scène ^ tel qu'il est. Ce serait un spectacle intéressant 9 dans un des châteaux où l'on devait jouer Esther, de voir la jolie princesse de C... ^ par exemple^ représentant la reine Blanche; le jeune duc d'A.... le petit roi; M. de N.... le frère prêcheur; le tout avec les accessoires^ les costumes^ et jusques au parler naïf du vieux temps. Rien ïie serait plus curieux.
Le second acte commence par Saint-Louis et sa mère, qui ont appelé a leur secours trois personnages dont les traits et le costume étaient sans doute allégoriquement caractérisés, suivant Tusage de ce temps : l'un est Boncohseil^ l'autre Chevalerie , et le troisième Populaire. Ce dernier, qui n'est autre que le peuple de Paris, dit au Roi :
Ne soys de riens estonné :
Je suis armé , embastonné , Pour combatre vos ennemys.
Sire , je me suis en point mis / De bon cueur et de l)on couraigc.
3^4 MTSTÈR£S.
Bonconseil persuade aisément au Roi de tomber sur ses ennemis , avant qu'ils aient eu le temps de se fortifier dans leurs châteaux. Louis^ accompagné de Gheyalerie y et de Bonconseil , qui ne le quitte jamais^ prend congé de sa mère. Nous allons le suivre et changer bien souvent de lieu.
Les seignem*s qui avaient douté de la valeur du Roi ne tardent pas à en sentir les effets. Le comte de Champagne y assiégé par lui dans son château, se dit à lui-même , assez peu poétiquement, tout poète qu'il était :
Quant à mon cas pense , Il n'y a rime ne raison.
Serai-je cause que traïson* On face à sa noble personne?
Et sa mère qui est tant bonne !...
Ce dernier vers rappelle , mais bien discrètement , la passion que le comte Thibault , depuis roi de Navarre , conçut , dit-on y pour la reine Blanche, car rien n'est moins prouvé. Gringore ne la suppose pas de cette expédition , où pourtant elle accompagna son fils, qu'elle aida puissamment à soumettre Thibault. Dans le drame , Louis est seulement avec Bonconseil et Chevalerie, lorsque le comte de Champagne vient se rendre , en lui disant :
Devant la transillustre face Du triomphant prince royal Je me viens piirger de mon mal y Requérant pardon et mercy.
MYSTÈRES. 3a5
us EOir LOYS.
Beau cousin , très bien venez cy ; Jojeulx suis de vostre venue.