‹ Études sur les pagi de la Gaule (volume 2)Chapitre 257 sur 354 · Anab., IV · texte numérisé non relu

Anab., IV

éloignées. Du reste, il est manifeste que les Dix-Mille ont passé la chaîne du Bingheul-Dagh, l'Abus des anciens, au défilé que suit la route d'Erzerura à Musch et Bitlis. La nature des lieux l'indique : c'est la voie ouverte à toutes les époques pour franchir cette chaîne énorme qu'une armée ne saurait songer à escalader.

4. Marches dans les versants delà Caspienne et de VEuxin. — Nous devons donc admettre, d'après l'inspection de la carte comme par la concordance des résultats auxquels conduisent les études des savants voyageurs l, que les Dix-Mille ont passé le Bingheul-Dagh, près et au Nord de Chynys, au défilé qui sépare les villages d'Aghwerân et de Kullu ou Koi-li ; près du second se voient encore des ruines 2. Mais quelle route prit l'armée en s 'éloignant de là?

On voit, par le récit de l'Anabase 3, que, le onzième jour après le passage de l'Euphrate, les Dix-Mille atteignirent un fleuve que Xénophon appelle le Phase, mais dans lequel on doit reconnaître, sans aucune hésitation, l'Araxe supérieur, lequel conserve encore aujourd'hui, dans le pays même, le nom de Pasin-su, le pays qu'il traverse étant appelé Pasin4: Xénophon en nomme les habitants <I>asuxvo(. Les Grecs suivirent le cours de ce fleuve pendant sept jours, faisant chaque jour cinq parasanges 5. Les considérations précédentes ne laissent pas douter que l'armée le rencontra vers le coude qui se trouve à très-peu de distance du défilé. Xénophon ajoute que le fleuve a dans ce pays un plèthre (100 pieds) de largeur. Or M. Spiegel nous apprend qu'il a déjà cinquante à soixante pas de large avant d'avoir reçu le Kale-su6, rivière qui vient des environs d'Erzerum et rejoint le Pasin à la latitude de cette ville, là où celui-ci reprend la direction de

1. Je dis auxquels conduisent leurs études, car M. Ainsworth (v. p. 179- 180), s'qbstinant à attribuer aux Grecs de longuesjournées à vol d'oiseau, ne leur fait rejoindre l'Araxe que beaucoup plus loin et les conduit à travers les hautes terres dénudées qui séparent les deux bassins, c'està-dire apparemment à travers les steppes de Torly et de Karajazy. Cette hypothèse nous donnerait, pour la marche sur l'Araxe, un écart incompréhensible ; nous verrons un peu plus loin ce qui a contribué à tromper le voyageur anglais.

2. Voyez la carte de Kiepert. M. Brant, qui a parcouru cette route du Nord au Sud, compte dix milles anglais d'un village à l'autre et place Koï-li à 5900 pieds au-dessus du niveau de la mer (p. 344).

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