XÉNOPHON
est nécessairement imparfaite et qui, au Nord de la montagne, mais à peu de distance de là, contient des sources chaudes en abondance1. Il y a plus : sur le versant méridional lui-même, M. Strecker' signale expressément une source chaude, qu'il identifie à celle de Xénophon, et qui est située à Hatschigan, dans le district de Tschabagdjur, au-dessous du confluent du Kara-su. Il m'est du reste impossible de suivre la dissertation de ce voyageur. Elle est, en effet, tout entière fondée sur l'idée fausse et impossible que les Grecs se sont constamment maintenus à l'Ouest de la route de Trébizonde par Erzerum, idée que Kiepert réfute nettement dans son appendice 3.
Si maintenant Xénophon fait entendre que ses marches furent exceptionnellement lentes après le passage de l'Euphra te; si les Grecs s'étaient procuré, le huitième jour, un guide dont le départ précipité les laissa dans l'embarras4, il est à croire que l'armée suivait alors, non la route bien tracée qui conduit de Musch à Erzerum par Ghynys, mais plutôt une route oblique, dans cette contrée difficile et sans voie de communication régulière qui sépare Ghynys de Melazgherd ou de Karagheul par le plateau du Chamur 5. Ce récit de Xénophon s'accorde avec l'affirmation de M. Ainsworth, que le chemin est très-difficile de Melazgherd à Khanus (Chynys) ; et celui-ci fait remarquer que la description d'un village arménien du haut pays, dans l'Anabase, est en parfait rapport avec ce qu'il a observé lui-même6. M. Koch7 signale aussi, dans le canton de Schadak, à gauche du Mourad, les habitations souterraines dont parle l'auteur grec8; à plus forte raison devaient-elles se retrouver dans un pays plus septentrional et plus élevé, puisque le but des habitants était manifestement de se garantir du froid, dont les Grecs eurent fort à souffrir. De plus, le passage de l'Euphrate par l'armée, dans le district proposé par M. Koch, est en contradiction avec le rapport fait aux Grecs par les indigènes, que les sources n'en étaient pas
1. Voy. le récit de M. Brant, Journal of the R. G. S. 1841, p. 342.
2. Beitrxge zur gcogr. Erkl. des Ruckzuges des Zehntausend dure h Arm . Hocht., p. 6.
3. Voy. surtout p. 22. Voy. d'ailleurs, aux p. 11-12 de M. Strecker, son embarras en face du texte de Xénophon.