‹ Études sur les pagi de la Gaule (volume 2)Chapitre 102 sur 354 · I. Papyrus AnaUasi IV, pl. XII, i. 6 à pl. XIII, l · texte numérisé non relu

I. Papyrus AnaUasi IV, pl. XII, i. 6 à pl. XIII, l

année» de travail et d'efforts assidue, le savant le plus habitué aux coutumes antiques se trouve comme dépaysé en présence de certains détails de mœurs et de certaines formules familières: il use parfois des mois d'étude avant de s'apercevoir que la difficulté inouïe , l'obstacle insurmontable qui l'arrêtait depuis si longtemps, était l'expression évidente d'un de ces usages si naturels à l'homme qu'aujourd'hui encore ils sont en vigueur parmi nous , et qu'il suffisait d'appliquer au passé les données du présent pour obtenir un sens clair et précis.

Minuties de la vie courante, allusions à des usages incompris ou à des personnages inconnus , aux petits événements de la veille et aux préoccupations du moment, voilà donc ce qui nous rend si pénible l'intelligence de cette littérature épistolaire. Ce qu'il faut de patience et de labeur incessant pour surmonter des obstacles de cette nature , ceux-là le savent qui ont pris pour sujet de leurs études la correspondance des écrivains anciens ou modernes. Mais aussi, une fois les premières difficultés vaincues, que de faits curieux pour l'histoire des mœurs et du caractère nous révèlent ces feuillets, si chargés pourtant de choses insignifiantes et de formules insipides! Que de confidences curieuses nous font , sans le soupçonner , nos correspondants imprévus d'il y a quatre mille ans ! Ce qu'on aperçoit d'abord, ce sont les linéaments principaux du caractère national, la ténacité, l'instinct de la discipline , la superstition du passé, la déférence innée pour la science et pour ses représentants , la religion du roi et des autorités établies , la vénération naturelle du culte, la croyance inébranlable en dieu. Puis , à travers les indiscrétions involontaires et les abandons de l'homme qui ne se doute pas qu'il écrit pour la postérité , on finit par démêler les traits particuliers à chaque profession , à chaque classe de la société. On suit les sujets de Sésostris, comme on peut les contemporains, dans leurs ateliers, dans leurs boutiques, dans leurs maisons des villes ou des champs. Chacun d'eux vient , pour ainsi dire , poser dans notre cabinet, avec ses amitiés , ses haines , ses habitudes , sa physionomie changeante, fait ses affaires devant nous, nous montre à nu les petits scandales et les petites passions de la société thébaine, nous conte sa vie et la vie du voisin avec une prodigalité de dates, de chiffres, d'indications locales, plus précieuses à l'historien qu'un grand poème ou qu'un beau morceau littéraire, et finit par nous laisser, en souvenir de sa visite, l'image, souvent peu flattée, de sa propre personne, et les éléments

d'un portrait fidèle de la classe et du temps auquel il appar-

Désirez-vous savoir de quel ton un intendant favori parlait à son maître? Une lettre conservée par le scribe Enna va nous l'apprendre. « Des l'enfance, j'ai été avec toi ; tu as frappé mon dos , tes instructions sont entrées dans mon oreille. J'ai été comme un cheval lancé au galop ; le sommeil n'est point venu dans mon cœur , pendant le jour , il n'a pas été avec moi , durant la nuit.1 Or2, j'ai agi dans l'intérêt de mon Beigneur, comme l'esclave qui vénère son seigneur : je te construis une villa toute neuve sur le territoire de ta ville , :i plantée d'arbres de tout côté. Les chambres de ses greniers4 sont pleines de froment, de farine, * Ton étable multiplie les dos; tes

1. Mr. Chabas a traduit ce texte jusqu'en cet endroit dans son Voyage iun Egyptien, p. 137.

2. em i°d' m *' m* Ù $aVOir' ^ diMnt' 86 tr0UVC empl0yé isolément au commencement de la phrase, comme son dérivé copte X"E • Cette tournure usuelle en copte est plus rare dans l ancien égyptien.

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