‹ Études sur les pénitentielsChapitre 15 sur 20 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

CONCLUSION SUR LE LIVRE VI d'hALITGAIRE

Nous avons établi que le livre VI d'Halitgaire est composé de trois parties. La première (1-54) est faite de textes canoniquesadditionnés, comme il arrive souvent en Gaule, de textes empruntés à S. Colomban.La seconde (55-77) est composée de textes tirés du recueil celtique de Cumméan; s'il en est au moins deux sur la fornication des clercs (56- 57), qui s'accordent assez mal avec les canons de la première série, on peut dire qu'en général ces décisions de Cumméan complètent, sans les contredire, les décisions canoniques. Tel est aussi le but de la troisième partie (78-104), où s'affirment nettement certaines tendances caractéristiques de la réforme ecclésiastique de la première moitié du ix* siècle. Il ne faut d'ailleurs point s'attendre à trouver dans l'ensemble formé par la reproduction de ces parties un ordre rigoureux et méthodique. Des canons de la deuxième et surtout de la troisième partie se rattachent à des matières traitées dans la première; on peut signaler d'ailleurs, même parmi les canons de la première partie, des répétitions qu'il est difficile d'expliquer *.

Halitgaire, qui mit au jour ce pénitentiel entre 817 et 831 ^, déclare qu'il n'en connaît pas l'auteur; mais il

1. Le c. 15 reproduit la décision du c. 11; le c. 18 celle du c. 10.

2. Ces dates extrêmes sont imposées, comme Ta reconnu Maassen [Geschiclite der Quellen I, p. 869), par les limites de Tépiscopat d'Halitgaire.

ajoute qu'il Ta tiré des archives de l'Eglise romaine {quem de scrinio Romanae Ecclesiae adsumpsimus *). Les observations qui précèdent établissent suffisamment qu'au sens étroit du mot, le livre VI d'Halitgaire n'est nullement une œuvre d'origine romaine; plus des quatre cinquièmes des matériaux qui la composent sont des matériaux canoniques très répandus en Gaule et des matériaux celtiques. Ce n'est pas à Rome que les clercs de l'Eglise de Cambrai avaient besoin de recourir, au commencement du ix* siècle pour découvrir et rassembler ces éléments. Sans doute, on trouve, à la fin du livre VI, une vingtaine de canons d'origine incertaine ou inconnue ; mais quoique quelquesuns d'entre eux reproduisent la discipline canonique, aucun ne présente un caractère spécifiquement romain. Si ce livre a été fait en Gaule, il n'est pas impossible qu'Halitgaire qui en fut certainement le vulgarisateur, en ait été aussi le compilateur. Sur ce point d'ailleurs, il est difficile de se prononcer avec certitude. Toutefois la question est de peu d'importance; car, en supposant que le livre VI n ait pas été compilé par Halitgaire, l'évèque de Cambrai l'a fait sien en l'insérant à la fin de son grand recueil. Il peut paraître étrange qu'Halitgaire, qui était un prélat du parti réformateur, aitainsi lancé dans la circulation un tarif de pénitences à Tancienne manière. On sait en effet que le rêve des réformateurs était de se débarrasser des recueils où pullulaient des dispositions d'origine étrangère et d'authenticité douteuse, pour en revenir à l'application des règles pénitentielles posées par les canons et les décrétales des collections reçues dans rÉglise, application qu'ils entendaient en chaque cas laisser à la discrétion prudente des ministres de la pénitence. Mais ce rèven'était guère réalisable, à cause jle l'état d'esprit d'une partie du clergé. Beaucoup des prêtres char-

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