LETTRES DE L'ÉLÈVE AU PROFESSEUR
Si le maître n'épargnait ni son temps, ni son encre, l'élève «le son côté se gardait bien de rester inaetif. Il écrivait , écrivait, écrivait, copiait les œuvres classiques de la littérature égyptienne et s'exerçait à composer dans les divers genres qui avaient alors la faveur du public. Quelques uns des modèles qu'il imitait et des exercices qu'il faisait nous sont parvenus à peu-près intacts.
C'est d'abord le panégyrique épistolaire. Pour arriver vite et loin, il fallait flatter les grands du jour le maître d'abord, le roi ensuite. Dans le cas du roi, la chose était aisée. Les Egyptiens considéraient leur Pharaon comme un être intermédiaire entre Dieu et l'homme , mais plus approché de Dieu que de l'homme. Dès les plus anciennes dynasties , le roi s'intitule fih du Soleil et fait précéder de ce titre le cartouche qui renferme son nom : 1 revêtu des attributs divins, il siège à la tête des triades, comme Dieu père, et reçoit les offrandes de ses sujets, devenus ses adorateurs.2 Les fonctions officielles du scribe lui donnaient mainte occasion de flatter adroitement et sans effort le dieu-roi: un ordre adressé aux subordonnés, une réponse à la lettre d'un supérieur servait de prétexte à l'éloge. Menephiah' , de voyage dans la Basse-Egypte , arrive à Pa-Ramsès. Le scribe chargé
1 . Voir de Rougé , Sur t'es monuments qu'on peut attribuer aux six première* dynastie» de Mam'thon, p. 33.
2. Ainsi UtorUten III à Radésieh Tothmés III, Séti I" (Mariette Ahydo», T. I , pl. 50—52) , Ramsès II (Chaïupollion, Xotices T. I).
d'annoncer la venue du monarque, au lieu d'employer les formules les plus simples . s'ingénie à composer un panégyrique. « Le scribe Amen-em-ap-t dit au scribe Penbesà : — Voici qu'on t'apporte cet écrit de paroles cadencées. — Quand t'arrivera ma lettre , — tu prendras cinquante ûden de bronze — ou bien cent ûden * — de la main du scribe Râ{f\-aài— pour l'usage des Samdous , — de la divine demeure de [Râmessû Metamoun) v. s. f. aimé de Râ — roi des dieux dans An — qui sont sous son autorité, — au compte (?) du scribe Kadenû [f)2 — vite, sur l'heure. — [Cbr] {Bà-n-Râ Meïumoun)\ A v. s. f . , le vaisseau amiral , — la javeline qui frappe 4 — la massue (?) qui tue les Nègres , — le poignard de main , — descend dans la demeure de ses enfants dans Héliopolis , — [et] il a ordonné la victoire sur toute la terre. — Très bon est le jour de ton arrivée, — très douce la parole de ta voix 5 — lorsque tu clos de murs Pà {R(rnies8û-Meïamouri\A v. s. f.« — la limite de tout pays étranger , — l'extrémité de l'Egypte, ô seigneur (?) gracieux ! — le poste de vedette très éclatant, la tour de lapis et de turquoises,7
1. Suivant les calculs de M. Chabas, Note sur un poids égyptien, p. 7, et Détermination métrique de tlitix Mesures de capacité , p. 2— 3 , l'iîden pèse 91 ^gr., 50 ûden font donc un poids de 4550 gr., et cent dden un poids de