‹ Études sur les principaux collèges chrétiensChapitre 51 sur 66 · MONTJOIE · texte numérisé non relu

MONTJOIE

Chaque année, l'Asosmption célèbre des fêtes: la Saint-Charlemagne, la fête du R. P. d'Alzon, etc., où règne un esprit de famille plein de la distinction la plus chrétienne et de l'entrain le plus français. Un trait caractéristique : la verve des poètes s'y exerce avec une franchise que ne redoutent pas les maîtres. Des allusions spirituelles et piquantes sont permises aux élèves dans leurs vers chantés sur un air connu, dont le jeune public répète le refrain avec ensemble ; les maîtres rendent à leurs élèves, et parfois largement, la monnaie de leur pièce. Souvent aussi, les grands événements, les idées dominantes de l'Assomption, les faits saillants de l'année sont chantés par un maître ou un élève.

Nous donnons ici une pièce où l'esprit chevaleresque et militant de cette maison se révèle en même temps que son culte pour les souvenirs chrétiena du moyen âge et pour notre vieille littérature française, si heureusement remise en honneur par de récents travaux. Ces vers furent chantés au banquet des chevaliers de Saint-Charlemagne, en 1874:

C'esloit au temps de douce sourenance,

Pour Seigneur Cbrist, France donnoit son sang,

Et Seigneur Clirisl lors combattant pour France,

Cbrist estoit père et France son enfant.

Cesloil au temps de mémoire lointaine,

Temps est trop vieil pour oncques revenir.

Gais cbevaliers, de sa France cbrestienne

Au troubadour rendez le souvenir.

Montjoie! Monljoie!

Cbevaliers de la Croix, Fils de Cbarlemagne, Contre l'Allemagne, Monljoie! MonJjoie !

Levez-vous à ma voix.

C'esloit au temps des preux de Charlemai;n(;, Quand l'olifan sonnoit dans Roncevaux ; Roland qui meurt menace encor l'Espague, Et Durandal brise rocs en morceaux.

Car dans la garde est rebque romaine : Fer consacré ne pourroit défaillir.

276 LES PÈRES AUGUSTLVS DE l'aSSOMPTION.

Gais chevaliers, de sa France clireslienne Au troubadour rendez le souvenir.

Montjoie! Montjoie! etc.

C'estoit au temps où pour seule bannière Preux chevaliers n'avoient que Sainte Croix. Cestuy drapeau menoit en grande guerre Francs nos aïeux, manants, comtes et rois. Lors au Jourdain, noble fils de Lorraine Tombeau du Christ s'en alloit conquérir. Gais chevaliers, de sa France chreslienne Au troubadour rendez le souvenir.

Montjoie ! Montjoie ! etc.

C'estoit au temps où Saint Roy, Gis de Sainte, Louis neuvième, au cœur des mécréants Jusque en les fers jetoit encor la crainte. Et le vainqueur trembloit au nom des Francs. Lors tout François sur la terre païenne En bon chreslien savoil vaincre ou mourir. Gais chevaliers, de la France chreslienne Au troubadour rendez le souvenir.

Montjoie ! Montjoie ! etc.

C'estoit au temps où brilloit oriflamme Avec clameurs : Montjoie et Sainct-Denys! C'estoit au temps où roys k Kolre-Dame Consacroit soy, leur royaume et leur fils, Du monde entier Dieu faisoit France reine Pour protéger par son bras ou punir.

Gais chevaliers, de la France chrestienne Le troubadour pleure le souvenir.

Montjoie! Montjoie! etc.

Beau temps n'est plus, l'Église est dans les larmes, France gémit au seuil de son tombeau; Rouvière, amis, nous a laissé ses armes, Giry mourant nous lègue son drapeau.

L'aigle allemand et la louve italienne Ont bu le sang d'un héros, d'un martyr. Gais chevaliers, de la France chrestienne Au champ d'honneur gardez le souvenir.

Montjoie! Montjoie! etc.

Page 1