AYANT-PROPOS DU TRADDCTEUR
Ce volume ouvre une ^-érie de travaux que se propose de publier le traducteur sur les institutions et les recueils de lois germaniques. Il devait suivre de très-près un remarquable travail sur les sources de l'histoire mérovingienne S se réservant ainsi, s'il en était encore besoin, d'appuyer, du moins en ce qui concerne les institutions franques , une idée juste de M. Monod : « C'est dans les lois et les formules juridiques des premiers temps du moyen âge que nous apprenons le mieux à connaître l'esprit et les mœurs des barbares '. »
Les lenteurs de l'impression ont d'ailleurs été mises k profit ; on a augmenté le texte original de notes, rectifié les légères et rares inexactitudes échappées à l'auteur, indiqué enfin ceux des travaux, se rapportant à la matière , parus postérieurement au livre de M. Sohm.
Sans doute ce travail eût été plus scientifique et aussi plus complet s'U eût , en manière d'introduction , présenté au lecteur français un aperçu des vicissitudes de la législation franque salique, formation du premier texte, additions, remaniements, révisions, etc. de la Lex Salica, en un mot l'histoire externe du droit frank; Cet aperçu aurait été suivi de l'indication des principaux manuscrits de la loi, des diverses éditions qui en ont été données , enfin de l'abondante littérature à laquelle elle a donné" lieu.
Or, ce travail préliminaire ne peut, à notre avis, être réellement utUe que s'il est accompagné d'un travail analogue
• Etudes critiques sur les sources de Vhistoire mérovingienne, par Gabriel Monod, directeur adjoint à l'École des Hautes Études et par les membres de la conférence d'histoire (Bibl. de VE. des H. Et, 8« fasc. Paris. Vieweg 1872). Sur ce travail voyez Revue critique n» 20. 1873 et GôL gel. Anx. 1872 Stûck -23.
* Ouvr. ait, p. 13.
sur chacune des autres législations barbares. On sait, en effet, qu'à de très-rares exceptions près , les mêmes procédés furent appliqués à la fixation des institutions dans les recueils de lois des différents peuples de race germanique , et que ces recueils, soit dès l'origine , soit seulement plus tard , se sont fait des emprunts réciproques , bien qu'il ne soit pas toujours aisé de marquer exactement la délimitation de ces emprunts. Il nous paraît dès lors très-difficile, pour ne pas dire impossible, de connaître l'histoire d'une source juridique donnée , de la Lex Salica par exemple, sans avoir au moins la notion préalable de l'histoire des autres lois barbares.
Dans un ouvrage que le traducteur espère pouvoir bientôt présenter au public, il exposera cette histoire externe des législations germaniques ; il y indiquera également les étapes si intéressantes à suivre qui marquent, en Allemagne, le développement de la science de l'histoire du droit germanique depuis la grande expérience tentée, il y a quarante ans, par Eichhom sur l'ensemble des lois barbares jusqu'aux monographies et études de détail de l'école historique contemporaine.
Parmi ces recherches patientes qui témoignent hautement de cette continuité d'efforts et de cette discipline qu'on sait être les conditions indispensables à l'établissement et au progrès de toute science , il faut citer en première ligne celles de M. Sohm. La procédure de la Lex Salica n'est pas le premier ouvrage de réminent professeur ^ Il s'y était en quelque sorte préparé par un travail purement critique sur le texte de la Leœ Ribuaria. Sauf la première, les études qui terminent le présent volume (sur les Sacebarones , sur la glosse malbergique, sur le Barbarus, etc.) sont extraites du premier volume du dernier ouvrage de l'auteur 2 et ont été réunies à la procédure de la Lex Salica.
La tâche du traducteur, pour être modeste, n'a pas été exempte de difficultés. La terminologie spéciale à l'historien du droit existe à peine chez nous ; les germanistes comprendront aisément , en outre , que si la pensée contenue dans une disposition juridique germanique peut rencontrer dans Vallemand mo-
* Voy. Revue critique 1872, n* 7. Paris, Vieweg.
* IHe alldeutsche Reichs-und Gerichlsverfassung. vol. l. Weimar, Bôhlaii,
derne une forme et , pour ainsi dire , un vêtement qui lui conviennent, elle ne saurait espérer de retrouver toujours dans une langue romane les mêmes facilités à s'exprimer exactement.
Je remercie M. Sohm de la bienveillance avec laquelle, après avoir autorisé la traduction de son ouvrage , il a revu le texte traduit et rectifié quelques erreurs de détail ; il a bien voulu témoigner sa satisfaction au traducteur, dont toute l'ambition est de contribuer, par ce travail , à faire connaître l'esprit du droit germanique dont les manifestations , fixées dans les lois bar^ bares, ont contribué pour une si large part à la formation de nos institutions nationales pendant la première moitié du moyen âge.
Marcel THÉVENIN.