Pleyte, Papyrus de Turin, pl. V, l
on
difficultés des Papyrus de Lettres. Les Egyptiens d ailleurs, tout
cnt pas les scrupules que nous avons sur la liaison des idées et des phrases. Au lieu de se tourmenter à conduire le lecteur par une pente continue du début à la conclusion de leur épître , ils passaient d'un sujet à l'autre avec un dédain de la transition bien fait pour scandaliser des maîtres de rhétorique. Le monosyllabe
(j jj kt, autre chose, autre sujet, 1 écrit entre deux phrases,
marquait les changements de matière et satisfaisait le lecteur d'alors autant que satisfont le lecteur d'aujourd'hui nos déductions les plus ingénieuses. «J'ai obéi au message que m'a envoyé mon seigneur , disant : « Veille sur les gens qui sont sous tes ordres.» Je ne suis pas à repréhender [pour cela] par mon seigneur. Autre sujet. Les chevaux de mon maître sont bien, bien. Je leur donne leur grain chaque jour. Autre sttjet. J'ai obéi au message que m'a envoyé mon seigneur, disant : «Donne leurs rations de grains aux fontassins ainsi qu'aux Aperiû-u qui traînent la pierre pour le temple du Soleil de [Râmessû-Meïamoun)\ v. s. f., qui est au Sud de Memphis.» Porte-toi bien.»» Des sauts de pensée aussi brusques étonnent souvent les esprits habitués à nos méthodes de raisonner et d'écrire. Néanmoins, les Egyptologues s'estimeraient heureux s'ils ne rencontraient dans les lettres des scribes que des difficultés de cette nature. Chacun sait combien il est malaisé d'entrer de plainpied dans la vie d'un peuple moderne , éloigné de nous par la distance et par les mœurs. L'aspect du pays, la disposition des lieux, la forme inaccoutumée des objets les plus nécessaires, le son des mots , la figure des gens , tout paraît étrange et merveilleux : le moindre incident inquiète le nouveau-venu , la circonstance la plus insignifiante le déroute, maints détails, si vulgaires que les naturels ne les ont jamais relevés, l'arrêtent pendant des heures entières, avant qu'ils puisse les saisir, ou parfois même échappent complètement à sa compréhension. Qu'est-ce donc, lorsqu'on doit pénétrer dans la vie d'une nation morte depuis si longtemps qu'elle était tenue pour ancienne par les anciens eux-mêmes ? A mesure que le regard plonge dans le passé de l'Egypte, les petits incidents et les menus détails de la vie