‹ Études sur les pagi de la Gaule (volume 3)Chapitre 234 sur 321 · Anab., lV · texte numérisé non relu

Anab., lV

2. Voy. la 3* carte de V Atlas antiquus de Kiepert (Asia anterior).

3. Le Kharzan-Dagh (10,000 pieds) au N.-C, et à quelque distance au N. la chaîne de TAntogh-Dagh.

fort bien tourner à l'Est, et arriver^ précisément après avoir parcouru quatre ou cinq cents stades * , jusqu'aux bords de la rivière de Bitlis, dans laquelle M. Layard reconnaît le Téléboas. D fait d'ailleurs observer que Xénophon ne dit pas l'avoir franchi, et il en conclut que l'armée grecque dut y arriver par l'Ouest, c'est-à-dire par la rive droite, en suivant un itinéraire à peu près semblable à celui qu'il parcourut lui-même et dans le même espace de temps, quoique en sens inverse' M. Koch, qui, nous l'avons vu, a conduit les Grecs dans le canton de Sert, leur fait suivre la route de Sert à Bitlis, bien que le terrain ne soit pas, dit-il, aussi plat y ni les pentes aussi douces que le disait Xénophon. Pour lui (p. 82), le Tigre (supérieur) de Xénophon c'est la rivière de Bitlis elle-même; et il se trouve réduit à faire du Téléboas un aflBuent de l'Euphrate ; conséquence inadmissible, si l'on ne prend, comme l'auteur, le parti de compter pour rien en Arménie les chifires de Xénophon (p. 84). Et M. Layard conduit, sans le vouloir, à cette identification du Tigre, car, avec la marche qu'il trace aux Dix-Mille (carte de 1867), les retenant toujours dans le voisinage du Bitlis-tchaï, on ne voit pas où ils auraient pu trouver la source d'un fleuve. Il est vrai qu'il compte les trente parasanges à partir de Tilleh, et qu'ayant mis trente-trois heures de caravane à venir là de Bitlis, il estime à la même mesure les six journées de Xénophon (Anab. TV). Quant à Ainsworth (p. 171-2), il place le Téléboas au Nord des monts Niphates; il croit que c'est le Kara-su, affluent du Mourad (Euphrate oriental). C'est toujours son système de compter les distances à vol d'oiseau, sans tenir compte des obstacles.

Nous ne devons avoir nulle répugnance à écarter des opinions si peu vraisemblables. Nous ne pouvons admettre ni que Xénophon ait compté de longues distances à vol d'oiseau, surtout en Arménie, ni qu'il ait mis bout à bout des courses vagabondes faites (par des éclaireurs sans doute) pour fouiller des villages, comme le croit M. Strecker^, et comme le dit clairement M. Koch<. Mais les motifs allégués par ce dernier, pour établir que Xénophon a dû passer la rivière de Sert avant sa jonction avec celle de Bitlis, ne sont pas sans valeur : seulement ils ne

1. Sur le plateau qui s'étend dans la direction S.-O. au pied de TAulogh.

2. Layard, ubi supra, p. 63-4; seulement il reconnaît que les Grecs firent un détour vers l'Ouest pour se procurer des vivres-

3. BeUraege zur geogr. Erklxrung des RUckzuges der Zehntausend dwrck dos Arm&n. HodUandy p. 4. — Berlin. 1870.

doivent pas déranger l'ensemble de nos raisonnements. Si en effet, comme cela est fort possible, la route des caravanes était, au temps des Dix-MiUe, ce qu'elle est aujourd'hui, les Grecs ont pu la suivre après le passage du Kentrite; ils auront alors passé.le Bitlis-tchaï sur un pont et pénétré ainsi dans les plaines dont nous parlions tout à l'heure sans trouver d'obstacle qui méritât une mention du narrateur. Remarquons encore que Xénophon dit bien avoir dépassé ce qu'il nomme les sources du Tigre, mais non les avoir traversées. En atteignant le plateau de Choith, au pied de 1* Antogh, les Grecs exécutèrent, par rapport à ces sources, un mouvement très-exactement rendu par le mot uxepijXôov.

Le Téléboas fut rencontré, dit M. Layard, probablement à peu près là où est Bitlis (par 38° 20' de latitude), où il mérite bien l'épi thèthe de beau^ C'est effectivement dans la partie la plus rapprochée du lac de Van que les Grecs durent le retrouver, puisqu'ils avaient fait quinze parasanges depuis les prétendues sources du Tigre. Notons d'ailleurs que, comme nous l'avons vu plus haut, les parasanges pouvaient être moins longs en pays de montagnes; à mesure que les Grecs pénétreront dans des contrées plus difiSciles, il faudra donner plus de portée à cette observation.

A trente parasanges de là, l'Euphrate fut passé à gué*, après que les Grecs eurent franchi à mi-chemin un défilé des plus faciles à défendre. Les sources du fleuve n'étaient pas éloignées, disait-on, du lieu où l'armée le franchit. Il n'y a pas d'exagération à réduire d'un quart le nombre des stades de Xénophon, même en mesurant par fractions correspondant à 5 minutes de latitude (9 kil. 25), pour suivre la voie indiquée par la grande carte de Kiepert, voie qui, partant de la position de Bitlis, laisse & droite les principales crêtes des monts Niphates. Elle franchit le contrefort qui s'en détache pour contourner le lac de Van au Nord et Nord-Ouest. C'est là sans doute, à trois ou quatre cents stades du lieu où ils avaient vu le Téléboas, que les Grecs trouvèrent le passage dont on leur avait signalé les périls. Evidemment la marche était bien embarrassée dans un tel pays et une telle saison : immédiatement après avoir passé le fleuve, l'armée enfonçait dans une'neige d'une orgyie (plus d'un mètre'), et ils en avaient trouvé avant d'arriver au fleuve^.

1. Que lui donne Xénophon o&roc S'fy xoXàç |Uv, {Uyaç fi'ov (Anab. IV 4). L*auteur ajoute : *0 Si t6ico; o^o; ApiuvCa èxaXetxo i^ iz^àç £a?cépav.

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