‹ Études sur les pagi de la Gaule (volume 4)Chapitre 3 sur 38 · Bistoria ecclesiae Remensis, lib. II, cap. XVIII · texte numérisé non relu

Bistoria ecclesiae Remensis, lib. II, cap. XVIII

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trouve ordinairement appelée, dans les documents des premières années du xiir* siècle et des siècles suivants, Dampierre-en- Estenois, « d'où se collige, dit-il, que le pays où cette place est « située s'appelloit Estaienois ou Estenois, qui est le pagus Stadi- « nisus du capitulaire de Charles-le-Chauve, titre XII, p. 112, « où il est compris avec les contrées voisines comme de Reims, « de Vouzy, Partois, Bar, Chaalons, Vertus, Tartenois, etc. « Et encore à présent, l'archidiacre de Chaalons qui lait ses « visites en ces quartiers-là, se dit archidiacre d'Astenay, et « anciennement d'Astenois 1 . »

La remarque de l'illustre érudit nous semble très-juste et nous nous étonnons qu'elle ait été rejetée par la plupart de ceux qui ont écrit après lui.

En 1675, Adrien de Valois, qui ne paraît pas avoir fait attention à l'observation de Du Cange, chercha a fixer la position du pagus Staduncnsis par celle de sa capitale; et, ce qui semble étrange chez un critique aussi éminent, il identifia le nom de Stadunum à celui d \ Aslenidum, une des villae royales mentionnées dans les Capitulaires de Charles-le-Chauve, Stenay suivant lui 2 . Il suffit de remarquer, pour faire justice de cette opinion, le peu de rapport qu'ont ces deux noms latins, dont l'un est pour ainsi dire l'anagramme de l'autre.

Quoique l'assimilation de Valois continue à trouver des partisans, elle fut, dès le principe, fortement combattue. Ainsi, dès 1681, dom Germain, collaborateur de Mabillon, se refuse à admettre que le pagus Stadinisus puisse tirer son nom à'Astenidum. Il objecte que, suivant Flodoard 3 , ce pagus était compris dans la Champagne ; et que Stenay étant situé au-delà de la Meuse et tout à fait en dehors de cette province, faisait partie du pagus Vabrensis. Il se décide en conséquence à le chercher dans la Champagne, mais il n'est pas heureux dans l'hypothèse qu'il adopte en faisant dériver ce nom a Stadone vico,

1. Histoire de l'empire de Constontinoplc sous les empereurs franrûis (1657). p. 255.

2. Noittia Galliarum, p. 48 et 506. — Ajoutons aussi que la^réritable dénomination ancienne de Stenay est Safanacum, ainsi que Valois le dit lui-même, p. 506. Il est vrai qu'il suppose, ce qui ne peut être adopté, qu'Astenidum est une forme plus ancienne.

3. « Tilpinus sequitur "Wulfarius, qui ab imperatore fuerat ante

• episcopatum constitutus [missus dominicus] super totam Gampaniam : « in his quoque pagis, Dolomense scilicet, Vongense, CastricenBe, Stado- « nense »

Stonne (Ardennes, an*, de Sedan, cant. de Raucourt), village de l'ancien diocèse de Reims, situé sur une colline où se voyaient encore les ruines d'un château 1 . Au reste, dom Germain abandonne lui-même cette conjecture, paraît-il, en présence d'une bulle de Léon IX, datée de 1049 et donnée à l'église de Verdun, bulle dans laquelle un domaine de cette église est nommé Stadonis villa ; c'est aujourd'hui Eton (Meuse, arr. de Montmédy, cant. de Spincourt) 2 . Mais le savant bénédictin s'éloignait encore plus de la vérité dans cette nouvelle supposition, car il avait précisément rejeté l'opinion de Valois par cette considération que Stenay, n'étant pas en Champagne, ne pouvait convenir au pays nommé par Flodoard.

Il fallut près d'un siècle pour qu'on en revînt à l'opinion de Du Cange, qui fut enfin tirée de l'oubli par Bonamy. Celui-ci ne s'attacha pas à combattre l'identification A'Astenidum avec Stenay, mais il renonça a faire de cette localité la capitale du pagus Stadinisus. Il fit judicieusement remarquer que \espagi compris en 853 dans le missaticum d'Hincmar, èvêque de Reiras, étaient tous situés en deçà de la Meuse, et qu'à cette époque Charlesle-Chauve ne possédait rien au-delà de ce fleuve qui, en vertu du traité de Verdun (843), séparait les états de ce prince de ceux de l'empereur Lother; d'où il suit que Stenay, compris dans le diocèse de Trêves et situé au-delà de la Meuse, ne pouvait en être la capitale 3 .

Ces raisons déterminantes auraient dû mettre fin à la discussion, mais il n'en fut rien. L'abbé Lebeuf répondit à Bonamy. Il reconnaissait sans doute avec lui que le pagus Stadinisus ne pouvait être situé qu'en deçà de la Meuse ; mais il n'admettait pas qu'il correspondît alors à l'archidiaconé d'Astenois, au

1. Dere dtplomatica, p. 322-323. — Ce château, dont les ruines se voyaient à Stonne, est sans doute celui dont Aubry de Trois -Fontaines rapporte la destruction à l'année 10GG : « Contra Manassem comitem de Retest < episcopus Theodoricus Virdunensis castrum Sanctae Menehildis cepit ■ et castrum de Setunia subvert il. » Notons aussi qu'aucun document connu ne donne à Stonne un nom se rapprochant de celui de notre pagus.

2. De re diplomatica, supplém. p. 99. Nous voyonsà cet endroitle Stadonis villa de la bulle de Léon IX, traduit en effet par Estoii, mais nous n'avons pu trouver le passage où Dom Germain voit dans ce village la capitale de notre pagus; nous ne connaissons cette hypothèse que par l'abbé Lebeuf.

3. Histoire de l'Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres (années 1744 à 1746), t. XXVIII (1753), p. 267.

diocèse de Châlons. La seule objection qu'il produisit contre l'identification proposée par Bonamy, c'est la mention faite dans un acte de 1383 d'un archidiaconus Stadiensis in ecclesia Cathalaunensi 1 . Selon lui, la forme Stadiensis, plus courte que Stadinensis, était complètement différente. On peut répondre à l'abbé Lebeuf que les noms à'Astenois et de Stadiensis ne sauraient être considérés comme analogues, que si l'on suppose la forme plus ancienne de Stadine7i$is, sans laquelle Yn n'aurait pu se trouver dans le nom à'Astenois. Quoi qu'il en soit, l'abbé Lebeuf, convaincu qu'il fallait chercher ailleurs lepagus Stadinisus, le fixa à Stonne,oùDomGermainavaitcru un moment devoir le placer, mais auquel il avait, comme il a été remarqué plus haut, préféré Eton (Meuse). On comprend que le célèbre antiquaire auxerrois ait allégué contre l'admission de cette dernière localité sa situation au-delà de la Meuse et son éloignement des pagi avec lesquels le pagus Stadinisus est ordinairement nommé; enfin, la dénomination latine de Setitna, appliquée à Stonne dans une bulle d'Innocent II en faveur de la Chartreuse du Mont-Dieu, en 1 136, étant la raison qui avait fait abandonner cette hypothèse à Dom Germain, il objecta que cette forme avait pu être forgée sur le nom vulgaire de cette localité. Ajoutons que l'erreur de l'abbé Lebeuf a égaré le géographe historien le plus autorisé de notre siècle, feu Guérard, qui, dans un de ses ouvrages 2 , comprend le pagus Stadinisits dans la cité de Reims, et, dans un autre % , lui assigne Stonne pour capitale.

En 1783, Dom Le Long publia, dans son Histoire du diocèse de Laon, une chronique rédigée vers 1 155 par Alard de Gennilaco, abbéde Signy, au diocèse de Reims, chronique dans laquelle, suivant le titre de cet ouvrage, était rapporté ce qui s'était passé de plus mémorable dans les pagi JRemensis, Castriensis, Stadunensis, Dulcomensis, Regitestensis et Porcensis*.

Nous trouvons en effet, dans cette chronique, quelques passages relatifs à notre sujet. A l'année 931, on y rapporte que Marc, comte du Dormois, fit alliance avec Victor de Pouilly, et

1. Ibid., t. XXI (1754), p. 187. — Les termes archidiaconus Stadiensis se trouvent déjà employés en 1275 (Éd. de Barthélémy, Cartulaires de l'ève'ché et du chapitre de Châlons, p. 120).

2. Essai sur le système des divisions territoriales sous les rois Francs (1832), p. 148.

3. Liste des provinces et des pays de France, dans l'Annuaire de la Société de l'Histoire de France, de 1837, p. 137.

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