‹ Etudes sur les pères de l'égliseChapitre 19 sur 24 · IG · texte numérisé non relu

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mêmes n'y auraient point été impuissantes. Quoi qu’il en soit, l’Eglise grecque n’eut pas toujours l'habilité, le sens pratique qui lui eussent été nécessaires pour lutter contre un tel danger.

Comparez Atlianase et Ambroise : tous deux combattent pour leur basilique, qu’ils défendent contre le prince et les ariens. Atlianase a toutes les ressources du courage et du génie; mais en lui, malgré sa réserve, on aperçoit le tribun. 11 contient et réprime ses fougues, mais on les sent. H n’en est point ainsi d’Ambroise. Avec la même et invincible fermeté qu’Alhanase, il n'a point ses vivacités; il ne cesse jamais d’être évêque; on reconnaît en lui l’homme de gouvernement ; il se maintient dans la loi ; il attaque moins qu’il 11 e se défend : aussi Ambroise , dans la chaire de Milan, fonde-t-il, on peut le dire, la papauté de Rome. Telle est, ce me semble, la différence de l’Église grecque et de l’Église latine dans leurs conflits avec le pouvoir impérial. Reconnaissons-le cependant: Rome fut admirablement secondée dans son indépendance par le délaissement même des empereurs. En paraissant lui enlever l’empire , en en transportant la capitale à Constantinople, ils le lui donnèrent. Dans son abandon , Rome trouva plus qu’on ne lui ôtait : le pape héritait des Césars.

I.’Église grecque dans les mêmes conditions que l’Église latine eut-elle su aussi bien en pro-

filer? offrait-elle la même et forte constitution? Non assurément. Je la vois bien, aux n" et ni" s : èeles, occupée à combattre avec autant de science que d’habileté les préventions populaires contre le christianisme, les mensonges du paganisme; à préparer, à amener entre la doctrine nouvelle et la philosophie une conciliation heureuse à beaucoup d’égards; plus tard, au iv' siècle, à son grand siècle, j’admire Chrysostome et Grégoire de Nazianze versant sur une multitude attentive et émue les flots de leur pure et inépuisable éloquence, les trésors de leur évangélique charité. Mais si je cherche dans leurs écrits mêmes , à côté des attaques et des ruines de la société, les bases et pour ainsi parler les pierres d’attente de la société nouvelle, le dirai-je? je ne les distingue pas aussi nettement. Je vois bien Basile traçant des règles monastiques aussi profondes que sages; Grégoire et Chrysostome recommandant la soumission envers les magistrats ; expliquant par les desseins de la Providence et l’ordre même de la société l'inégalité actuelle des conditions; mais je ne les vois pas organiser l’Eglise; élever en face du pouvoir impérial les remparts qui la doivent protéger contre ses attaques : en un mot, s’ils ont contribué à la beauté extérieure de l’édifice chrétien , ils ne l’ont pas assis sur de solides fondements; ils n’en ont pas embrassé l’ensemble. Aussi dans celte place trop ouverte

tout à la fois à l’hérésie et à la puissance temporelle , n'ont-ils pas eu où se retrancher et se défendre.

En cherchant donc quelles ont été dans l’établissement définitif du christianisme la part et l'influence de chacune des deux Églises, latine et grecque, on trouvera qu’il est surtout redevable, pour la discipline, à Tertullien; à Cyprien pour le gouvernement civil; pour le droit et le dogme, à saint Ambroise et à saint Augustin. L’Église grecque a eu aussi sans doute ses illustres docteurs , mais qui ont plus aidé à la victoire qu’ils ne l’ont assurée ; meilleurs contre le paganisme et l’erreur, que propres à fixer et à maintenir les traditions de la foi. En un mot, à l’Église grecque le génie de la parole ; la sagesse à l’Église latine. Ce sont toujours les deux génies différents de Paul et de Pierre.

Constantinople elle-même, par la voix de Grégoire et de Chrysostome, a proclamé la supériorité de Home : « La nature, dit Grégoire, n’a pas deux soleils , elle a cependant deux Romes , vrais astres de l’univers; l’une ancienne, l’autre nouvelle, différentes par leur situation : la première brille aux lieux où le soleil se couche, la seconde le voit sortir des mers. Toutes deux sont égales en beauté à l’égard de la foi ; celle de l’ancienne Rome a toujours été pure et sans tache ; depuis la naissance de l’Eglise, elle se soutient encore ; sa

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doctrine unit tout l’Occident dans les liens salutaires d’une même foi. » A son tour, saint Jean Chrysostome s’écrie : « J’aime Rome; je ne l’admire pas pour ses trésors, pour ses monuments et ses autres pompes, mais parce qu elle possède les deux couronnes de l’Église, Paul et Pierre, » c’est-àdire, parce qu’au génie de l’Église grecque, elle unit la prudence et l’habileté profonde du génie latin.

Ainsi donc si, en définitive, l’empire est resté à Rome, c’est qu’outre de divines et infaillibles promesses , elle eut pour elle la sagesse , la fermeté, la patience, la pensée et le secret de l’avenir. Elle a su attendre, dans un calme qui n’était pas l’immobilité , la victoire que lui apportaient la parole brillante de l’Eglise grecque et l’ardeur éloquente du génie africain. Dès les premiers temps, par un de ces charmes mystérieux et irrésistibles que l’on sent dans les grandes destinées, elle attira vers elle les regards, le respect, la soumission de l'univers. C’est qu’en effet, pour commander, Rome avait plus que l'éclat du génie, plus que les foudres de l'éloquence : elle avait la foi, l’unité, la majesté et celte espérance qui n’était donnée qu’à elle seule.

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