CHAPITRE m
En somme, nous avons découvert dans le Vallicellanumff^"^ une masse de dispositions tirées des pénitentiels en usage dans l'Église franquei cjui ont été transportées en Italie dès l'époque carolingienne *, et un certain nombre de textes qui peuvent être considérés comme spéciaux aux recueils italiens. 11 n'est donc pas téméraire d'en conclure que notre pénitentiel est lui-même d'origine italienne, ce qu'indique d'ailleurs la provenance du manuscrit qui le contient*
Si l'on veut se former une opinion .^ur la date île ce pénitentiel, il convient tout d'abord de remarquer le canon 6, prévoyant comme un crime particulièrement grave l'assassinat du senior par son ^assus ; or, ce n'est pas avant la fin du viii* siècle et le commencement du ix" que l'institution du séniorat prend une très grande importance. Nous ne saurions donc remonter plus haut pour chercher la date de notre pénitentieL
A mon sens, nous devons descendre plus bas. et voici quelles raisons m'inclinent à cette opinion. Nombre de canons imposent, à titre de pénitence, la réclusion dans un monastère ; sans doute, c'est une pénitence pratiquée depuis longtemps, mais elle est plus souvent mentionnée dans les textes de la seconde moitié du ix^ siècle et du commencement du x* -. Le compilateur du Vallwella'-
1. Aux manuscrits conservés dans les paya g'ermaniques (S. (îalJ, Heiligeukrciïz, Munich) des Capiiula judirinrum, il faut joindre un manui^crit du ix" siocle qwi ewt conservé au chaj>ilre tle Verceil (n, 201), où noire texte suit le recueil d'Hîilitgaire, évêqiie de Cambrai.
2. MoHiN\ Commertfaritts hislorirus de disciplitm in admittmnnione sacramenù Paenitentiae (Anvers, 1682), p, 474. ^ Voir nolammenl les textes cités par lui, de BtNon le Diacre [H, 71 à 90), et Isaac de Langres, Capitula, IV, 5,
JO ÉTUDES SUR LES PÉNfTEKTJELS [68]
num Ih^ était en outre évidemment préoccupé d'établir des distinctions entre les divers cas d'homicide, suivant les circonstances du fait ^ Il classait à part, comme un crime particulièrement grave, le meurtre des membres du clergé ^. Il refusait au mari outragé le droit, que lui laissaient trop souvent les lois séculières, de mettre à mort la femme coupable ^ Il punissait sévèrement les sacrilèges, tels que la violation des églises ou le pillage des biens consacrés à Dieu ** Sur tous ces points, les documents canoniques de la période qui s'ouvre avec les Faux Capitulaireset les Fausses Décrétales, c'est-à-dire vers 850, et se poursuit jusques au millieudux' siècle, insistent avec une indéniable énergie^. Enfin on rencontre, dans notre pénitentiel plusieurs canons apocryphes de Nicée et de Chalcédoine ; or, la période qui vient d'être mentionnée est féconde en apocryphes de ce genre. Je ne rappellerai pas ici les collections apocryphes de Benoît le Diacre et d'Isidore; qu'il me suffise de mentionner, en dehors de
1, C. 8;cf< c. !-6. '