CIL DU SEG-ARBRE
Fi, mauvais! me cuidiés-vous prendre?...
Poi pris ne vous ne vo engien.
a Je méprise et vous et vos détours. »
(i) Le titre d! amiral signifie seigneur. L* Arbre-Sec, le Fi" gmer, les Lions , etc. , sont encore aujourd'hui en Afrique des noms de terre. L'auteur, qui fait dire an seigneur de l'Arbre* Sec qu'on n'aura de lui que lécorce , semble déjà se railler de ces titres féodaux qui rappellent ceux de Bois-Tortu, de Louppendu, etc., qu'on trouve dans quelques vieilles comédies.
3o lâtstÈktà.
Enfin un de§ ehdé U sdsiâ^nl^ Itli dit :
Vous en venrës j cat |e voris tien !
CIL DO hÈc-AàtÉà, Sains Nicolais , c'est iûsliigré mieù (malgré nioi) Que je vous aoure (adoré) , et ^af forche (Jorcément), De moi n'arés-voutf fdfiî PéscotAe' (Jétortè), Par parole devieng voètt-e' l'ôttï (/é^ dèciéns votre homme) , Mais lî créanéhè* (lajhi) ésf éù Hatiôm (Mâfiomét),
Cette scène, où l'on est tout étonne (ï'une aussi éclatante protestation contre ï' intolérance , est interrompue par des grimaces épouvantables^ de Ter^agan , qui prononce quatre vers inintelligfblés. Le prud'homme en demande l'explieatien. Le Roi répond que TerVagan se désespère d'être abandonné ; et il ordonne au sénéchal de le tré-buchiery ce que celui-ci exécute' k l'instant. L'idole abattttè , le Roi et ^ srlite vont se faire baptiser, le prucï^hôinmé entonner le Te Deum, et la pièce finit.
Tout ne se passa point ainsi malheureusement. Mais quand l'ouvrage parut, on pouvait d'autant plus croire à cette Mntétsîôn dû ptinfde éffrièsrin , qu'il s'y était engagé par écrit (i). Le saint Roi et nos bons, aïeux, pleins de foi> n'apprirent que sous \éB murë de Garthage à connaîti^e la foi
piriïî^ë.
(\)(M. ae &. Gftfiae, p. ^, coUéfce. Btièhon, t vni.
yTSTCRBS. 3l
NoQs cîterôfts d'autre» pas^gês du/é» dé Saint- Nicolas dans notre 6ha{)itre sur le styléi Les^ Tei*^ qu'cm a ûd remarier àéjk offrent une Tarîété de rhythmé ddtlt hù$ poèteé drattiatk|ae^ auraient bidn pu pi^ofit^ : l'auteUr, qui sait paSâët du groi^ au douxj du plaisant au sévère , n'écrit pas mt \t méim ton ^ d^tis la ttiéme mesuré > une prière k Dieu et un éloge du vin d' Auxerrèf*
Probablement cette jptèce n'a été jouée que £njr dés théâtres profanes; mais 11 eitiste quatre p^its actes ou tnîrades de éaint Nicolas en Ters latins , antérieurs à la pièce firançaise , et sans doute re«présentés dans uti monastère. Deux numéros du Merture de France (décembre i ;; 29 et avril 1 7 35) doUnent une analjse détaillée et de longue!» citations de ces quatre petits ^ctes. Dans le troisième il est question d'une image ou statue de saint Nicolas pour laquelle iiii juif a dé là dévotion. Obligé de s'absenter, il laisse sa statue chez lui après l'avoir priée de garder son trésor. Des voleurs arrivent, enlèvent le trésor et même la statue»! mais à leur grand effroi, car tout à coup \sk statue parle, et leur ordonne de reporter l'argent où ils l'ont pris , ce qu'ils font aussitôt. Le juif, enchanté d'avoir recouvré son saint et son argent, entonne Un Gaudeamus^ et lé chœiii^ continue par té Stûtuit éi Defnitms. h Bodel a pu prendre dans ce miracle l'idée de sa pièce ; mais ce qtiî est à liîi seUl^ c'est d'avoir su la riÉttàchèr,
32 MTSTÈUES.
avec un art bien remarquable , aux événemens et aux moeurs de son temps.
Après Jean Bodel , Adam de le Halle d' Arras est^ selon nous , le poète le plus distingué de cette époque. Avant que la Société des Bibliophiles français fît imprimer sa pastorale Ijrique de Robin et Manon, dont nous aurons occasion de parler^ Adam était déjà connu par des poésies diverses <lans lesquelles on remarque aussi un Congié, où il traite assez mal Arras ^ sa ville natale. Adam ^ sumbmmé le Bossu d'Arras^ avait néanmoins , par une compensation ordinaire et consolante^ l'esprit droite parfois même élevée et savait, au besoin , redresser QÛm des autres , comme il le dit spirituellement d'un Apollon tot'tu qui s'était fourvoyé :
Mais jou {moi) , Adans d' Arras , l'ai à point radréchi... . On m'apèle Bochu ! mais je ne le sui mie.
Les Congiés de Bodel et d'Adam d' Arras ont été souvent imités. Un poète doualsien, contenmporain de Malherbe, Jean Loys, cité par M. Duthilleul (i), débute ainsi dans un Adieu à sa ville natale :
A Dieu , ville bourbeuse , à Dieu , yille emmurée , Forgeronne , importune , et prison des espris :
(i) Bibliographie dotioisienne , p, loa ^ Paris, Techener, i835.
À Dieu , dis- je , Douaj, où naissance je pris, Vostre fascheux pavé mon esprit ne recrée.
Le fils de Jean Loys, Jacques Loys, poète aussi , mais qui n'avait pas hérité des préventions de son père , parle tout différemment à sa ville :
Douay, docte séjour des beaux e8|)rits belgeois , Où tout le monde accourt ainsi que dans Athennes , Qui nourris dans tes murs de faconds Démosthennes , Des Homères encor plus grands que le grégeois. . . .
— ^ tous les cœurs bien nés tant la patrie est chère/
Rutebeuf , de Paris , qu'on peut ranger parmi les dramatistes français du xin* siècle, était, s'il faut l'en croire (les poètes se vantent quelquefois), un assez mauvais sujet, un joueur, a Li dé » {les dés), dit-il quelque part avec énergie ,
Li dé m'ocient {me tuent) , Li dé m'aguetent et espient , Li dé m'assaillent et déifient !
. Aussi parait-il malheureux. Gomme le Joueur de Regnard (qui était joueur aussi ) , bien souvent il se donne au diable. Il fait mieux (on ne peut faire pis) : dans un petit drame intitulé le Miracle de Théophile, où il semble s'être peint lui-même^ il nous montre un homme qui^ impatient de son sort , pour s'élever à la fortune , fait, comme
34 MTSTÊRBS.
Faust ^ un pacte avec Satan. Voici en quels mots il exhale son désespoir impie :
Diex m'a grevé , je rgreverai.
James (Jttmais) jor ne le servirai.
Je li euvi!
Riches serai, se povres sui.
Se il me het (hait) , je h^ai lui.
Je li claim cuitte (Je lui crie quitte).
Quoique ce si^et^ emprunté à d'anciennes légendes , ne soit guère ici qu'indiqué , il est déjà d'une vérité effrayante. On y roit que ce n'est pas de nos jours seulement qu'ont existé des hommes dévorés du besoin d'une vaine gloire et de jouissances matérielles^ lesquels, pour se les procurer, se sont précipités dans des voies infernales. Les passions humaines sont de tout temps les mêmes. Seulement , au lieu du désespoir qui polisse aujourd'hui dans l'abime un infortuné, jadis là religion le ramenait ordinairement. Dans le Miracle en question , la sainte Vierge , qui tend à Théophile une main secourable , le sauve. Aussi ce sujet se trouve-t-il reproduit en deux bas-reliefs à Notre-Dame de Paris.
On peut voir, pour le texte , et pour celui de saint Nicolas ^ les manuscrits de là Btbliotètèq\ie Royale , car je ne puis renvoyer à quelques eicemplâtres que MM. les élu& de la Société des BiMio«philjes français^ ont fait tirer, dit-on, pour eux ,
pour leur très petit nombre. Possesseurs jaloux de certaines rai^tës^ ces honorables sayans ne les prêtent point , ^eï même ne les montrent que drfficilemen t aux . profanes . *
Il est vrai que tant de gens abusent I... Un jour, j'étais bien jeune » on me dit qu'un de mes voisin» n'avait pas de plus grand bonheur que de communiquer ses livres. Je désirais en emprunter un, et j'allais frapper à sa bibliothèque/ quand je lus sur la porte cet am au lecteur :
Tel est le sort , hëlas ! de toul livre prêté : Souvent il est perdu , toujours il est gâté.
Je n'en demandai pas davantage.
Post^Scriptam
Sur \m fragment de poésie antérieur au Jeu de Saint-Nicolas,
Un de nos meilleurs journaux a publié en partie^ dans son numéro du 5 octobre i835 , le précédent article , qu'on a bien voulu remarquer, et où. je me suisj dit-on , trop açancé peut-être ^ quand j ai attribué à J. Bodel iïArras la gloire cFa^oir éle^é notre premier monument dramati-que (J'ai dit le premier dont puisse s'honorer la Littérature française.). On m'oppose le fragment d'un Mystère de la Résurêciion plus ancien ^ découvert et publié en j854 par M. A. Jubinal. Ce fragment , qui se trouve dans un manuscrit de la Bibliothèque Royale , avec d'autres poésies
atiglo-normatides j a sans doute été composé en Angleterre à une époque où notre langue y était parlée y de préférence même à la langue nationale. Je le crois antérieur, d'un siècle peut-êtrej, au Jeu de SainuNicolas ; mais je ne pense pas que les deux ouvrages offrent aucun point de comparaison. Qui dit drame dit ax^tion; et ce Mystère de la Résureclion n'est pas plus un drame que l'Éyangile de la Passion ^ chanté encore aujourd'hui dans nos églises , sur des tons différens , par trois prêtres , dont le premier dit les paroles de Jésus-Christ; le second, celles des Juifs, et le troisième, la narration qui interrompt le dialogue (i). Il en est de même du fragment en question , où le dialogue entre Pila te , les soldats et Longin est , à chaque instant, coupé par des récits, comme on va le voir. La traduction du passage suivant est aussi littérale que possible; elle fac-similé a. été calqué sur le manuscrit. Nous avons pensé que c'était le moyen le plus sûr de déterminer le caractère de l'ouvrage , et à peu près sa date, sur laquelle l'auteur de LaMise en scène j récemment publiée, s'est mépris de deux siècles au moins.
(i) Dans de vieux Offices de la Semaine- Sainte j les paragraphes de l^Évangile de la Passion sont distingaés par ces marques : t* G. S. La croix indique les paroles de Jésus-Christ ; le C. celles du chantre ou narrateur; FS. celles de la Synagogue.
J'ai dans ma hihliothèque un de ces (offices réimprimé à Douai. (Dêrhaix, 1766.)
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H lîr tr a^ fdce tntiitreâ *
N^ t^ lAxt^iraticnisirfniifrt^ic/
(!> .tÇtieflitadilttedtr^ A) tS ^n!r -|> cfni 6i>n tn nû
4 tiitiiay ^cCtÉn:rifweui'là fe attira im affbiru'ttd-
% dît air fuc<^/\nif caci(<nid-
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(pi
Traduction du Fragment,
« PiLATE. Sergens , levez-vous promptement. Allez tôt où pend ce crucifié , allez savoir s'il est ou non trépassé
(déM).
n Alors s'en allèrent deux des sergens , portant devers ^x lances en main. Ils dirent à Longin l'aveugle , qu'ils trou- Yèrent assis en un lieu :
K Un des soldats {unus militunC), Longin , frère , veux-tu gagner de l'argent?
« Longin. Oui , beau sire, n'en* doutez point.
u Le soldat. Viens , en ce cas , tu auras douze deniers pour percer le côté de ce crucifié.
<i Longin. J'irai bien volontiers avec vous , car j'ai grand besoin de gagner. Je suis pauvre , je n'ai pas de quoi dépenser. Je demande bien , mais rien ne vient.
« Quand ils furent devant la croix , ils }ui mirent une lance au poing.
« Un des soldats. Prends cette lance en ta main , enfoncela bien et à coup sûr. Laisse-la couler jusqu'au poumon : ainsi nous saurons s'il est mort ou non.
« Il prit la lance, frappa Jésus au cœur. Il en sortit du sang et de l'eau qui lui coulèrent sur les mains , dont il eut la face mouillée. Et quand il en mit à ses yeux , il recouvra entièrement la vue et s'écria :
«ï Longin. O Jésus! ô beau sire! Je ne sais, ô ciel! que dire maintenant. Mais combien tu parais bon médecin, quand en merci tu tournes ta colère ! Envers toi j'ai mérité la mort , et tu m'as fait une telle grâce , que maintenant je vois de ces yeux dont jamais je ne vis. A toi je me rends , et te
crie merci.
« Alors il se prosterna dans son aflBiction , et , tout plein
de suavité {tiU suef)^ dit une prière. »
Ces dialogues mêlés de narrations, et très communs à une époque où les poètes en langue vulgaire ignoraient encore l'art de tout exposer par la bouche des acteurs , ont été trop souvent confondus avec le drame, et ont fait croire qu'il existait là où il n'était encore, pour ainsi dire, qu'en germe ; car le petit nombre de drames latins composés antérieurement dans des couvens, l'ont été par des auteurs qui connaissaient les anciens. Les dialogues en langue vulgaire^ dont nous parlons, étaient lus ou récités, comme l'indique le premier vers du fragment en question :
En ceste nianere recit^m La feinte resureecion.
Dans le drame fait pour être joué , les jeux de scène sont indiqués en prose, en peu de mots et au présent, comme dans cette rubrique du Jeu de Saint^Nicola$ : « Or tuept li Sarrasin tous les Crestieps; » et copune dan$ celles-ci de deux ou-* vrages dont nous allons parler , : f< Ici vient ua ooulon {un pigeon), a tant une fiole à Glovis. » -^w Cy chantent touz ensemble , et puis va Nostre- Dame à l'offrande, et les austres après. »
Du reste^ quelque intéressante que soit la publication de M. Jubinal , à qui nous en devons beaucoup d'autres; quoiqu'on ait pu remarquer du naturel dans les vers que nous venons de citer ,
xrsTàaES.
et de r imagination surtout dans le sujet (i), il y a loin de là ^ nous le répétons i à la pièce de Jean Bodel^ qui a le mérite immense d'avoir entrevu cette tragédie nationale, dont la France a été si long-t^Dups privée , et que nous allons voir main^ tenant sans voile , présentée avec toute l'exactitude de l'histoire.
(i) L'Evangile dit simplement : Unus mHUum lanctà hUus ejus aperuii, et continua exivit sanguis, et a^ua» Ces mots, qa'on a pa lire en marge ànjac-simile , ont servi de texte à la fiction du trouvère.
4o MYSTÈRES.