LA FRANCE
La pièce qu'on va lire, dédiée aux jeunes zouaves de la légion organisée dans la maison de Nimes, fut chantée à l'une des fêtes qui suivirent nos désastres militaires. L'armée de l'Assomption en fit son chant, et le refrain retentit longtemps dans les promenades et les fêtes :
Pendant vingt ans, dans l'ivresse et l'orgie, J'ai de mes nerfs épuisé la vigueur; De mon vieux sang la source était tarie. Mes fils étaient sans vie et sans valeur : Alors le Dieu qui gardait la Pucelle S'est retiré de ce peuple sans foi,
LES PÈRES AUGUSTINS DE l'aSSOMPTION. 278
Et l'aigle noir, à la serre cruelle, Plein de fureur, s'est abattu sur moi.
Hourrah, hourrahl
Vous êtes mes enfants ;
Gardez l'espérance,
Car je suis la France!
Hourrah, hourrah !
Où sont donc les vaillants?
Puis au moment qu'il brisait mon épée Et déchirait mes étendards flétris, Comme un vautour au flanc de Prométhée, Le communeux s'acharnsiit sur Paris ; Et les bandits des quatre vents du monde Se sont rués sur mes flancs en lambeaux,' Comme l'on voit, sur un cadavre immonde, Des quatre vents accourir le» corbeaux.
Hourrab, hourrah ! etc.
A mon appel, mes enfants en délire Se sont jetés en face du vainqueur.
Mais le 1er pleut, il éclate et déchire Tous les vaillants que n'atteint point la peur. Morts ou fuyards, point d'espoir de victoire. Les bons lont morts et les lâches ont fui En déchirant le poëme de gloire Qu'avec mon sang l'histoire avait écrit.
Hourrah, hourrah ! etc.
Et maintenant, impuissante et sans armes. Je suis foulée aux pieds du conquérant. N'aurez-vous pas pitié de mes alarmes, Frères puînés des vaincus de Sedan?
Parmi les morts dont j"ai droit d'être fière J'ai vu tomber un généreux chrétien, J'ai vu tomber mon flls, Albert Rouvière; Assomption, c'était aussi le tien.
Hourrah, hourrah ! etc;
Ah ! donne-m'en plus d'un qui lui resiemble, Soit comme lui, plein de foi, plein de cœur; Nous revivrons et nous irons ensemble Crier vengeance a l'insolent vainqueur; Nous remettrons le Christ a notre tête, Je reprendrai mon antique drapeau :
Oui, je le sens, la victoire s'apprête. Car le martyre engendre un sang nouveau?
Hourrah, hourrah ! etc.
DISCOURS D'UN ANCIEN ÉLÈVE DE L'ASSOMPTION aujourd'hui procureur général.
M. Robinet de Cléry, ancien élève de l'Assomption, était, en 1870, procureur impérial à Lille. La guerre éclate. Marié et père de famille, à rage de 39 ans, il s'engage simple volontaire, dans le 108"" régiment de ligne. Il assiste à la bataille de Champigny, où il se bat comme un lion ; puis, quand tout est consommé pour notre pauvre patrie, il regagne son foyer, décoré de la médaille militaire.
Nommé procureur générale Lyon, en 1875, il prononça, selon l'usage, le jour de son installation, un discours éloquent où l'on retrouve le chrétien, le soldat, le magistrat formé à l'école des religieux Augustins.
Voici quelques passages de ce discours :
Messieurs,
L'heure n'est pas propice aux solennités judiciaires. Peut-être, malgré l'usage, devrais -je me borner à vous remercier de votre accueil et garderie silence. Ce n'est pas par des paroles, c'est par des actes que je tiens à gagner votre confiance.
Et cependant, lorsque je prends possession de ce siège occupé avec tant d'éclat par mes devanciers, vous avez le droit, je le comprends, de me demander qui je suis et ce que je veux.
Je suis un soldat pris dans la mêlée et placé au premier rang. Le ministre a qui je dois cet honneur sait que je combattrai jusqu'à l'épuisement de mes forces pour la cause sacrée dont il m'a confié la défense.
L'avenir est ob.scur et beaucoup s'effraient. D'incurables divisions paralysent tous les efforts et rendent impuissantes les meilleures intentions
Pendant ce temps, dans les bas fonds, les souvenirs de 1793 et de 1871 sont publiquement l'objet d'un culte odieux ; ils s'annoncent comme l'Evangile d'un renouvellement social.
Tout cela est vrai, messieurs, et pourtant je ne crains pas. Ici l'orateur déclare qiC il n'y a pour Favenir que trois éléments de salut : La foi chrétienne, le principe d'autorité, l'amour de la patrie. Ayez confiance ; dans cette grande ville de Lyon, les trois biens essentiels dont je viens de parler sont représentés comme dans une vivante incarnation: la foi chrétienne par un prélat respecté qui appelle sur l'activité laborieuse de son diocèse — qui voudra bien appeler sur nos travaux — les bénédictions de la Vierge immaculée de Fourvière.
Le principe d'autorité par un administrateur vigilant dont l'énergia a étéi le lendemain de nos désastres, une des premières lueurs d'espérance, et qui n'a pas oublié, lui, comment il lui a fallu, dans Saint-Etienne territié, relever le drapeau de l'ordre sur le cadavre sanglant de son prédécesseur.
L'amour de la patrie!., ensemble, messieurs, nous aimerons la France, si malheureuse hier, si inquiète aujourd'hui, si féconde et si généreuse toujours. Que ce grand amour nous éclaire et nous guide! il nous montrera où sont les
■véritables ennemis de notre pays. Combattons sans relâche, dédaignons tout le reste. Nous les trouverons à l'extérieur comme à l'mtérieur, inspirés du môme esprit, conduits par la même haine, animés des mêmes convoitises. Arrachons-leur le masque,- nous verrons partout le même visage. Ils ont un nom commun : la BévohUion !