Gallia Christlana, t. IX, fol
4. Varin, Archives administratives de la ville de Reims, t. 11, p. 1000.
donation du comte Drogo que ce personnage, de même que Marc, étendait sa domination sur les deux pagi.
Quoi qu'il en soit, on peut affirmer que le comté de Dormois était démembré dès le début de la troisième race. En effet, une charte de 1008 nous fait connaître Hécelin, comte de Grandpré 1 , et l'existence de ce personnage implique la dissolution du Dormois, car le comté de Grandpré, formé au centre même de cepagus, était dès lors le plus important des fiefs formés des débris de ce pays. D'après cette charte, Hécelin de Grandpré tenait en fief de Godefroy III, duc de la Basse-Lorraine, l'avouerie de Maure, village voisin de Grandpré et que le duc Godefroy avait reçu, à titre de bénéfice, de l'église de Reims. Godefroy était un des plus puissants feudataires du roi de Germanie et il serait possible que son vassal, le premier comte connu de Grandpré, fût un de ses compatriotes. Hécelin est, en effet , une forme familière du nom de Henri, dont l'usage paraît complètement étranger aux Français du onzième siècle, et son aspect est tout allemand 2 . Dans tous les cas, la charte de 1008 nous apprend qu'Hécelin était vassal de Godefroy III pour Manre, et on peut supposer qu'alors le comté de Grandpré lui-même était également tenu en fief du duc de Basse-Lorraine. Cette hypothèse n'a rien que de vraisemblable , surtout si l'on considère qu'au milieu du onzième siècle, la seigneurie de Vienne-le-Château, un des fiefs les plus considérables de la partie méridionale du Dormois, relevait du duc Godefroy IV, petitfils de Godefroy III 3 . Vers le même temps,- c'est-à-dire en 1065, la partie orientale de l'ancien Dormois, comprenant la ville de Dun (casirum Dunum), formait un autre comté, qu'une charte de l'empereur Henri IV appelle le « comté de Dormois du comte Frédéric » (comitatus Dulcomensis Frederici comitis 4 ), pour
1. Mabillon, Annales ordinis sancii Benedicii, t. IV, p. 690.
2. Hecelinus ou Hescelinus paraît être de même formation qu'Hetùlo qui, chez les chroniqueurs allemands de cette époque, est employé pour Henricus. L'historien Richer, moine de Saint-Remy de Reims, se sert de ce diminutif Hezilo, mais pour désigner un prince allemand, Henri le Querelleur, duc de Ravière {Bi&toriae, 1. III, c. 97-99).
3. Gallia Christiana, t. IX, col. 932. — Le rapprochement que nous faisons ici ne permet-il pas de supposer que le Dormois tout entier a pu être soumis à la famille de ces Godefroy de Basse-Lorraine? C'est aux êrudits de la contrée qu'il appartient de résoudre une question dont le résultat serait de montrer quelle fut l'influence des seigneurs lorrains sur le6 pagi qui, comme le Dormois, le Mouzonnais et le pagus Castricensis, s'étendaient sur les deux rives de la Meuse.
î. voyez plus haut, p. 52,
le distinguer évidemment du reste de ce pays ; mais ce comté ne semble pas avoir subsisté bien longtemps.
Douîcon, auquel le Dormois devait son nom et qui avait dû en être le chef-lieu, no paraît avoir eu à l'époque féodale aucune importance; il ne fut pas choisi pour centre d'un des nombreux doyennés du diocèse de Reims ; on ne le voit pas non plus figurer comme chef-lieu de la moindre châtellenie. Conservant toutefois son nom antique, Doulcon est encore aujourd'hui un village du département de la Meuse (arr. de Montmédy, cant. de Dun) et compte environ 250 habitants. Mais a deux kilomètres à peine de ce lieu, sur la rive droite de la Meuse, s'élève une petite ville du nom de Dun, qui semble avoir hérité d'une partie de la prééminence dévolue autrefois à Doulcon : elle était chef-lieu d'un doyenné de l'archidiaconé de Champagne et en même temps siège d'une châtellenie ; enfin le seigneur de Dun avait, au douzième siècle, le titre de vicomte 1 . Ainsi que dans bien d'autres cas semblables, le centre administratif ne s'était que légèrement déplacé.
C'est à l'époque de la division de l'ancien comté de Dormois en un certain nombre de seigneuries n'ayant aucun lien entre elles, que l'on doit évidemment faire remonter la restriction du nom de Dormois à la portion de ce pagus la plus éloignée de son chef-lieu, c'est-à-dire à sa partie occidentale. C'est là que se trouvent les quatre villages dits en Dormois : Cerna)' , Fontaine, Rouvroy et Malmy,et une rivière qui, considérée comme le cours d'eau le plus important de la contrée, en a tiré son nom moderne, la Dormoise. Cette attribution exclusive du nom d'un pagus à une partie de son territoire, qui, originairement, n'y avait aucun droit, est sans doute un fait bien singulier ; mais ce n'est pas un fait isolé : en effet, nous avons déjà fait observer que le nom du Ternois (pagus Taruanensis), vaste pays qui devait son nom à la ville épiscopale de Thérouenne, ne désigna plus, postérieurement au onzième siècle, que la partie méridionale de ce grand pagus, le comté de Saint-Pol, où une rivière, la Ternoise, a aussi emprunté le nom du pays*.
1. En 1192, une charte de Geoffroi, seigneur de Dun et d'Apremont. constate une donation faite aux Templiers par Poncardus, quondam vicecomes de Dun (Archives nationales, S 5038, n* 42).
2. Voyez le premier fascicule de nos Etudes sur les pagi de la Gaule, p. 52