‹ Études sur les parlers de France au Canada [microforme]Chapitre 42 sur 42 · AU PARLER DES AÏEUX · texte numérisé non relu

AU PARLER DES AÏEUX

Et la gloire de nos aïeux est d’avoir apporté ici, non seulement le français classique, mais une langue qui « de province en province avait cueilli son miel ». (Z:oLær.)

Comme la langue française s'est enrichie par l'apport des dialectes, qui fournissent au langage littéraire les substituts dont il a besoin pour remplacer les vocables disparus, de même notre langage s’est ici conservé grâce aux formes dialectales et vieillies, apportées des Provinces de France et transmises jusqu’à nous. Ce sont ces mots surtout qui ont su résister à l'étranger, qui ont gardé notre langue et cet esprit de notre race dont on a dit que c'était le patrimoine idéal de l'humanité ; ce sont

ces mots qui assurent encore la survivance de notre parler,

Mots sans heurts ni secousses, et dont les syl. labes se déroulent comme les légères ondulations de la plaine bourbonnaise ; mots doux et riants comme les campagnes et les horizons nivernais ; mots du Berry, pittoresques, pleins de grâce et de poésie, et qui conviennent singulièrement à l’âme populaire, amante de la terre ; mots de la Saintonge, saupoudrés de sel gaulois ;: mots du Poitou, expressifs dans leur forme vieillie de la langue d'oui, et plus doux dans leurs syllabes d’origine occitane ; mots nor-

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mands, aventureux et conquérants, qui gardent encore les accents savoureux de la langue de Wace et la richesse de forme de l’idiome de Thérouide : mots du « mol » Anjou, doux comme les habitants et le climat de cette province, et qui peignent toute chose en rose ; mots de la Touraine, qui savent rire ; mots de la Bourgogne, subtils et primesautiers, gais ‘et colorés, pleins d’entrain, de verve et de bonne humeur ; mots picards, rustiques et terriens, semeurs de sentiments et de sensations ; ce sont ces mots, sortis du vieux terroir comme autant de fleurs champêtres nées de la glèbe, qui nous ont conservé le parler cher à nos lèvres, le seul qui convienne à l'expression de notre conscience nationale, et c’est la gloire immortelle de nos pères de nous avoir légué, avec la langue française classique, les sources fécondes où celle-ci puise ses sucs les meilleurs.

En saluant le parler des aïeux, nous voulons glorifier la langue française, d’abord dans ses formes classiques, illustrées par les chefs-d'œuvre, mais encore et surtout dans le vieux fond de ses formes populaires, héritées des ancêtres.

Je vous propose de boire à la santé des bons vieux mots du parler des aïeux.

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